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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Valérie AUBOURG, “Les héritiers de Calvin sur « l’île d’Éden ».” Un article publié dans la revue Histoire & Missions chrétiennes, no 18, juin 2011, pp. 183-206. [L’auteure nous a accordé le 12 janvier 2016 l’autorisation de diffuser en libre accès à tous ce livre dans Les Classiques des sciences sociales.]

[183]

Valérie AUBOURG

ethnologue française

Les héritiers de Calvin
sur « l’île d’Éden »
.”

Un article publié dans la revue Histoire & Missions chrétiennes, no 18, juin 2011, pp. 183-206.

Introduction [183]

L’implantation du protestantisme à l’île de La Réunion : un rêve devenu possible [185]

Trois siècles d’hégémonie catholique (1665-1936) [188]
Le temps des précurseurs : l’Église adventiste (1936) [192]
L’arrivée des missions pentecôtistes et évangéliques (1966-1971) [195]

L’émergence d’un protestantisme luthéro-réformé [195]

Naissance de l’Église Protestante [195]
Une Église « passerelle » [199]

Tensions et divisions au sein du protestantisme insulaire : du rêve à la réalité [201]

Conclusion [205]


Introduction

« Morceau de terre » perdu au sud de l’Océan Indien, l’île de La Réunion est située au sud-est de l’Afrique, à l’est de Madagascar, dans l’Archipel des Mascareignes. Ce territoire de petite taille [1] a connu un triple fondement humain : africain, européen et asiatique. C’est ainsi qu’au fil du temps, des populations d’horizons géographiques variés ont continuellement enrichi le creuset réunionnais de leurs cultures et de leurs croyances, mêlant leurs sangs mais aussi, leurs habitudes culinaires, leurs danses, leurs techniques de maternage, leurs langues, et jusqu’à leurs dieux…

Dès 1665, date du peuplement de l’île, une première messe catholique fut célébrée et, progressivement, la « religion du roi » s’imposa à tous ses sujets ultra-marin. Face à un catholicisme promu religion unique et dominant aujourd’hui encore le paysage religieux insulaire [2], comment le protestantisme s’est il implanté à l’île de La Réunion ? Qui sont aujourd’hui les héritiers de Calvin ? C’est la question à laquelle nous nous proposons de répondre.

Pour ce faire, dans un premier temps nous décrirons la situation historique du protestantisme à l’île de La Réunion, du projet du marquis Henri Duquesne (1689) de fonder une « petite France calviniste » à l’implantation des Églises malgaches en passant par le développement d’une communauté luthéro-réformée et des différentes missions pentecôtistes.

[184]



Dans une seconde partie, nous nous arrêterons sur cette pluralisation du paysage chrétien après des siècles d’hégémonie catholique. L’Église protestante locale (l’EPR) est doublement confrontée à la diversité : diversité en son sein entre les fidèles d’origine européenne et les fidèles malgaches. En effet, alors que les premiers ne se reconnaissent plus totalement dans les formes que les seconds donnent à l’héritage calviniste, ces derniers entendent bien faire valoir leur affiliation en dépit des reproches adressés par leurs coreligionnaires allemands, suisses ou alsaciens. Diversité à l’extérieur ensuite, puisque l’EPR assiste à la multiplication de groupes pentecôtistes dont les caractéristiques l’interrogent au regard des principes du protestantisme.

[185]



Page de titre d’un recueil de textes destinés à attirer les candidats à la colonisation de l’île d’Éden (île Bourbon), qui fut diffusée dans tous les pays européens ayant accueilli à partir de 1685 des protestants chassés de France par la révocation de l’Édit de Nantes.

Source: Henri MAURIN, Jacques LENTGE (dir.), Le Mémorial de La Réunion, Saint-Denis (La Réunion), Australe Éditions, 1979, Tome I: Des origines à 1767, p. 241.

L’implantation du protestantisme
à l’île de La Réunion :
un rêve devenu possible


Au lendemain de la révocation de l’édit de Nantes [3], en 1689, des Huguenots français, réfugiés en Hollande, conçoivent le projet de fonder une république protestante. Ils se présentent au marquis Henri Duquesne [4] qui nourrissait l’idée d’affréter des navires pour les Huguenots exilés afin des les envoyer en différents endroits déserts de par le monde « où ils sauraient faire fructifier la terre et honorer la parole de Dieu [5] ». Leur choix se porte vers Mascarin, dépeinte comme « l’île d’Éden [6] ». [186] Ils envisagent de faire d’elle une « petite France calviniste » rassemblant « des gens d’une même langue, d’une même nation et d’une même religion [7] ». Leur dessein prend place parmi les entreprises de colonisations menées à cette époque par d’autres protestants en butte à l’intolérance religieuse [8].

Dessin par François Leguat du pavillon de la frégate L’Hirondelle sur laquelle ont embarqué, le 10 juillet 1690, les huit hommes qui devaient être les premiers colons protestants l’île d’Éden (Bourbon).
(Source:
Le Mémorial de La Réunion…, op. cit., p. 245.)

Frontispice de l’ouvrage Voyage et avantures de François Leguat & de ses compagnons en deux isles desertes des Indes Orientales, Amsterdam,
J.-L. de Lorme, 1707 (postdaté 1708), 2 volumes.


Le projet est mis en œuvre avec l’appui de la Compagnie hollandaise des Indes orientales. L’expédition est menée par François Leguat, un protestant bourguignon d’origine modeste, mais suite au refus du capitaine Valleau, maître d’œuvre du vaisseau l’Hirondelle, de faire escale à Bourbon, c’est à Rodrigues que Leguat et ses sept compagnons [187] s’installent. Débarqués le 25 avril 1691, les huit Robinson [9] attendent en vain le renfort de colons et l’arrivée de femmes pendant deux ans. Privés d’Éve et de secours, les missionnés du marquis rejoignent l’île Maurice à leurs risques et périls. Trois hommes décèdent dans l’aventure : un premier dans une tentative de rallier Maurice, deux autres consécutivement aux mauvais traitements infligés par le gouverneur Diodati qui les exile trois ans durant sur l’île Vacoas [10]. En 1698, Leguat finit par rejoindre Londres où il rédige le récit de ses aventures.


Avant de quitter Rodrigues, en 1693, François Leguat grava sur un morceau de vélin deux stèles couronnées de croix et d’épines portant les inscriptions suivantes, dont le début est inspiré de Virgile (Énéide, livre III v. 333-354): Nos patria pulsos pelagique extrema sequentes fortuna omnipotens et ineluctabile fatums his posuere locis. Suivent les noms de Leguat et de ses sept compagnons. (in François LEGUAT, Aventures aux Mascareignes [1684], Paris, Éditions La Découverte, 1984, p. 131).


Quant à Duquesne, pratiquement ruiné, il paraît se désintéresser de toute l’affaire : « il oubliera même à Rodrigues avec la plus grande désinvolture le petit groupe qu’il a envoyé. Retiré en Suisse, il consacrera [188] la fin de sa vie à des études théologiques [11] qui peut-être le consolent de l’échec de son rêve de république idéale [12] ».

Trois siècles d’hégémonie catholique
(1665-1936)


À Bourbon, où le peuplement se poursuit, « les instructions données par Louis xiv sont très claires : il s’agit tout simplement de ne pas y tolérer d’autres pratiques que celles du catholicisme », explique Marie Odile Miquel [13], en précisant que la Compagnie des Indes orientales n’est d’ailleurs pas très favorable à l’accueil des Huguenots suite aux événements qui s’étaient déroulés peu de temps auparavant dans son comptoir de Fort-Dauphin, à Madagascar. À ce sujet, Jean Barassin raconte que le gouverneur Jacques Pronis était « un rochelois fourbe et mesquin » qui « exerçait une domination tyrannique sur ses subordonnées ». En outre, il « prenait un malin plaisir, en bon huguenot qu’il était, à faire le presche tout haut pendant que les Français faisaient les prières dans la chapelle [14] ». Le problème s’aggrava et de ce fait, lorsque l’île de Bourbon se développa, les directeurs de la Compagnie cherchèrent à éviter que pareille affaire ne se reproduise. Aussi, ils « défendirent qu’aucune personne de la religion (Réformée) ne fut admise pour passer [15] ». C’est ainsi qu’au moment de son installation à Bourbon, en 1689, le gouverneur Vauboulon reçoit des instructions qui ne souffrent pas le doute : « Et comme il n’y a que des catholiques dans ladite Isle, il ne souffrira point qu’il en demeure d’autres [16] ».

Le monopole du catholicisme perdure au fil du temps, sans même être ébranlée par l’intermède anglais de 1810 à 1815. À la différence des îles voisines comme Maurice et Madagascar où la présence anglaise s’accompagne de la venue de missionnaires protestants, les Britanniques à La Réunion n’ont pas cherché à étendre leur influence dans le domaine cultuel. La liberté religieuse est à ce point respectée que ces cinq années n’ont pas modifié en quoi que ce soit le paysage religieux insulaire. Parmi les migrants, on recense toutefois un petit nombre de protestants puisqu’il [189] est fait état de 26 abjurations entre 1707 et 1786. Sous le second empire, le pasteur Beaton témoigne de conversions forcées d’engagés indiens protestants [17]. Le cas de ces nouveaux baptisés atteste de la présence de protestants parmi les Indiens en terre réunionnaise. Mais il ne s’agit là encore que de parcours personnels isolés, sans qu’une quelconque visibilité institutionnelle de cette appartenance religieuse protestante ne soit rendue possible. En effet, la place prise par l’institution catholique est si considérable qu’elle aurait difficilement admis l’érection d’une Église protestante. Claude Prudhomme cite à ce sujet la tentative avortée de faire venir un ministre issu de la Réforme :

« En 1862, trois protestants appartenant aux confessions réformées, luthériennes et anglicanes ont adressé une pétition à Napoléon III pour obtenir un lieu de culte et un logement destiné au pasteur. Malgré les promesses de discrétion et les tentatives de recommandations à Paris, les protestants de La Réunion n’obtiendront pas gain de cause. Ils se contenteront du passage de quelques pasteurs venus de Maurice et se gardant de tout prosélytisme à l’image de Beaton. Les arguments utilisés par Mgr Maupoint sont révélateurs de l’état d’esprit du clergé. Il constate d’abord qu’il n’y a pas de protestants dans l’île en dehors de la famille Laserve et d’un dentiste récemment établi. Il ajoute qu’on trouvera par contre de mauvais catholiques ‘qui veulent chercher noise au clergé’ mais qu’il serait dangereux d’introduire avec un pasteur un élément de discorde [18]. »

Sous l’empire libéral, une demande analogue avait été formulée par l’assemblée législative de Tahiti à Napoléon III pour qu’il veuille bien «choisir parmi les coréligionnaires de France deux missionnaires protestants [19] » qui pourraient venir enseigner le français aux protestants tahitiens sans que cela n’entraîne leur passage au catholicisme. Cette requête s’explique, selon Jean-François Zorn, par le fait qu’à Tahiti, prise de possession de la France depuis 1842, une course de vitesse avait été engagée par les missionnaires protestants britanniques pour que les écoles protestantes ne passent pas sous contrôle catholique [20]. Pour réussir l’opération, ils avaient besoin de la venue d’instituteurs et de missionnaires protestants français. C’est dans ces circonstances qu’en 1863, le protestantisme français s’engagea fortement à Tahiti. Mais la situation à Tahiti était pratiquement inverse de celle de La Réunion. Evangélisée par les protestants britanniques depuis le début du XIXe siècle, Tahiti était [190] devenue une île protestante. Sa prise de possession par la France ne pouvait entraîner une inversion de sa situation religieuse, tout au plus sa pluralisation confessionnelle, entente cordiale franco-britannique oblige [21]. «C’est pourquoi, selon Jean-François Zorn, La Réunion ne fut pas l’objet des visées missionnaires des protestants français. De plus leur soutien accordé aux protestants tahitien mobilisa suffisamment leurs moyens financiers et humains pour qu’ils ne songent pas à se disperser [22] ».

Pourtant cette région de l’Océan indien devint, à la fin du siècle, une zone de forte tension politico-religieuse dans laquelle La Réunion joua le rôle de base arrière de la France coloniale et catholique et, par là, anglophobe et anti-protestante.

À ces maigres traces d’une présence réformée, ajoutons l’affirmation du pasteur Frédéric Setodzo selon lequel « des protestants étaient déjà présents depuis le milieu du XVIIIe siècle avec des gens tels que Gillot dit l’Étang. C’était un haut fonctionnaire qui devait rester discret sur sa foi pour ne pas perdre son poste. Les premières familles protestantes portent des noms de Clain (dérivé de Clain) et Duchemann (signifiant le « hollandais ») [23] ». Toujours selon cette source, on comptait six familles au XVIIIe siècle. Sans compter, ajoute Marie-Odile Miquel, « que l’on retrouve encore, dit-on, chez de vieilles familles réunionnaises de souche, d’antiques Bibles huguenotes, que l’on tient d’un ancêtre qui n’avait peut-être pas tout à fait renoncé [24] ! »

Au XXe siècle, la départementalisation de 1946 ouvre la voie des Tropiques à des fonctionnaires civils et des militaires toujours plus nombreux à quitter l’Hexagone. Parmi ce contingent d’expatriés, se trouvent des protestants originaires de métropole et quelques Malgaches. Les uns et les autres rejoignent une poignée de coreligionnaires préalablement installés à La Réunion. Le baptême effectué sur l’île en date du 15 mai 1952 donne lieu à la première trace administrative d’un acte pastoral en terre réunionnaise [25]. « Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y avait pas avant de protestants dans l’île, c’est juste un repère historique », explique le pasteur Yves Chambaud [26]. Ces familles « demeurées discrètes jusque là, car il ne fait pas bon être alors protestant [27] », organisent des cultes et « de petites [191] causeries dans les salons chez les uns et les autres [28] ». Ces rencontres entre réformés et luthériens sont bientôt activées par les visites de Roger Muller, aumônier militaire en poste à Madagascar [29], qui célèbre le premier culte public en 1955. Le pasteur profite de ses tournées sur l’île voisine pour soutenir une Église en gestation dont le nombre de membres se compte alors sur les doigts des deux mains. Progressivement, les uns et les autres « se mobilisent ». D’où cette première initiative consistant à rechercher les autres protestants éparpillés aux quatre coins de l’île qui n’auraient pas encore été recensés. Simultanément, les rencontres entre fidèles, qui s’apparentaient jusque là davantage à des « retrouvailles spontanées », commencent à gagner en régularité : un culte mensuel ou trimestriel est célébré. Relatant l’histoire de ces premiers protestants à La Réunion, Marie-Odile Miquel explique :

« La vie de l’Église s’organise ainsi au gré des passages de l’aumônier militaire, tous les trois mois. Il s’agit alors de prévenir les paroissiens de son passage, d’organiser son séjour qu’il mettra à profit, pour, en plus du culte, assurer quelques visites. Pour se faire, un embryon de conseil presbytéral avant la lettre se constitue. La catéchèse est assurée sur place régulièrement par les paroissiens [30]. »

C’est ainsi que jusqu’au milieu des années soixante-dix, sept aumôniers se succèderont, avec un intérim de sept années durant lesquelles le poste restera vacant. Enfin, lors de cette période, il convient également de noter la venue du pasteur Georges Tholl, aumônier militaire à Madagascar, contraint de quitter son poste au moment où les troupes françaises sont chassées de la Grande Île et la base de Diego Suarez fermée. Arrivé dans les années 1969-1970 à La Réunion, il figure comme le premier pasteur réformé résidant de manière permanente sur l’île [31].

Entre temps, à l’aube de la seconde guerre mondiale, l’île de La Réunion assista à la formation d’une première Église chrétienne non catholique avec la venue des adventistes.

[192]


Mgr François Cléret de Langavant, spiritain (1896-1991). Ici, son portrait de jeune évêque nommé en 1935. Il restera en charge de l’Église catholique à La Réunion jusqu’en 1961.


Le temps des précurseurs :
l’Église adventiste (1936)


C’est le pasteur Girard qui implante, non sans difficultés, l’Église adventiste. Arrivé à La Réunion le 3 avril 1936, il ne voit arriver nul hôte pour le recevoir. Très vite, la déception du pasteur ne fait qu’augmenter en s’apercevant que les cinquante personnes censées être intéressées par l’adventisme sont loin de figurer parmi d’éventuels candidats au baptême. Par ailleurs, il ne trouve pas un habitant de Saint-Denis disposé à lui louer un bâtiment pour y célébrer le culte. Il se voit alors contraint d’organiser ses premières conférences dans le salon de sa maison de la rue Dauphine. Selon des sources adventistes, le curé de la paroisse voisine aurait même tenté par tous les moyens de dissuader ses ouailles d’assister à ses causeries :

« Il entreprit diverses actions pour entraver le travail du pasteur adventiste : menaces de mort, cris, bruits de klaxons, menaces d’excommunications ! Pour la troisième conférence, la foule se pressait […] mais l’inquiétude grandissait dans le cœur de ces personnes et l’agitation les gagnait à cause de l’avertissement des prêtres [32] ».

[193]

Malgré ces oppositions, les conférences hebdomadaires attirent une cinquantaine de personnes et les premiers baptêmes sont célébrés dans la cour de la maison du pasteur, en mai 1937 [33]. En 1938, l’Église reçoit le soutien inattendu du gouverneur de l’île.

Alors que l’évêque de Langavant avait mis en garde les Réunionnais contre les ouvrages adventistes qui circulaient parmi la population, le gouverneur fit part de son intérêt pour les missionnaires adventistes et de leur travail en matière d’hygiène et de santé. Après avoir reçu le « colporteur » Dick [34] dans son cabinet d’Hell-Bourg, il passa commande de plusieurs ouvrages sur la santé, prit un abonnement de la revue Vie et Santé destinée aux différents services gouvernementaux [35], et autorisa la diffusion sur l’île des publications adventistes que le prélat catholique souhaitait faire interdire. « C’est ainsi que nos publications sur l’hygiène et la santé à côté du message du salut, pénétrèrent un pays dont le taux d’alcoolisme était très élevé, à cause du rhum qui y était répandu à profusion », se souviennent les missionnaires [36]. Du reste, c’est par ce biais de la santé que l’influence de l’Église adventiste sur l’île s’étend. En effet, elle contribue, à sa mesure, à l’amélioration de la situation sanitaire insulaire par les conseils rigoureux qu’elle prêche, en des années où la formation en ce domaine est quasi inexistante. Elle poursuit depuis lors, la mise en place de stages gratuits de désintoxication ouverts à tous les fumeurs, y compris et à commencer par ceux qui ne sont pas membres de ses assemblées.

En 1940, après moult difficultés rencontrées en vue d’obtenir un terrain, ce sera chose faite au 25 rue Général de Gaulle, juste à l’arrière de l’évêché, où une première chapelle adventiste est inaugurée. En 1947, l’île compte 4 églises et 128 membres. De là, elle poursuivra son implantation tout autour de l’île en édifiant un temple dans la plupart des villes réunionnaises.

En dépit de ces avancées, la mission adventiste demeura longtemps déconsidérée et redoutée. Jusqu’aux années soixante, celle que l’on considère avec mépris attire avant tout de la méfiance. C’est ainsi qu’Alain Foulon relate ces réactions populaires parfois violentes où « les galets s’abattent sur les adventistes [37] ». Il cite un témoin qui fréquentait l’école Mondon au Port, dans les années 1950 : « En sortant de l’école, des enfants passaient devant un temple adventiste et plusieurs d’entre eux [194] lançaient des cailloux car ce temple était assimilé à la maison du diable [38] ». Pour expliquer ce mouvement de rejet de la part de la population et les réticences de l’Église catholique face à la venue des adventistes, le journaliste met en avant la différence de conception du baptême. Héritier de la tradition anabaptiste, les adventistes ne reconnaissent que le baptême par immersion d’adultes sur profession de foi. En reconsidérant, par voie de conséquence, le baptême catholique, ils s’en prennent à ce « sacrement de la conformité sociale qui ne manque pas de force dans l’île [39] ». Outre cette appréhension divergente du baptême, les adventistes se distinguent essentiellement du catholicisme sur quatre points :

1. Leur doctrine millénariste faisant porter l’accent sur les prophéties bibliques et les textes eschatologiques.

2. Leur observance scrupuleuse du sabbat, ce qui entraina des difficultés pour la scolarité des enfants, et l’observation d’une hygiène de vie stricte comprenant des prescriptions alimentaires contraignantes [40] ainsi que l’interdiction de consommer de l’alcool et du tabac.

3. Leur opposition farouche aux dévotions populaires : invocations des saints, pèlerinages, cultes mariaux, bénédictions de médailles, etc.

4. Leur promotion de la lecture de la Bible.

Évoquant ce dernier élément, Bernard Truong cite d’ailleurs un témoin âgé de 15 ans en 1936, qui se souvient : « le clergé catholique faisait circuler dans toutes les églises catholiques, l’interdiction de lire la Bible ». À cette époque-là, raconte-t-il, « les gens ne voulaient pas la Bible, ce qui fait qu’il y avait beaucoup de difficultés pour lancer le message [41] ». Le fait que les Réunionnais se montrent réfractaires à l’idée de posséder une Bible, explique en partie le moindre succès rencontré par l’adventisme sur l’île française majoritairement catholique en comparaison de sa voisine mauricienne.

Minoritaires et mis à part, les adventistes demeurent pourtant pendant trente ans la seule formation protestante érigée en Église. Il faut attendre 1966 pour que le succès rencontré par le pentecôtisme du pasteur Aimé Cizeron marque de manière significative le paysage religieux réunionnais.

[195]

L’arrivée des missions pentecôtistes
et évangéliques (1966-1971)


En 1966, en effet, Aimé Cizeron, pasteur métropolitain des Assemblées de Dieu, s’installe à La Réunion. Le mouvement qu’il initie prend rapidement de l’ampleur. En moins de deux ans, un temple pentecôtiste est ouvert dans les principales agglomérations insulaires et le nombre d’adepte se chiffre en plusieurs milliers de personnes. Dès son arrivée, Aimé Cizeron attribue au mouvement qu’il implante localement le nom de « Mission Salut et Guérison ». Trois termes qui définissent avec précision le contenu de son message et le situent en rupture par rapport à la situation religieuse locale. La « guérison » lui permet de pénétrer en terre réunionnaise par le biais d’un marché « des biens de la santé ». La nouvelle formation religieuse se présente aux yeux des insulaires comme un recours efficace sans délégitimer les représentations traditionnelles de la maladie dont la cause serait toujours d’origine surnaturelle. C’est ainsi, qu’aux premières heures de la mission d’Aimé Cizeron, comme le relate son fils : « la publicité s’est faite rapidement. On disait : – à côté la gare routière, Saint-Denis, néna un boug blanc, un zoreil y guérit demoune ! Et les gens affluaient jour après jour [42]... ». Ce christianisme s’adresse principalement à des Réunionnais issus des couches sociales les plus modestes, voire les plus pauvres de l’île.

En 1971, Paul White, un pasteur baptiste américain, fonde pour sa part une première Église évangélique à Saint Denis. Dans les années qui suivent, d’autres assemblées naissent tout autour de l’île. Ce sont des Églises baptistes, évangéliques ou des Assemblées de frères. Elles ont pour particularité d’être, pour la plupart, animées part des missionnaires extérieurs au département : canadiens, suisse, malgaches, métropolitains. Leur recrutement parmi la population locale suit une courbe ascendante, mais en des proportions nettement inférieures à celles des Assemblées de Dieu – en raison, précisément de l’insistance que ces dernières font porter sur la guérison et les miracles.

L’émergence d’un protestantisme
luthéro-réformé


Naissance de l’Église Protestante

Au milieu des années soixante-dix, l’augmentation du nombre de réformés et de luthériens à La Réunion, conjuguée à la suppression du poste

[196]


Depuis 1966, les Assemblées de Dieu sont bien implantées à La Réunion sous le nom de «Mission Salut et Guérison», en ville comme ci-dessus au Tampon (Photo Sébastien Fath, 27 mars 2011), ou dans la solitude de la montagne comme ci-dessous au cirque de Mafate.


Depuis 1966, les Assemblées de Dieu sont bien implantées à La Réunion sous le nom de «Mission Salut et Guérison», en ville comme ci-dessus au Tampon (Photo Sébastien Fath, 27 mars 2011), ou dans la solitude de la montagne comme ci-dessous au cirque de Mafate.


[197]

d’aumônier militaire à Madagascar, obligent les protestants à réagir. C’est la raison pour laquelle ils créent l’Association Cultuelle de l’Église Réformée du Département de La Réunion (ACÉRDR), déclarée officiellement en 1976.

Fragilisée par l’absence d’aumônier, même si un ministre du culte de l’Église presbytérienne est envoyé à plusieurs reprises depuis l’île Maurice afin de la soutenir, l’ACÉRDR sollicite la venue d’un pasteur sur l’île. Son vœu se réalise deux ans plus tard avec l’arrivée du pasteur Bernard Massias, envoyé en 1978 par l’organe missionnaire de la Fédération Protestante France : le Département Évangélique Français d’Action Apostolique (DÉFAP), et grâce au concours de la Communauté d’Églises en mission (CÉVAA). Le ministre réformé demeure six années à La Réunion. Pendant cette période, il est soutenu dans son ministère par l’Église presbytérienne de Maurice via la Société Biblique. À son départ, l’Association protestante ne pèse pas très lourd dans la balance religieuse réunionnaise : elle comptait 105 familles en 1980 et elle concerne une petite frange de chrétiens bien discrets par rapport à leurs homologues adventistes, pentecôtistes et évangéliques, nettement plus prosélytes. En effet, les membres de l’ACÉRDR ne cherchent pas à convertir la population locale. Ils se contentent de regrouper ceux qui, de par leurs origines familiales, sont nés protestants. Autrement dit, dans cette île où les autochtones chrétiens, baptisés enfants, le sont quasi exclusivement dans la religion catholique, une Église réformée ne peut concerner que des personnes nées en dehors du département et amenées à séjourner à La Réunion : Métropolitains, Malgaches, auxquels s’ajoutent sporadiquement quelques fidèles d’origine du nord de l’Europe ou encore des Africains. Cependant, la faiblesse numérique de cette Église protestante en gestation ne doit pas voiler pour autant l’impact de cette nouvelle composante confessionnelle sur le paysage religieux réunionnais qu’elle contribue à pluraliser. Les années à venir montreront combien son importance ira croissant du fait de l’augmentation du nombre de ses membres, des institutions dont elle se dotera et de par le rôle que seront amenés à jouer ses ministres sur la scène protestante locale. En effet, après le départ de Bernard Massias en 1984, c’est Olivier Brès (1985-1987) qui est envoyé par le DÉFAP pour reprendre le poste de pasteur de l’Association cultuelle. Deux ans plus tard, il quitte le ministère. Bernard Stoehr, qui vient à lui succéder à partir de 1987, introduit la communauté protestante dans une nouvelle phase de pérennisation et de consolidation. En 1989, l’assemblée générale annuelle de l’association cultuelle entérine son changement de nom : elle devient l’Église Protestante de La Réunion (EPR). Cette nouvelle appellation se conjugue avec la construction du [198] premier centre paroissial. Le 31 mai 1992, un temple est inauguré rue des Saphirs à Saint-Denis [43]. Il concrétise un projet immobilier en germe depuis de longues années [44]. Dans les années 2000, un second poste paroissial est crée sur la commune de Saint-Pierre. Il est occupé par le pasteur Paulin Vouke (2004-2006) puis par le pasteur Charles Bossert (depuis 2010).

Ainsi, après des débuts de « semi-clandestinité », la communauté protestante s’affiche et démontre aux yeux de l’extérieur qu’elle entend bien compter sur la scène réunionnaise. Aujourd’hui, l’occupation de l’espace religieux réunionnais passe notamment par la mise en œuvre d’actions sociales et le développement de relations inter-Églises. En effet, l’implication de l’Église protestante ne se limite pas au domaine proprement religieux. Cette ouverture à la société civile, les pasteurs qui se succèdent la déclinent chacun à leur manière : de l’action sociale [45] initiée par Bernard Mazzias, à la création de l’AREL [46] co-fondée par Olivier Brès, puis aux débats publics [47] organisés par Frédéric Setodzo – à qui l’Église doit aussi la mise en place d’un groupe de Gospel, celui des Dorcas [48] –, et le Centre Martin Luther-King (CMLK) [49]. Un des facteurs expliquant l’engouement de ces pasteurs pour le secteur social tient dans leur volonté de se démarquer des petites assemblées évangéliques « vivant repliées sur elle mêmes, occupées à sauver les âmes ». « Sauver les âmes, on est d’accord mais pour quoi faire ? Notre rôle avant tout c’est de servir sans se renier. On doit être des acteurs sociaux pour contribuer au bien être des gens », souligne le pasteur Yves [199] Chambaud [50] envoyé à La Réunion de 1998 à 2003. Plus largement, c’est de cette religiosité populaire créole qui fait les beaux jours du pentecôtisme que l’Église protestante souhaite se différencier. « De notre côté nous avons une démarche plus intellectuelle. Nous essayons de tenir les deux bouts : la raison et la foi. Nous voulons que l’expression de la foi soit ancrée dans la vie quotidienne et citoyenne [51] ». « Nous avons la main gauche sur la Bible et la main droite sur le journal », affirme encore Yves Chambaud [52].

Une Église « passerelle »

Dès l’arrivée de Bernard Massias – premier pasteur envoyé par le DÉFAP –, les relations se détendent avec le diocèse. En effet, ce dernier paraissait jusqu’alors peu enclin à dialoguer avec un protestantisme assimilé au prosélytisme ostentatoire d’une Mission Salut et Guérison rebaptisant à son compte les catholiques réunionnais. Avec le pasteur Stoeher (1987-1992) puis Setodzo (1992-1997), l’EPR en vient rapidement à considérer le rôle qu’elle peut être amenée à jouer entre les différentes dénominations chrétiennes, catholiques mais aussi évangéliques, se qualifiant elle-même de « passerelle » tout en prenant sa place lors de manifestations inter-religieuses. À partir de 1998, le pasteur Yves Chambaud inscrit son action dans la lignée de ses prédécesseurs, tentant d’accroître « la visibilité et la crédibilité de l’Église protestante, en prolongeant (leur) travail d’ouverture vers l’extérieur […] et en travaillant à resserrer les liens entre les différentes Églises protestantes [53] ». Afin de remédier à l’éparpillement évangélique insulaire, il milita pour un rapprochement des différents groupes au sein d’une « Alliance évangélique », cette dernière ayant pour objectif de « mettre ensemble ce qui ne se fait pas naturellement et de créer des relations plus soudées ». C’est ainsi que « fédérer et regrouper » sont les tâches que le pasteur s’était assigné et qu’il désigna sous le terme de « dialogue inter-protestant ». À l’occasion des journées commémoratives du jubilé de la présence protestante à La Réunion, il n’hésite pas à affirmer dans la presse :

« L’EPR est aujourd’hui l’Église référente de l’organisme représentatif des protestants en France car elle regroupe toutes les familles du protestantisme. C’est en quelque sorte [200] le ‘label protestant’. Son rôle est d’être fédérateur, de créer des synergies et des relations pour ne pas agir en électrons libres et vivre notre foi à visage découvert [54]. »

C’est dans ce but qu’Yves Chambaud initie, dans le nord de l’île, la Pastorale évangélique protestante. Cette association [55] rassemble les principaux responsables d’Églises : évangéliques-charismatiques, évangéliques de la mouvance dite « de piété orthodoxe », et luthéro-réformés [56]. Ces réunions mensuelles se présentent comme « un espace d’échange, d’encouragement, d’aide et de réflexion, de concertation et de prière ; en vue de développer et de renforcer les liens, la visibilité et la représentativité du protestantisme évangélique à La Réunion [57] ».

De plus, le pasteur Chambaud ne limite pas sa mission au champ du protestantisme puisqu’il s’investit auprès de l’Église de Rome en soulignant que « si les catholiques considèrent les autres mouvements comme des sectes, nous sommes pour eux les interlocuteurs du dialogue œcuménique [58] ». Sur la scène religieuse locale, le pasteur Chambaud est également celui qui représente la famille protestante lors des rencontres du groupe de dialogue inter-religieux, aux côtés des Musulmans, des Hindouistes et des autres fractions religieuses insulaires. Après lui, les deux pasteurs qui lui succèdent rue des Saphirs, Walter Techera (2005-2008) puis Thibaut Delaruelle (depuis 2008), participent à leur tour au groupe de dialogue inter-religieux et au groupe œcuménique de la Trinité.

Ainsi, de part les institutions dont elle se dote et le rôle qu’elle tend à jouer vis-à-vis des différentes dénominations chrétiennes, l’impact de l’Église Protestante sur le paysage religieux réunionnais va croissant. Plus de trois siècles après le rêve avorté de Leguat et de ses compagnons, l’île de La Réunion assiste donc à la formation et à l’enracinement d’une branche réformée sur son sol. Le catholicisme est toujours majoritaire mais la religion de Calvin est dorénavant autorisée.

[201]

Actuellement, les tensions et difficultés rencontrées par les héritiers de Calvin ne résultent plus de l’opposition des autorités civiles ou catholiques à l’implantation du protestantisme, elles émergent au sein même de la famille protestante. C’est ce que nous nous proposons d’observer.

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Les différentes Églises protestantes insulaires rassemblées à la Rivière Saint-Louis, le 25 octobre 2009, pour fêter le 500e anniversaire de la naissance de Calvin. Au premiers plan: les pasteurs Thibaut Delaruelle (ÉPR), Masitera Rakoto (FJKM) et William Rakotobe (FPMA) [59].



Tensions et divisions
au sein du protestantisme insulaire :
du rêve à la réalité 


Si l’expérience de la pluralité est constitutive du protestantisme, elle n’en demeure pas moins une source de fragilité et l’origine des divisions enregistrées au sein même de l’Église Protestante de La Réunion. Cette dernière se caractérise par une diversité qui s’exprime d’abord du point [202] de vue confessionnel, car si les réformés et les luthériens sont majoritaires, ils appartiennent à différentes tendances. Les luthériens malgaches de tendance charismatique côtoient, à titre d’exemple, des réformés libéraux français. À ceux-ci s’ajoutent une minorité de paroissiens puisant dans une vaste gamme confessionnelle : Méthodistes, Baptistes, Darbystes, Anglicans et même quelques Catholiques conjoints de Protestants.

La diversité se manifeste ensuite du point de vue ethnique, puisque les Malgaches représentent actuellement 70% des paroissiens, auxquels s’ajoutent des fidèles Métropolitains, quelques Allemands, et d’autres expatriés d’Europe du nord, un petit nombre d’Africains et de rares Réunionnais.


Nombre de membres en milliers (pour une population estimée à  817 000 habitants). Source, Valérie Aubourg, 2000.


Cette hétérogénéité n’a jamais été simple à vivre pour les participants, ni non plus à gérer pour ses pasteurs. L’Église s’est toujours voulue conciliante. Elle a constamment cherché à parier sur la possibilité d’une entente entre ces divers courants et pays représentés, consciente de ne pas pouvoir répondre pleinement aux attentes de chacun, mais se refusant constamment de verser d’un côté pour en exclure un autre. Un pari gagné à la vue de la croissance de ses effectifs puisque l’EPR compte actuellement 600 membres et maintient ce cap de « l’unité dans la diversité » dont elle se fait un « challenge majeur à relever [60] » en accueillant en son sein des fidèles aux origines nationales, ethniques, et théologiques toujours aussi multiples. Mais un pari perdu au vue de la création constante de nouvelles Églises protestantes malgaches depuis une dizaine d’années à La Réunion.

[203]

Dans les années 1990, l’Église protestante connaît en effet une arrivée massive de fidèles en provenance de Madagascar. Très vite, une différence apparaît entre les aspirations des fidèles malgaches fraichement arrivés à La Réunion et celles de leurs concitoyens établis depuis plusieurs années en terre réunionnaise après un détour, pour plusieurs d’entre eux, en métropole, où ils effectuèrent leurs études supérieures. Les premiers cherchent davantage à retrouver dans l’Église locale des éléments cultuels et plus largement culturels qu’ils avaient connu précédemment à Madagascar. Ce changement se répercute sur la vie de l’Église qui intègre des cantiques en langue malgache durant ses cultes. Le changement se traduit également au niveau des instances dirigeantes, avec une plus grande participation des Malgaches au conseil presbytéral.

Ces aménagements n’empêchent pas la naissance de tensions entre les différents groupes. Les fidèles d’origine européenne n’apprécient pas toujours cette place faite à la « malgasité ». Ils « rechignent » à répondre à cette demande identitaire qu’ils estiment exagérée et qui modifie excessivement l’Église telle qu’ils la connaissaient auparavant. Pour ces fidèles alsaciens, charentais ou allemands, comme il peut sembler loin le culte de jadis centré sur la longue prédication méticuleusement préparée du pasteur, rythmé par les immuables cantiques à quatre voix chantés à capella, célébré par un auditoire dont l’austérité légendaire semble aujourd’hui à mille lieux des déhanchements tropicaux en complet-veste-cravate de leurs actuels voisins sur les bancs paroissiaux. Il n’y a bien que la couverture cartonnée couleur bordeaux des livrets « Arc en ciel » qui n’a pas changé…

De leur côté, les Malgaches avouent leur malaise à côtoyer des Européens qu’ils jugent distants, voire supérieurs, et trop peu portés sur le spirituel. « Ils ne se reconnaissent pas dans cette Église trop bourgeoise et intellectuelle », écrit Marie-Odile Miquel [61].

Les antinomies couvrent de nombreux domaines : ecclésiologique, dogmatique, éthique, liturgique... Les divergences concernent la place accordée à l’autorité du pasteur, la manière de prier, les croyances au sujet des défunts, la conception de la Providence et de l’intervention divine dans l’existence du croyant, la formation biblique, les sacrements et jusqu’à la tenue vestimentaire du fidèle. La spécificité des fidèles originaires de la Grande Île apparait particulièrement autour de trois éléments :

- Une conception cléricale de la fonction pastorale. Leur attente vis-à-vis du ministre du culte est très importante et son avis décisif.

- Leur résistance à s’impliquer dans des actions sociales, préférant un christianisme à « forte dominante spirituelle ».

- Leur orthopraxie rigoureuse.

[204]

Prise entre deux feux, l’Église tente de répondre au fur et à mesure à cette demande identitaire de sa composante originaire de Madagascar. Mais, malgré ses efforts, elle ne peut empêcher la multiplication de tensions, de malentendus et de déceptions qui finissent par l’emporter sur la volonté de rester unis.

Ainsi, à la fin des années quatre-vingt-dix, de plus en plus de chrétiens originaires de Madagascar rejoignent les différentes assemblées malgaches qui démarrent à La Réunion : la FJKM (1999) [62] et la FPMA (1991) [63]. Comme Jean-Claude Girondin l’a montré pour les populations antillaises en région parisienne [64] et comme Marion Aubrée l’a observé au sujet du mouvement pentecôtistes au Brésil [65], ces communautés s’apparentent à des lieux d’entraide basés sur de nouvelles formes de solidarité entre coreligionnaires. Selon un protestant malgache, ce soutien mutuel relève de l’évidence. Il l’affirme : « Cela fait partie du culte, c’est la spiritualité en actions [66] ! ». En tout état de cause, la création de ces groupes montre comment, depuis une dizaine d’années, les dynamiques migratoires peuvent être au cœur des recompositions protestantes, mais soulève également des questions plus profondes d’adaptation migratoire qu’il n’est pas loisir d’étudier ici.

On notera qu’à partir des années 2000, les communautés qui se séparent de l’EPR connaissent à leur tour des scissions internes : de la FJKM naît la FPVM, puis la FJKM’Fit Réunion et la FJKM Saint-Denis. Huit lieux de cultes peuvent être aujourd’hui dénombrés, dont un lieu de culte anglican. Tous ces groupes se réunissent dans une salle ou un édifice religieux mis à leur disposition par l’Église catholique [67]. [205] Ces communautés rassemblent actuellement 1 400 fidèles, tous d’origine malgache. La FJKM et la FPVM ont été déclarées en préfecture en tant qu’associations cultuelles (loi 1905). Quant à l’Église anglicane, elle est pour l’heure une association de fait [68], sur l’initiative de l’évêque mauricien en poste à Antsiranana (Madagascar) : Mgr Roger F. H. Chung Pochuen.

Conclusion

En vingt ans, les différentes mouvances protestantes ont progressivement pris leur place dans une île majoritairement catholique mais nettement plus ouverte à l’altérité religieuse que lors des siècles précédents. « Ça a changé. La mentalité est plus tolérante », remarque le président de la Fédération des Églises Adventistes du Septième Jour de La Réunion (FÉAR). Ce dernier, dont le bureau donne sur les fenêtres de l’évêché, admet aujourd’hui entretenir de « bonnes relations » avec son voisin : l’Évêque Gilbert Aubry. Dans le paysage protestant, avec ses vingt églises et ses 1 400 membres, l’Église adventiste se situe à part égale avec les luthéro-réformés et les évangéliques. Sa place de dans la société civile a également évolué. Son action en faveur de la santé est reconnue. Les mairies et la Sécurité Sociale insulaire sont dorénavant partenaires de ses « plans de cinq jours pour arrêter de fumer ». Ces sessions, proposées trois fois par ans dans trois villes différentes, comptent une trentaine de participants chacune. Au même moment, les conseils diététiques de l’Église adventiste attirent des particuliers de plus en plus enclins à commencer un régime nutritionnel. « C’est dans l’air du temps » reconnaît un pasteur.

Cela dit, force est de constater combien les assemblées évangéliques, adventistes et luthéro-réformées, demeurent nettement moins attractives pour la population insulaire que la mouvance pentecôtiste comprenant majoritairement les Assemblées de Dieu et, depuis vingt ans, un nombre [206] de mouvements charismatiques divers en pleine expansion. Cette offre religieuse pentecôtiste et charismatique, dont le nombre de fidèles est quinze fois plus important que celui de l’Église réformée, continue de répondre aux attentes de la population insulaire, dans sa diversité culturelle et ethnique. Une part du succès de cette mouvance peut être imputé aux effets de sa régulation d’une part, et à sa capacité d’hybridation et d’adaptation d’autre part [69].

Face à cette double effervescence, malgache en interne – soit une dizaine d’assemblées nées depuis les années 2000 à partir de l’EPR– et pentecôtiste en externe – les Assemblées de Dieu et autres groupes évangéliques-charismatiques florissant depuis la fin des années soixante –, l’Église Protestante cherche à se démarquer. Pour ce faire elle tente d’affirmer sa particularité dans plusieurs domaines : de son rapport à la Bible à son ouverture au dialogue interreligieux en passant par son mode de gouvernement ou encore son engagement résolument social au sein de ce département d’Outre-mer. Mais plus largement, ce sont les incontournables questions de la contextualisation, de l’inculturation et de l’acculturation, qui nous sont ici posées à travers les rites et les croyances des nouveaux héritiers de Calvin sur l’île d’Éden.

Valérie Aubourg *



[1] Le territoire de La Réunion s’étend sur 2 512 km2. Il mesure 50 km de large sur 70 km de long.

[2] En 2008, le baptême catholique concerna  11 214 enfants pour 14 927 naissances insulaires (soit 75,12% des nouveaux nés). La proportion de catholique sur l’île est estimée à 80%.

[3] Après la révocation de l’Édit de Nantes de 1685, ce sont plus de 200 000 réformés qui s’exilent hors de France.

[4] Protestant et fils de l’illustre amiral Abraham Duquesne (ou du Quesne).

[5] François Leguat, Les naufragés de Dieu. Aventure d’un protestant et de ses compagnons exilés en deux îles désertes de l’Océan Indien (1690-1698), Paris, Phébus, 1995, p. 10.

[6] Duquesne désigne le lieu de leur implantation sous l’appellation de « l’île d’Éden », désignation adoptée, dit-il, « parce que sa bonté et sa beauté la peuvent faire passer pour un paradis terrestre ». Henri Duquesne, « Recueil de quelques mémoires servant d’instruction pour l’établissement de l’Isle d’Eden », Annexe in François Leguat, Aventures aux Mascareignes [1684], Paris, Éditions La Découverte, p. 221-244, 1984, citation p. 238.

[7] Henri Duquesne, ibid., p. 223.

[8] Comme eux, les Mennonites du Delaware, les Quakers de Pennsylvanie ou par la suite les fraternités moraves, tentent de fuir la « Babylone perverse » et cherchent à « bâtir la Jérusalem nouvelle » en s’exilant en Amérique du Nord.

[9] Leguat publie ses aventures en 1707, soit douze ans avant la parution du Robinson Crusoé de Daniel Foë (dit De Foê).

[10] Minuscule îlot situé à proximité de l’île de la Passe et de l’île aux Fouquets, en face de la rade de Mahebourg.

[11] Il écrit, en 1718, ses « réflexions anciennes et nouvelles sur l’eucharistie ».

[12] Jean-Michel Racault et Paolo Carile, « Présentation » in François Leguat (1707), Le voyage et les aventures de François Leguat gentilhomme bressan, Paris, Éditions de Paris, 1995, p. 5-40, citation p. 18.

[13] Marie-Odile Miquel, Église protestante « de » La Réunion, ou « à » La Réunion, Mémoire de maîtrise, Faculté libre de Théologie Protestante de Paris et Faculté libre de Théologie Protestante de Montpellier, Paris, 2000, p. 8.

[14] Jean Barassin, Histoire religieuse de La Réunion : naissance d’une chrétienté, Bourbon des origines jusqu’en 1714, Paris, Éditions de la Maison provinciale des pères du Saint-Esprit, 1953, p. 21-22.

[15] Ibid., p. 24.

[16] Ibid., p. 174.

[17] Cf. Claude Prudhomme, Histoire religieuse de la Réunion, Paris, Karthala, 1984, p. 172.

[18] In ibid., p. 243.

[19] Demande officielle de l’Assemblée législative de Tahiti à la Reine Pomaré et au représentant du gouvernement français pour la venue de pasteurs français, 15 mai 1860.

[20] Jean-François ZORN, Le grand siècle d’une Mission protestante. La Mission de Paris de 1822 à 1914, Paris, Karthala – Les Bergers et les Mages, 1993, p. 175.

[21] Ibidem, p. 195-196 et 199.

[22] Entretien avec l’auteur le 28 mars 2011.

[23] In Journal de l’île de La Réunion, 24 août 1997.

[24] Marie-Odile Miquel, op. cit., p. 9.

[25] Ce premier acte pastoral archivé servira ensuite de repère historique. C’est ainsi qu’en 2002, par exemple, une cérémonie commémore les cinquante années de présence protestante dans l’île.

[26] Cité par Pierre-Yves Versini, « Fédérer les familles du protestantisme », in Le Quotidien de La Réunion, 15 novembre 2002, p. 16.

[27] In plaquette de présentation de l’EPR, Ensemble partageons notre foi, p. 2.

[28] In Effata, Bulletin paroissial de l’Église protestante de La Réunion, numéro Hors-série, Spécial inauguration, 31 mai 1992, p. 5. Cité par Marie-Odile Miquel, op. cit., p. 10.

[29] Aumônier au titre de l’Église Réformée de France.

[30] Marie-Odile Miquel, op. cit., p. 10.

[31] Cet élément n’est pas mentionné par Marie-Odile Miquel, mais c’est Yves Gounel, président de la C.É.É.E.F.E (Commission des Églises Évangéliques d’Expression Française à l’Extérieur), qui tint à le préciser lors de sa visite à La Réunion du 8 février 2008.

[32] Église adventiste de La RÉunion, Adventiste-reunion [en ligne]. Disponible sur : [consulté le 11 février 2010].

[33] Monsieur Moutousamy, son fils Roger et sa tante, ainsi que le couple Cadet entrent tour à tour dans l’eau.

[34] Dick est un évangéliste mauricien venu dès 1936 soutenir le développement de la mission adventiste à La Réunion.

[35] Il passa commande de vingt exemplaires par numéro.

[36] Église adventiste de La RÉunion, [en ligne] cité supra.

[37] Alain Foulon, Les religions à La Réunion-Le Renouveau, Paris, Orphie, 1989, p. 86.

[38] Ibid.

[39] Ibid., p. 89.

[40] Application des interdits consignés dans le livre du Lévitique.

[41] Bernard Truong, Deux formations religieuses à La Réunion : l’Église adventiste du septième jour et la Mission Salut et Guérison, Mémoire de D.E.A en ethnologie, Université de La Réunion, 1992, p. 16.

[42] David Cizeron, « 3 août 1966… Il y eut un matin : ce fut le premier jour », in Mission Océan Indien, n° 40, mars 2006, p. 12-17, citation p. 4.

[43] Il sera complété par la suite par un presbytère surplombant la salle de culte qui tient également lieu de salle polyvalente, des bureaux et d’une « chambre d’amis » au rez-de-chaussée.

[44] Dès le départ, la question du lieu de rassemblement de la communauté protestante s’était posé. Dans un courrier adressé à Marie-Odile Miquel (op. cit., p. 15), le pasteur Muller fait le récit épique du premier culte célébré par l’aumônier dans la ville de Saint-Denis le 11 décembre 1956. Il avait alors demandé à l’Église adventiste de lui céder son temple pour la célébration. Mais cette initiative suscita parmi les membres de la dite Église « une opposition telle, que les partisans et opposants à l’accueil des réformés en vinrent aux mains. Ce premier culte se fit donc sous la protection des forces de police postées à l’extérieur du temple ! ». Afin d’éviter que de telles esclandres ne se répètent, les réunions s’organisent ensuite en d’autres lieux : au domicile de fidèles protestants, dans des locaux plus vastes situés sur le lieu de travail de certains fidèles, dans la chapelle militaire et même dans une église catholique.

[45] Groupe d’alphabétisation, soutien aux femmes en détresse, entraide aux personnes sorties de prison, plan de développement rural sur la commune de l’Entre-Deux, soutien local après le passage du cyclone Hyacinthe en 1980, etc.

[46] Association d’entraide auprès des personnes libérées de prison.

[47] Organisation et participation à des conférences-débats dont les thèmes dépassent largement le cadre religieux : questions éthiques, événements historiques, sujets d’actualité…

[48] Association érigée en 1995, composée de femmes réalisant différentes œuvres caritatives.

[49] Association (loi 1901) créée en 1983, ayant pour but de « répondre aux détresses de toute nature, de favoriser l’expression et la formation de personnes, des groupes et des associations ».

[50] Cité par Karine Grondin, « Éviter la chasse aux sorcières », in Le Quotidien de La Réunion, 15 avril 2001, p. 11.

[51] In Le Quotidien de La Réunion, 28 juin 2003.

[52] In Le Journal de l’île de La Réunion, 22 novembre 2002.

[53] Selon ses propres termes dans les lignes du Quotidien de La Réunion du 28 juin 2003, p. 16.

[54] Cité par Pierre-Yves Versini, op. cit., p. 16. Pour saisir le sens de l’affirmation du pasteur Chambaud, il s’avère utile de situer l’EPR par rapport à ses différents partenaires : elle est membre associé de la Communauté Évangélique d’Action Apostolique (CÉVAA), qui la soutient en partie financièrement, et de l’Alliance Réformée Mondiale (ARM) qui lui apporte également son soutien en termes de formation et d’aide financière. Depuis 1980, l’EPR est affiliée à la Fédération Protestante de France. De ce fait, c’est le Département Évangélique Français d’Action Apostolique (DÉFAP) qui prend en charge l’envoi des pasteurs dans ce département d’Outre-mer. De par son éloignement de l’Hexagone, son rattachement à la FPF s’effectue via la Commission des Églises Évangéliques d’Expression Française à l’Extérieur (CÉÉEFE), d’où la présence régulière de son président à La Réunion, par exemple lors des cultes d’installation des nouveaux pasteurs ou dans les phases de négociation avec le conseil presbytéral en vue de leur installation.

[55] Déclarée en préfecture de Saint-Denis en 2009.

[56] À noter l’absence de la Mission Salut et Guérison.

[57] Objet de l’association, selon la déclaration à la préfecture de Saint-Denis du 31 août 2009.

[58] Ibid.

[59] La FJKM, Fiangonan’I Jesoa Kristy ao Madagasikara (Église de Jésus Christ à Madagascar), a été créée sur la Grande Île en 1968. Elle compte actuellement 4 millions de fidèles, 6 000 églises, 1 500 pasteurs, 37 synodes régionaux, 3 collèges théologiques, une faculté de théologie, 560 écoles, une université, 35 centres de santé, 85 centres de développement. Elle est décomposée en 8 branches appelées: école du dimanche (SA), groupes de jeunes (STK), groupes de dames (dorcas), groupes des hommes (SLK), groupes laïcs (VFL), Réveil (SAFIF), scouts, Croix bleue. L’actuel président de la FJKM est Lala Rasendrahasina. À La Réunion, elle compte actuellement deux pasteurs: Masitera Rakoto et Benjamina Rakotoarimana. La FPMA, Fiangonana Protestanta Malagasy aty Andafy (Église Protestante Malgache à l’Étranger), fut créée en métropole après la seconde guerre mondiale. Cette Église est membre de la FPF. Actuellement, elle se compose de 6 régions et compte 37 paroisses. La FPMA, à La Réunion, est rattachée à la Région Sud-ouest de la France. Sur l’île, elle compte deux pasteurs: Josoa Rakotoninary et William Rakotobe.

[60] In plaquette de présentation de l’EPR, Ensemble partageons notre foi, p. 3.

[61] Marie-Odile Miquel, op. cit., p. 30.

[62] La FJKM, Fiangonan’I Jesoa Kristy ao Madagasikara (Église de Jésus Christ à Madagascar), a été crée sur la Grande Île en 1968. Elle compte actuellement 4 millions de fidèles, 6 000 Églises, 1 500 pasteurs, 37 synodes régionaux, 3 collèges théologiques, une faculté de théologie, 560 écoles, une université, 35 centres de santé, 85 centres de développement. Elle est décomposée en 8 branches appelées : école du dimanche (SA), groupes de jeunes (STK), groupes de dames (dorcas), groupes des hommes (SLK), groupes laïcs (VFL), Réveil (SAFIF), scouts, Croix bleue. L’actuel président de la FJKM est Lala Rasendrahasina. À La Réunion, elle compte actuellement deux pasteurs : Masitera Rakoto et Benjamina Rakotoarimana.

[63] La FPMA, Fiangonana Protestanta Malagasy aty Andafy (Église Protestante Malgache à l’Étranger), fut créée en métropole après la seconde guerre mondiale. Cette Église est membre de la FPF. Actuellement, elle se compose de 6 régions et compte 37 paroisses. La FPMA, à La Réunion, est rattachée à la Région Sud-ouest de la France. Sur l’île, elle compte deux pasteurs : Josoa Rakotoninary et William Rakotobe.

[64] Jean-Claude Girondin, « Conversion et ethnicité parmi les protestants antillais en région parisienne », in Sébastien Fath (éd.), Le protestantisme évangélique un christianisme de conversion, Turnhout, Brepols, 2004, p. 147-166.

[65] Marion Aubrée, « Les mouvements pentecôtistes au Brésil, de l’entraide à la fragmentation », in Modernisation et mobilisation sociale, Égypte, Brésil, Dossier du CEDEJ, Le Caire, 1991, p. 157-166.

[66] Propos recueilli à Sainte-Marie, le 26 avril 2007.

[67] - À Saint-Denis (Notre Dame de l’Assomption), la FJKM-Fit Réunion : Fiangonan’I Jesoa Kristy ao Madagasikara - Fitandremana La Réunion (Église de Jésus Christ de Madagascar - Paroisse de La Réunion).

- À Saint-Pierre (Centre spirituel de L’eau Vive), la FJKM-Fit Réunion.

- À Saint-Denis (Paroisse Notre Dame de la Délivrance), la FJKM Saint-Denis.

- À Saint-Denis (Paroisse Sainte-Clotilde), la FPVM : Fiangonana Protestanta Vaovao eto La Réunion (Nouvelle Église Protestante à La Réunion).

- À Saint-Denis (Paroisse Sainte-Clotilde), la FLMR : Église Luthérienne Malgache de La Réunion.

- À Saint-Denis, (chapelle de l’Immaculée Conception), la FPMA : Fiangonana Protestanta Malagasy aty Andafy (Église Protestante Malgache à l’Étranger).

- Au Port (Église Saint-Yves), la FPMA.

- À Saint-Denis (Sainte-Clotilde), la communauté anglicane.

[68] Du point de vue administratif, elle envisage un rattachement à la cathédrale anglicane de Paris, ce qui la dispenserait d’une déclaration en préfecture de Saint-Denis de La Réunion.

[69] On notera combien les analyses concernant le pentecôtisme imputent le succès de cette mouvance religieuse à son « caractère syncrétique » en dépit de son discours « anti-syncrétique » (comme le dit Harvey Cox). La contribution présente traitant de la présentation géographique et historique du protestantisme insulaire, il n’a pas lieu ici de nous attarder sur cette problématique. Nous signalerons simplement, dans le même ordre d’idée, l’article de Philippe Chanson, « Les néo-protestantismes créoles des Antilles et de la Guyane françaises : entre paradoxes et interrogations », in Histoire & Missions Chrétiennes, n° 2, juin 2007, p. 177-188.

* Valérie PERRETANT-AUBOURG a soutenu, le 25 mars 2011, à l’Université de La Réunion, une thèse sur L’Église à l’épreuve du Pentecôtisme. L’expérience religieuse à l’île de La Réunion, sous la direction du professeur Bernard Champion. Le jury était composé de Bernard Champion, Sébastien Fath, Yannick Fer, Claude Prudhomme et Jean-François Zorn.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mercredi 24 février 2016 15:23
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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