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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir du texte de M. Jean Benoist, “Dynamique bio-culturelle de la région caraïbe”. Centre de recherches caraïbes, Université de Montréal. Extrait de la revue Anthropologie, tome 76, no 7-8, 1972, pp. 685-710. Paris: Masson et Cie, Éditeurs. [Autorisation formelle accordée par l'auteur, le 17 juillet 2007 de diffuser, dans Les Classiques des sciences sociales, toutes ses publications.].

 Jean Benoist 

Dynamique bio-culturelle de la région caraïbe”. 

Centre de recherches caraïbes, Université de Montréal. Extrait de la revue Anthropologie, tome 76, no 7-8, 1972, pp. 685-710. Paris : Masson et Cie, Éditeurs.

Introduction
 
I.     ORGANISATION SOCIALE ET DYNAMIQUE ÉVOLUTIVE
 
A.   La structure de la famille antillaise.
B.   La division de la société en groupes ethniques et culturels.
C.   Démographie et diversité génétique.
D.   Systèmes de valeur et stratification raciale.
 
II.   STRUCTURE DE POPULATION ET ÉVOLUTION BIOLOGIQUE CONTEMPORAINE
 
Summary
 
Bibliographie

 

Introduction

 

La connaissance des populations humaines exige d'une façon de plus en plus marquée la mise à jour des réseaux d'influences qui cheminent entre leurs systèmes culturels et leur biologie. Notre propos ici est de tenter d'apprécier les mécanismes sociaux de la genèse et de l'évolution de la diversité biologique d'une région particulière en nous appuyant sur les travaux sociologiques, historiques, démographiques et ethnologiques dont elle a fait l'objet. Nous pourrons ainsi rejoindre certaines des préoccupations des anthropologues physiques et des généticiens qui visent à situer leurs constatations dans une dynamique dont les fondements se placent au-delà de leurs disciplines. 

Car cette manière, à la fois résistante et plastique, qu'est le patrimoine héréditaire d'une population, est lentement modelée par les événements, les règles et les choix conscients ou inconscients des communautés humaines : l'implantation géographique, le comportement matrimonial, la délimitation des strates économiques, religieuses ou linguistiques, et d'une façon générale ce qui organise les relations des hommes, tout cela éloigne du hasard les modalités de reproduction des populations. Cette structuration s'inscrit dans un milieu porteur d'un climat, d'une pathologie et de potentialité alimentaires qui sont à leur tour en étroite relation avec ces événements et ces interventions. Notre démarche, dans la mise à nu des enchaînements qui tissent ce réseau, se rattache à celle des écologistes. L'analyse d'un écosystème, de l'équilibre dynamique entre un type de milieu et un groupe d'espèces animales et végétales implique en effet l'existence d'un certain nombre de cycles d'échanges qui se recoupent, dans l'espace et dans le temps, en un réseau d'interdépendances. En passant progressivement de l'analyse à la synthèse, nos disciplines construisent les mêmes modèles dynamiques, en raison de l'analogie profonde des phénomènes. De fait, une population humaine participe nécessairement à un écosystème qu'elle influence et qu'elle accepte ou refuse, même si c'est par l'intermédiaire de ses propres règles et de ses productions organisées que l'homme biologique poursuit le dialogue d'actions et de réactions que toute espèce vivante entretient avec son environnement. 

Aux confins de l'anthropologie sociale et économique, et de la géographie humaine, une écologie culturelle s'est développée au cours de la dernière décennie, particulièrement aux États-Unis. Toutefois, en mettant en évidence les chaînes d'interrelation qui lient l'organisation sociale, la vie économique et le milieu naturel, ces travaux ont généralement négligé le fait que l'homme, être vivant, est un organisme biologique autant qu'un acteur social, et que les groupes humains sont non seulement des sociétés, mais aussi des unités génétiques en relation avec un environnement. C'est donc en prolongeant l'écologie culturelle dans cette direction que nous pouvons réintégrer dans l'étude biologique de l'évolution des populations humaines les faits sociaux qui la modèlent. Nous sommes alors conduits à tenir compte de beaucoup de phénomènes qui dépassent l'écologie culturelle traditionnelle, et c'est un regard renouvelé que nous devons poser à la fois sur la société et sur la biologie humaine quand nous examinons leurs influences réciproques. 

Des considérations générales à une appréciation concrète de la réalité, le chemin est cependant long et décevant. Ce n'est en général que dans des situations exceptionnelles qu'on a pu mettre à nu certains enchaînements qui lient une population à un ensemble de faits, à la fois déterminants et déterminés, qui tiennent à sa démographie, à son histoire, à son environnement naturel et à son organisation sociale : les travaux les plus convaincants portent sur de petites populations très isolées, écosystèmes simples où il a été relativement facile de mettre en évidence quelques relations fondamentales. Ces populations ne représentent toutefois ni la masse de l'humanité contemporaine, ni même les formes d'une humanité archaïque où les échanges génétiques et les communications étaient bien plus nombreux qu'à Tristan da, Cunha (Roberts, 1967, 1968) ou chez les Jicaques qui ont fait récemment l'objet d'une remarquable étude (Chapman et Jacquard, 1971). De tels travaux permettent de se placer à l'échelle des individus qui forment une population et d'apprécier directement les conséquences démographiques et biologiques des événements particuliers qui l'ont affectée. Mais ils sont beaucoup plus utiles à un certain raffinement des modèles théoriques, qu'ils confrontent à la réalité, qu'à la saisie des mécanismes en jeu dans des populations plus vastes, plus complexes et moins aisément définissables. 

Mais nous passons alors à une autre échelle. Peut-être un jour les tentatives qui visent à appliquer à de grandes populations un traitement par ordinateur qui tienne compte des événements individuels aboutiront-elles ? D'ici là, notre tâche est d'un ordre différent : nous devons surtout déceler les nombreux enchaînements qui conduisent du culturel au biologique, et définir les paramètres avant de pouvoir les introduire dans des modèles ou dans des simulations. C'est dans cette direction que se place cette étude, qui vise à présenter sur un niveau qualitatif quelques-unes des liaisons de l'organisation sociale et de la dynamique évolutive d'une population placée dans un cadre historique et géographique donné. 

La région caraïbe offre à cet égard une situation privilégiée. Dans un milieu insulaire où se fragmentent les vagues d'immigration, des métissages nombreux se sont succédé. Les mouvements de population (esclavage d'origine africaine, engagement de travailleurs asiatiques dans les plantations, colonisation européenne) ont donné à l'organisation sociale une forte connotation raciale qui est maintenue par la division de la société en strates économiques fortement influencées par les origines ethniques de leurs membres. 

D'autre part, les îles ont reçu des immigrants différents, en fonction de leur allégeance politique : les Anglais, les Hollandais et les Français n'allaient pas recruter des esclaves ou des travailleurs contractuels dans les mêmes régions d'Afrique ou de l'Inde. De plus, entre les possessions d'un même pays, les proportions d'immigrants de même origine variaient au gré des rythmes d'expansion de. la colonisation et différaient ainsi d'île en île. 

Relativement homogène à l'arrivée des Européens, le milieu naturel a connu lui aussi une diversification poussée, qui s'est accélérée au cours des dernières décennies. Dans certaines Îles la forêt a persisté, dans beaucoup d'autres elle a été remplacée par de grandes plantations, cependant que çà et là une petite agriculture de subsistance s'est installée sur des sols dénudés. L'introduction des soins médicaux et des aliments d'importation a connu de grands décalages et d'une île à l'autre la pathologie, la mortalité et l'état nutritionnel diffèrent beaucoup. 

Les 20 millions d'habitants des Antilles sont ainsi découpes en ensembles fort inégaux en nombre, en composition ethnique et en conditions de vie. Écosystème insulaire, marqué plus que d'autres archipels par le cloisonnement, la région caraïbe a donc tendu vers une segmentation régionale qui, du point de vue biologique, exerce une action diversifiante. 

Au sein de chaque île, hormis les plus petites qui n'ont que quelques centaines ou quelques milliers d'habitants, intervient une segmentation d'un autre ordre, essentiellement sociale (voir Benoist et coll., 1972). L'exploitation de grandes plantations en monocultures a pour principal corollaire la concordance étroite du statut social et de l'appartenance ethnique. De véritables « classes ethniques » apparaissent ainsi, les caractères phénotypiques servant au même titre que les critères économiques à définir l'appartenance des individus à un groupe social (Wagley, 1959). À la fragmentation spatiale due à l'insularité et aux différences de peuplement s'ajoutent de nouvelles barrières génétiques qui tiennent au cloisonnement horizontal en groupes sociaux qui sont aussi, largement, des groupes raciaux. 

De ce double découpage résultent de nombreux sous-groupes raciaux. Leurs frontières sont parfois imprécises ; elles sont inégalement perméables et laissent filtrer dans un sens ou dans l'autre des échanges géniques qui érodent cette diversification. Certaines variables accélèrent les contacts, tandis que d'autres les freinent ou les canalisent. C'est de leur jeu qu'est faite la structure complexe et instable des populations de la région. 

C'est sous ce cadre général que se tissent de multiples interdépendances, qui font de l'évolution biologique de la Caraïbe la résultante de l'interaction perpétuellement fluctuante de systèmes que nous allons tenter d'approcher.

 

I. ORGANISATION SOCIALE
ET DYNAMIQUE ÉVOLUTIVE

 

A. La structure de la famille antillaise.

 

Elle a énormément retenu l'attention des anthropologues sociaux. Observant aussi bien la famille rurale que celle des zones d'urbanisation récente, ils ont relevé à travers toute la Caraïbe un certain nombre de traits qui donnent à la famille antillaise un aspect bien particulier. Directement liée aux conditions de peuplement (esclavage, système des plantations, instabilité économique), son organisation transcende les particularismes insulaires et apparaît, à quelques variantes qualitatives et quantitatives près, comme un trait général de la région. 

Nous nous bornerons ici aux caractéristiques qui jouent le plus directement sur la transmission et la diffusion du patrimoine héréditaire : 

- Le lien conjugal est très instable ; le foyer est souvent remanié par un changement de partenaire ou par la naissance d'un enfant engendré par un nouveau partenaire.
 
- Lorsque la maisonnée semble stabilisée, elle est souvent accompagnée d'autres formes de relations fécondes qui se situent en dehors d'elle, en particulier de la part des hommes.

Ainsi un individu se trouve engagé dans plusieurs unions au cours de sa vie, unions successives en général pour les femmes, souvent simultanées pour les hommes. La fréquence et la durée de ces comportements varient selon les classes sociales, mais, même si le mariage survient plus tôt dans les classes moyennes, il s'accompagne souvent de la constitution d'une famille parallèle. Il en va assez souvent de même chez les Blancs autochtones. 

- Le système familial est donc double. D'une part, le mariage officiel suit un certain nombre de normes raciales et sociales. Ces normes élèvent des barrières entre groupes ethniques nettement contrastés, mais aussi, comme on le verra plus loin, elles prônent une certaine homogamie au sein du groupe métissé, et le subdivisent. D'autre part, ces barrières apparemment solides sont franchies en tous sens par les très nombreuses unions temporaires ou clandestines fécondes. Certains sous-groupes acceptent les fruits de ces unions, d'autres les refusent sans toutefois renoncer à y participer, s'isolant ainsi à demi par une barrière génétique hémi-perméable. 

Les conséquences génétiques de cette structure de la famille sont nombreuses et mériteraient une investigation systématique autant au niveau théorique que sur le terrain. En pratique nous pouvons en isoler quelques-unes : 

La population tend vers la panmixie. 

Les facteurs sociaux et économiques qui, dans d'autres sociétés et même en apparence dans celles-ci, poussent à un choix préférentiel du conjoint sont minimisés par les unions temporaires. Le brassage génique est intense et le métissage tend vers l'homogénéité. 

Le rapprochement du modèle panmictique est accentué aussi par un autre phénomène, assez rare dans les populations humaines. La connaissance généalogique est en effet peu poussée vis-à-vis d'un certain nombre d'unions temporaires. L'étude approfondie de certains quartiers ruraux (Clarke, 1957) a montré que des unions consanguines au hasard tendent à être réalisées entre individus qui ignorent la nature de leurs liens. Le taux élevé d'illégitimité (de 45 à 75%) rend probable de telles unions entre apparentés qui s'ignorent, réduisant une des causes d'écart à la panmixie les plus fréquentes dans les groupes humains. 

De plus, les unions fécondes successives d'un même individu sont souvent réalisées avec des partenaires différents, ce qui accroît l'intensité du brassage. 

On ne peut certes prétendre que le schéma théorique de la panmixie soit réalisé aux Antilles, et il s'agit d'une tendance dont l'évaluation quantitative révélerait de nombreuses variations d'intensité selon les îles, les époques et les segments sociaux. Mais l'examen de l'organisation familiale montre que l'on est plus près de la panmixie que dans la majorité des systèmes connus ; de ce fait, l'unité de population tend à être l'île entière, et les cloisons jouent plus un rôle de canalisation dans la diffusion des gènes que de barrières strictes. 

L'approfondissement d'un modèle de structure de population valable pour les Antilles devrait toutefois considérer que les diverses composantes de ce cadre général peuvent prendre des valeurs différentes. Cela est particulièrement net quant à l'importance et au sens de la barrière qui isole divers sous-groupes et à l'intensité et à la direction des flux géniques clandestins entre ces sous-groupes.

 

La structure familiale affaiblit
la sélection sexuelle.
 

Quoique un nombre important de femmes restent célibataires, rares sont celles qui, tout en n'étant pas stériles, n'ont pas au moins un enfant. Dans les sociétés industrielles, l'accroissement du nombre de femmes célibataires s'accompagne au contraire de leur élimination de la population efficace. Dans les sociétés primitives ou dans les sociétés paysannes, où les femmes célibataires sont l'exception, ne sont éliminées que celles qui portent une tare refusée par la société. 

Il serait intéressant de comparer ces deux types de sociétés quant à la fécondité différentielle ainsi introduite et à son effet sur la sélection. Aux Antilles, on peut penser, quoique les recherches précises sur ce thème manquent, que la dissociation entre mariage et procréation aboutit à réduire à la fois l'élimination eugénique des femmes qui, ailleurs, ne trouvent pas de conjoint pour des raisons physiques graves et l'élimination dysgénique des célibataires normales.

 

La structure familiale tend à accroître
la variance des fréquences génotypiques.
 

Defrise-Gussenhoven (1964) a bien montré comment, dans une population panmictique, la variance des fréquences génotypiques est influencée par la présence ou par l'absence de mariage stable. Lorsque les couples sont stables, et si le nombre d'enfants est le même pour chaque couple, cette variance tend vers un minimum. L'instabilité des unions ou l'élévation de la variance du nombre d'enfants par couple agissent au contraire dans le sens d'une élévation de la variance des fréquences génotypiques. 

Les populations antillaises semblent, sous ce rapport, se placer à un des extrêmes des populations humaines. Surtout dans les îles où la population est la plus faible, l'organisation de la famille favorise ainsi le polytypisme. Il est dommage que nous ne disposions pas d'instruments suffisamment efficaces pour apprécier quantitativement ce phénomène et en évaluer les effets sur la sélection différentielle des divers génotypes.

 

B. La division de la société
en groupes ethniques et culturels.

 

Elle agit dans un sens opposé, pour l'essentiel, à ce qui a été dit précédemment. Il serait hasardeux à ce propos de généraliser à partir de quelques exemples quant à la résultante globale de ces influences que nous nous bornons à identifier. Si nous désirons un jour passer à un modèle valable d'une population antillaise particulière, nous ne pourrons nous dispenser d'un examen précis de sa position propre sur l'échelle de variabilité de ces phénomènes. 

On a souvent appliqué aux Antilles le concept de pluralisme social et culturel pour décrire la diversité des communautés qui y coexistent. En réalité, on ne peut parler légitimement de pluralisme sur la seule vue de la cohabitation de groupes humains d'origines ethniques différentes. Le pluralisme n'est pas seulement un témoin des origines, mais une force qui perpétue leur trace. Il n'existe et ne se maintient que si les institutions et les systèmes de valeur de chacun des groupes en présence forment un ensemble intégré, et socialement actif. 

De véritables communautés à base culturelle et raciale coexistent alors dans un même territoire, et y maintiennent leur identité. Le pluralisme est dans ces conditions l'un des freins les plus importants à l'introduction de gènes extérieurs et au métissage de ces groupes, surtout si ceux-ci refusent d'intégrer les métis. 

L'intensité du métissage et la direction des flux génétiques sont alors en relation étroite avec l'organisation de ces groupes ethniques et culturels. Les relations de cette dynamique avec les diverses possibilités de pénétration qu'offre la structure familiale ne peuvent alors être appréhendées que par l'étude poussée du fonctionnement social d'une île ou d'une région déterminée. Certaines îles sont ainsi cloisonnées par des barrières sanctionnées par des institutions explicites ou implicites ; à la façon de castes, leurs sous-populations cohabitent sans s'interpénétrer. A l'abri de ces barrières d'autres différences se maintiennent, voire se constituent : structures familiales, structure démographique, hygiène, alimentation, et les groupes ethniques peuvent poursuivre leur évolution biologique différentielle parce qu'ils sont autant de parties d'une société pluraliste. Dans d'autres cas, la pluralité des situations initiales est compatible avec une certaine convergence par l'effritement progressif des séparations. Le rythme des échanges, et donc de ces convergences, est alors entièrement réglé par des mécanismes sociaux. 

La relation est donc particulièrement étroite entre l'organisation de la société de ces régions polyethniques et le rythme et la direction du métissage. Toutefois nous ne devons jamais oublier que la fluidité des situations dans la Caraïbe ne permet pas aisément les prévisions et l'élaboration de modèles de la dynamique du métissage, même en tenant compte (les facteurs sociaux identifiables. D'une façon générale, il semble que même si le pluralisme social et culturel rend compte de bien des freins qui s'opposent au métissage, l'intensité de celui-ci à travers l'archipel montre que ces freins retardent seulement, et permettent de canaliser, l'évolution vers une homogénéité croissante. 

L'organisation des communautés rurales présente elle aussi une série de particularités qui ne sont pas sans incidences génétiques. 

À la différence du monde paysan européen ou sud-américain, le milieu rural antillais semble laisser à l'individu une mobilité relativement marquée. N'étant pas pris dans un réseau de parenté très fort, il n'est généralement pas intégré non plus dans des structures communautaires puissantes. La faiblesse marquée de l'organisation politique au niveau local, la dispersion de l'habitat rural, l'individualisation poussée de la vie économique poussent l'individu à s'insérer essentiellement dans un réseau de voisinage qui s'étend de proche en proche à travers de vastes régions. Les quelques travaux précis dont nous disposions montrent de fortes corrélations entre la répartition spatiale des individus et le réseau de leurs relations économiques et sexuelles, et certains ethnologues ont pu dire que l'organisation sociale du milieu rural antillais se présentait sous forme d'un immense « voisinage ». Il en est ainsi non seulement dans les zones de petit paysannat, mais même dans les zones de grandes plantations où les travailleurs se dispersent à travers une campagne densément peuplée. 

Cette forme d'implantation et d'organisation sociale pousse essentiellement à une plus grande dispersion des échanges génétiques, à un affaiblissement des contrastes régionaux et elle contribue a rapprocher ces sociétés du modèle panmictique.

 

C. Démographie et diversité génétique.

 

Les migrations ont été l'un des phénomènes démographiques les plus importants de toute l'histoire antillaise. Ce fut d'abord une série d'immigrations liées à la colonisation européenne à partir du début du XVIe siècle, accompagnées de migrations internes. Vers la fin du XIXe siècle, la population commença une expansion locale qui, depuis quelques décennies, la pousse à la fois à des migrations plus nombreuses au sein de l'archipel, et à une émigration qui devient massive vers l'Amérique du Nord, l'Amérique centrale, la Grande-Bretagne et la France. 

Jusqu'au milieu du XIXe siècle, la Caraïbe avait été une zone de résorption démographique dont la population n'était maintenue que par l'arrivée continue d'immigrants européens et d'esclaves africains. À la fin de la période de l'esclavage, l'immigration de travailleurs asiatiques, méditerranéens et africains sous contrat vint combler les vides. Les taux de décroissances étaient en effet considérables. Dans les Îles-sous-le-Vent, de 1777 à 1785, la population diminuait de 3 à 4% par an (Goveia, 1965) et de 2% à la Jamaïque. Il en allait de même dans à peu près toutes les îles et seule l'immigration venait combler les vides (Roberts, 1960). 

On ne peut négliger les conséquences génétiques de cette immigration constante accompagnée d'une surmortalité des nouveaux venus et d'une mortalité élevée de la population en place. Cela rend très difficile la construction de modèles dynamiques du métissage, à composante temporelle. On ne peut par exemple accepter les vues de Glass et Li (1953), qui rendent compte du flux génique par génération au cours du métissage des Noirs américains comme si la surmortalité n'avait pas entraîné une forte distorsion de la contribution des diverses vagues de nouveaux venus. En réalité, l'influence des premiers venus, et de tous les événements anciens, se trouve fort atténuée. Recouverts par de nouvelles vagues migratoires, les premiers arrivants n'ont pu contribuer grandement au pool génique actuel, sauf dans les cas exceptionnels (Saint-Barthélemy) où la population actuelle dérive des premiers arrivants sans grands apports ultérieurs. 

Les migrations internes à l'archipel ont eu un effet mal connu, sauf lorsqu'elles ont abouti à la création de véritables communautés (Haïtiens en République dominicaine, et à Nassau ou à Cuba ; originaires des petites îles à Trinidad). Toutefois, le remaniement interne de la population des îles a été considérable dans certains cas, tandis que certaines îles demeuraient à l'écart. 

Dans bien des îles, les mouvements de la campagne vers la ville sont importants, accompagnés plus qu'ailleurs de certains courants inverses qui accentuent le brassage de la population. A ces fluctuations s'ajoute, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, une émigration massive. Les îles les plus grandes ont appelé les travailleurs originaires des plus petites et des plus pauvres qui ont vu leur population se stabiliser ou même décroître. Elles ont à leur tour envoyé des émigrants vers l'extérieur. On connaît mal les incidences biologiques de ces mouvements, et même leurs incidences démographiques ne font l'objet que d'appréciations quantitatives et extrêmement sommaires. On peut toutefois attirer l'attention sur plusieurs points :

 

- La régulation de ces mouvements a essentiellement des bases économiques et politiques. La surpopulation de certaines îles (Haïti) ne s'accompagne pas nécessairement de migration faute de débouchés, alors que d'autres îles connaissent une émigration facile (Antilles françaises).
 
- L'accroissement naturel de la population, qui se manifestait depuis le début du siècle, a été fortement réduit, voire même stoppé (cas de Montserrat cité par Roberts, 1962).
 
- La structure de la population s'en trouve profondément remaniée. Le déséquilibre entre les sexes est parfois impressionnant et la structure par âge est bouleversée.
 
- On ignore les formes que prend la sélection à l'émigration ; une série d'études monographiques pourrait seule en rendre compte et permettre quelques précisions à ce niveau. Selon les pays d'accueil, et donc selon les îles, les critères de choix des migrants sont d'une nature et d'une rigueur variable et toute généralisation est impossible, mais l'ampleur du mouvement et les inégalités du recrutement des migrants, eu égard aux groupes sociaux et ethniques, font penser que la distorsion apportée à l'évolution (lu patrimoine héréditaire de certaines îles peut être considérable, même si on ne tient pas compte des différences biologiques plus subtiles qu'on trouve généralement entre des émigrants et leur groupe d'origine.

 

La fécondité.

 

D'une façon générale, l'étude de la fécondité est difficile aux Antilles, et on a insisté à juste titre sur la nécessité de modifier les méthodes classiques en raison de deux faits fondamentaux : le déséquilibre quantitatif entre les sexes et la diversité des formes de l'organisation familiale (Roberts, 1955). C'est à ce niveau que certaines des caractéristiques antillaises précédemment exposées viennent s'articuler avec l'une des voies les plus essentielles de la reproduction et de l'évolution du patrimoine héréditaire d'une population : les modalités différentielles de la fécondité selon les individus et les groupes. 

a) Fécondité et système de valeurs. - « It is unnatural not to bave a child » (il n'est pas naturel de ne pas avoir un enfant) note E. Clarke à propos de la Jamaïque, et cette observation peut s'appliquer à presque toutes les Antilles. Bien souvent on a noté que l'une des objections à toute action contraceptive tenait au sentiment de castration qui en résulte chez l'homme : l'enfant est le témoin de sa virilité et la consécration du statut de la femme. Combinée à l'ouverture des structures familiales, cette valorisation a certainement permis bien des naissances que d'autres sociétés auraient empêchées. Ces naissances étant souvent celles qui résultent d'unions transitoires, cet ensemble de valeurs a ainsi concouru à la réalisation d'un état proche de la panmixie. 

Les campagnes actuelles en vue (le l'allégement de la pression démographique connaissent un certain succès. Toutefois elles introduisent une distorsion supplémentaire dans la transmission des caractères héréditaires ; on ne doit pas oublier la forte corrélation entre strates sociales et strates ethniques. La baisse de la fécondité qui a été constatée au cours des dernières années s'opère par l'intermédiaire d'une augmentation du sens des responsabilités parentales et d'une élévation du statut de la femme, l'une et l'autre beaucoup plus nettes dans les classes relativement favorisées. Or la composante africaine est plus marquée dans les strates économiquement défavorisées. 

Un remaniement génétique assez considérable peut donc résulter de cette évolution démographique différente selon les groupes sociaux. Alors que, classiquement, il semblait que l'évolution à long terme des populations antillaises se ferait dans le sens d'un métissage de plus en plus poussé, puisque le flux génique en provenance des Blancs continuait tandis que les arrivées d'Afrique avaient cessé, la fécondité moindre des couches sociales les plus métissées tend à renverser cette tendance. Elle opère à la manière d'une sélection qui s'exercerait contre le métissage ; il serait intéressant d'en évaluer l'ampleur ; il ne faut pas oublier non plus que la composition génétique et la stratification socio-ethnique sont différentes selon les îles, que le contrôle démographique est fort inégal et que l'intensité de cette « sélection » est propre à chaque île. 

Nous nous trouvons là en présence d'un facteur qui agit donc à plusieurs niveaux ; il semble accentuer la diversité interinsulaire et atténuer la diversité intra-insulaire, tout en tendant à accroître la part relative de la composante africaine. 

b) Fécondité et organisation familiale. - Nous ne pouvons toutefois pas nous en tenir à ces considérations générales. En comparant le rythme et le nombre des naissances survenues chez des femmes qui ont participé à des structures familiales différentes, Roberts et Braithwaite (1960, 1962) ont montré combien la fécondité était en relation avec l'ensemble de l'organisation familiale, celle-ci étant elle-même différente selon les groupes ethniques (Noirs ou Indiens à Trinidad) et sociaux. On peut alors souligner quelques points d'interférence de ces faits socio-démographiques avec ce qui, dans la structure d'une population, influence la redistribution du patrimoine héréditaire :

 

- la différence entre le nombre d'enfants qu'ont les femmes selon les types de famille qu'elles réalisent a-t-elle une incidence sur la variance du nombre d'enfants par femme par rapport à d'autres populations où le couple stable est de règle ?
 
- le nombre de femmes avec lesquelles un homme a des enfants est lui-même variable. Dans quelle mesure cette polygénie successive s'accompagne-t-elle, comme dans la polygamie simultanée, d'une plus grande variance du nombre d'enfants chez les hommes que chez les femmes ?
 
- paramètre d'une grande importance dans la dynamique génétique d'une population, la taille de la « famille utile » ne peut guère être déterminée aux Antilles dans bien des cas, en raison justement des structures familiales, et on doit ramener au niveau des individus l'étude de la fécondité différentielle. Cette disjonction des partenaires sexuels devrait logiquement tendre vers un accroissement de la variance de la fécondité, et donc accélérer l'évolution de la structure génétique de la population. Mais, là encore, nous manquons de données qui permettraient de quantifier ces faits et de juger de leur place, prépondérante ou accessoire, dans le modèle général. 

c) Le déséquilibre quantitatif des sexes. - Le sex ratio est généralement bas aux Antilles. Comme aux États-Unis, le sex ratio primaire, à la naissance, est bas dans la plupart des îles. On y a vu une caractéristique raciale. Mais surtout l'émigration est sélective et touche le plus souvent les hommes, en particulier dans les petites îles où la migration introduit un déséquilibre grave (Saba, Saint-Barthélemy). La population « utile » est alors réduite bien plus que dans d'autres populations de dimensions équivalentes, et ces îles se présentent alors comme des isolats de très faible dimension. 

 

D. Systèmes de valeur et stratification raciale.

 

Les divers groupes raciaux, qu'il s'agisse de descendants apparemment non métissés d'immigrants, ou de métis dont les composantes originelles diffèrent en nature ou en degré, se voient attribuer à travers les Antilles (les statuts sociaux et une fonction économique en corrélation souvent étroite avec leur position taxonomique au sein d'une série de catégories ethniques que la société définit ; cette définition elle-même a connu une évolution marquée tout au long de l'histoire de la Caraïbe, et n'est pas la même d'une île à l'autre, les divisions entre catégories s'appuyant sur des critères morphologiques et sociaux variables. Si toutefois on accepte pour l'instant de tenir comme négligeables certaines de ces différences, il apparaît à travers la Caraïbe quelques constances de la stratification socio-raciale qui, dérivées de l'histoire du peuplement, contribuent à une certaine rigidité de la société et, tout en accroissant ses tensions internes, perpétuent les inégalités sociales entre les groupes raciaux et les différences raciales entre les groupes sociaux. 

Alors que l'organisation spatiale de la société et les formes de la famille tendent à favoriser la panmixie au sein de chaque île, les corrélations entre statut social et statut racial poussent à une homogamie déterminée par la pression sociale et contrebalancent cette influence. Comme on a pu la pressentir plus haut, la prépondérance de l'une ou de l'autre de ces directions évolutives peut varier selon les îles en raison de différences parfois apparemment mineures de l'organisation sociale. 

À l'origine au moins, la société de Plantation fut, théoriquement, bipolaire : maîtres blancs, esclaves noirs. Et cette concordance initiale demeure à l'arrière-plan (lu schéma contemporain, quoique celui-ci se soit compliqué sous les effets des divers rapports entre les groupes formateurs. La barrière entre Noirs et Blancs a été traversée par un flux génique continu qui, en raison de la situation dominante des Blancs, n'est en principe allé que des Blancs aux Noirs. 

Simultanément, la masse de la population de couleur, noire ou métissée, placée dans une société où l'économie, la vie culturelle et politique et les valeurs apprises étaient entièrement sous le contrôle de la minorité blanche dominante, adopta l'essentiel des valeurs de cette minorité, en particulier en ce qui concerne les jugements attachés aux caractères physiques apparents. Les traits phénotypiques d'origine européenne furent valorisés, et la couleur de la peau, la forme des cheveux, des lèvres ou du nez devinrent des signes dont le message fut transféré du domaine biologique au domaine social. 

Le métissage biologique, du moins dans la mesure où il se traduit par des transformations phénotypiques, devient un agent de promotion sociale, indépendamment des avantages directs qui peuvent découler pour un individu du fait d'avoir l'un de ses parents placé dans le groupe dominant. Si bien qu'à l'intérieur de la population métissée s'opère une segmentation horizontale en strates socio-raciales, que reflète une terminologie qui, en décrivant le phénotype des individus, leur attribue simultanément des caractéristiques psychologiques et une position dans la hiérarchie de la société. 

Le choix du conjoint tient alors compte du phénotype de celui-ci et, la réciproque jouant, il pousse à une certaine homogamie, que nuancent les éléments économiques de la pondération sociale d'un individu. Il semble même que, dans l'acceptation de la reconnaissance d'enfants illégitimes, les critères morphologiques jouent un certain rôle. À mesure que l'on passe des masses rurales aux couches supérieures de la société urbaine, les strates raciales sont renforcées par une endogamie de statut ; la corrélation entre le statut et les caractères physiques s'accentue alors et, dans la plupart des îles, un groupe de mulâtres très clairs occupe une place économique et sociale prépondérante que viennent mettre en cause des mouvements révolutionnaires qui tirent parti de ces contrastes phénotypiques. 

Les conséquences génétiques de ces faits sont théoriquement importantes. L'existence de nombreux sous-groupes socio-ethniques en témoigne et nous retrouvons au niveau des valeurs les implications du pluralisme, mais ces valeurs peuvent exister quand le pluralisme a disparu. Leur part dans la dynamique générale du métissage antillais est difficile à évaluer par contre en termes généraux, car elle est contrariée à la fois par les unions clandestines, par la promotion sociale d'individus qui franchissent ainsi les barrières que leur assigne leur statut racial et parfois par des bouleversements plus généraux de la société. On peut toutefois avancer, sur le vu de situations telles que celles de Haïti, ou de la Jamaïque, que le système de valeur attaché aux traits physiques agit de façon presque continue, et sédimente à la manière d'une pesanteur les individus et les groupes en fonction de leurs traits physiques, malgré les turbulences et les renversements transitoires de tendance que tentent les mouvements en vue de l'égalité ou d'un changement radical. Le terme d'« afro-saxons », appliqué aux élites dirigeantes des îles du Commonwealth récemment devenues indépendantes, ne témoigne pas seulement des influences culturelles qu'elles ont acceptées, mais aussi du système de valeur auquel elles se rattachent et qu'on leur reconnaît. 

Aussi une homogamie marquée freine-t-elle les échanges au hasard. À Porto-Rico, Thieme (1952) notait qu'une « structure de classe rigide et un système puissant et actif de préjugé racial ont empêché l'accomplissement de la panmixie ». Il le montre bien en étudiant la répartition des groupes sanguins (1952, 1959). Chaque région de l'île est hétérogène à cet égard. Cependant si, négligeant les régions, on regroupe les individus échantillonnés par groupes définis grâce à la pigmentation cutanée, l'hétérogénéité disparaît. Chaque groupe de pigmentation apparaît alors comme une population à laquelle les individus appartiennent en fonction de leur pigmentation et non de leur résidence. 

Nous avons observé des résultats analogues à la Martinique (Benoist, 1964). Toutefois, on ne doit pas oublier que la concordance entre groupes sociaux, groupes raciaux et populations endogames est partielle. L'endogamie de statut est en général bien plus forte que l'exigence d'homogamie. La mobilité sociale s'accompagne alors d'un courant d'échanges géniques, descendant et ascendant : un individu devient « plus blanc » à mesure qu'il réussit socialement, et inversement, et cela souligne l'intégration du signifiant biologique et du signifié social. Des barrières qui ne peuvent être franchies directement en raison de la distance phénotypique des partenaires peuvent être franchies de proche en proche entre groupes voisins, ou plus exactement au long d'un gradient pratiquement continu : une échelle permet au flux génique le passage du barrage par degrés. 

Par ailleurs l'homogamie ne porte que sur la partie de phénotype qui est socialement perçue. Il reste un passionnant travail à faire à travers les Antilles sur la perception de l'image du corps et sa connotation hiérarchique en rapport avec l'appartenance ethnique. Ce n'est qu'en raffinant cette analyse qu'on pourra percevoir la nature et l'amplitude des variations entre les îles vis-à-vis de l'homogamie à déterminisme social et évaluer son importance génétique réelle. Toutefois, à un niveau plus grossier, on ne doit pas oublier que certains caractères physiques seulement sont socialement perçus (pigmentation, chevelure, traits faciaux), d'autres ne l'étant pas (morphologie corporelle) ou étant inaccessibles (groupes sanguins). De plus, la corrélation du phénotype perçu avec le génotype n'est pas toujours élevée. Cela crée d'ailleurs des difficultés dans les classifications populaires du métissage, lorsque l'ascendance d'un individu ne rend pas compte de sa position phénotypique. Les discordances, particulièrement à propos de la couleur de la peau, tendent à faire regrouper les individus selon leur phénotype plus que selon leur ascendance, ce qui évidemment accentue le brassage génétique. 

Dans certains cas cependant, l'homogamie est confrontée à la connaissance généalogique. Il s'agit là, en particulier, de certaines minorités blanches qui s'efforcent ainsi d'empêcher toute immixtion d'un métissage que ne révéleraient pas les caractères physiques apparents. La gamme des situations est d'ailleurs vaste, et les minorités blanches sont inégalement ouvertes au métissage, selon la précision du contrôle généalogique, mais aussi selon l'acceptation ou le refus des individus que leur phénotype peut faire passer indifféremment comme Blancs ou comme Blancs légèrement métissés. Outre les facteurs purement socio-économiques, il semble que l'ampleur de cette acceptation soit elle-même en relation avec le type physique considéré comme l'image normale du groupe Blanc en question, et cela favorise l'ouverture au métissage des populations d'origine méditerranéenne, tandis que les anglo-saxons, par trop différents des métis, marquent nettement la frontière avec eux (Hoetink, 1967). 

 

II. STRUCTURE DE POPULATION
ET ÉVOLUTION BIOLOGIQUE CONTEMPORAINE

 

L'énumération des mécanismes qui jouent sur l'évolution d'une population nous a mis au contact de réalités multiples, démographiques, sociales, psychosociologiques et génétiques, qui concourent à une expression finale : en un lieu donné une population incarne dans sa structure biologique et dans sa composition génique une histoire évolutive particulière. En ce sens, chaque population est historique, et elle diffère de chaque autre dans la mesure où les événements aléatoires ont joué différemment avec les enchaînements inéluctables que nous sommes en mesure d'analyser. 

Là se trouve certainement l'une des spécificités de la démarche anthropologique, face aux disciplines qui permettent ses progrès. Observant l'interférence d'une histoire et des lois générales de la vie des individus en groupe, elle oseille de la recherche de ces lois à l'analyse de leurs manifestations particulières, s'approchant et s'éloignant des populations concrètes selon la phase de la recherche. Notre quête des liens réciproques de la culture et de la biologie des populations humaines nous impose la même alternance, et notre recherche des enchaînements généraux nous ramène aux cas particuliers, qui sont à leur tour la source de retouches. 

Dans chaque île de la Caraïbe, nous retrouvons les facteurs qui ont été présentés plus haut. Communs à l'ensemble de la région, ils lui donnent une unité économique, sociologique et culturelle qui dépasse les particularités linguistiques ou politiques qui la morcellent. Mais les barrières interinsulaires ont maintenu chaque île à l'abri du voisinage (voir Benoist et coll., 1972), permettant à sa population de suivre une route évolutive propre : les divers fils qui relient culture et biologie n'ont pas pris une part égale à la formation du réseau d'interinfluences ; la composition ethnique de la population, sa structure génétique et la dynamique de son évolution ont ainsi, dans un cadre grossièrement analogue, connu une série d'inflexions dont la comparaison des populations actuelles nous permet de suivre l'expression biologique. Toute l'évolution biologique contemporaine des îles apparaît ainsi en Continuité directe avec les faits de société et de culture : différences d'origine, de structures sociales, de relations interethniques ou de conditions démographiques. Les forces en action sont contradictoires, et un léger déséquilibre entre elles peut renverser la résultante de l'ensemble du système. 

Nous pouvons, très schématiquement, regrouper les sous-systèmes d'ordre social selon leurs incidences probables sur le comportement reproducteur et, par cet intermédiaire, sur la structure génétique :

 

a) Certaines particularités des sociétés antillaises tiennent les unions fécondes à distance d'un déterminisme social du choix du conjoint et les rapprochent du modèle panmictique:

 

-   la structure familiale est fluide ;
 
-   les comportements réels sont très dissociés des attitudes exprimées. On a même pu parler, vis-à-vis de la vie familiale et sexuelle, d'une dualité de modèles, et le champ des unions potentielles s'élargit bien au-delà du cercle socialement admis ;
 
-   l'intégration communautaire est faible. L'implantation géographique joue un rôle certain dans la probabilité d'unions, mais l'absence de communautés fortement structurées empêche les discontinuités et laisse le tissu social ouvert ;
 
-   chaque individu peut entrer dans plusieurs unions fécondes ;
 
-   les migrations intra-insulaires temporaires sont nombreuses.

 

La population d'une île se trouve ainsi soumise à un important brassage, ouverte au flux génique qui vient l'aborder, et donc au métissage ; elle laisse aisément diffuser des apports nouveaux ne rencontrant que peu de résistance sociale. 

b) D'autres possibilités agissent en sens inverse. Elles poussent à l'endogamie, et donc au maintien ou même à la création de sous-groupes relativement isolés. Le taux de consanguinité peut y être élevé et la dimension de la population est souvent faible, contribuant à accroître les tendances à la diversification.

 

-   La dimension des îles peut jouer un rôle. Mais on doit être très prudent à ce sujet. Il semble (cas des Grenadines, des îles Vierges et du groupe Saint-Martin, Saint-Kitts, Anguilla) que les petites îles soient sujettes à une mobilité interinsulaire assez élevée et que l'unité de population dépasse franchement les frontières d'une seule île. Lorsque la population d'une très petite île est aussi un groupe social et surtout ethnique marqué (Saint-Barthélemy, Terre-de-Haut, Saba), la barrière géographique joue au contraire à plein.
 
-   Une endogamie de statut isole certains groupes sociaux. C'est le cas de la strate supérieure de la population de couleur particulièrement net en Haïti, qui se coupe biologiquement du reste de la population tout en étant ouverte au monde extérieur et par conséquent à un métissage avec les Européens. La même coupure apparaît au sein des groupes Blancs de différents niveaux sociaux, sans avoir les mêmes conséquences anthropologiques.
 
-   Toutefois, c'est l'insertion des faits de race dans l'ensemble des relations sociales qui donne à la liaison des faits biologiques et sociaux une force particulière aux Antilles. Sur cette base, les groupes socio-ethniques minoritaires, souvent hautement endogames, se tiennent à l'écart sur la base de critères culturels et phénotypiques à la fois (originaires de l'Inde dans diverses îles, Blancs-Matignons de la Guadeloupe, Chinois de Cuba, Blancs de la Désirade ou de Carriacou). La permanence du groupe racial dépend alors étroitement de l'évolution du groupe social dont la déstructuration aboutit à un métissage de plus en plus poussé.

 

c) Une partie des systèmes de valeurs et des structures sociales poussent ainsi à l'homogamie. Celle-ci peut se limiter à l'apparence des individus, mettant en corrélation les conjoints quant aux caractères qui témoignent de leur métissage. Cette homogamie est surtout marquée aux niveaux les plus élevés de la société de couleur. Elle a pour contrepoids biologique la prise en compte d'éléments socio-économiques qui contribuent au statut d'un individu. Par contre, une véritable « hypergamie » à base phénotypique permet l'ascension sociale par le mariage à des individus de statut économique peu favorisé, mais dont le phénotype s'accorde à celui que recherche la classe supérieure. 

Dans certaines minorités blanches l'homogamie s'appuie, de façon bien plus rigoureuse, sur un contrôle généalogique. 

Écartant certainement ces populations de la panmixie, ces comportements ne sont pas cependant des facteurs d'isolement véritable en sous-groupes. Ils viennent en réalité canaliser le métissage au long d'axes privilégiés. 

d) À un rythme rapide, la fécondité différentielle des classes sociales et des groupes ethniques, et l'incidence différentielle des migrations viennent bouleverser la composition génétique (les îles. On ne doit en effet jamais oublier que toute modification démographique inégale selon les groupes sociaux a nécessairement (les implications génétiques en raison de la diversité génétique des groupes sociaux. 

Dans les situations réelles, toutes ces combinaisons de forces concourent à l'évolution contemporaine, par l'intermédiaire des mécanismes évolutifs classiques (métissage et dérive) et en relation avec la sélection.

 

Le métissage se présente globalement
de la façon suivante 

- une part importante de la population, approximativement panmictique (avec toutes les nuances que nous avons dû apporter), constitue ce que l'on nomme à l'île Maurice la « population générale ». Elle tend vers l'homogénéisation, tout en étant traversée de courants internes relativement bien définis. Elle est ouverte aux apports extérieurs, dont l'ampleur peut connaître d'importantes variations historiques. Sa distance à l'homogénéisation (probabilité égale pour chaque individu d'avoir le même nombre d'ancêtres de chacun (les groupes formateurs) dépend du rythme et (le l'ampleur de ces apports extérieurs comme de la profondeur historique du métissage. 

- une série de sous-sections endogames gravite autour (le cette masse. La nature et l'efficacité des barrières qui les isolent présentent (le grandes variations. Vivant généralement au sein de la « population générale », les membres de ces groupes contribuent souvent à son métissage. Ils tendent par contre à en refuser les apports. Selon l'efficacité (le ce refus, ils demeurent à une distance fixe (le celle-ci ou bien ils s'en rapprochent insensiblement, parvenant même parfois (cas (les Caraïbes Noirs, et dans une certaine mesure des Saintois) à conserver les fonctions sociales d'une individualité ethnique sans (tue celle-ci persiste sur le plan biologique. 

- les relations entre la « population générale » et ces sous-groupes sont compliquées par le fait que la « population générale » d'une île, lorsqu'elle envoie un groupe de migrants dans une autre île, petit soit s'intégrer à son homologue dans cette dernière, soit (Haïtiens à Cuba ou en République dominicaine) former à son tour un groupe périphérique. 

Il serait particulièrement intéressant (le poursuivre, à partir (le cette situation (le l'aire caraïbe, une série (le recherches minutieuses sur les barrières génétiques. 

La dérive, et nous regrouperons dans cette catégorie toutes les fluctuations géniques non orientées dues à des événements aléatoires, se présente à travers les Antilles sous des jours très divers en s'inscrivant dans le cadre tracé par les faits historiques et sociaux. 

Dans les groupes les plus petits et les mieux isolés (Grenadines, Saint-Barthélemy, diverses minorités), on peut observer des particularités normales ou pathologiques qui ont les plus fortes chances de s'être constituées récemment, sous l'effet conjugué de l'étroitesse de la population, de son isolement et des fluctuations au hasard. On a décrit certains cas particulièrement nets (îles Caymans, Saint-Barthélemy). La disparité régionale entre les sous-groupes d'une population subdivisée, comme Saint-Barthélemy (Benoist, 1966), donne une véritable mise en évidence expérimentale de la dérive. 

On retrouve dans ces petites populations les divers mécanismes de dérive que Roberts (1968) a fort bien synthétisé à propos de Tristan da Cunha : « interventions du hasard dans la transmission des gènes d'une génération à la suivante, dans les variations d'amplitude et de direction des pressions de sélection et dans l'apparition d'événements uniques (mutations, métissage isolé, immigrants, catastrophe naturelle, etc.) ». 

- dans les îles plus vastes, les immigrants sont venus nombreux, mais ils ne formaient bien évidemment pas un échantillon représentatif des populations d'origine, aussi bien chez les Européens que chez les Africains ou les Asiatiques. De plus, après leur fondation, les populations des diverses îles se sont développées indépendamment les unes des autres : malgré les migrations interinsulaires les échanges n'ont pas comblé les écarts. Les hasards d'échantillonnage se poursuivant, les îles se sont trouvées affectées de façon variable par les nouvelles arrivées. Le décalage chronologique entre les îles de colonisation ancienne (Saint-Domingue, Barbade, Martinique) et celles de colonisation récente (Trinidad) implique enfin un décalage dans les origines des nouveaux venus, la traite en particulier n'ayant cessé de voir la part respective de ses divers points de départ évoluer au profit des comptoirs les plus méridionaux. 

- certains isolats sociaux ou ethniques, certains sous-groupes qui gravitent biologiquement à distance de la « population générale » tout en étant insérés dans une même société, ont sans doute suivi eux aussi une évolution propre sous l'effet de la dérive, mais on n'a pas fait l'inventaire de ces situations. Il faudrait examiner à cet égard les petits groupes : Européens, Moyen-orientaux, Chinois ou Indiens, qui sont souvent placés dans une situation sociale favorable à une haute endogamie quand leur statut économique peu élevé les tient à l'écart de l'élite insulaire et du monde extérieur, tandis qu'ils se reconnaissent un statut racial qu'un métissage leur ferait perdre. Le choix systématique d'un conjoint dans une union endogame peut avoir des causes plus positives, d'ordre religieux ou linguistique, et certaines sectes assez closes, à connotation ethnique, remplissent sans doute cette fonction. 

Autant que la régulation du métissage, la création de conditions favorables à la dérive tient aux fondements sociologiques et culturels des Antilles : les principaux mécanismes de l'évolution rapide du patrimoine héréditaire des populations antillaises prennent leur source au cœur de la dynamique des relations sociales. Aux yeux du biologiste, le secteur des sciences sociales qui est alors en cause concerne directement sa discipline, car il est porteur d'incidences biologiques déterminées par d'inéluctables enchaînements. À ceux du spécialiste des sciences sociales, cette biologie est sociologique, dans la mesure où le mouvement et le sens de la marche sont directement commandés par les relations sociales et les faits de culture ; le niveau biologique n'est alors que celui des effecteurs et de leurs lois, non celui du déterminant. 

En réalité, nous nous trouvons là au coeur d'une dynamique bioculturelle qui ne doit sa dualité apparente qu'à la double origine des concepts et des techniques. Aussi, sur le terrain comme dans l'élaboration technique ou théorique des données, ne pouvons-nous étudier cette dynamique sans examiner à la fois l'organisation sociale et les groupes sanguins, l'insertion spatiale et l'évolution historique, la biométrie et les relations interethniques. 

Au niveau de la sélection la situation est plus délicate à aborder. Les faits sociaux semblent voir leur importance se réduire face à celle des relations strictement biologiques entre le phénotype, le génotype et l'environnement. Le rôle médiateur des faits de culture n'apparaît pas avec autant de relief, et de larges secteurs leur échappent. Toutefois ils se placent sur le chemin de la sélection à diverses occasions, directes ou indirectes. 

D'une façon directe, la diminution de la sélection sexuelle, évoquée plus haut, dépend de l'organisation de la famille ; de plus, la fécondité différentielle des groupes sociaux a des conséquences directe-ment sélectives par le fait que, dans ces sociétés, les groupes sociaux sont également des groupes génétiques contrastés ; de plus, la stratification socio-ethnique de la société souligne les différences des classes sociales vis-à-vis des pressions de sélection exercées par les maladies et par l'état nutritionnel : des groupes différents par leur composition génétique subissent des pressions différentes. 

Mais, d'une façon indirecte, la conjonction du métissage et du transfert des populations dans un environnement nouveau et en changement rapide ouvre des perspectives remarquables à la sélection, tout en donnant des moyens originaux pour son étude. Les groupes humains qui coexistent aux Antilles et qui s'y mêlent venaient de milieux naturels très divers où ils étaient soumis à des agressions fort variées. L'équilibre entre ces groupes et leur environnement était ancien et avait abouti à une adaptation génétique poussée dont témoignent par exemple la pigmentation cutanée où les hémoglobines anormales. La venue aux îles s'est accompagnée d'une inflexion considérable de la sélection, et de la tendance à une série de nouveaux équilibres. Sous l'effet de cette nouvelle situation, les fréquences des allèles mis en cause ont tendance à varier jusqu'à ce que ce nouvel équilibre soit atteint. Or, parallèlement à ces changements, les divers groupes ethniques se sont métissés entre eux : les fréquences géniques chez les métis s'ajustent à leurs origines, et elles dépendent de la proportion de chaque groupe formateur ainsi que des fréquences initiales dans chacun de ces groupes. C'est ainsi qu'on a pu calculer la part respective des groupes parentaux dans une population métisse à partir des fréquences géniques de cette dernière et de ses groupes formateurs. 

Mais les pressions sélectives qui s'exercent sur le groupe métis viennent perturber ces proportions. Si la fréquence de la plupart des allèles neutres, non remise en question par la sélection, reflète effectivement les origines du métissage, celle d'autres allèles va se trouver accrue ou réduite sous les effets de la sélection. Cette déviation, face aux valeurs attendues chez les métis, donne à la fois la preuve de l'intervention différentielle de la sélection et un moyen d'en évaluer l'intensité et la direction. On a fait quelques tentatives en vue d'appliquer ces implications théoriques (Workman, 1968, 1969), mais cette méthode peut encore apporter bien des résultats originaux, surtout si on l'utilise en tenant compte des nuances qui séparent, du point de vue du métissage comme vis-à-vis des pressions de l'environnement, les îles, les strates socio-ethniques, ou les communautés antillaises. 

Nous voici arrivés au terme d'un essai d'intégration des données sociales et des faits génétiques, essai qui trouve sa raison d'être non pas dans le désir à priori de conduire un travail interdisciplinaire, mais dans la nature du problème posé : les mécanismes sous-jacents à la dynamique évolutive (les populations d'une aire socio-culturelle donnée. 

Dans quelle mesure pouvons-nous généraliser ce qui précède ? Nous avons dû, pour échapper à la facilité de considérations trop générales, concentrer notre attention sur une région particulière, et, dans ces condition,-,, notre ultime effort doit nous conduire à distinguer ce qui tient aux caractères propres à cette région de ce qui provient d'une démarche valable ailleurs. L'étroite relation, dans l'aire caraïbe, des classes sociales avec les groupes ethniques, ainsi que la clarté des liens entre les mouvements migratoires et la composition raciale des nouveaux venus nous ont certes facilité grandement les choses. Notre premier effort de généralisation doit nous mener à distinguer, parmi les facilités ainsi apportées, celles qui tiennent à des faits propres à la Caraïbe de celles qui, grâce à cette conjonction des groupes raciaux et des groupes sociaux, sont plus visibles dans la Caraïbe tout en étant analogues ailleurs. Le travail est loin d'être fait. On peut supposer toutefois que, là où les différences phénotypiques sont le signe de barrières sociales sous-jacentes, la situation antillaise ne fait qu'amplifier ce qui existe ailleurs, plus masqué, tandis que là où elles sont les causes d'un évitement social, les particularités de la Caraïbe ne sont généralisables qu'à d'autres sociétés où les phénotypes individuels jouent un rôle analogue (sociétés de métissage, sociétés coloniales). 

Il en va un peu de même à propos de ce qui touche à la structure de la famille et à l'organisation sociale en général. On retrouve dans certaines sociétés (sociétés afro-américaines du Brésil et des États-Unis, Mascareignes, certains quartiers pauvres d'urbanisation récente en Europe) la plupart des traits organisationnels décrits aux Antilles, avec ou sans leur intrication avec les contrastes raciaux. Dans de tels cas, nous pouvons vraisemblablement retrouver certains des enchaînements qui ont été décrits à propos de la Caraïbe. 

Mais beaucoup d'autres formes sociales existent, ainsi que d'autres formes d'implantation spatiale. Ce sont alors d'autres enchaînements qui vont être mis en relief par l'analyse de la dynamique bio-culturelle. Les formes et les contributions relatives des éléments qui s'y articulent seront nécessairement différents, et la généralisation de notre démarche n'implique alors nullement celle (les étapes qu'elle suit. Toutefois, par un effort systématique lors (le l'étude intensive (le populations réelles, il doit être possible (le restituer au mieux les nombreux enchaînements qui lient leur patrimoine héréditaire, leur environnement naturel, leur organisation sociale, leur vie économique et leurs systèmes de valeurs. 

En construisant une anthropobiologie qui tienne ainsi compte de toutes les articulations de la dynamique écologique, et des particularités d'une écologie proprement humaine, nous pourrons aborder une nouvelle étape de notre discipline qui, sans perdre le contact avec le concret, permettra un enrichissement de sa théorie.

 

SUMMARY 

Bio-cultural dynamics of the Caribbean area essay
in ecological anthropobiology.

 

The Caribbean area admirably lends itself to an analysis of the biocultural dynamics of human populations : the area is characterized by the relative thinness of its past, the multiplicity of its racial groups, its socio-ethnic stratification, and the emergence of a series of insular groups which, in a highly diversified natural and human environment, have been exposed to analogous pressures at the economics and political levels. 

The various factors that affect the evolutionary dynamics of this area are examined in turn : social Organisation, family structure, demography, systems of values, and the interrelationships between ethnic groups. In each case, the influence of those factors on the genetic structure of the population is emphasized. 

The way in which those factors combine, at the level of the population unit which each island constitutes, is analysed next. In such ecosystems, the social and genetic facts associate and react upon one another in a way which determine the lines along which the gene pool will develop.

 

BIBLIOGRAPHIE

 

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Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 29 septembre 2007 11:43
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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