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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

POUR UNE POLITIQUE QUÉBÉCOISE DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE. (1979)
Présentation


Une édition électronique réalisée à partir du texte du Gouvernement du Québec, Le Ministre d’État au développement culturel, POUR UNE POLITIQUE QUÉBÉCOISE DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE. Québec: L’Éditeur officiel du Québec, 1979, 222 pp. Une édition numérique réalisée par André Lemelin, chercheur, bénévole, directeur de la collection “Politiques de la recherche scientifique”.

[1]

POUR UNE POLITIQUE QUÉBÉCOISE
DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE


Présentation


Aucun peuple ne peut aujourd’hui subsister s’il n’apporte sa part à l’édifice du progrès intellectuel, moral et matériel, s’il n’est en état de rayonner autour de lui. Ce dynamisme, cette activité centrifuge est, au fond, sa seule défense véritable. Un raisonnable rayonnement scientifique à l’extérieur de nos frontières n’est pas un luxe, mais une question de vie ou de mort.

La vie nationale — la vie nationale d’un peuple donné — doit reposer sur de solides assises économiques, qui ne peuvent être établies sans la solution des problèmes multiples renaissant sans cesse avec des données modifiées. Or nos problèmes économiques, et les problèmes économiques en généra,/ sont avant tout des problèmes scientifiques.
Frère Marie-Victorin,
La Science et notre vie nationale, 1938


C’est à l’intérieur de ces deux paramètres identifiés par l’illustre savant québécois Marie-Victorin que La politique québécoise du développement culturel a voulu situer sa réflexion sur la recherche scientifique. Nous avons dit alors : « Vue sous l’angle de la vérité, la science est un bien culturel ; sous l’angle de l’utilité, elle est une force de production » [1]. Dans le premier cas, la science apparaît comme universelle, sans frontières, visant à approfondir la connaissance que l’homme de lui-même, de son milieu, de son destin. Dans le second cas, elle paraît davantage liée à une société donnée et à son évolution, comme une recherche vers l’élaboration de solutions aux problèmes de cette société, comme l’instrument privilégié du développement culturel, social, économique et politique. D’une part, il faudra donc préserver la légitimation culturelle de la science, soit la poursuite du savoir pour lui-même ; mais, d’autre part, il faudra aussi organiser et diriger le progrès des connaissances vers le service des intérêts de la collectivité québécoise. Et comme la recherche moderne exige des ressources humaines [2] et financières toujours plus importantes, il y a donc lieu pour l'État québécois, dont les moyens sont limités, d'apporter toute l’attention possible à ses choix scientifiques ainsi qu'à l'harmonisation de ces choix avec les divers objectifs de la société, qu'ils soient économiques, sociaux ou culturels.

Cette réflexion, le présent Livre vert entend la poursuivre et l'expliciter. Il importait d'abord de faire le point sur la situation actuelle de la recherche scientifique au Québec, d'inventorier les acquis, d'identifier les problèmes et d'en rechercher les causes. Le Québec est venu tard à la recherche scientifique. Alimenté et soutenu depuis longtemps par les politiques et les fonds fédéraux, l'Ontario a sur lui une bonne longueur d'avance. Au Québec même, les anglophones pourtant minoritaires occupent depuis longtemps le peloton de tête. Les raisons de cette infériorité sont maintenant bien connues : dépossession prolongée des leviers politiques et économiques, mentalité agriculturiste et anti-matérialiste, longue période de pauvreté et de sous-développement, inconscience des pouvoirs publics, émergence pénible et tardive des institutions universitaires, prédominance du pouvoir économique anglophone alimenté d'une façon privilégiée par les fonds fédéraux, etc. Avec la Révolution tranquille, la société québécoise et ses gouvernements successifs amorcent un vigoureux redressement et tentent de combler leur retard. Mais le poids du passé demeure encore bien lourd. Et il y a surtout ce pouvoir fédéral puissant et omniprésent, qui ne reconnaît que bien peu les priorités du Québec, satisfait mal ses justes besoins et freine ainsi un développement devenu aussi urgent qu'essentiel.

Il reste que la société québécoise a maintenant évolué et progressé au point de pouvoir définir elle-même ses orientations, ses objectifs et ses programmes, en attendant de pouvoir se donner tous les moyens de ses politiques. Dans cette optique, le Livre vert envisage la relance de la recherche scientifique, explore en détail les problèmes qui se posent dans les secteurs gouvernemental, universitaire et industriel de la recherche, propose pour chacun diverses hypothèses de solutions, aborde pour la première fois l'importante question de la formation du personnel scientifique et de la diffusion de l'information scientifique, présente divers modèles d'organisation et de coordination de notre effort scientifique à venir.

Il ne paraît pas opportun pour le moment de définir les contenus de recherche. D'abord parce qu'ils dépendent au premier chef de la liberté et des initiatives des chercheurs eux-mêmes, surtout dans le domaine des sciences fondamentales. Mais aussi parce que la recherche est liée à une politique de développement, qu'elle doit préparer et servir, et qui demeure la responsabilité des ministères et de l'ensemble du gouvernement. Ce travail est en cours et exigera d'ailleurs lui aussi la collaboration des organismes du milieu et des citoyens. Mais, pour que cet effort collectif soit fécond, il doit s'appuyer sur une analyse et une problématique, portant sur les faits, les situations, les orientations et les structures de support et d'encadrement à tous les niveaux. Cette première étape, logique et urgente, conditionne le succès de celles qui suivront.

Cette politique de la recherche scientifique n'est pas non plus, à proprement parler, une politique de la science. On en retrouve bien ici et là quelques éléments : rapports entre science et valeurs ; situation de la science à l'intérieur du champ de la culture ; interrelations organiques entre développement culturel, social et économique ; importance d'ordonner la science à l'homme, qui en a besoin pour mieux se connaître, trouver un sens à sa vie, embrasser l'univers, progresser et améliorer ses conditions d'existence ; souci démocratique de généraliser et de faciliter l'accès de tous les citoyens [3] à l'information scientifique et technique ; participation de la science à l'édification d'une cité ou société éducative etc. Mais ces sujets ne reçoivent évidemment pas dans le Livre vert le traitement fouillé et systématique qu'ils exigeraient. Il y a d'autres sujets qu'il eût fallu aborder et qui font actuellement l'objet d'un examen éminemment critique, pour ne pas dire de controverses passionnées, à l'échelle internationale. Ainsi, par exemple, les conceptions de la science qui prévalaient au siècle dernier sont fortement contestées. On se refuse désormais à déifier la science, à lui reconnaître la neutralité, l'objectivité et l'impartialité dont certains de ses tenants se réclament. On lui reproche sa complicité déguisée avec le pouvoir, son asservissement aux divers impérialismes politiques et économiques qui la financent et l'orientent à leurs fins propres. On voudrait qu'elle précise ses rapports avec l'idéologie, avec les systèmes de valeurs, qu'elle ne serve pas les intérêts de classe, qu'elle ne se transforme pas en outil ou instrument de puissance pour l'État, qu'elle soit démocratique à tous égards, qu'elle s'attaque aux vieux fléaux — telles la pauvreté et l'ignorance — qui entravent la libération et l'épanouissement de l'homme, qu'elle devienne vraiment une science pour le peuple, un service à la collectivité et un instrument d'humanisme.

Ce sont tous là des sujets graves et fondamentaux qu'il faudra bientôt traiter en profondeur. Le Québec s 'y prépare en travaillant ferme à la réappropriation de son pouvoir décisionnel en matière de développement scientifique. Lorsque sa politique ne sera plus complémentaire d'une politique fédérale sans rapport avec ses besoins propres, lorsqu'il n'en sera plus réduit à compenser avec des miettes les carences d'une politique qui lui est imposée de l'extérieur, lorsque, en somme, il aura assumé la pleine maîtrise de son développement scientifique aussi bien que général, il pourra bien plus facilement apporter sa propre contribution au débat et élaborer des solutions qui valent pour lui comme pour les autres pays.

Il faut enfin dire que ce Livre vert s'inscrit essentiellement dans une démarche de consultation. Il n'est pas question de planifier dans l'abstrait, de l'extérieur, sans tenir compte de tous les milieux que concerne vitalement pareil projet. Aussi souhaitons-nous une consultation élargie, tant auprès des groupes et des organismes du milieu qu'auprès des individus eux-mêmes. Les décisions qui viendront par la suite, du fait qu'elles s'appuieront sur cette consultation, deviendront alors des décisions collectives et politiques, au sens premier et le plus noble de ces termes.

Exploration et recherche précèdent planification et développement ; l'une et l'autre constituent la base de tout projet collectif. Dans ces perspectives, on comprendra qu'une politique de la recherche scientifique est trop lourde de conséquences pour qu'il appartienne au seul gouvernement de l'élaborer. Il lui revenait cependant d'en reconnaître l'importance et de proposer au plus tôt les premiers instruments qu'exigent en ces matières une plus grande coordination, une meilleure intégration des efforts déjà entrepris et surtout un dynamisme renouvelé.

Le ministre d'État au développement culturel.


[1] La politique québécoise du développement culturel, Québec, Éditeur officiel, 1978, ch. XII (Vers une politique de la recherche scientifique), p. 270.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le jeudi 27 février 2014 16:03
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cégep de Chicoutimi.
 
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