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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Cultures et droits de l'homme. Leçons prononcées au Collège de France, mai 1990. (1992)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre du Père Sélim Abou, s.j., Cultures et droits de l'homme. Leçons prononcées au Collège de France, mai 1990. Paris : Librairie L'Harmattan, 1992, 145 pp. Collection: Pluriel: Intervention. Une édition numérique réalisée par Pierre Patenaude, bénévole, professeur de français à la retraite et écrivain, Chambord, Lac—St-Jean. [Autorisation accordée par l'auteur de diffuser le texte de cet article dans Les Classiques des science sociales le 12 avril 2011.]

[9]

Cultures et droits de l’homme.

Leçons prononcées au Collège de France, mai 1990.

Introduction

Le thème que je me propose de traiter – « Droits de l'homme et relativité des cultures » – recouvre une problématique à la fois ancienne et nouvelle : ancienne dans ses articulations formelles, nouvelle dans ses déterminations concrètes. En effet, la Déclaration des Droits de l'homme repose sur deux axiomes étroitement liés : d'une part, l'unité de l'espèce humaine au-delà de la diversité des races, des groupes et des individus qui la composent ; de l'autre, l'universalité des valeurs humaines fondamentales au-delà de la relativité des valeurs particulières inhérentes aux diverses cultures.

Or unité et diversité de l'homme, universalité et relativité des valeurs sont les termes antithétiques d'un débat qui, dans sa teneur conceptuelle, remonte à l'origine de la philosophie. Mais jusqu'à la Renaissance, il n'était qu'une variante du problème abstrait de l'Un et du Multiple, qu'il s'agisse du rapport ontologique entre l'espèce et les individus ou du rapport logique entre l'idéal moral et les vertus pratiques. C'est avec la découverte du Nouveau Monde, mais aussi de l'Extrême-Orient et, plus généralement, des civilisations exogènes, que le débat, en Europe, se concrétise, interposant entre l'espèce et les individus un moyen terme : les groupes et leurs cultures.

À partir du XVIe siècle, mais surtout au XVIIIe et au XIXe, théories et doctrines se succèdent, opposant les figures de l'universalisme et de l'unité à celles du relativisme et de la [10] diversité, privilégiant alternativement les unes par rapport aux autres et parfois même les assimilant subrepticement les unes aux autres. Mais, sauf de rares exceptions, le débat demeure limité au cercle étroit des philosophes et des penseurs.

Aujourd'hui, il présente plus d'une nouveauté : il est profondément modifié par l'entrée en scène massive des anthropologues et des sociologues ; il est relayé par les prises de position idéologiques d'une opinion publique avertie et diversifiée ; il est marqué par des théories et des attitudes relativistes radicales, aux motivations multiples, qui heurtent les principes sous-jacents aux Droits de l'homme, sans toujours oser les mettre explicitement en question.

Ce n'est pas sans raison que les défenseurs des Droits de l'homme s'emploient si souvent aujourd'hui à réhabiliter la pensée du XVIIIe siècle contre celle du XIXe qui l'avait longtemps oblitérée. Soucieux de libérer l'homme du double absolutisme du trône et de l'autel, le Siècle des Lumières et de la Révolution en était venu à ne reconnaître, comme principe et fin de l'organisation politique, que l'homme en général, l'individu abstrait, en tant que raison et liberté. Il est vrai que ses représentants ne s'accordaient guère sur la manière de concevoir et de définir la nature humaine et se souciaient peu de justifier et de situer la relativité des cultures, mais nul ne mettait en question la primauté de l'unité de l'espèce et de l'universalité de certaines valeurs.

Marqué par le déclin des empires et l'essor des nationalismes, le XIXe siècle opère une inversion radicale. Désormais, c'est le Volksgeist, « l'esprit du peuple », qui devient le thème axial de la pensée. La nation n'est plus une association d'individus libres et raisonnables, mais une collectivité ethnique spécifiée par sa langue, son art, sa religion, ses mœurs et ses coutumes, bref par son « génie » particulier. Certes, il ne manque pas de voix pour tenter de [11] rétablir les droits de l'universalisme, mais c'est le particularisme qui triomphe jusqu'aux premières décennies du XXe siècle.

Le relativisme contemporain, lui, est en rupture de ban avec celui du XIXe siècle et du début du XXe. Il en est même, à certains égards, la réfutation. D'une part, il repose sur la mise en accusation des nationalismes européens et de l'impérialisme qui en a découlé ; de l'autre, il prétend restituer le point de vue universaliste en reconnaissant l'égalité de tous les peuples et l'équivalence de toutes les cultures. Mais l'égalité des peuples se réduit au droit de chacun à sauvegarder sa spécificité culturelle ou, comme on aime à le dire aujourd'hui, son droit à la différence ; et l'équivalence des cultures est un simple postulat qui reste largement démenti par les faits.

C'est de ce droit à la différence qu'il nous faut partir pour dévoiler les transformations qu'il a subies au point de finir par couvrir et justifier, chez ceux qui s'y réfèrent, des attitudes absolument antagoniques. Ce sont ensuite les figures paradoxales et contradictoires de l'universalisme, inhérentes aux diverses conceptions de l'humanité de l'homme, qu'il nous incombera de tirer au clair. Il sera alors possible de tenter d'établir le fondement et la fonction des Droits de l'homme puis, dans une ultime démarche, de chercher à déceler le point de jonction et de conciliation entre les Droits de l'homme et la relativité des cultures.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le vendredi 31 mai 2013 10:23
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cégep de Chicoutimi.
 
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