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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

L’économie haïtienne et sa voie de développement. (1993)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Gérard PIERRE-CHARLES, L’économie haïtienne et sa voie de développement. Port-au-Prince, Haïti : Les Éditions Henri Deschamps, 1993, 272 pp. Une édition réalisée par Rency Inson Michel, bénévole, Licencié en sociologie de la Faculté des sciences humaines de l'Université d'État d'Haïti et coordonnateur du Réseau des jeunes bénévoles des Classiques des sciences sociales en Haïti. [Autorisation formelle accordée par la direction du CRESFED le 11 juillet 2019 de diffuser ce livre, en accès libre dans Les Classiques des sciences sociales.]

[7]

L’économie haïtienne
et sa voie de développement

Introduction

L’étude analytique de L'Économie des pays sous-développés présente, le plus souvent, des généralités et des abstractions techniques, éclairées çà et là de données statistiques minutieusement recueillies. Retrouver du réel, en définir les contours, voilà une entreprise hardie, Jamais aisée pour le chercheur voire pour le non initié. D’ailleurs, l’instrumental d’investigation académique, dans la plupart des cas se relève adapté aux exigences et à la nature exclusives du capitalisme contemporain

En abordant l’étude de l’Économie haïtienne, nous n’avons, malheureusement, pas eu à portée de la main dans la mesure où nous le désirions, de nombreux modèles d’analyse objective de la réalité des pays sous-développés. Cette insuffisance a été en partie comblée, par notre passage à l’Université Nationale Autonome de Mexico. À la Faculté d’Économie, un effort constant se poursuit pour associer, à l’Économie Politique traditionnelle, les instruments d’analyse marxistes, en vue de faciliter la compréhension des phénomènes socio-politiques des pays dépendants ou semi-dépendants. Un tel enseignement a orienté notre recherche d’une méthode d’analyse applicable à l’Économie de notre pays.

Nous sommes redevables du Centre d’Études Supérieures Latino-Américaines d’acquisitions non moins précieuses. Les problèmes économiques, socio-politiques et culturels de l’Amérique Latine y sont exposés avec réalisme par d’éminentes personnalités universitaires. Notamment le sociologue argentin Ezéquiel Martinez Estrada, l’historien costaricain Vicente Saenz, récemment décédé, le docteur Edmundo Flores, le professeur Guillermo Garcès Contreras de l’Université de Mexico. L’étude des caractéristiques de cette “zone géographique de la faim ” a élargi notre vision de la situation haïtienne.

Un stage de quelques mois à la Banque de Développement du Mexique - La Nacional Financiera S.A. - nous a été fort profitable.

Nous nous sommes efforcés de consulter une ample bibliographie sur le thème du sous-développement. Celle-ci nous est venue des organismes économiques des Nations-Unies, des cercles académiques des pays occidentaux, des États-Unis surtout. [8] Nous avons patiemment fouillé la vaste littérature sociopolitique s’y référant Ces travaux d’approche devaient préparer, accompagner et étayer nos recherches et hypothèses sur la réalité économique d ’Haïti.

À l’instant même où naissait l’idée de l’accomplissement de ce travail, nous nous sommes heurtés au défi que constituent, pour la recherche économique, l’insuffisance de données chiffrées, la quasi-inexistence d’investigation nous précédant dans plusieurs domaines que nous prétendions explorer. La principale difficulté consistait sans nul doute à recueillir - vivant hors du pays - les matériaux qui allaient servir de substance à nos hypothèses analytiques, permettre leur vérification et dessiner les projections dynamiques du développement économique de notre société.

L’analyse patiente du passé et des études réalisées à différentes époques, sur divers aspects de la vie nationale, nous ont aidé à tracer le schéma de son évolution économique. L’épluchage systématique de nombreux documents et ouvrages laborieusement rassemblés a permis d’établir le “fait” économique haïtien dans ses constantes et sa nudité.

Mais - peut-on se demander - en dehors de tout bagage théorique et de l’étude des textes, l’auteur, pour entreprendre ce travail, possédait-il, du réel haïtien, une connaissance suffisante, laquelle ne s'acquiert que par l’observation directe ? La préoccupation d’atteindre la rigueur scientifique n’a-t-elle pas été en partie compromise, faute d’examens des phénomènes économiques sur les lieux même de leur déroulement.

Ce n’est pas sans perplexité que nous nous sommes parfois posé ces questions. Le “recul géographique” certes, facilite en certains cas la prise de conscience de bien des particularités du retard économique national. Ces particularités s’imposent au voyageur haïtien dès son escale à Santo-Domingo, à Kingston ou à Miami Jamais cependant, cette “vision lointaine” qui suscite des réflexions sur la situation haïtienne, ne peut suppléer à la connaissance des faits sociaux.

Nos études en Sciences sociales et Administratives, à l’Université de Port-au-Prince, nous ont initié à l’analyse et à l’interprétation des problèmes de l’économie nationale. M. François Latortue, professeur d’Économie Rurale et d’Economie sociale, M. Alain Turnier dans sa chaire de Finances Publiques, M. Ernest Bonhomme, professeur de la Théorie de l'Organisation Administrative, ont, en plus de leur enseignement académique, consciencieusement mis à notre disposition leur grande connaissance des faits et pratiques économiques haïtiennes.

[9]

L’expérience du vécu a porté sa contribution. Les « découvertes » de notre adolescence dans les quartiers pauvres de Jacmel, notre ville natale, nos longues randonnées à travers la paysannerie, le travail à l’usine et les activités syndicales, autant de contacts directs avec “L’économique”, qui à priori enlèvent tout caractère abstrait à notre effort d’analyse. Et puis, la propre condition d’homme appartenant à une communauté dynamique secouée par la crise de son évolution implique parfois l’obligation d’une compréhension correcte des faits. L’identification aux tendances les plus vitalement intéressées à la connaissance du réel ne suppose-t-elle davantage ?

Cette étude de l'Économie haïtienne et de sa voie de Développement » peut susciter bien des controverses. Nous aurions en partie atteint notre objectif, si la discussion la plus large et la plus constructive permettait d’approfondir davantage les thèses soutenues. Maintes fois — nous le répétons — nous avons pénétré en terrain vierge. Il nous est arrivé de profaner de vieux mythes, des fétiches, des tabous. La recherche de la vérité objective - cette vérité pratique dont parle Eluard - nous a servi de boussole. Nous en avons suivi la route. Elle s’ouvre sur la perspective du devenir historique.

Cet ouvrage n’est pas une photographie de l’économie nationale d’aujourd’hui. Nous avons cru plus important de rechercher et de montrer, partant d’une définition du mode de production, les rapports étroits et contradictoires, de caractère interne ou extérieur, qui gouvernent les phénomènes de distribution et circulation d’exploitation et de paupérisation. Ces rapports constituent les lignes de force de la situation socio-économique et politique, telle qu’elle s’est présentée en permanence dans notre pays, et se manifeste encore dans sa phase critique actuelle.

Nous avons pu apprécier combien nombreux et riches demeurent les champs d’investigations encore inexplorés, bien qu’ils renferment les éléments indispensables à toute formulation de politique économique.

L’ouvrage a considéré, dans leur Juste valeur, les idées, enseignements et opinions des représentants clairvoyants de notre peuple, qui, dans le passé, se sont prononcés sur les questions économiques et financières haïtiennes, ou ont exprimé des vérités et des nécessités remarquables encore aujourd’hui Dans tous les cas, il a tenu compte des vraies valeurs appelées à s’intégrer dans une transformation de notre société.

Nous nous sommes efforcés de rendre ce travail accessible au plus grand nombre, en veillant à ne pas sacrifier son caractère technique. L’amplitude et la profondeur du drame haïtien sont incompatibles avec les euphémismes ou les tendances à considérer les domaines économique et financier comme la [10] chasse gardée d’un petit groupe de spécialistes employant un langage ésotérique.

Nous remercions en tout premier lieu, notre épouse et compagne, qui par son dévouement nous a permis d’offrir cette œuvre au public. Elle y a collaboré à plus d’un titre : soit en nous prodiguant ses conseils, soit en participant aux recherches, retardant ainsi la présentation de sa thèse de doctorat en Histoire.

Le Docteur Rémy Bastien, la Dra Maria Teresa Taral, les professeurs Benjamin Recthkiman et Félix Espejel de l’Université de Mexico ont accepté de nous prêter leur entière collaboration.

À tous nos compatriotes résidant à Mexico, qui ont manifesté à notre égard un intérêt fraternel, en particulier au Docteur Guy Duval dont le concours généreux, en un moment difficile, a contribué à la parution de cette œuvre, nous renouvelons l'expression de notre gratitude. Des amis d’Haïti et de l’étranger ont porté à la publication de ce travail une attention effective. Nous ne saurions oublier leur aide désintéressée.

En cette heure angoissante de la vie nationale, nous aurions la satisfaction d’avoir servi le pays, si ce livre pouvait aider à une meilleure compréhension des problèmes fondamentaux de l’Économie haïtienne.

Gérard Pierre-Charles
Mexico, janvier 1964



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le lundi 27 janvier 2020 13:30
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 



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