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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Georges Anglade † [1944-janvier 2010]
Géographe d'origine haïtienne, fondateur du département de géographie de l'UQAM


Voir l'excellent article du professeur Luc Loslier, professeur honoraire, département de géographie de l'UQÀM, “Georges Anglade et la «Nouvelle Haïti»” publié dans Le Devoir, Montréal, édition du mardi, 19 janvier 2010, page A6 — opinion.

GEORGES ANGLADE,
UNIVERSITAIRE ET ÉCRIVAIN


Présenter Georges Anglade dans sa polyvalence, c’est à la fois dire l’homme de réflexions et d’actions, l’intellectuel de métier impliqué dans plusieurs domaines à la fois du scientifique, du politique et du littéraire, le théoricien engagé dans la pratique, le pionnier ouvreur de chantiers nouveaux. Aussi le plus sûr moyen de commencer est de donner la parole aux faits avérés pour une vue d’ensemble.


Georges Anglade

LE SOUCI DE TOUJOURS REPROBLÉMATISER

La revue FORCES, qui fait autorité, écrivait dans son premier numéro spécial en Hommage aux communautés culturelles du Québec (no. 73, hiver 1986, page 75) sous la plume de Serge Larose :

« Il faut souligner l'importante contribution des universitaires d'origine haïtienne vivant au Québec, en particulier les travaux de Georges Anglade qui ont renouvelé notre façon d'envisager les problèmes du sous-développement. »

C'était moins l'hommage à l'une des diverses activités des quinze premières années de Georges Anglade au Québec que l'observation d'une attitude scientifique, celle de toujours reproblématiser à fond pour faire la différence, que les domaines abordés soient nombreux et variés.

La variété des champs explorés est ce qui ressortait aussi, le 4 novembre 2006, au Ritz Carlton de Montréal, quand Le Carrefour des Communautés Culturelles du Québec, le CCCQ, lui remettait la médaille des arts et métiers en LETTRES pour sa vie professionnelle et son oeuvre en carrière, et L'OSCAR 2006 pour son Rayonnement multiculturel au Québec et dans le monde. L'honorable Jacques Saada, des cinq ministres et anciens ministres présents, qui présentait le récipiendaire, devait souligner sa carrière de quatre décennies dans une telle diversité de domaines, du politique, du littéraire et du scientifique que seul peut faire ainsi « L’Honnête homme du XVIIe siècle » qui contribue à une part importante dans différents savoirs de son époque.

C’est dans cette même perspective de « l’homme en trois morceaux » que Georges Anglade recevait le 4 novembre 1999 la significative distinction de la mention d’honneur du Prix International JOSE MARTI de l'UNESCO pour ses contributions scientifiques, politiques et littéraires, et son action « en conformité avec les idéaux et l'esprit du grand penseur politique cubain pour l'unité et l'intégration des pays d'Amérique latine et des Caraïbes, ainsi qu'à la préservation de leurs identités, traditions et valeurs historiques ». La lettre à ce sujet du Vice-Premier ministre du Québec, Monsieur Bernard Landry, en date du 14 avril 2000 situe la portée de l’événement:

Monsieur le Professeur,

Je me permets de vous adresser mes sincères quoique tardives félicitations à l’occasion de la très haute distinction que vous a accordée l’UNESCO.

En vous décernant la mention d’honneur du « Prix José Marti », en mémoire du célèbre patriote cubain, le jury a reconnu éloquemment le caractère universel de votre action que ce soit dans les Caraïbes ou au Québec.

Homme d’État, universitaire distingué, romancier et essayiste, vous avez transposé à l’Université du Québec vos qualités d’intellectuel doublé de fin politique. L’honneur rejaillit non seulement sur vos compatriotes haïtiens, mais sur l’UQAM qui a le privilège de vous compter parmi son corps professoral.

Veuillez agréer, Monsieur le Professeur, l’expression de mes sentiments distingués.

Bernard Landry

Dans la biographie que lui consacrait en 2004 l’anthropologue Joseph Josy Lévy de l’UQAM, L’Espace d’une génération, entretiens avec Georges Anglade aux Éditions Liber de Montréal, Collection De vive voix (2004, 275 pages), au terme de la tentative de faire le tour et le point de toutes les activités de Georges Anglade, Lévy lui demande à brûle-pourpoint comment il se définirait lui-même d’un mot capable d'embrasser tous ses intérêts. La réponse (p. 246): « Même si la politique, comme intérêt pour la chose publique, a été le moteur de ma vie, le métier d’intellectuel est ce qui probablement me caractérise le mieux, j’entends par là le souci des reproblématisations, la seule définition qui vaille pour ce métier de la théorie. J’aurai donc été un intellectuel en politique. »

UN DÉPARTEMENT COMME BÉBÉ

Quand Georges Anglade entre à 25 ans pour faire carrière à l'emploi de l'Université du Québec à Montréal (UQÀM) à sa fondation en septembre 1969 à titre de professeur, il avait passé ses années de formation en Haïti jusqu'à 21 ans et quatre années de spécialisation en France jusqu'à enseigner la dernière année, après mai 1968, au département de démographie de l’Université de Strasbourg que dirigeait alors Claude Régnier, le futur président de cette université.

Docteur en géographie de l'Université de Strasbourg (1969) et triplement licencié en Lettres (Strasbourg, 1967), en Droit (Haïti, 1965) et en Sciences sociales (Ecole Normale Supérieure, Haïti, 1965), Georges Anglade reçoit comme premier mandat, d’ailleurs explicitement abordé dans les entrevues d’embauche, de participer à la construction d'un département de géographie, de s’y identifier fortement une vie durant (jusqu’à devenir un Homo uqamius) et d’en assumer le rayonnement international au sein d'une équipe de départ d'une douzaine de géographes rassemblée par Jean-Claude Dubé à partir de toutes les écoles et tendances mondiales de l'époque. À ce noyau de pionniers composé des Marianne Boudewell, Patrice Paul, Bernard Vachon, Jean-Paul Martin, Peter Foggin, Aubert Hamel, Claude Lemay s’ajouteront en cours de route, à mesure des départs, les Luc Loslier, Jean Morrisset, Jacques Schroeder, André Chodowosky, Frank Remiggi, Robert Desjardins, Mireille Bouchard, etc.

La dimension organisationnelle de mise sur pied du nouveau département universitaire aura absorbé de manière intensive, et parfois de manière quasi exclusive, une bonne quinzaine d'années dont quelques repères témoignent de cette expérience professionnelle unique d'avoir à participer à la création d'un département d'une université en création : Professeur titulaire en 1978 à 34 ans, Consultant à la Direction générale du Ministère de l'Éducation du Québec (dès 1970), Secrétaire de la section de géographie de l’Association canadienne-française pour l'avancement de la science (ACFAS, 1972), Président de la section Montréal-Québec de l'Entraide Universitaire mondiale du Canada (EUMC 1974), Membre du conseil de direction du Centre de Recherches Caraïbes de l'Université de Montréal (1977-1981), Membre du Comité International des Études Créoles (1979-1981), Membre de l'Exécutif de l'Association Canadienne Française pour l'Avancement de la Science (ACFAS, 1978), Directeur des Études avancées du Département de géographie (1979-1981, 1985-1987), Président du jury des bourses de géographie au Ministère de l'Éducation du Québec (1981-1982), Directeur du Département de géographie de l’UQAM (1982-1983, 1984-1985), quatre fois Expert international des Nations Unies en politiques d'aménagements (1988, 1989, 1991, 1992, 1993), etc. Et en même temps, une présence continue de conférencier et de professeur invité dans d'autres universités de la Province, des États-Unis, de l’Europe, de l’Océan Indien, d’Amérique latine et de l’Afrique rendait visible le travail en cours à l'UQAM.

LA PASSION D’ENSEIGNER

« Professeur je suis et professeur je mourrai » aura été un leitmotiv de Georges Anglade souvent répété et souvent écrit pendant plus de quarante ans sans le moindre changement à l’énoncé. Cela avait tôt commencé en Haïti en 1963 à 19 ans au Collège Saint-Pierre et en deuxième année de l’École normale supérieure pour ne plus jamais s’arrêter. Professeur d’université, à l’UQAM, c’était d’abord enseigner et la carrière faite se mesure aux 150 cours dispensés d’une vingtaine de sigles différents à quelque cinq mille étudiants plus de trente ans durant! Ils sont encore tous là, au Québec surtout quoique nombreux en Amérique latine, éparpillés sans doute dans le privé et le public dont une quinzaine devenus à leur tour professeurs d’universités et de Cegep après leurs recherches sous la direction de Georges Anglade.

Au coeur de l’enseignement en géographie, il y a le TERRAIN, avec le rendez-vous annuel des camps d’automne, des voyages lointains, du Québec parcouru de fond en comble, année après année, dans des excursions hebdomadaires, des randonnées régulières. Pour la seule année 2000 par exemple, ils étaient une quarantaine à passer un mois à s’initier sous la direction de Georges Anglade au passage des questionnaires dans les paysanneries de l’Altiplano Maya, trois mois plus tard c’était tout le monde à Vancouver sur la côte pacifique voir la porte asiatique du Canada, et la dernière session toute la bande à New York en métro et à pieds; et l’année d’après recommencer par le Costa Rica. « La géographie s’apprend avec les pieds » disait un vieux maître, le Québec et le monde ont ainsi été enseignés.

S’il faut dans la diversité des enseignements trouver des constantes, les trois décennies ont été marquées, la première de 1970 par le cours « Le commentaire de cartes » qui a servi dix ans de fondement général à la formation des nouvelles générations de géographes; la seconde décennie de 1980 aura été celle de « L’évolution de la pensée géographique » qui assurait les nouvelles bases théoriques d’une discipline devenue une science du social à part entière; la troisième décennie de 1990 était celle de « La géographie de la population » comme outil le plus performant du métier pour l’explication des comportements de masse. C’est sur cette lancée que les entretiens avec Lévy (Liber, 2004) ont offert une analyse générationnelle comme nouvelle grille de compréhension du trajet et de la trajectoire de la sixième génération haïtienne.

UNE TÊTE CHERCHEUSE

Les travaux de Georges Anglade se situant au confluent de la géographie sociale et politique, de la population et des générations, et de la cartographie, il a vite débordé les espaces du cas haïtien, pour parcourir toute la Caraïbe, diriger des étudiants et des travaux en République dominicaine, au Venezuela, aux Antilles, aux Bahamas, avant de se consacrer ses dernières années d’université aux Transitions Géographiques dans les Amériques, 1492-2020 et à la Quatrième métamorphose de Montréal...

Georges Anglade aura ainsi contribué en une trentaine d’années à quatre champs de recherche différents par une vingtaine d'ouvrages, une centaine d’articles, un millier de communications. Les marqueurs de ces quatre moments:

  • La didactique de l'espace (à partir de 1974), avec le titre qui est resté le porte-drapeau de cette période : L’Espace Haïtien encore en demande plus de trente ans après, après vingt tirages, et aussi Mon pays d’Haïti, l’autre manuel sans doute plus profond que le premier.

  • Le paradigme du développement (à partir de 1982), avec deux titres vedette restés dominants dans l’ensemble: L’Atlas critique d’Haïti pour la dimension scientifique universelle et l’Éloge de la pauvreté pour le politique.

  • La jonction du politique et du scientifique (à partir de 1990), période ouverte par le coffret de trois ouvrages: Cartes sur table en juin 1990 que devait suivre le manifeste La Chance qui passe en novembre.

  • La promotion littéraire de la lodyans haïtienne comme patrimoine de l'humanité (à partir de 1999), avec deux titres qui se détachent Rire Haïtien-Haïtian Laughther (2006) et Si Haïti déclarait la guerre aux USA ? (2004).

La bibliographie de la vingtaine d’ouvrages qui rendent compte des différentes recherches sur plus de trente ans se lit ainsi:

L'Espace haïtien, Les Presses de l'Université du Québec (1974) ; La géographie et son enseignement, Les Presses de l'Université du Québec 1976 ; Mon pays d'Haïti, Les Presses de l'Université du Québec (1977) ; Paroles de géographe, Radio Canada international, entrevues sur disque long-jeu (1978) ; Se peyi pa nou, fok se li nou pi konnen... murale, Les Presses de l'Université du Québec (l978) ; Espace et liberté en Haïti, Centre de recherches caraïbes, Université de Montréal (l982) ; Hispaniola, Universidad catolica madre y maestra, Santiago, République Dominicaine (1982), murale ; Atlas critique d'Haïti, Centre de recherches caraïbes, Université de Montréal (1982) ; Éloge de la pauvreté, discours de circonstance, erce-uqam (1983); Cartes sur table, trois volumes en coffret, co-édition Henri Deschamps & erce, Port-au-Prince et Montréal (juin 1990), volume 1 : Itinéraire et raccourcis, volume 2: Divergences et convergences, volume 3: Jonctions et carrefours; Des espaces et des femmes, PNUD et MTAS, M. Anglade et G. Anglade, Port-au-Prince (1988), suivi de la Banque de données des bourgs-jardins ; La chance qui passe, novembre 1990, manifeste des mouvements démocratiques, Lavalas, Port-au-Prince ; Rules risks and rifts in the transition to democracy in Haïti, Fordham interational law journal, volume 20, avril 1997 ; Les blancs de mémoire (fiction-lodyans), Boréal, Montréal (1999); Leurs jupons dépassent (fictionlodyans), Cidihca, 2000, réédition en poche, pcl/Petite collection Lanctôt, Montréal (2004) ; Ce pays qui m’habite (fiction-lodyans), Lanctôt éditeur, Montréal (2002); Et si Haïti déclarait la guerre aux USA ? (fiction-lodyans), édition Écosociété (2004); L’espace d’une génération, entretiens avec Joseph Josy Lévy, Liber (2004), Montréal ; Rire haïtien, Haïtian Laughter (Educa Vision, Floride, USA, 400p.) édition bilingue français-anglais de 90 lodyans haïtiennes.

UNE RÉFÉRENCE DANS L'ANALYSE POLITIQUE

Georges Anglade est au Québec (et ailleurs) une référence dans l'analyse politique haïtienne. Il est souvent sollicité à ce titre par différentes instances, notamment les radios et télévisions de Montréal au gré des conjonctures. Ce statut lui vient des dix années, 1986-1996, qui ont surtout été marquées chez lui par le rapport du scientifique au politique. Cela avait commencé à Montréal par le Mouvement haïtien de solidarité (MAS) dont il a été le porte-parole en 1986-1987 et par lequel il a diffusé les thèses de dépassement du sous-développement ramassées notamment dans l’Éloge de la Pauvreté, son discours de réception du prix international 1983 « Atlas et Cartes » de The International Association of Printing House Craftsmen.

« J'ai divorcé de la politique mais j'ai la garde des enfants », aime à dire cet ancien ministre haïtien (1995), de ses nombreuses interventions publiques au Québec, en Haïti, mais aussi dans plusieurs tribunes internationales. Depuis une dizaine d'années, il poursuit, dans la lignée caraïbéenne et latino-américaine des hommes en trois morceaux, sa nouvelle manière de dire le même réel par la fiction.

L’ESPACE LITTÉRAIRE

C’est le titre de chapitre adopté dans ses entretiens par Joseph Josy Lévy (Liber, 2004) pour parler du géographe de l’espace qui a rencontré dans ses terrains la lodyans haïtienne, le genre littéraire qu’il aide à faire revivre. Moins de dix ans après son irruption dans le monde des écrivains, et après cinq textes à caractère de théorie sur la lodyans et cinq oeuvres illustrant la lodyans, il a été le troisième écrivain (après Frank Étienne et Leslie Manigat) invité d’honneur de Livres en folie 2006 qui le présentait ainsi : « Il est celui qui a osé reintroduire avec audace ce genre dans le panorama de nos productions littéraires Cette initiative solitaire est à saluer, comme il est plaisant de rendre hommage à celui qui a toujours su emprunter les chemins nouveaux, débroussailler le champ des idées et mettre en perspective nos savoir-faire. » (Le Nouvelliste et Ticket, juin 2006).

Sources: Renseignements transmis par M. Georges Anglade personnellement, par courrier électronique le 5 octobre 2009.


Retour à l'auteur: Marc Bélanger Dernière mise à jour de cette page le mardi 19 janvier 2010 8:12
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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