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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Le mouvement populaire et communautaire:
de la revendication au partenariat (1963-1992)
” (1992)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Paul R. Bélanger et Benoît Lévesque [sociologues, UQAM], “ Le mouvement populaire et communautaire: de la revendication au partenariat (1963-1992) ” in ouvrage sous la direction de Gérard Daigle et Guy Rocher, Le Québec en jeu. Comprendre les grands défis. Chapitre 26 (pp. 713 à 747). Montréal: Les Presses de l’Université de Montréal, 1992, 812 pp. [Autorisation accordée par MM. Bélanger et Lévesque le 8 avril 2004]

Introduction

Groupes populaires et organismes communautaires sont sans doute les expressions les plus fréquemment utilisées pour désigner l'ensemble relativement vaste et diversifié des organisations qui reposent sur la participation populaire (ou la participation de la communauté), et qui se développent en marge des partis politiques et des organisations syndicales sur le terrain des conditions de vie et de la consommation collective. La diversité des groupes populaires et communautaires soulève une question de fond:

[...] est-ce que l'on parle toujours de la même chose lorsqu'on considère un comité de citoyens voulant participer à un processus de rénovation urbaine, une garderie populaire qui mène des actions pour la reconnaissance d'un droit social ou une coalition sur les médias communautaires qui demande un programme de financement adéquat pour les activités de ses membres? (Hamel, 1991, p. 22)

Cette question s'impose lorsque l'on veut rendre compte de l'évolution de ce mouvement.

La prise en charge démocratique des problèmes du quartier, de la région, du cadre de vie et des services collectifs confère à ces divers organismes une certaine parenté. Les expressions mouvement populaire (1), mouvement communautaire, mouvements urbains (2), mouvements sociaux (3), pratiques émancipatoires (4), mouvement alternatif (5) qui renvoient à des problématiques différentes, permettent ainsi de dépasser la fragmentation de ces groupes. Dans cette optique, les auteurs sont relativement d'accord (6) pour faire remonter l'origine de ce mouvement au début des années soixante et pour considérer son évolution en termes de continuité et de rupture (7). À partir de là, les interprétations varient considérablement.

Une première interprétation met de l'avant une conception «révolutionnariste» du changement social. Cette interprétation était partagée par l'extrême-gauche, pour qui les groupes populaires se devaient de contribuer à la construction du parti (ouvrier) en vue de la prise du pouvoir de l’État, moyen quasi exclusif de changement social (8). C'est en fonction de cet objectif que les groupes populaires étaient évalués et encouragés. Cette conception était partiellement présente dans nombre de recherches d'inspiration marxiste dont les analyses du politique étaient quelque peu réductionnistes et teintées d'économisme, voire d'ouvriérisme (Hamel, 1991, p. 23-24). La place accordée aux acteurs sociaux était d'autant plus réduite qu'elle était déterminée par les contradictions du capitalisme.

Une seconde interprétation, qui prolonge la première à partir de présupposés théoriques différents, met l'accent sur la récupération et le déclin du mouvement populaire. L'État y est présenté presque exclusivement sous l'angle d'une régulation technocratique, régulation dont la capacité de quadriller le social et de digérer ses demandes semble quasiment illimitée. Cette interprétation est présente de façon plus ou moins explicite dans la plupart des analyses, notamment dans certaines analyses s'inspirant de la sociologie des mouvements sociaux (Renaud, 1984; Simard, 1979). De ce point de vue, les groupes populaires et les organismes communautaires contribuent par leur institutionnalisation au renforcement de la régulation technocratique, qui pourra désormais s'appuyer sur des relais locaux pour contrôler de façon plus serrée la vie des citoyens et des citoyennes.

Une troisième interprétation va dans une direction tout à fait opposée puisqu'elle définit les groupes populaires comme autant d'espaces de liberté et de créativité qui conduisent à l'avènement d'une société autogestionnaire (Gagnon, dans Gagnon et Rioux, p. 18). Cette interprétation met l'accent sur l'émergence de nouvelles valeurs dans les sociétés industrielles avancées. Ces nouvelles valeurs caractérisées par la rencontre entre le néo-culturel et le traditionnel «favorisent l'organisation communautaire de personnes autonomes, le refus des grandes organisations et de la délégation de pouvoir, I'autogestion, le retour au vécu et à la vie quotidienne» (Bélanger et Lévesque, 1987, p. 259). Cette interprétation (9) renvoie plus ou moins explicitement à la promo-tion d'une société dualiste, puisque les pratiques émancipatoires ne peuvent réduire l'aliénation et l'exploitation de la sphère hétéronome autrement que par la réduction de cette sphère au profit de la sphère autonome où règnent la liberté et l'expression de soi (Gorz, 1980).

Bien que certaines de ces recherches constituent des références incontournables et qu'elles mettent en lumière des dimensions d'analyse qu'on ne saurait ignorer, les approches utilisées n'en présentent pas moins des limites évidentes. En s'efforçant d'éviter l'éclectisme et le bricolage théorique, nous tenterons de proposer une interprétation tenant compte aussi bien des changements structurels relevant de l'économie politique que de la dynamique des mouvements sociaux qui s'expriment à travers ces divers groupes et organismes (10). Comme plusieurs chercheurs l'ont indiqué (11), il est extrêmement difficile de proposer une périodisation du mouvement populaire et communautaire qui rende bien compte de la diversité et de la multiplicité des groupes qui s'y rattachent dans l'ensemble du Québec. C'est pourquoi nous nous sommes moins préoccupés de proposer un découpage fin des périodes que de recenser les principales générations du mouvement populaire et communautaire. À cette fin, nous tenterons de tenir compte aussi bien de la demande sociale et de la forme dominante des organisations du mouvement que du modèle de développement et de la forme de régulation sociale qui dominent alors dans la société québécoise.

C'est ainsi que nous avons recensé trois générations d'organisation: la génération des comités de citoyens qui s'imposent dans les milieux urbains de 1963 à 1969 et dans les milieux ruraux de 1970 à 1975, celle des groupes populaires (ou groupes de services) qui dominent de 1976 à 1982, et celle du partenariat et des groupes communautaires qui se sont imposés au cours des cinq dernières années. Indiquons dès le départ que l'apparition d'une nouvelle génération ne signifie pas la fin de l'autre. À travers la rupture que crée une génération nouvelle, il existe une continuité qui est celle de la double demande que porte le mouvement populaire et communautaire, demande de services collectifs et demande de démocratisation de ces services. Selon les conjonctures, cette double demande donne lieu à des compromis qui prennent la forme soit de l'étatisation de services collectifs, soit de leur démocratisation par des réalisations relativement autonomes ou encore par des formes de partenariat.


Notes :

(1) Les expressions mouvement populaire et mouvement communautaire sont sans doute les plus utilisées mais les moins bien définies. Voir, entre autres, Favreau (1989).

(2) Hamel (1991, p. 26), qui se limite aux mouvements dont l'action se définit autour d'enjeux urbains, emploie le pluriel pour bien marquer la diversité des formes de ces mouvements.

(3) Mouvements sociaux relatifs aux rapports sociaux de consommation et de condition de vie. Voir Descent, Maheu, Robitaille et Simard (1989).

(4) Le concept de pratiques émancipatoires est défini par référence à «un modèle théorique de société autogestionnaire construit à partir d'un certain nombre de ruptures favorisées par les contradictions affectant la société industrielle concrète dans laquelle nous vi|vons». De ce point de vue, ne sont retenus que les « groupes populaires susceptibles de réaliser, dans un certain nombre de domaines du social, les ruptures conduisant à l'avènement d'une société autogestionnaire » (Gagnon et Rioux, 1988, p 18).

(5) Voir, entre autres, loyal et Léger (1989).

(6) Fontan (1991, p. 96) situe ces mouvements dans la perspective de l'économie sociale et du mouvement associatif qui remontent, comme on le sait, au XlXe siècle.

(7) Tel était d'ailleurs le titre d'un chapitre du livre que nous avons écrit il y a quelques années (Bélanger et Lévesque, 1987). Cette idée est reprise par Favreau (1989), qui emploie cependant le pluriel, continuités et ruptures, comme sous-titre de son ouvrage.

(8) Dans cette perspective, les solutions aux problèmes concrets apportées par les groupes populaires retardaient l'arrivée du grand soir. Pour une présentation de l'interprétation et une première critique de cette vision, voir Désy, Ferland, Lévesque et Vaillancourt (1979, p. 157 et s.).

(9) Voir Rioux (1982) et Gagnon et Rioux (1988).

(10) Les grands axes du cadre théorique qui nous inspire ont été exposés dans Bélanger et Lévesque (1991).

(11) Hamel (1991, p. 104) parle d'histoire éclatée, difficile à reconstruire. C'est ce que révèle également la périodisation de Favreau (1989).

Retour au texte de l'auteur: Paul-R. Bélanger, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le lundi 5 février 2007 19:37
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cégep de Chicoutimi.
 
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