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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

La représentation des arabes et des musulmans dans la grande presse écrite au Québec. (2008)
Résumé des faits saillants


Une édition électronique réalisée à partir du document sous la direction de Rachad ANTONIUS. Coordinatrice et chercheure: ALYKHANHTHI LYNHIAVU avec la participation de Richard Dion, Marc Antonius, Aziz Djaout et Benoît Gagné, La représentation des arabes et des musulmans dans la grande presse écrite au Québec. Rapport de recherche présenté à Patrimoine canadien, juillet 2008, 95p. [Autorisation accordée par l'auteur le 8 mai 2008 de diffuser cet article dans Les Classiques des sciences sociales.]

[3]

La représentation des arabes et des musulmans
dans la grande presse écrite au Québec.


Résumé des faits saillants

Les relations entre les communautés arabes et musulmanes et les autres groupes dans la société d'accueil ont été durement éprouvées, au cours des dernières années, par deux grands facteurs. Le premier relève de la situation internationale et de ce qu'on désigne par la « guerre au terrorisme », avec pour conséquence le développement de stéréotypes négatifs à l'égard des musulmans ainsi que des Arabes. Le second renvoie à des questionnements identitaires spécifiques au Québec et aux débats relatifs à la gestion de la diversité ethnique, culturelle ou confessionnelle qui ont entraîné des malaises, des craintes et des prises de position hostiles face aux demandes en provenance des groupes religieux minoritaires, ou des mouvances les plus conservatrices au sein de ces groupes minoritaires. Ces peurs ont notamment été déclenchées par certaines demandes d'accommodements ou sont en réaction à des comportements effectivement problématiques, mais marginaux, localisés et susceptibles d'être résolus au cas par cas. Les réactions à ces situations ont pris une ampleur démesurée. Dans ce contexte, il semble légitime de s'interroger sur le rôle qui fut joué par les médias dans la transformation de questions mineures en interrogations existentielles.

La présente recherche visait à cerner ce rôle. Son objectif était de produire une étude empirique accompagnée d'une analyse du traitement de l'information concernant l'islam, les Arabes et les musulmans/es dans les principaux quotidiens du Québec.

Lorsqu'on évalue l'influence des médias sur l'opinion, il n'est pas aisé de départager ce qui relève de la consignation des faits de société de ce qui relève du discours idéologique des médias, d'autant plus que l'influence entre les deux est circulaire. Nous avons donc tenté de décrire les représentations des musulmans, des Arabes, et des questions les concernant, qui se dégagent à la lecture de la presse écrite au Québec.

Pour constituer notre corpus, nous avons dû procéder différemment selon la langue du journal, et selon qu'il était informatisé ou non. Les corpus du Devoir, du Soleil et de La Presse ont été constitués d'après les mêmes méthodes et comprennent tant des questions locales qu'internationales. Le corpus du Journal de Montréal a dû être constitué manuellement, en consultant les microfiches. Et le corpus de The Gazette a été constitué uniquement par des questions locales, pour des raisons techniques. Les mots clés incluaient des variables désignant les Arabes ou les musulmans et leurs variantes, ainsi que des termes évoquant des enjeux liés aux Arabes et aux musulmans (hidjab, [4] Coran, terrorisme, etc.).

Pour les quatre journaux numérisés (Le Devoir, Le Soleil, La Presse, The Gazette), nous avons retenu, dans un premier temps, tous les textes comportant l'un ou l'autre des mots clés dans le corps du texte et publiés entre le 1er janvier et le 31 décembre 2007. Dans le cas du Journal de Montréal, il a fallu utiliser des bandes microfiches. La longueur de la procédure nous a amenés à sélectionner 6 mois plutôt que 12 (novembre 2006 - avril 2007), mais il s'agit d'une période assez significative pour observer la façon dont on parlait des Arabes et des musulmans. Les méthodes d'analyse de ce journal diffèrent donc de celles utilisées pour les autres titres.

Un corpus de plusieurs milliers de textes, comprenant toutes les sections des journaux, a donc été constitué (6157 textes dans les trois journaux francophones numérisés, 672 textes dans The Gazette, et plusieurs centaines de pages, certaines contenant plusieurs textes, pour le Journal de Montréal). Vu la grande quantité de textes, nous avons ciblé nos analyses sur des sous-corpus. Nous avons essayé de dégager les grands thèmes abordés et surtout les types d'arguments qui structuraient les discours. Cette recherche est donc interprétative.

Résultats

Le Journal de Montréal

De notre analyse, nous retiendrons que les pratiques journalistiques du Journal de Montréal, fondées sur le sensationnalisme, ont pour conséquence une stigmatisation des immigrants, une focalisation de l'altérité sur les signes religieux, et une représentation de l'islam comme altérité absolue et comme un danger qui est en train d'envahir l'espace public et de menacer l'identité nationale. En dépit des quelques textes où les immigrants étaient regardés avec une certaine empathie, le Journal de Montréal a contribué à transformer des questions locales d'accommodements en crise.

Les titres, les photos, la mise en forme visuelle du texte occupent une très grande place au Journal de Montréal. Le sensationnalisme est inscrit dans la facture même de la maquette. Le Journal de Montréal fait un large écho aux réactions de ses lecteurs. L'approche de type presse populaire du Journal de Montréal repose sur la captation d'audience par le sensationnalisme de la nouvelle aux dépens de l'analyse. Le sensationalisme dans le Journal de Montréal exprime - et suscite - souvent un sentiment d'indignation ou de révolte contre des excès commis par d'autres citoyens ou des élus. Le traitement de l'actualité est surtout anecdotique, avec peu de contextualisation des faits rapportés [5] qui sont traités au premier degré, et l'usage de stéréotypes dans l'iconographie est systématique. À l'opposé des autres journaux, c'est par l'énoncé iconographique (les titres, la mise en page et les photos) que le Journal de Montréal crée son impact, beaucoup plus que par le texte proprement dit.

Les Arabes et les musulmans
dans le Journal de Montréal


Dans le cas des musulmans, cette tendance à mettre de l'avant des images qui évoquent de façon immédiate l'islamité du sujet signifie qu'on préfère davantage souligner l'altérité et la différence que les aspects « invisibles » des musulmans. Le résultat est une impression très forte que tous les musulmans sont et veulent rester fondamentalement différents, ce qui ne correspond pas du tout à la réalité. Les musulmans sont très souvent mentionnés dans un contexte présenté comme problématique pour la majorité, sinon dangereux pour sa culture ou sa sécurité. Dans ces cas, c'est la différence qui est mise en exergue plutôt que les aspects communs d'humanité. En général, le journal puise sa substance dans la nouvelle à sensation, ou autour des figures les plus radicales ou controversées. Le Journal de Montréal a joué un rôle majeur, croyons-nous, dans la transformation de l'islam et des musulmans en danger public pour la culture québécoise, pour la laïcité et pour l'égalité des sexes.

La Presse

Les éditorialistes, chroniqueurs et chroniqueuses de La Presse ont eu tendance à être critiques du sensationnalisme vu et lu dans les autres « tribunes » au sujet du débat sur les accommodements. Ses journalistes ont fait un effort remarquable pour présenter le point de vue des musulmans et des Arabes sur les questions des accommodements et sur leurs difficultés d'intégration. Mais certains dérapages sont relevés dans la mise en page des contenus rédactionnels et visuels des sujets concernés.

La posture éthique déployée éditorialement par La Presse s'organise autour de trois grands axes.

En premier lieu, la dénonciation du dérapage informationnel dû à la surmédiatisation et au traitement sensationnaliste de la nouvelle par d'autres tribunes. En deuxième lieu, les interrogations argumentées sur la dyade « nous/eux », qui se soldent bien souvent en l'équation “nous” inclut “eux” et/ou par l'illustration d'un effet miroir du “eux” sur le “nous”. Enfin, le troisième est celui de la réparation, à travers la confrontation des fictions avec la réalité empirique. En effet, plusieurs des collaborateurs de La Presse ont rectifié par l'analyse les dérapages et effets néfastes de la corruption [6] de l'information. Les collaborateurs de La Presse reçoivent des courriels injurieux voire haineux quand sont publiés des articles modérateurs ou des analyses qui sont à contresens des idées reçues sur les musulmans.

La contamination du contexte local par le contexte international se manifeste à l'occasion dans les textes de La Presse. La séquence Forum de La Presse atteste sans doute de la réception négative de ces nouvelles par une partie du lectorat, qui se montre intransigeante en particulier envers les musulmans. Les textes de Laura-Julie Perreault, dans La Presse, sont, croyons-nous, un exemple de bonnes pratiques.

Trois constats émergent de la lecture des lettres publiées dans La Presse : la prédominance de la problématique des accommodements, l'opposition aux accommodements de façon majoritaire, mais aussi la perception de la discrimination envers les musulmans. La plupart des gens qui sont « pour » les accommodements insistent sur le racisme et la discrimination dont sont victimes les musulmans.

Nous avons analysé en détail la structure de l'argumentation des lecteurs de La Presse. Cette structure rejoint celle que nous avons vue dans les autres journaux, avec la différence que les pourcentages de personnes qui reprennent les divers arguments varient d'un journal à l'autre. De toutes façons, nous n'avons pas tenté d'évaluer ces pourcentages. Le tableau récapitulatif est donné à la page suivante.

Rôle de l'iconographie. Si le traitement de l'information locale par les rédacteurs de La Presse n'est pas oublieux de la dimension sociétale et si la représentation des arabo-musulmans qui en résulte est globalement respectueuse de la complexité du réel, certains dérapages sont relevés dans la mise en page des contenus rédactionnels et visuels des sujets concernés. Nous les avons illustrés dans le rapport.

[7]

Tableau récapitulatif des types d'arguments

Position

Argument général

Argument spécifique

CONTRE

A Argument réglementaire :

Importance de respecter les règles qui régissent notre société.

1. Les règles ont pour but de rendre l'activité visée indifférente à la religion (religion-blind).

2. Les règles ont pour but de rendre l'activité visée libre de toute dimension religieuse (religion-free).

B. Argument culturel :

Les musulmans qui refusent de restreindre leur pratique religieuse à la sphère privée sont porteurs d'une vision rétrograde de la société et des rapports humains.

3. Ces pratiques sont répréhensibles car elles portent les valeurs du courant conservateur présent dans l'Islam comme dans toute religion.

4. Ces pratiques sont répréhensibles car elles portent les valeurs de l'islam, une religion essentiellement incompatible avec notre société.

C. Argument intentionnel :

Les musulmans qui refusent de restreindre leur pratique religieuse à la sphère privée le font intentionnellement, malicieusement, pour atteindre des objectifs cachés.

5. Ce comportement découle d'une volonté d'autoexclusion et de repli communautaire.

6. Ce comportement fait partie d'un plan pour contraindre la société d'accueil à adopter leur vision des choses, leurs façons défaire.

D. Argument autoritaire :

Le véritable danger derrière les accommodements, c'est le fait que les autorités n'assument pas leur responsabilité.

7. La question est politique et du ressort des élus qui doivent assumer leur leadership.

8. La question est administrative et relève des institutions qui doivent adopter les règles de gestions plus claires.

POUR

E. Argument libéral :

Nous n'avons pas à juger la façon dont les autres pratiquent leur religion, tant qu'ils respectent la liberté d'autrui.

9. Affirmation de la liberté sémantique. Détachement des pratiques religieuses de leur sens automatiquement péjoratif.

10. Affirmation de la liberté individuelle. La décision d'autres individus ne nous affecte pas en tant qu'individus.

F. Argument empathique :

Le vrai problème c 'est la discrimination dont sont victimes les musulmans.

11. Discrimination culturelle : il y a un climat hostile et dévalorisant envers les musulmans.

12. Discrimination économique : les problèmes d'intégration sont avant tout de nature économique et non culturelle.


Le Devoir

Même si Le Devoir s'est montré très ouvert et a permis à une diversité d'opinions de s'exprimer, l'orientation politique dominante au Devoir a été assez proche de l'aile la plus « ouverte » du courant nationaliste québécois. Le débat sur la place de l'islam au Québec s'est fait surtout à travers le prisme des accommodements, les menaces à l'identité québécoise étant reconnues, mais les préoccupations pour les droits et contre les discriminations n'étant pas oubliées.  De manière [8] générale, on peut dire que les lettres au Devoir posent principalement les questions du vivre-ensemble, de la place de la religion dans la place publique, de la gestion de la diversité, de la protection de la langue, et de la laïcité. En ce sens, elles ont tendance à situer le débat à un niveau un peu plus abstrait que la question directe des accommodements, et rappellent les sujets abordés durant les forums de la Commission Bouchard-Taylor. Cependant, on retrouve dans les lettres des opinions plus diversifiées que celles qu'on retrouve parmi les intellectuels qui s'expriment dans Le Devoir où les éditorialistes. Comme pour les lettres de La Presse, dès qu'un texte traite de la religion, de la pratique religieuse ou de la laïcité, on comprend vite, par les enjeux soulevés, que c'est souvent l'islam et les arabo-musulmans qui sont évoqués, ainsi que les juifs hassidim.

L'iconographie est restée problématique au Devoir, même si elle n'a pas d'impact majeur. On illustrera les audiences de la commission Bouchard-Taylor ou tout texte de la page Idées qui s'inscrit dans cette problématique, plus souvent qu'autrement, par une scène montrant les deux commissaires faisant face à une ou des femmes voilées.

The Gazette

Il y a plus d'homogénéité dans les prises de position de The Gazette sur les questions sociales et politiques. Cette homogénéité se retrouve aussi parmi les chroniqueurs. Notons que dans le cas de The Gazette, les représentations négatives des Arabes et des musulmans qui s'expriment dans le cadre des informations internationales ne sont généralement pas transférées au niveau local, et The Gazette a eu tendance, au contraire, à dissocier comportement conservateur au niveau religieux et appui au terrorisme, association qui est faite ailleurs, dans d'autres journaux.

The Gazette aura tendance à être très critique des tendances dominantes dans la société québécoise francophone qui réagit de façon trop épidermique aux demandes d'accommodements pour motifs religieux. Le 19 avril 2007, un éditorial commente la fixation de l'opinion dominante sur le hidjab, et il suggère au premier ministre québécois de lancer un message aux Québécois, les invitant à une attitude plus sereine et plus ouverte. Sur la question de la place des musulmans dans la société, The Gazette a une attitude d'accueil empathique et d'appui aux demandes d'accommodement religieux. C'est un quotidien qui insiste avant tout sur la liberté de choix des individus. L'opinion majoritaire est à l'effet que les musulmans sont des citoyens respectables dont la contribution sociale est généralement positive ; que non seulement leurs aspirations sont légitimes et respectueuses de la société d'accueil, mais que nous avons le devoir de les reconnaître comme telles car ce qui est enjeu [9] dans la façon dont nous gérerons cette question, ce sont les valeurs fondamentales de liberté sur lesquelles repose notre société. Il est donc regrettable que les musulmans subissent les contrecoups d'un contexte d'intolérance provoqué par la peur injustifiée des « Québécois de souche » de perdre leur identité.

Le journal laisse s'exprimer des opinions divergentes, surtout par le biais des lettres des lecteurs. Les éditoriaux et chroniques pour leur part sont relativement homogènes sur la question qui nous intéresse. Les lettres affichent une grande variété d'opinions, c'est pourquoi s'y retrouvent les opinions dites « minoritaires ».

Tendances générales pour tous les journaux

Pour les nouvelles locales, les thèmes majeurs sont les suivants : Accommodements et questions connexes ; sécurité ; absence des perspectives et priorités des immigrants. On constate un tournant, dans les nouvelles culturelles, par rapport à une vingtaine d'années. C'est dans la section de nouvelles culturelles qu'on trouve les mentions les plus positives et appréciatives des créations culturelles associées à la culture arabe ou à l'islam. Il est à noter aussi que l'aspect proprement religieux de l'islam est généralement traité avec respect. Le Journal de Montréal, cependant, se démarque dans la façon de traiter ces questions. Pour les nouvelles internationales, on parle de l'islam et des Arabes, essentiellement en lien avec deux types de contextes. Le premier est fourni par les conflits internationaux au Moyen-Orient et en Asie centrale. Les musulmans d'Europe constituent le deuxième thème. En général c'est le processus de radicalisation parmi les jeunes musulmans européens qui préoccupe et qui amène à une remise en question du multiculturalisme.

La couverture de ces divers conflits souffre d'un biais général : ils sont surtout observés à partir de la perspective de la sécurité et de la stabilité du système occidental, et sont généralement sélectionnés en fonction de ce critère. Ces nouvelles fournissent donc le contexte de l'émergence d'une représentation des musulmans comme source de danger, à cause de l'association avec les situations de conflit. Les aspects positifs des sociétés arabes et islamiques sont peu présents dans les médias, mais les aspects sociaux de ces sociétés sont quelquefois couverts, surtout par La Presse qui envoie régulièrement des correspondants sur place.

La question du terrorisme. C'est plutôt dans le domaine de la politique étrangère canadienne que ces images sont mobilisées. Elles ont eu un écho négligeable dans le débat sur les accommodements. Le thème de la soumission des femmes fait le lien entre le contexte international et le contexte local. [10] C'est sans doute l'image la plus sollicitée dans l'hostilité ressentie envers les musulmans (et parfois les musulmanes, quand elles militent pour le port du voile).

En conclusion, notre exploration des cinq journaux nous amène à conclure qu'il n'y a pas de discours systématique anti-arabe ou antimusulman dans les cinq grands journaux, mais dans certains médias, la sélection des nouvelles, la mise en page et l'iconographie provoquent l'hostilité et l'alarmisme face à l'ensemble des musulmans. Les éditoriaux et les chroniques tendent généralement vers l'ouverture, la modération et l'attitude analytique, alors que c'est dans les lettres que l'on trouve le plus d'hostilité envers les immigrants. C'est la composante religieuse (l'islam) qui est liée, dans le discours médiatique, à des remises en question, plutôt que la dimension ethnique (arabe). Les musulmans sont vus surtout à travers le prisme de la remise en question de la laïcité de la société québécoise.

Le choix des photos pose problème dans tous les journaux. Le Journal de Montréal, à cause de son orientation et à cause de son association avec des médias électroniques, a joué un rôle de agenda setting, déterminant les enjeux des grands débats de société, et les autres médias ont eu tendance à suivre. Enfin, les prises de position alarmistes en ce qui concerne les musulmans ont pris des proportions démesurées.

Donc, si les médias n'ont pas créé la controverse sur les accommodements, certains d'entre eux ont grandement contribué à transformer des questions réelles, mais déportée limitée en crise nationale.

De plus, la conjoncture internationale fournit les images et les mots, mais c'est la situation locale qui fournit les enjeux.

Recommandations

Nous reprenons ici les recommandations elles-mêmes, laissant leur justification dans le corps du rapport.

1. Que Patrimoine canadien appuie et facilite la réflexion critique sur une transformation éventuelle des codes de déontologie journalistique, afin que ceux-ci encadrent moralement les représentations des groupes minoritaires et fournissent des critères spécifiques de journalisme éthique sur ces questions, en prenant bien soin de préserver la liberté d'expression et de ne pas appuyer des mesures qui pourraient l'entraver. Cette réflexion doit se faire avant tout avec les artisans (journalistes, mais aussi autres artisans de la production d'un journal), les décideurs (propriétaires et gestionnaires), et [11] les théoriciens de la pratique journalistique (enseignants dans les écoles de journalisme, éthiciens du journalisme), et elle devrait inclure des gens du milieu professionnel issus des groupes minoritaires.

La première étape de cette réflexion devrait se faire sur le mode du « brainstorming », de façon informelle, avec un nombre restreint de personnes bien choisies, afin de dégager des critères à proposer, des orientations et des pistes crédibles. Dans un deuxième temps, ces pistes de réflexion devraient être discutées dans des cercles professionnels plus larges en y associant des individus et des groupes issus des minorités.

2. Qu'une attention particulière soit portée non seulement au texte publié, mais à la mise en scène de la nouvelle : titres, photos, légendes, et que la réflexion proposée dans la recommandation 1 inclue les artisans de ces aspects de la production journalistique.

3a) Que Patrimoine canadien appuie des activités professionnelles visant à préciser des critères de « bonnes pratiques » en ce qui concerne la représentation de groupes minoritaires et des musulmans et des Arabes en particulier compte tenu des spécificités qui affectent la représentation de ceux-ci. b) Que les notions de respect et de dignité des individus et des groupes minoritaires aient une place importante dans ces critères. Ainsi, c'est davantage la manière de dire, la forme, plutôt que le fond qui doit être examinée avec attention, de façon à ne faire aucune censure sur ce qui est dit, en faisant toutefois attention à ne pas porter atteinte à la dignité de groupes minoritaires dans leur ensemble.

4. Que Patrimoine canadien appuie des activités de formation et de sensibilisation du milieu journalistique dans son ensemble (tel qu'indiqué à la recommandation 1) à ces critères de bonnes pratiques.

5. Que Patrimoine canadien appuie des activités de veille médiatique qui permettent un suivi régulier du traitement des groupes minoritaires (en particulier les Arabes et les musulmans) dans les médias, et qui produisent des rapports annuels, documentés et rigoureux sur le sujet qui ne soient pas apologétiques.

6. Que Patrimoine canadien appuie des activités de reconnaissance de l'excellence du travail journalistique des artisans des médias (pas seulement des journalistes) qui font preuve dans leur travail de sensibilité aux critères des bonnes pratiques mentionnées plus haut.

7. Que Patrimoine canadien appuie, avec d'autres organismes subventionnaires, des études sur la réception des représentations médiatiques des individus et des groupes minoritaires. De telles études [12] peuvent examiner la réception et l'impact des images médiatiques par les individus appartenant à des minorités, ainsi que par des individus du groupe majoritaire ou des autres groupes minoritaires. Deux volets méritent d'être examinés : a) ce que les auditeurs d'une radio ou d'une télévision, ou les lecteurs d'un journal retiennent de l'information présentée (la réception proprement dite) ; et b) ce qu'ils en tirent comme conclusions pour leurs rapports avec les autres citoyens (l'impact sur leurs rapports aux autres ou sur leur sentiment d'appartenance, s'ils font partie des groupes représentés).



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le vendredi 24 octobre 2014 11:33
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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