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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Jean Benoist, “Les médecines douces” (1998)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du texte de M. Jean Benoist, “Les médecines douces”. Un article publié dans l’ouvrage sous la direction de Christian Bromberger, Passions ordinaires. Du match de football au concours de dictée, pp. 523-542. Paris: Éditions Bayard, 1998, 544 pp. [Autorisation formelle accordée par l'auteur, le 15 mars 2008, de diffuser ce texte dans Les Classiques des sciences sociales.]

Introduction

"Ce qui attire le plus les yeux, c'est, en face de l'auberge du Lion d'or, la pharmacie de M. Homais ! Le soir, principalement, quand son quinquet est allumé et que les bocaux rouges et verts qui embellissent sa devanture allongent au loin, sur le sol, leurs deux clartés de couleur, alors à travers elles, comme dans des feux de Bengale, s'entrevoit l'ombre du pharmacien accoudé sur son pupitre. Sa maison, du haut en bas, est placardée d'inscriptions écrites en anglaises, en ronde, en moulée : "Eaux de Vichy, de Seltz et de Barèges, robs dépuratifs, médecine Raspail, racabout des Arabes, pastilles Darcet, pâte Regnault, bandages, bains, chocolat de santé etc."

 

Les soins qu'offrait Monsieur Homais n'étaient pas uniquement ceux que proposaient les docteurs de la Faculté. Un pied dans la science de l'époque, un pied dans une autre connaissance, intemporelle, ces soins étaient là pour répondre aussi bien aux maux pour lesquels on s'adressait au médecin, qu'à ceux que l'on soignait soi-même, avec les conseils du pharmacien. Et cette dernière médecine, déjà, semblait plus douce, plus accessible que celle que dispensait le docteur Bovary... 

1997. Aix en Provence. C'est à la devanture d'un marchand de fromages que s'affiche la proposition d'une gymnastique douce, capable de restaurer le corps sans risque de l'agresser, à la différence, déclare-t-on, des gymnastiques plus classiques, qui le malmènent. 

Une boutique diététique offre des aliments garantis purs de tout contamination car ils ont été cultivés depuis leur naissance dans un champ protégé, tenus à l'écart de ces agents polluants que sont les engrais et les insecticides. Dans les rayons du supermarché, c'est par les teintes pastel, bleu pâle, vert pâle, que l'on repère les boites de ces produits alimentaires ou de ces préparations diverses qui, bien plus que des aliments, sont les jumeaux tendres des médicaments agressifs des pharmacies ; ces "alicaments" sont des concentrés de douceur; nés hors de la chimie, ils transportent la nature au plus profond des corps qui les absorbent. 

Les vitrines de la pharmacie renvoient elles aussi un écho de celle de Monsieur Homais. Il n'est pas besoin d'attendre les halos lumineux du soir pour que saute aux yeux leurs tableaux, affiches et panneaux. Le style a certes changé. Le tracé net de la vitrine d'un Homais provençal adresse le message de sa modernité et de la valeur scientifique de ce qu'elle présente. Les inscriptions ne sont ni en anglaises, ni en ronde. Mais elles disent en caractères dessinés comme ceux d'une revue médicale : "Mettez tous les atouts dans votre jeu !" Et elles illustrent cet appel par un dessin convaincant, celui d'un jeu de carte déployé dans la main qui le tient : cartes colorées, qui comme les cartes à jouer portent un nom à chacun de leurs coins. Mais un nom de vitamines. Huit cartes, huit vitamines : A, B1, B2, C, B12, D2, E, PP. Il y a aussi d'autres cartes, celles de huit minéraux, celle du "ginseng G 115", et celle d'une molécule ayant une "action psychostimulante spécifique".

Ailleurs, le Plasma Marin Hypertonique est en bonne place: "Vos cellules vivent dans le plasma marin, et elles le savent !" Pour combler de bonheur ces cellules assoiffées de retrouver leurs origines et de s'y épanouir enfin, on leur propose des ampoules qui contiennent "92 minéraux et oligo-éléments". 

Gélules, ampoules et capsules ne sont ni le "racabout des arabes", ni le chocolat de santé. Mais sont-elles bien nouvelles par rapport à ce que vendait Monsieur Homais ? Différentes, certes, mais pas plus que les voitures qui s'arrêtent devant la pharmacie ne différent des calèches qu'empruntaient les contemporains du docteur Bovary : nouvelles formes, mêmes gestes, mêmes attentes. Il s'agit d'offrir plus que ce que propose le médecin, et par cette offre de relier le soin aux traditions venues d'un passé lointain, d'une science initiatique ou d'un monde exotique. D'introduire du pouvoir à travers un mystère.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mercredi 19 mars 2008 8:33
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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