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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Yao Assogba, Le paradigme des effets pervers et l'inégalité des chances en éducation,
une application de l'étude des aspirations scolaires au cours secondaire
. (1984)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Yao Assogba, Le paradigme des effets pervers et l'inégalité des chances en éducation, une application de l'étude des aspirations scolaires au cours secondaire. Québec, Université Laval, Les Cahiers du LADRAPS, Laboratoire de recherche en administration et politique scolaires. Série “Études et recherche”, vol. 1, no 3, 1984, 256 pp. [Autorisation de diffuser ce livre dans Les Classiques des sciences sociales accordée par l’auteur le 9 juillet 2012]

[1]

Le paradigme des effets pervers
et l'inégalité des chances en éducation,
une application de l'étude des aspirations scolaires
au cours secondaire

Introduction

Dans les sociétés industrielles en général et au Québec en particulier, le problème des inégalités sociales face à l'éducation demeurent toujours au centre des préoccupations et des hommes politiques et des spécialistes de l'éducation, plus particulièrement des sociologues de l'éducation. S'il en est ainsi, c'est sans doute parce qu'il s'agit d'un phénomène social fort complexe aussi bien sur le plan de ses manifestations concrètes, des idéologies existantes à son propos, que des théories sociologiques élaborées pour comprendre et expliquer les différentes formes d'inégalités en éducation.

Mais cette complexité fait, par ailleurs, que l'étude des inégalités sociales et scolaires paraît très intéressante à entreprendre malgré les nombreuses recherches qui y ont été consacrées au cours des années. Du reste, le débat sociologique sur ce problème demeure ouvert. Ses manifestations étant également très diverses le chercheur, tout en ayant une vision globale des choses, est appelé le plus souvent à n'aborder qu'un aspect particulier de l'inégalité des chances devant l'enseignement. Nous situant donc sur cette piste de recherche, nous nous proposons dans le cas présent d'étudier très particulièrement les inégalités inter-et intra-strates sociales des niveaux d'aspirations scolaires des élèves de l'enseignement secondaire au Québec.

En fait, dans une société où le système scolaire est considéré comme un moyen privilégié de réalisation de la personne et de promotion sociale ; dans une société ou l'on pratique également des politiques d'égalité des [2] chances devant l'école, les aspirations scolaires constituent sans doute pour le sociologue de l'éducation un phénomène individuel et social important à étudier. Pourquoi ?

D'abord, on sait qu'une action humaine tire ses origines des projets ou des ambitions individuels et/ou collectifs. Dans cet ordre d'idées on peut présumer par exemple, que la scolarisation plus ou moins prolongée d'un individu est en quelque sorte le prolongement réel, la réalisation concrète d'un désir, d'un projet d'éducation c'est-à-dire de ses aspirations scolaires.

Par ailleurs, dans une société où on constate en moyenne une corrélation entre niveau d'études et statut socio-professionnel d'un individu ou d'un groupe social d'une part ; et où le système scolaire est démocratisé d'autre part, les aspirations scolaires peuvent être un "bon" indicateur des rapports des jeunes au système d'enseignement et, de façon indirecte de la représentation qu'ils se font des relations entre niveaux de scolarité et promotion sociale (cf. Cherkaoui, 1979).

Toutes ces raisons justifient, nous semble-t-il, l'intérêt que l'on peut avoir à entreprendre une recherche dans le domaine de l'inégalité des chances en éducation par le biais des aspirations scolaires des élèves du cours secondaire. Cependant, il importe de préciser immédiatement qu'il ne s'agit pas la d'une problématique nouvelle.

En effet, les aspirations scolaires (et/ou professionnelles) ont fait l'objet de nombreuses recherches en sociologie aussi bien aux Etats-Unis (Coleman, 1966 et al.), en Europe (O.C.D.E., 1979), au Canada (Breton, 1972) qu'au Québec (ASOPE). La question peut alors se poser de savoir quelle est la particularité de notre étude ? Si on jette un coup d'oeil attentif sur un certain nombre de recherches, on peut noter deux faits.

Premièrement, la plupart de ces études (ou du moins une grande partie d'entre elles) n'ont en général pas un cadre conceptuel permettant de définir de façon analytique l'aspiration qui représente souvent la variable à expliquer. Ces études se limitent la plupart du temps a une définition purement opérationnelle des aspirations scolaires et sont généralement très [3] empiriques comme recherche. Rocher (1976) souligne bien ce fait et le qualifie même de "grave problème théorique" en sociologie des aspirations. En contre partie, il propose un modèle psycho-sociologique qui permet de faire une étude analytique des aspirations.

En deuxième lieu, sur le plan des théories explicatives des inégalités scolaires en général et celles des aspirations scolaires en particulier, il ressort très clairement que ce sont les théories que Boudon (1977) qualifie de "déterministes" par opposition aux théories "interactionnistes" qui ont dominé jusqu'ici la sociologie de l'inégalité des chances en éducation. Mais ces théories "déterministes" ont, bien sûr, leur portée et leur limite en termes d'explication. Il semble qu'elles ne soient pas en mesure de rendre compte de certaines formes particulières que prennent quelquefois les inégalités scolaires (Boudon, 1973b, 1979 : Girod, 1977). Dans l'exploration d'une explication plus large de celles-ci, Boudon propose une théorie basée sur "un paradigme interactionniste" qui paraît compléter et dépasser les théories déterministes.

Nous voilà donc devant un phénomène individuel et social dont la pertinence politique ne fait aucun doute. Nous voilà également devant de nouvelles perspectives théoriques de recherche qui semblent ouvrir d'intéressantes pistes d'investigation en sociologie de l'inégalité des chances. Intéressé par la question des inégalités et reconnaissant l'originalité de l'approche que propose principalement Boudon, nous nous proposons d'étudier les aspirations scolaires des élèves du cours secondaire.

La question a laquelle notre étude tente de répondre est la suivante : peut-on mieux comprendre et expliquer les inégalités des niveaux d'aspirations scolaires des jeunes québécois selon les origines sociales, en mettant principalement en relation la position sociale et l'estime de soi qui sont impliqués dans la dynamique des aspirations en général ? Quelle est l'importance relative de certaines variables (sexe, réussite scolaire et voie d'apprentissage) dans les projets scolaires que formulent les jeunes québécois des années 70 ?

Pour tenter de donner quelques éléments de réponses à ces questions, nous avons divisé la présente recherche en six chapitres.

[4]

Le premier chapitre présente la position du problème. Nous y formulons d'abord une problématique très générale de l'inégalité des chances en éducation pour ensuite la situer dans le cadre particulier de la démocratisation de l'enseignement au Québec au cours des années 60. En dernier lieu nous délimitons le problème du point de vue de l'objet d'étude et de la perspective théorique que nous utiliserons pour l'analyser.

Dans le deuxième chapitre nous présentons la situation théorique plus globale de la sociologie de l'inégalité des chances en éducation. Nous rappelons ici les principales théories existantes dans ce domaine en mettant en évidence leur portée et limite explicative. Cette démarche nous a ainsi permis d'évoquer brièvement la nouvelle perspective théorique que propose Boudon pour l'étude des inégalités sociales et scolaires, de mettre en évidence sa potentialité explicative et de justifier son choix pour les fins de notre recherche.

Le troisième chapitre est consacré à la présentation systématique de la théorie de la rationalité de l'acteur fondée sur un paradigme interactionniste de type wébérien (1977, 1979). Une fois cette théorie présentée nous précisons qu'elle a un caractère souple et permet ainsi une adaptation sinon un approfondissement. Nous montrons de quelle façon nous allons l'adapter à l'étude des aspirations scolaires.

Dans le quatrième chapitre nous élaborerons le cadre d'analyse de notre étude. Pour cela nous empruntons des éléments au modèle conceptuel de Rocher (1976) pour définir l'aspiration par ses caractéristiques. Nous avons ainsi défini l'aspiration comme une forme d'action qui suppose une rationalité, du moins une intentionnalité de l'acteur. À ce niveau de notre démarche nous rappelons les éléments fondamentaux de la théorie de la rationalité et tentons d'y introduire une variable d'ordre psychologique, soit l'estime de soi qui est impliquée dans le processus des aspirations scolaires. Telle est l'originalité de notre démarche d'analyse.

Nous présentons ensuite un modèle d'analyse fondé sur la théorie de Boudon et montrons que les facteurs (statut socio-économique, estime de soi, sexe, réussite scolaire et voie d'apprentissage) retenus pour déterminer la "structure du système d'interaction" à partir de laquelle on doit étudier [5] les aspirations scolaires des agents sociaux intentionnels, sont pertinents dans la mesure où le sens des variations que nous leur attribuons dans le modèle rejoignent d'autres études. De ce modèle nous avons déduit dix-huit (18) hypothèses de recherche à vérifier ou à infirmer par les données d'ASOPE mises à notre disposition.

Le cinquième chapitre consacré à la méthodologie décrit la population et l'échantillon de l'enquête. C'est ici également que nous donnons une définition conceptuelle et opérationnelle des variables à l'étude. Enfin nous spécifions les techniques et méthodes que nous utiliserons pour l'analyse des données c'est-à-dire pour la vérification des hypothèses.

Le sixième chapitre est réservé à l'analyse des données et à l'interprétation des résultats selon la théorie de la rationalité de l'acteur. Enfin, la conclusion de l'étude résume brièvement l'ensemble de la démarche suivie, précise la portée et les limites de l'étude et formule quelques pistes de recherches et des recommandations "politiques" sur le plan scolaire et "social".



Retour au texte de l'auteur: Yao Assongba, sociologue, Université du Québec en Outaouais Dernière mise à jour de cette page le vendredi 13 février 2015 19:12
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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