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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

UN PROJET COLLECTIF.
Énoncé d'orientation et plan d'action pour la mise en oeuvre
d'une politique québécoise de la recherche scientifique
. (1980)
Présentation


Une édition électronique réalisée à partir du texte du Gouvernement du Québec, UN PROJET COLLECTIF. Énoncé d'orientation et plan d'action pour la mise en oeuvre d'une politique québécoise de la recherche scientifique. Québec: L’Éditeur officiel du Québec, 1980, 106 pp. Une édition numérique réalisée par André Lemelin, chercheur, bénévole, directeur de la collection “Politiques de la recherche scientifique”.

[1]

UN PROJET COLLECTIF

Énoncé d’orientations et plan d’action pour la mise en œuvre
d’une politique québécoise de la recherché scientifique.

Présentation

Parler de cet énoncé d'orientations et de ce plan d'action comme d'un projet collectif, c'est indiquer à la fois l'esprit, les visées fondamentales, l'horizon socioculturel et historique, comme aussi les enjeux sociétaux dans la mouvance desquels devra s'engager l'action ici proposée. C'est aussi identifier des tâches énormes et tracer un programme — un idéal, devrais je même dire — dont la réalisation exigera plusieurs années d'efforts réfléchis et concertés.

Apres les études, les consultations et les discussions auxquelles la communauté scientifique a si massivement et si généreusement participé, il s'imposait que des décisions concrètes soient prises et que des gestes significatifs soient annoncés sans tarder. À mon sens, le lancement de ce plan d'action constitue un de ces gestes significatifs majeurs ; en tout cas, il marque pour le gouvernement du Québec l'aboutissement d'une longue maturation, un pas en avant qui devrait être déterminant pour l'avenir de notre développement scientifique et technique.

Un fait, la signification de cet événement est multiple et, à maints égards, profondément interpellante. C'est la première fois, en effet, que notre effort scientifique et technique national fait l'objet d'une réflexion collective aussi soutenue et systématique et donne lieu à l'expression d'une volonté politique aussi vigoureuse et aussi prête à l'action. Il faut saluer cette percée avec joie et fierté et en savoir gré à la communauté scientifique québécoise qui, par une participation éclairée, critique et constructive, l'a souhaitée et rendue possible.

Par-delà l'événement comme tel, c'est k contenu même des choix proposés qui nous projette d'emblée vers un avenir ouvert, vers des tâches d'avenir comme doivent en assumer les sociétés qui veulent assurer leur progrès économique, social, culturel et politique. Le projet proposé est finalement un projet d'autodétermination démocratique de notre avenir scientifique et technique, cet autre aspect de ce que le Livre blanc sur k développement culturel appelait la « démocratie culturelle », « moteur essentiel de l'avènement d'une démocratie économique et social ». En effet, k développement scientifique et technique est à ce point inséparable de tout ce qui fiait l'identité propre et l'autodétermination d'un peuple qu'on ne voit pas bien comment les objectifs et les règles de ce développement pourraient être, si l'on peut dire, télécommandés de l'extérieur ou édictés au nom de besoins et d'intérêts qui ne seraient que partiellement, voire accessoirement, les siens. Il est trop lié à la gestion des ressources humaines et naturelles, trop partie prenante à la réalisation des priorités économiques nationales, trop enraciné dans les héritages et les projets d'une culture, trop déterminant pour le type de rapports sociaux et la qualité de vie qu'une société entend privilégier, trop déterminant aussi pour l'exercice de la souveraineté nationale, pour qu'une collectivité puisse accepter de ne pas en assumer elle-même la responsabilité.

[2]

C'est pour cela que nous mettons résolument l'accent sur le développement de nos ressources humaines, la promotion de la créativité, la concertation des efforts, la participation démocratique aux réalités de la science et de la technique — tout cela qui fiait qu'une culture ne saurait plus guère être porteuse d'avenir si elle n'est tout aussi radicalement, dans sa source comme dans ses fruits, une culture scientifique et technique, elle-même accessible — dans sa source aussi bien que dans ses résultats — à tous les citoyens. C'est également pour cela qu'une politique de la recherche scientifique devait venir prolonger et soutenir tout à la fois les politiques de développement qui, au cours des dernières années et dans les secteurs clefs de la vie collective (développement économique, développement social, développement culturel, condition féminine, aménagement du territoire, statut politique du Québec), ont été formulées et proposées à la population du Québec.

Si décisif qu'il puisse être, le pas que nous franchissons n'est pourtant qu'un premier pas vers la formulation et la mise en œuvre d'une véritable politique de la science. Tout comme dans le Livre vert, on en retrouvera bien ici et là quelques éléments — et combien essentiels, il est vrai. Mais on constatera vite que demeurent sans réponse bien des questions fondamentales sur la place qui revient à la science dans notre vie collective, comme aussi sur les responsabilités qui incombent à l'État et aux différents partenaires du système scientifique et technique — des questions qui ressortissent tout autant à l'analyse économique, socio-politique et culturelle qu'à la critique idéologique et proprement éthique et philosophique.

Il fallait d'abord poser des bases, établir des assises de développement, garantir les conditions sans lesquelles l'élaboration d'une telle politique de la science ne serait guère même possible. Par rapport à ces vastes enjeux, les orientations et les mesures proposées ici pour la mise en œuvre d'une politique de la recherche scientifique sont donc finalement assez modestes. Au terme de ces importantes expériences personnelles qu'ont été pour moi la préparation du Livre vert et la consultation qui a suivi sa parution, je suis plus que jamais convaincu qu'il fallait commencer par franchir les étapes que nous proposons dans le présent plan d'action.

Plus encore. Même pour réaliser ces premières tâches, il y aura d'énormes obstacles à surmonter, des obstacles qui ne sont souvent que l'autre face des contraintes qui, en matière de développement scientifique et technique comme en d'autres domaines, tiennent à notre situation de société encore trop dépendante. D'abord dépendante, bien sûr, comme toutes les sociétés qui n'ont qu'un statut de (province », avec tout ce que cela entraîne de limitation des pouvoirs politiques et financiers ; et on sait combien le régime fédéral canadien ne donne pas au Québec tous les moyens de ses politiques. Dépendante aussi — peut-être plus subtilement, mais non moins réellement — des puissants réseaux industriels transnationaux qui, à leur manière, « provincialisent » tant de sociétés ; et, ici aussi, on sait assez jusqu'à quel point nous sommes loin d'être parmi ceux qui profitent le plus de la division internationale des travaux de recherche scientifique, lors même que nos richesses naturelles en sont l'objet et que nos ressources humaines y sont mises à contribution.

[3]

En misant d'abord et avant tout sur le développement de notre potentiel humain, sur la démocratisation du savoir et sur la détermination concertée de nos priorités de recherche scientifique, le présent plan d'action n'invite décidément pas la communauté scientifique et l'ensemble de la population québécoise à gérer la dépendance scientifique et technique, non plus que les dépendances économique et politique qui la sous-tendent. Il convie plutôt tous les Québécois à une reprise en main de leur devenir scientifique et technique, cet élément moteur de toutes les sociétés qui ont un projet collectif à réaliser.

Le ministre d'État au développement culturel,

CAMILLE LAURIN, m.d.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mercredi 30 avril 2014 10:27
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cégep de Chicoutimi.
 
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