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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Georges Balandier, “Introduction. La demande d'éthique.” Un article publié dans la revue Cahiers internationaux de sociologie, no 88, nouvelle série, 37e année, janvier -juin 1990, pp. 5-12. Paris: Les Presses universitaires de France. [Autorisation formelle de diffuser ce texte dans Les Classiques des sciences sociales accordée par M. Balandier le 28 janvier 2008.]

Georges BALANDIER

Introduction.
La demande d'éthique”.

Un article publié dans la revue Cahiers internationaux de sociologie, vol. 88, nouvelle série, 37e année, janvier-juin 1990, pp. 5-12. Paris : Les Presses universitaires de France.

RÉSUMÉ

La science des mœurs, la morale - et l'éthique qui les fonde - ont orienté l'activité sociologique dès son commencement. Celle présentation procède à un bref rappel des positions théoriques. Elle est surtout destinée à montrer comment s'exprime et se traduit en pratique, aujourd'hui, la demande d'éthique. Elle souligne le fait que c'est la définition de l'homme, dans la modernité actuelle, qui reste en attente de précision.

SUMMARY

From its very beginning, sociological research has been orientated towards the study of behavioural patterns, morals -and the ethics upon which they are based. This article briefly recalls a number of theoretical points of view. It is mainly intended to demonstrate how the demand for ethics is today finding its expression and its practical application. It underlines the fact that it is the definition of man, in the present modernity, which is still needing to be further specified.

*  *  *

La question éthique est aujourd'hui, plus que jamais, une question sociologique. Mais elle n'a pas cessé d'être posée au cours de l'histoire humaine. Elle accompagne tout le parcours de la pensée philosophique, elle gagne en acuité durant les périodes où la philosophie pratique devient incertaine quant à ses fondements, où la morale se trouve en quelque sorte mise à l'épreuve. Il en est ainsi parce que cette question se situe au centre de toute réflexion. Elle est indissociable de l'évaluation qu'impose toute action humaine, de la nécessité de savoir si celle-ci se justifie, est nécessaire et en accord avec les valeurs reconnues ou en contradiction avec elles. Et d'autant plus que nulle action ne porte en elle sa propre justification. Celle-ci ne peut non plus se réduire à une évaluation utilitariste : une société du pur calcul deviendrait une société insensée, productrice du vide et de la violence, où l'individu ne serait qu'un instrument. L'utilitarisme doit nécessairement être complété ; c'est en cette condition que l'éthique et la morale trouvent leur propre nécessité : les conduites humaines ont à être fondées sur une assise plus large, que l'on peut dire « anthropologique ».

Dès l'origine, la morale et l'éthique traitent des moeurs, des attitudes humaines et, en particulier, de ce qui règle et justifie les conduites de l'homme, individuellement et collectivement. Mais, les deux termes qui les désignent ne sauraient être tenus pour équivalents, même si l'usage ordinaire - surtout en ce temps - y recourt indifféremment. La distinction n'est pourtant pas simple, ses critères ont varié. Le plus souvent, la morale est vue comme reportant aux phénomènes moraux concrets, àdes faits (possibles objets de science), à des fonctions sociales et à des variations au cours de l'histoire ; elle s'inscrit dans le relatif. L'éthique traite alors de ce qui fonde toute morale, des concepts fondamentaux : le bien, le mal, le devoir, l'obligation, et aussi la liberté sans laquelle il n'y aurait que soumission aveugle, passive ou résignée ; elle s'inscrit dans l'universel. Aujourd'hui, l'éthique apparaît surtout comme une « déconstruction » de la morale, un travail de manifestation de ses évidences et de ses fondements supposés. Elle est une recherche - à laquelle certains renoncent, qui lui substituent une esthétique de l'existence -, une recherche que le caractère désormais problématique de la morale entretient depuis l'avènement de la modernité. Celle-ci, avec le mouvement et les incertitudes, le bouleversement des références et les crises qui sont de sa nature, conduit plus à une morale défensive qu'à une morale « prescriptive » : à la condamnation de ce qui porte menace pour l'homme, et notamment de ce qui le réduit à l'état d'instrument, de Marchandise ou de chose.

Le débat éthique n'est pas dissociable du débat philosophique, et tous deux sont conditionnés. Ils ne peuvent s'en tenir à la seule considération de l'homme en tant qu'être libre et raisonnable. Les valeurs fondamentales en jeu sont diverses, changeantes, concurrentes. De là, les tentatives de traduire ces différences en des oppositions, de les manifester en des attitudes morales opposées ; par exemple, morale des buts visés contre morale de la valeur intrinsèque des actes, morale de la conformité aux principes contre morale de la responsabilité quant aux conséquences (Weber), morale de la conformité au groupe contre morale de l'individu exceptionnel (Nietzsche), morale de l'appartenance de classe contre morale de l'individualisme (Marx), etc. Ce qu'il convient de bien saisir, c'est à quel point l'histoire affecte les systèmes moraux, efface, renouvelle, et sédimente aussi les valeurs. L'opposition réductrice ci-dessus mentionnée est révélatrice des conflits qui résultent de la coexistence des systèmes de valeurs. La société est, dans son devenir, l'espace changeant où s'actualisent et s'opposent des valeurs concurrentes et d'âge différent.

L'anthropologie culturelle exprime la grande diversité des modèles selon lesquels s'effectuent les conduites humaines, l'histoire montre leurs variations au cours du temps dans une même société, une même aire de civilisation. La sociologie tente de définir le champ de la morale, de le différencier de ce qui relève proprement du droit ou de la religion ; en mesurant les difficultés opposées à cette détermination, puisque les trois domaines sont en interférence. Pour Durkheim, l'établissement de la sociologie est inséparable de la préoccupation morale ; avec d'autant plus de certitude qu'il veut « apporter une solution à la crise morale redoutable de [son] époque ». Dès ses premiers ouvrages, il précise son projet de traiter les faits de la vie morale selon les méthodes des sciences positives, de parvenir à une science de la morale et non pas à une morale tirée des sciences - et ainsi légitimée. De fonder une morale qui ne relèverait plus d'un ordre théologique ou métaphysique, qui ne serait non plus déduite de la nature raisonnable de l'homme. Le seul référent retenu est la société ; il n'y a pas d'autre être moral qu'elle, ses fins « jouissent d'une véritable suprématie morale » ; et la désintégration anomique est le critère du mal, du relâchement des solidarités, de la confusion des actions prescrites. Dans son ouvrage posthume, consacré à « l'éducation morale », Durkheim affirme : « pour agir moralement, il faut agir d'après les fins de la société » - et le vouloir librement. L'affirmation n'est ni sans risques, ni sans contradiction avec ce qui est de la nature même du social. Durkheim doit bien reconnaître que la société est faite de « groupements » inégaux, et que les devoirs qui en découlent ne sont pas considérés également. L'obligation morale varie selon les positions sociales, les conditions individuelles. Durkheim se sort de la difficulté en postulant que la société idéale « fait partie de la société réelle », que l'idéal vient au réel en le dépassant. On aimerait partager cette conviction. L'histoire proche n'y aide guère.

Les projets de contribuer au double développement d'une morale théorique et d'une science des mœurs - auxquels Gurvitch apporta un temps sa contribution - ne sollicitent plus l'attention des sociologues au cours des dernières décennies. La grande transformation qui s'accomplit en cette période fait apparaître d'autres horizons. Du XIXe siècle et du début de celui-ci surgissent les revendications d'émancipation, celles qui s'organisent, se généralisent et prennent la forme des luttes décolonisatrices : c'est d'elles que naîtra une « éthique de la libération ». Celles aussi qui entretiennent la volonté de révolutionner les sociétés de domination fondées sur l'économie capitaliste, qui nourrissent une morale de l'engagement et de la lutte. Mais, des mouvements multiples sont à l'oeuvre ; ils accélèrent le travail de la modernité, ils cumulent leurs effets et agissent par diffusion. Certains d'entre eux s'expriment au cours des années 60 et suivantes par l'« irruption » des révoltes conduites par les jeunes générations, du nouveau féminisme, puis des manifestations écologistes et des actions se qualifiant d'alternatives. Il en résulte une accélération du changement des mœurs, et d'une certaine façon une subversion éthique qui se définit encore mal sinon par l'opposition des valeurs exaltant la qualité, l'intensité, la singularité aux valeurs imposées par la rationalité de la technique, de l'économie et de l'organisation.

Tout bouge, et en tous sens, nous sommes passés - peut-on dire - de l'âge des structures à l'âge du mouvement. En ce temps de ruptures et d'émergence de l'inédit, de tensions et de contradictions, d'incertitude, la figure de l'homme a l'aspect d'une image bougée au sens photographique du terme. Sans définition mythique, métaphysique, positive et même culturelle de large acceptation, l'homme devient un être historique mal identifié. L'indifférence, le mépris, la violence peuvent l'attaquer à frais plus réduits, l'inquiétude et la peur le faire plus passif, et la puissance technicienne le rendre façonnable. Dans une interprétation extrême, celle du philosophe M. Henry, l'avenir serait celui d'une « barbarie » maquillée par l'effet du progrès scientifique et technique, par les placages des apparences produites au moyen des médias. Si rien n'est simple ni clair, la clôture ainsi prédite n'est pourtant pas sans issue. Des actions contraires prennent forme, un travail d'abord discret fait reparaître des demandes de nature morale, une nécessité s'impose de donner des nouveaux repères aux conduites humaines et de retracer leurs limites.

La montée d'une « génération morale » est de temps à autre annoncée, sous l'effet de l'événement. Il est vrai que la jeunesse est redevenue plus immédiatement réactive aux violations des droits de l'homme et aux violences totalitaires, au racisme et aux discriminations, à la détresse des peuples démunis et à la pauvreté du « quart-monde », aux situations de compétition inégale et à celles d'affrontement brutal. Les engagements personnels, les mouvements collectifs, les associations en témoignent ; ce qui apparaît d'abord de nature émotionnelle cache une exigence encore confuse de recoder la vie et d'en assurer la défense. Par ailleurs, la solidarité, dont Durkheim disait qu'elle découle de tout ce « qui est moral » dans la société, est réactualisée ; elle valide les discours et les initiatives, même si elle se trouve mise en scène et dramatisée par les effets médiatiques. Dans les divers champs de l'activité collective, la demande d'éthique - ou, au minimum, de règles du jeu plus claires, correctrices des excès et des perversions - trace son chemin. Dans la vie quotidienne, le lien social se refaçonne en revitalisant certaines valeurs, les moeurs se soumettent à une autorégulation, notamment en ce qui concerne la sexualité et la famille. En tous ces domaines, l'interrogation sociologique, anthropologique, apparaît non pas seulement possible, mais également nécessaire. Des groupes de recherche se spécialisent d'ailleurs en ce qui est défini comme une sociologie de l'éthique.

Tâche aux multiples aspects, soumise à la pression de l'urgence, qui contraint à une étude ordonnée afin de ne pas céder à l'impressionnisme ambiant. La puissance croissante des sciences et des techniques, de la technoscience, désigne le premier des territoires à explorer. Celui où les figures imaginaires nées de l'inquiétude, et aussi de la méconnaissance, deviennent autant de réalisations de l'apprenti-sorcier. La constatation initiale est simple : la technoscience ne peut plus ignorer les questions éthiques, en décrétant que le progrès ne s'arrête pas et que le possible doit se réaliser. Dans la mesure même où le « pouvoir-faire » humain s'accroît comme il n'en a jamais été capable et à une vitesse accélérée, la question éthique se pose en des formes nouvelles. Elle est à reconsidérer fondamentalement. De Bacon à Descartes, la finalité des sciences se précise et s'impose ; elle se définit en termes simplifiants comme une maîtrise croissante de la nature afin d'améliorer les conditions d'existence et le mieux-être général de l'humanité. Cet optimisme anthropocentré a une filiation qui n'est pas éteinte, il s'exprime maintenant par ceux qui affirment la possible et inéluctable intégration de la science, de la technique et de la société. Un sigle la désigne : STS.

Il n'en reste pas moins ce que J. Ellul a bien noté : « La technique ne supporte aucun jugement, n'accepte aucune limitation... elle se situe en dehors du bien et du mal. » Ce que G. Canguilhem formule autrement, de façon interrogative : « Tout est-il possible, tout possible est-il souhaitable, tout souhaitable est-il permis ? Permis pour qui et pour quoi ? » La fascination qu'exerce la technoscience par sa réussite spectaculaire peut entraîner un tarissement de la critique, un affaiblissement de la sensibilité éthique. Elle risque aussi de conduire à une technophilie plus aveugle et, comme tout excès engendre son contraire, des réactions technoclastes lui répondent sous des formes diverses - mouvements anti-science, oppositions à certaines des recherches scientifiques ou, plus globalement, à la « croissance », rejets écologistes des réalisations s'effectuant contre la nature. Le mouvement social de forme nouvelle recoupe ainsi le mouvement de production d'une éthique actuelle mieux ajustée aux demandes présentes, et revigorée. La rencontre entre la technoscience et l'éthique s'effectue selon des orientations internes : question des critères relatifs aux engagements de la recherche fondamentale et surtout à ses applications, et selon des orientations externes : effets des idéologies, effets de l'information, de la diffusion et de la réception de la culture scientifique. L'urgence, en bien des domaines, conduit les pouvoirs à prendre position, à faire de la considération éthique le fondement de réglementations encore hésitantes ou prudentes.

L'homme contemporain est d'abord sensible à ce qui touche àla vie, à sa vie même. L'éthique biologique et médicale devient sa préoccupation immédiate. Il est maintenant attentif aux bouleversements qui l'affectent dans sa nature même. L'intervention résultant du développement accéléré de la biologie peut l'atteindre dans son être physique, dans sa formation, dans ce qui en est constitutif. Les processus biologiques humains sont désormais porteurs de culture jusque dans l'intimité cellulaire. Le génie génétique a le pouvoir d'effectuer des recombinaisons, les moyens d'agir sur les sources de la vie. L'homme commençait à savoir comment il est programmable par l'effet des contraintes sociales et culturelles, il découvre qu'il est aussi fabricable sur commande, qu'il peut être façonné ou « interrogé » dans ce qui est sa condition biologique. La bio-éthique dresse avec difficultés les Premières barrières protectrices, déjà la définition génétique de l'individu - avec la carte génétique - peut doubler l'identification bureaucratique. Parce qu'elles s'inscrivent dans les mœurs, les techniques de procréation artificielle posent des questions d'ordre sociologique et d'ordre éthique ; les premières en raison des dissociations qu'elles opèrent : de la sexualité et de la reproduction, du corps et de la procréation, de la parenté naturelle et de la parenté sociale ; les secondes en raison du risque de « production médicale » des enfants (disent certains théologiens) et surtout de l'impasse où place l'interrogation sur le sort des embryons congelés surnuméraires, éventuels objets de manipulation. La réponse est attendue de la capacité de la science, par ses progrès, à résoudre les problèmes que pose l'avancée de la recherche ; elle est insuffisante, elle reste sur le terrain du pari optimiste. En 1988, un groupe de travail du Conseil d'État a considéré le problème non pas seulement sous cet aspect, mais dans sa généralité et avec ses implications médicales : « Peut-on faire et faut-il faire tout ce qui est scientifiquement et techniquement possible en matière d'expérimentation sur l'homme, d'utilisation du corps humain et de procréation ? » Dès le départ, il est constaté que ni l'éthique devenue floue, ni la morale courante, ni le droit positif inadapté ne peuvent suffire. Au-delà de la question des limites, une nouvelle fois formulée, des dérives ou effets pervers à contenir, des perversions transformant en marchandise des organes ou des éléments du corps humain, c'est la gestion de la vie et de la mort qui est en cause - dans des conditions inédites parce que toutes deux se trouvent de plus en plus sous contrôle technico-médical et de moins en moins soumises à une référence transcendante. En fait, c'est la définition de l'homme dans la modernité qui reste en attente de précision.

De tous côtés, c'est l'incertitude, parce que de toutes parts, les repères, les codages anciens, les valeurs orientatrices sont bouleversés - et notamment ceux qui donnaient à la vie quotidienne une relative stabilité, ceux qui apportaient au parcours de vie de l'individu des orientations, des obligations, un sens. Dans ce chantier de la déconstruction généralisée, identifié comme celui de la postmodernité, la nécessité d'une éthique reparaît en tous lieux. Elle se dit, elle s'exprime sous la forme de vœux officiellement proclamés, elle reste encore dans l'ambiguïté du dire et du faire. Ainsi, dans le champ de l'activité économique. Le capitalisme est incité à se vouloir « plus humaniste », l'entreprise est invitée à être davantage un facteur de culture et à devenir l'initiatrice d'une « éthique des affaires », les jeunes dirigeants appellent à l'examen des « problèmes moraux posés par les nouvelles techniques ». Par un effet paradoxal, l'éthique, qui est interrogation sur le fondement d'une morale (moyen d'évaluer, de juger et d'orienter les conduites), s'établit dans des institutions ; des centres d'étude se consacrent à l'éthique de l'entreprise, des enseignements sont destinés à l'exposé d'une éthique des affaires. Mais, déjà, par l'effet d'une dérive calculatrice, les « investissements éthiques » apparaissent à certains comme la condition de mieux parvenir au succès.

Ce domaine n'est évidemment pas le seul, l'inventaire des lieux de renaissance de la demande d'éthique reste à faire. Certains d'entre eux sont mieux reconnus. C'est le cas, notamment, avec le développement de l'informatisation. L'interconnexion complète des réseaux donnerait le pouvoir de réunir les identités partielles de chaque individu, de construire une identité globale qui permettrait de le placer sous surveillance et de rendre plus efficaces les processus de normalisation. La menace n'est plus ignorée, et une Commission française a la charge de protéger les libertés contre les risques informatiques. C'est aussi le cas avec l'espace de la communication, des médias, des images foisonnantes, où l'homme contemporain se trouve plus sous influence qu'en situation d'interactivité. Là encore, une institution spécialisée a, entre autres, la fonction de gardienne des limites. Mais, la protection institutionnelle ne peut suffire face à un pouvoir nouveau qui a une capacité croissante de jouer sur le techno-imaginaire, sur les apparences, sur la fabrication d'« environnements virtuels » et d'un réel simulé par recours aux images de synthèse. En fait, tout conduit à manifester les nouveaux rapports qui commencent àse constituer entre la technique toujours plus conquérante, le politique et l'éthique. La rencontre du politique et de l'éthique est inéluctable, et non pas seulement dans les régimes qui organisent l'asservissement de l'homme et finissent par provoquer son insurrection contre la violence d'État, l'arbitraire, le mensonge et l'incapacité cynique.

Les tâches actuelles des sciences du social ne peuvent s'accomplir sans que se retrouvent, en des lieux multiples et sous des formes diverses, la question éthique, le problème des moeurs dans leur rapport à une morale déforcée et fluctuante. Ce numéro spécial des Cahiers n'a pas la prétention de proposer des réponses, et encore moins de prescrire. Il situe la sociologie et la socio-anthropologie dans leur relation à l'éthique, à la morale en voie de se faire. Il envisage la relation entre l'éthique et la recherche sociale selon des critères d'ordre interne. Il effectue un repérage, inévitablement incomplet, des instances de l'éthique. Mieux définir une éthique, c'est définir les possibilités de mieux vivre ensemble dans des sociétés où le mouvement fait la loi.

Sorbonne,

École des Hautes Études en Sciences sociales



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mercredi 25 octobre 2017 8:29
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 



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