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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

PERSO, Regards personnalistes, “RENOUVEAU ET MÉMOIRE DU PERSONNALISME.
Spécial Mounier 100e anniversaire
.” Janvier-mai 2005.
Éditorial


Une édition électronique réalisée à partir du Numéro 5-6 de la revue PERSO, Regards personnalistes, “RENOUVEAU ET MÉMOIRE DU PERSONNALISME. Spécial Mounier 100e anniversaire.” Janvier-mai 2005. Louvain-la-Neuve, Belgique: Centre d'Action pour un Personnalisme Pluraliste. [Autorisation accordée par la direction du Centre d'Action pour un Personnalisme Pluraliste [C@PP] de diffuser ce document dans Les Classiques des sciences sociales.


Éditorial

EMMANUEL MOUNIER : MIEUX QU’UN ÉCHO, UNE SUITE !


« Dans les époques dangereuses se lèvent les hommes audacieux. Ils prennent le risque de scruter notre nuit et ne s’éclairent pas à la grosse lanterne familière que leur tendent les opinions reçues, les systèmes de pensée en usage, les exclusives de partis qui se couvrent du manteau emprunté de la vérité absolue. Audacieux, toujours menacés par le faux-pas au bord des abîmes, ils veulent être vigilants. Parce qu’ils veillent, ils sont exigeants : le temps où ils vivent, le milieu qui les a nourris, ne leur semblent jamais purs de reproches. Ils cultivent en eux une telle sensibilité au péril qu’ils ne peuvent se croire en repos ni laisser en repos leurs contemporains. »

« Emmanuel Mounier fut un de ces hommes. Quand il mourut en 1950, à l’âge de 45 ans, personne n’aurait pu lui refuser la vertu de présence. Sa vie avait été courte mais il l’avait consumée à prendre sa part des drames politiques, des controverses sociales et culturelles, des inquiétudes religieuses, qui donnent au demi-siècle son allure de champ de bataille. Son histoire se confond avec l’histoire des hommes. » (Lucien Guissard, « Emmanuel Mounier », éd. Universitaires, Paris, 1966.)

Si, pour nous, Mounier est essentiel, c’est parce qu’il s’est approché de la vérité de l’homme, celle des présences concrètes et singulières, quand la plupart prennent goût à énoncer de grandes vérités sur la société, pour ensuite les appliquer aux hommes. Cette démarche modeste et profondément humaniste, il l’a pratiquée de deux manières. La première, c’est la dénonciation incessante de l’individualisme. « L’individualisme est un système de moeurs, de sentiments, d’idées et d’institutions qui organise l’individu sur des attitudes d’isolement et de défense […]. Un homme abstrait, sans attaches ni communautés naturelles, dieu souverain au coeur d’une liberté sans direction ni mesure, tournant d’abord vers autrui la méfiance, le calcul et la revendication ; des institutions réduites à assurer le non-empiètement de ces égoïsmes, ou leur meilleur rendement par l’association réduite au profit : tel est le régime de la civilisation qui agonise sous nos yeux, un des plus pauvres que l’histoire ait connus. Il est l’antithèse même du personnalisme, et son plus prochain adversaire ».

L’autre approche reconstruit le lien social et la « reliance » entre les hommes, en affirmant la dimension communautaire, ou mieux, relationnelle de l’humain. « Chacun n’a sa vérité que relié à tous les autres » écrit-il. Et aussi : « Le regard d’autrui […] bouscule mes assurances, mes habitudes, mon sommeil égocentrique, il est, même hostile, le plus sûr révélateur de moi-même ». Ceux pour qui la philosophie de Levinas donne une suite au personnalisme de Mounier, apprécieront cette allusion au visage qui nous assigne à la responsabilité.

Ainsi Mounier met-il déjà l’accent sur la dépossession, sur le don, sur la gratuité, sur le renoncement à être soi pour soi, quand il affirme : « La vie personnelle est affirmation et négation successives de soi ». « L’épanouissement de la personne implique comme une condition intérieure une désappropriation de soi et de ses biens qui dépolarise l’égocentrisme. La personne ne se trouve qu’en se perdant ».

Selon Paul Ricoeur, le personnalisme de Mounier, c’est à la fois « plus qu’une philosophie : une matrice philosophique, des tonalités, des tenues théoriques et pratiques capables d’une ou plusieurs systématisations philosophiques » ; et « moins qu’une philosophie » puisque chez lui « la théorie des valeurs, de l’histoire, de la connaissance, de l’être, restait implicite ».

Lucien Guissard rappelle « que la pensée de Mounier a toujours été en voie d’élaboration, que son personnalisme est toujours à repenser, toujours à reprendre […] ».

Être fidèle à Mounier, c’est donc avancer chaque jour dans sa trace, en faisant nôtre cette résolution empruntée à Nietzsche : « Non un écho, mais une suite ».

Vincent Triest, rédacteur en chef



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le vendredi 27 janvier 2012 8:41
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cégep de Chicoutimi.
 
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