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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

La guerre, pourquoi ? La paix, comment ? Éléments de discussion aux gens de bonne volonté. (2016)
Prémisse


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Kadour NAÏMI, La guerre, pourquoi ? La paix, comment ? Éléments de discussion aux gens de bonne volonté. Kadour NAÏMI, texte inédit, novembre 2016, 435 pp. ISBN: 979-10-97177. [L’auteur nous a accordé le 15 novembre 2016 l’autorisation de diffuser en accès libre à tous ce livre inédit dans Les Classiques des sciences sociales.]

La guerre, pourquoi ? La paix, comment ?
Éléments de discussion aux gens de bonne volonté.

PRÉMISSE

ou
droit de pensée et devoir de mémoire
.


I. CRITIQUE :

1. Considérations préliminaires. 2. Considérations particulières

II. MÉMOIRE :

1. Le passé. 2. Le présent.

III. MYSTÈRES :

1. Désirs. 2. Nature ou culture ? Réalisme ou utopie ? 3. Qui exerce et qui subit le pouvoir ? 4. Passions et raison. 5. Religion. 6. Identité. 7. Riches et pauvres. 8. De la violence. 9. Liberté pour qui ? 10. Maîtres et serviteurs. 11. Amis et ennemis. 12. Onze septembre 2001.


- « Warum ? » [Pourquoi ?] - lui ai-je demandé dans mon pauvre allemand.
- Hier ist kein warum, [Ici les n'y n'a pas de pourquoi] m'a-t-il répondu, en me bousculant violemment à l'intérieur.
Primo Levi, ex-déporté à Auschwitz. [1]
- Pourquoi, monsieur Sully, voyez-vous toujours les trous dans le gruyère ?
- Parce que, monsieur l'ambassadeur, il y a des trous dans le gruyère.
Neil Sheehan [2]

Quand je donne de quoi manger aux pauvres, on dit que je suis un Saint. Quand je demande pourquoi les pauvres n'ont pas à manger, on me traite de communiste.
Don Helder Camara [3]

Nous devons nous demander par quels moyens un si grand nombre d'opinions contraires à la paix du genre humain, fondées sur de faux principes, se sont néanmoins si profondément enracinées en lui.
Thomas Hobbes [4]
Quand la vérité et la justice sont en jeu, il n'y n'a pas de distinction qui tienne entre problèmes mineurs et problèmes majeurs. Car les jugements d'ordre général sur les actions humaines sont indivisibles. Si quelqu'un en prend à son aise avec la vérité dans les petites choses, on ne peut pas davantage lui faire confiance pour les questions importantes.

Cette indivisibilité ne vaut pas uniquement pour la sphère morale : elles s'applique aussi à la politique ; car les petits problèmes ne peuvent être appréhendés avec justesse que dans leur dépendance par rapport aux problèmes plus vastes.
Albert Einstein [5]

Avant d'entrer dans le vif du sujet, concernant le pourquoi de la guerre et comment obtenir la paix, il me semble nécessaire de poser certaines questions et fournir quelques éclaircissements. Ils concernent trois thèmes fondamentaux du comportement humain : la critique, la mémoire et certains mystères.

I. CRITIQUE

Il existe deux types de personnes qui n'ont pas de doutes : les saints et les imbéciles.
Général Carlo Jean [6]

Supporter la contradiction est un grand signe de culture, nul ne l'ignore plus aujourd'hui. Quelques-uns savent même que les hommes supérieurs souhaitent et provoquent cette contradiction pour qu'elle leur indique où se trouve leur injustice, qu'ils ignoreraient sans cela. (...)

" Comment ce jugement est-il né? " c'est une question que vous devez vous poser, et, aussitôt après, celle-ci: " qu'est-ce exactement qui me pousse à obéir à ce jugement ? " Car vous pouvez suivre son ordre comme un brave soldat qui entend la voix de son chef. Ou comme une femme qui aime celui qui commande. Ou encore comme un flatteur, un lâche qui a peur de son maître. Ou comme un imbécile qui écoute parce qu'il n'a rien à objecter. En un mot, vous pouvez écouter votre conscience de mille façons différentes.
Nietzsche [7]

La raison ne peut pas ne pas être suprême parce que quand nous nions sa valeur nous devons proposer des raisons.
Amartya Sen,
prix  Nobel d'économie 1998 [8]



1. Considérations préliminaires

En lisant les observations qui suivront, le lecteur qui les considérerait factieuses ou pis penserait que leur auteur est un ennemi, connaît-il vraiment le motif réel de sa réaction ?

Mon ancien professeur de psychologie, Jacques Van Rillaer, écrit :

Un fait anthropologique irrécusables est la capacité, typiquement humaine, de prendre du recul vis-à-vis du « donné ». La personne qui souhaite ne pas se laisser posséder par des réactions agressives ou haineuses devrait en faire un usage judicieux. (...)

La distanciation peut s'opérer en plusieurs directions. D'abord vis-à-vis des événements extérieurs. ensuite, vis-à-vis du sujet lui-même : ses impulsions et sentiments ; son « moi », objet d'idolâtrie ; son « idéal du moi », objet souvent inaccessible ; son « surmoi », maître intolérant et répressif. [9]

Combien de personnes, simples citoyens mais surtout celles qui sont au pouvoir, et se déclarent démocratiques, reconnaissent à celui qui n'est pas d'accord avec elles le droit de s'exprimer librement, en particulier quand leurs contradictions sont mises en évidence ?

Pourquoi tout être humain qui dispose d'un pouvoir, notamment obtenu par le vote, - bien entendu, j'écarte, pour un motif évident, celui qui l'a conquis par la violence -, refuse généralement la critique de sa gestion de ce pouvoir, et considère l’auteur de la critique un ennemi à neutraliser ou éliminer ?

Combien de personnes, simples citoyens ou dirigeants de gouvernement, journalistes ou intellectuels, utilisent un raisonnement vraiment logique, honnête et qui correspond aux faits réels, à propos de leurs actes et des actes des gouvernements, et ne se laissent pas conditionner par leurs intérêts matériels personnels, par leurs préjugés ou par les déclarations manipulatrices de dirigeants politiques, économiques, culturels ou religieux ?

Pour savoir si  l'acte d'un individu ou d'un gouvernement est juste ou inacceptable, combien de personnes l'examinent sur la base de ce critère de jugement : qui, réellement, en profite et qui en est endommagé ?

Pour quel motif certains sont pour la limitation de la liberté d'opinion ? Est-ce  parce qu'ils considèrent le peuple incapable de raisonner pour distinguer entre vérité et mensonge ? Dans ce cas, qui est responsable de cette incapacité ? N'est-ce pas celui qui leur rend difficile ou impossible l'accès aux informations véritables ? Dans cette situation, comment les gens seraient-ils capables de raisonner d'une manière satisfaisante ? Enfin, ceux qui occupent un pouvoir exercé sur les autres, qu'il soit dictatorial ou légitimé par un vote, ont-ils réellement un intérêt à ce que les gens qu'ils administrent soient capables de distinguer le vrai du faux dans les discours et les actes officiels ? Dans l'affirmative, pourquoi est-il si difficile de disposer des informations réelles, au point qu'il faut consacrer énormément de temps pour les trouver ? Pourquoi des citoyens ont jugé indispensable de créer des sites internet comme WikiLeaks et pourquoi subissent-ils toutes sortes de pression et de contrastes de la part des autorités gouvernementales, non seulement dictatoriales mais également démocratiques ?

2. Considérations particulières

Celui qui, dans le passé, a respecté et défendu les droits humains, si, par la suite, il viole ces mêmes droits, est-il ou n'est-il pas juste et nécessaire de le critiquer ?

Premier exemple. Si le gouvernement des États-Unis a, dans le passé, sauvé les Européens de la domination nazie, est-ce là un motif pour interdire à ces derniers de le critiquer à propos de sa domination actuelle sur certaines nations de la planète ? Autrement dit, si les Européens doivent être reconnaissants au gouvernement des États-Unis pour les avoir libérés des dictatures nazie-fascistes, est-il juste qu'ils continuent à lui être reconnaissants aujourd'hui, alors qu'il soutient d'une part des dictatures qui dominent leurs peuples, comme, par exemple, celle de Arabie Saoudite, et, d'autre part, soutient la domination d'un État sur un autre peuple, comme c'est le cas d’Israël sur les Palestiniens ?

Formulons les questions d'une autre manière encore.

Premier exemple. La contribution des gouvernements des États-Unis à la libération de l'Europe du nazi-fascisme doit se manifester, actuellement, de la part des Européens, sous forme de solidarité librement consentie, ou de subordination inconditionnelle, quelque soit le comportement des gouvernements des États-Unis ?

Deuxième exemple. Si les Juifs ont subi un génocide dans le passé, est-il juste d'interdire la critique contre les gouvernements israéliens actuels à propos de leur domination sur le peuple palestinien ?

Celui qui affirme que la critique contre un gouvernement des États-Unis est une manifestation de haine « anti-américaine »,  que pense-t-il du fait que cette critique est également formulée par des citoyens des États-Unis, au nom même de l'amour de leur patrie ?

Celui qui affirme que la critique contre un gouvernement israélien est une manifestation d'  « antisémitisme », comment explique-t-il l'existence de Juifs dans le monde, y compris en Israël, qui présentent les mêmes critiques ?

Celui qui affirme que la critique contre un gouvernement d'Europe ou des États-Unis est une hostilité contre « l'Occident », que pense-t-il du fait que cette critique est exprimée tout autant par des citoyens occidentaux, d'une part, et, d'autre part, cette critique ne se manifeste pas contre des gouvernements comme ceux de Suède, de Finlande, d'Islande ou de New-Zélande, qui, eux aussi, font partie de l' « Occident » ?

Celui qui affirme que la critique contre un gouvernement qui se dit musulman, chrétien, juif, hindou ou autre est une manifestation contre l'Islam, le Christianisme, le Judaïsme, l’Hindouisme ou autre, comment juge-t-il leurs croyants respectifs qui émettent les mêmes critiques ?

Est-ce de l' « anti-américanisme » de déclarer que ce n'est pas le monde qui doit satisfaire les intérêts unilatéraux des États-Unis, mais que ce sont les États-Unis, comme toutes les autres nations de la planète, à s'accorder démocratiquement ensemble pour satisfaire les intérêts de tous les peuples du monde ?

Déjà, voilà plus d’un siècle, un admirateur des États-Unis déclarait pourtant :

Les Américains, dans leurs rapports avec les étrangers, paraissent impatients de la moindre censure et insatiables de louanges. Le plus mince éloge leur agrée, et le plus grand suffit rarement à les satisfaire ; ils vous harcèlent à tout moment pour obtenir de vous d'être loués ; et, si vous résistez à leurs instances, ils se louent eux-mêmes. On dirait que, doutant de leur propre mérite, ils veulent à chaque instant en avoir le tableau sous leurs yeux. Leur vanité n'est pas seulement avide, elle est inquiète et envieuse. Elle n'accorde rien en demandant sans cesse. Elle est quêteuse et querelleuse à la fois[10]

Est-ce de l'« anti-sémitisme » de reconnaître que ce n'est pas le peuple palestinien qui occupe militairement et illégalement le territoire d'Israël, mais c'est Israël qui occupe militairement et illégalement le territoire reconnu au peuple palestinien par les résolutions des Nations Unies, dont Israël fait partie ?

Est-ce de l'« anti-christianisme » exprimer des perplexités sur le comportement de trop de prélats du Vatican et sur la relation de celui-ci avec certaines banques ?

Est-ce de l'« anti-islamisme » de dénoncer les comportements des dirigeants d’État qui oppriment leur peuple tout en s'autoproclament dépositaires de la mission de défendre l'Islam ?

Pourquoi, en Occident et en Israël, la haine envers les Juifs est appelée « antisémitisme » tandis que la haine envers les Arabes n'est pas nommée de manière identique, et pourtant les Arabes sont, eux aussi, des sémites ?

Pourquoi la majorité des peuples et de leurs dirigeants sont convaincus que la guerre est un façon normale, quoique déplaisante, pour résoudre les conflits entre les nations ?

Il n'y a pas d'esprit scientifique sans disponibilité à l'égard des hypothèses déplaisantes, les plus éloignées même, de la vérité du moment, les plus scandaleuses par rapport aux habitudes les plus chères. Ou plutôt, il n'y a pas d'hypothèse plaisante ou déplaisante, il n'y a que des hypothèses plus ou moins convaincantes[11]


II. MÉMOIRE

Combien de sang dans ma mémoire.
Aimé Césaire [12]

Le sentiment de culpabilité (...) le problème capital du développement de la civilisation (...) le progrès de celle-ci doit être payé par une perte de bonheur due au renforcement de ce sentiment (...) Aussi conçoit-on aisément que le sentiment de culpabilité engendré par la civilisation ne soit pas reconnu comme tel, qu'il reste en grande partie inconscient ou se manifeste comme un malaise, un mécontentement auquel on cherche à attribuer d'autres motifs.
Sigmund Freud [13]


1. Le passé

Kublai Khan massacra 10% au Proche Orient.
L’Espagne massacra 10%  d'Américains indiens.
Joseph Staline massacra 5% de Russes.
Les nazis massacrèrent 15% d'Européens occupés et 75% de Juifs européens.
Les États-Unis massacrèrent  6,5% de Sud-Vietnamiens et 75% d'Américains indiens.
Les États-Unis dépassèrent tous les records de génocide ! [14]

Après l'attaque de 2001 contre les deux tours jumelles, une banderole a été dressée à New York. Elle proclamait « we will never forget » (Nous n'oublierons jamais), pour les trois mille morts suite aux attentats. Pourquoi, dès lors, oublie-t-on le 11 septembre 1973 et les trente mille morts à Santiago du Chili, assassinés par les militaires chiliens, avec la complicité du gouvernement des États-Unis ?

Pourquoi, aussi, dans certains pays, on rappelle légitimement le génocide passé de 4 à 6 millions de Juifs, instituant pour eux le « Jour de la Mémoire », et on reconnaît la dette morale et financière envers les victimes, tandis qu'on ignore le génocide des Tziganes de la part des mêmes nazis ?

Les Israéliens considèrent juste que les descendants de leurs bourreaux allemands reconnaissent la dette matérielle et morale envers le peuple juif pour la « Shoah », c'est-à-dire le génocide subi. Pourquoi, alors, les mêmes Israéliens n'acceptent pas de reconnaître leur propre dette matérielle et morale envers le peuple palestinien, pour la « Nakba », c'est-à-dire la « catastrophe » subite par eux de la part des Israéliens ? Entre la Shoah des Juifs et la Nakba des Palestiniens, combien reconnaissent cet aspect commun : le refus, de la part d'un État, de  l'existence d'un peuple ? Il est vrai qu'il s'agit de types différents de dénégation : les Nazis refusaient l'existence des Européens de religion juive, en les exterminant, tandis que les Israéliens, ne pouvant exterminer les Palestiniens, se content de nier leur existence.

Alors qu'on informe et rappelle justement la tragédie dont furent victimes les Juifs européens durant le nazisme, pourquoi n'informe-t-on pas et ne rappelle-t-on pas la tragédie de la traite et de l'esclavage des Africains ?

Les personnes capturées étaient marquées avec un numéro de matricule. Sur 20 millions d'Africains capturés et réduits en esclavage, 6 millions sont morts. C'est le plus grand génocide de l'histoire. [15]

Ceux qui connaissent les conditions de déportation des Juifs par les Nazis dans les camps d'extermination, connaissent-ils aussi les conditions de déportation des Africains par les Européens dans les champs où ils étaient exterminés par le travail esclavagiste ?

Le voyage :

La traversée de l'Atlantique arrachait les Africains à leurs réseaux familiaux et communautaires ; elle les jetait les uns sur les autres durant des jours et des semaines ; et elle suscitait une peur et une souffrance si intenses qu'ils furent nombreux à se donner la mort.

Le plus incroyable, c'est que nous ne savons encore presque rien de l'expérience directe vécue par les esclaves et par l'équipage pendant la traversée. (...) Il n'est pas difficile d'imaginer comment la colère pouvait se mêler à la désolation, au fatalisme, à la dépression, aux intrigues, aux complots et à des soulèvements occasionnels. L'histoire sociale et culturelle de la traite atlantique en est encore à ses balbutiements[16]

L'exploitation au travail :

Les planteurs estimaient moins coûteux de faire travailler leurs esclaves jusqu'à l'épuisement et d'en racheter pour remplacer ceux qui succombaient que d'encourager leur reproduction naturelle. Les années de survie pour ceux qui avaient supporté la traversée de l'Atlantique se comptaient sur les doigts de la main[17]

Dans la tragédie de l'esclavage des Africains, pourquoi les Arabes musulmans et les Africains ne reconnaissent pas leur complicité avec les Occidentaux ?

L'utilisation d'esclaves, principalement des prisonniers de guerre, s'est répandue en Afrique bien avant le XVème siècle. Le plus souvent, ils étaient la propriété de marchands ou de fonctionnaires privés ou de loyaux serviteurs. Dès le IXème siècle, leur trafic, florissant, se développa entre l'ouest et le nord de l'Afrique, puisant dans les circuits dominés par les musulmans sur le pourtour méditerranéen et au Moyen-Orient. Autrement dit, le commerce atlantique des esclaves fut moins une réalité imposée par l'Europe à l'Afrique qu'une variante distincte, et de plus en plus violente, d'un système déjà en place.

L'existence de longue date d'un trafic intérieur d'esclaves sur le continent signifiait non seulement que les Européens pouvaient profiter de pratiques familières aux Africains de l'Ouest, mais aussi, dès le début, que la traite restait en grande partie aux mains des Africains. A de rares exceptions, ces derniers contrôlaient chaque étape du trafic, de la capture et de l'asservissement pendant les guerres internes au transport des esclaves jusqu'à la côte, où ils étaient finalement vendus aux Européens, lesquels auraient préféré exercer un pouvoir direct sur la côte ouest-africaine et maîtriser les sources d'approvisionnement. La force politique et militaire des différents États africains, de même que les réseaux économiques qu'ils avaient bâtis, les en empêchèrent[18]

Pourquoi ne reconnaît-on pas la dette morale, encore moins celle financière, et on n'institue pas de « Jour de la Mémoire », outre que pour le peuples juif, également pour les autres peuples :

  • ceux dont le nombre des victimes fut égal ou supérieur, par exemple le génocide presque total des indiens d’Amérique ?

  • à propos des génocides du colonialisme dans les divers continents, et tant d'autres tragédies, telles le génocide du peuple arménien, du peuple tutsi, etc., etc. ?

En 2001, le Parlement français a reconnu officiellement que l'esclavage et la traite des Africains étaient un « crime contre l'humanité », et a consacré le 10 mai à leur souvenir. En 2007, et pour la première fois, l’État U.S. de Virginie a admis sa responsabilité et a demandé les excuses pour l'esclavage des Africains et pour « l'exploitation des natifs Américains » [19]. Qu'attendent les autres États pour suivre l'exemple ?

Et pourquoi l’État japonais ne reconnaît pas et n'indemnise-t-il pas les victimes de ses crimes de guerre, commis en Asie ?

2. Le présent

Est-il possible de comprendre le présent des peuples et des individus sans comprendre leur passé ?

Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse d'un poids très lourd sur le cerveau des vivants[20]

Est-il juste :

  • que les Occidentaux fêtent ce qu'ils appellent la découverte de l'Amérique, en ignorant, ou en faisant semblant d'ignorer, que pour ses habitants indigènes, cet événement fut le génocide des natifs américains ?

  • que les Israéliens fêtent le jour de naissance de l’État d'Israël en ignorant que pour les Palestiniens ce jour fut celui de la « Nakba » (la catastrophe) ?

  • d'ignorer les causes passées d'injustices présentes, comme, par exemple, le sous-développement économique et culturel dont souffrent les peuples qui furent victimes du colonialisme ou de l'impérialisme ?

Est-il admissible que sur cette planète puisse exister, actuellement, le génocide de millions d'enfants de moins de 5 ans, qui meurent chaque année dans les pays pauvres, à cause de maladies évitables avec un vaccin ?… Quelle en est la première cause et qui en est le premier responsable ?

Ne parlons pas ensuite de la région des grands Lacs Africains, du Soudan et du Darfour, lieux où nous avons entendu dire sans se décomposer que deux millions d'hommes, femmes et enfants ont été tués et un autre million manque à l'appel. (...) Nous considérons vraiment ces êtres humains nos « semblables », semblables à nous italiens, allemands, français, américains, ou non plutôt semblables à un troupeau dont le sort ne nous intéresse pas ? Et pourquoi cela ne nous intéresse pas ? Pourquoi cela ne met pas en mouvement notre sentiment moral ? Parce que nous savons, même si après nous rejetons la pensée, que notre bien-être dépend de leur désespoir[21]

N’est-ce pas là, exactement, la vérité ?


III. MYSTÈRES

J'appelle Servitude l'impuissance de l'homme à gouverner et réduire ses affections. (...) les hommes ignorent communément les causes de leurs appétits. Ils sont en effet, je l'ai dit souvent, conscients de leurs actions et appétits, mais ignorants des causes par où ils sont déterminés à appéter quelque chose[22]

À présent, examinons certains comportements humains qui ont une particularité : ils semblent mystérieusement inexplicables ou expliqués d'une manière mystérieuse. Concernant ces comportements, contentons-nous, pour l'instant, de nous efforcer à poser les questions correctes, réservant les réponses possibles aux parties suivantes de cet ouvrage.

1. Désirs

Combien d'êtres humains connaissent les causes de leurs désirs, par exemple le désir de dominer leurs semblables, le désir de s'enrichir à leur détriment, le désir de les haïr et de les tuer ?

Parmi ceux qui connaissent les causes réelles de leurs désirs, combien sont capables de les gérer de façon à ne pas nuire à leurs semblables ? Voici une anecdote :

Alexandre :  Je suis Alexandre le Grand ! Dis-moi ce qui tu désires, je te le donne.
Diogène (tranquillement détendu par terre, répond avec calme) : Je désire simplement que tu t'écartes de mon soleil.
Alexandre se déplace de façon à permettre au soleil d'illuminer Diogène.
Alexandre : Si je n'étais pas Alexandre, j'aurai voulu être Diogène.
Diogène : Moi, je  peux être Alexandre, mais toi, tu ne peux pas être Diogène.
Alexandre : Pourquoi ?
Diogène : Pour être Alexandre, il suffit de vouloir dominer les hommes, mais pour être Diogène, il faut savoir dominer ses propres désirs. Tu en es incapable.



2. Nature ou culture ? Réalisme ou utopie ?

Quel est le désir humain le plus fort, sinon celui de désirer posséder le plus de choses matérielles ? Je ne parle pas de celles indispensables à la simple vie, mais de ce qui constitue un surplus, acquis par des êtres humains au détriment de leurs semblables, dans le seul but de posséder plus qu'eux, et, pour l’obtenir, recourent à la violence du plus fort sur le plus faible.

Par choses matérielles, j'entends deux aspects :

  • de nation à nation : l'invasion d'une portion ou de tout le territoire où vit un autre peuple, l'accaparement de ses matières premières, l’exploitation de sa force de travail ;

  • d’individu à individu dans une même nation : l’exploitation de la force de travail.

Même ceux qui proclament ne s’intéresser qu’aux choses spirituelles, en premier lieu les prêtres de toutes les religions, pourquoi érigent-ils et habitent-ils de somptueux palais, rutilants d’objets matériels, y compris l'or, et possèdent-ils tant d’objets matériels, sans oublier l'argent caché dans les banques ? Comme si ces possessions ne leur suffisent pas, ils demandent également aux visiteurs des temples de verser des oboles et sollicitent les possédants de leur offrir en héritage leurs biens matériels.

Ceux, également, qui se déclarent au service des autres, les politiciens et les dirigeants d’État, pourquoi la majorité d'entre eux ne dévoile pas la situation patrimoniale avant d'accéder au pouvoir et après l'avoir quitté ?

Pourquoi, enfin, la plupart des personnes éprouvent le désir d'accumuler le plus d'objets possibles, y compris ceux qui ne sont ni indispensables ni nécessaires ? Et, pour y parvenir, recourent à tous les moyens, y compris en endommageant quelqu'un d'autre ?

D'une manière générale, si la convoitise pour les richesses matérielles, au détriment des autres êtres humains, porte à la nécessité de dominer ces derniers, et si la réalisation de cette domination exige des guerres d'agression, quelle pulsion mystérieuse pousse à vouloir ces richesses, cette domination et donc la guerre d'agression ? Est-ce là un acte de civilisation ?

Pourquoi cette pulsion de possession, au détriment des autres, existe chez les divers types sociaux : dirigeants politiques [23] et militaires, propriétaires d'entreprises économiques, intellectuels, savants, dirigeants religieux, artistes, jusqu'aux simples citoyens ?

Que savent réellement les savants et chacun de nous de la nature des êtres humains, qu'ils soient pauvres ou riches, faibles ou puissants, dominés ou dominateurs ? Que sait-on de leurs besoins et de leurs objectifs dans l'existence ?  En particulier, que sait-on réellement de l'incapacité humaine à bannir la possession de choses matérielles, au détriment des autres, et, par conséquent, de l'incapacité de bannir la guerre comme méthode pour s'en emparer ?

Considérons l'histoire.

Durant l'époque de l'esclavage antique, ceux qui s'opposaient à ce système, - une infime minorité de personnes -, n'étaient pas ce que leurs accusateurs déclaraient, à savoir des utopistes. En réalité, c’étaient des personnes dotées d'une capacité de raisonnement et d'un sens de la justice, dont la majorité de leurs contemporains étaient dépourvus. De cette majorité faisaient partie des hommes comme Platon et Aristote ! Et l'on trouve cette même conception esclavagiste dans les textes sacrés de certaines religions. Qu’on lise bien les textes.

Pourquoi, alors, aujourd'hui, celui qui s'oppose, par principe, à toute guerre d'agression, est considéré un utopiste qui n'a pas le sens de la réalité ?

Durant l'époque féodale, partout sur la planète, les dominants ont déclaré que l'existence de maîtres et de serviteurs était le résultat d'une décision extra-humaine (le Ciel pour les uns, un Dieu pour d'autres). Pourtant, ceux qui refusaient d'admettre cette conception ont fini par abolir le système féodal.

Les dominateurs de l'époque actuelle affirment que le capitalisme est dans la « nature » des choses. Certains continuent même à déclarer, comme dans le passé, que telle est la volonté de Dieu. Et que, par conséquent, ce système ne sera jamais aboli. Est-il rationnel de les croire, et de ne pas envisager la possibilité d'abolir ce système au profit d'un meilleur ? Qu'y a-t-il de mieux qu'un système social où les êtres humains n'auront plus besoin de maîtres et de concurrence impitoyable mais coopéreront de manière égalitaire ? Cet idéal est-il plus utopique que celui qui a porté à l'abolition de l'esclavage, du féodalisme et du colonialisme ?

Combien de personnes cherchent et parviennent à comprendre pourquoi certains penseurs sont révérés tandis que d’autres sont ignorés ou bafoués :

  • depuis la Grèce antique jusqu’à aujourd’hui, Platon et Aristote (respect de l’autorité) au détriment de Diogène et Épicure (refus de l’autorité) ;
  • depuis la Chine ancienne jusqu’à aujourd’hui, à l’exception de courtes périodes, Confucius (respect de l’autorité) au détriment de Lao Ze (refus de l’autorité) ;
  • à l’époque moderne Adam Smith (« Enrichissez-vous ! ») au détriment de Karl Marx (répartition équitable des richesses entre tous) ;
  • toujours à l’époque moderne, Karl Marx (dictature du « prolétariat ») au détriment de Bakounine (pas d’État mais coopération libre entre citoyens libres) ?

Osons un calcul de l’horreur. À propos des différentes formes de guerre, quelle est l'action la plus cruelle, la plus barbare et la plus inacceptable : tuer un seul être humain avec un couteau, tuer une cinquantaine de personnes en se tuant soi-même avec une bombe artisanale, mitrailler une centaine de personnes dans la rue, ou exterminer des centaines d'êtres humains avec un missile, ou, plus encore, éliminer des milliers avec une bombe atomique ?

Approfondissons le problème.

Quand saurons-nous dans quelle mesure c'est la nature du cerveau humain qui influence l'agressivité des individus ?

Comment espérer qu'un jour l'Homme que nous portons tous en nous puisse se dégager de l'animal que nous portons également si jamais on ne lui dit comment fonctionne son système nerveux ? Comment espérer voir disparaître l'agressivité destructrice, la haine, la violence et la guerre ? N'est-il pas indispensable de lui montrer combien aux yeux de la science peuvent paraître mesquins et ridicules les sentiments qu'on lui a appris à considérer souvent comme les plus nobles sans lui dire que c'est seulement parce qu'ils sont les plus utiles à la conservation des groupes et des classes sociales, alors que l'imagination créatrice, propriété fondamentale et caractéristique de son cerveau, n'est le plus souvent, c'est le moins qu'on puisse dire, absolument pas exigée pour faire un honnête homme et un bon citoyen[24]

La guerre est-elle une manifestation du soit-disant Mal, comme le croient certaines religions ? un phénomène biologique qui fait partie de la nature humaine, comme l'affirment certains savants ? ou, au contraire, un produit culturel historique, et donc modifiable par le progrès de la civilisation ?

Des médecins, des biologistes, des psychologues se penchent de plus en plus souvent sur la question du « Mal » et sur ses versions contemporaines. On assiste d'ailleurs à une sorte de « psychologisation » et de « biologisation » de ce vieux problème. (...) Certains auteurs, qui prétendent étudier scientifiquement ce phénomène, vont même jusqu'à considérer l'agression comme une activité inévitable, saine et naturelle. (...)

La recherche scientifique peut, ici comme ailleurs, jouer un rôle important, si pas décisif. La naturalisation du problème permet d'échapper aux considérations trop massivement moralisantes ainsi qu'à une culpabilisation trop rapide. Il n'en reste pas moins vrai que l'agressivité - comme d'ailleurs la plupart des problèmes de psychologie et spécialement de psychologie concrète - constitue une question éthique et souvent une question politique, à laquelle la science ne peut, par elle-même, apporter la solution définitive[25]

Examinons des comportements humains singuliers.

Un général français, nommé Leclerc, a libéré sa patrie de la domination nazie, en 1945. Quelques mois après, il est allé, à la tête d'une armée, agresser une autre patrie, le Vietnam, pour maintenir la domination coloniale française. Ce comportement est-il rationnel et acceptable ?

Une personne qui a acquis plusieurs diplômes universitaires (ce qui démontre une certaine intelligence), qui joue  le piano (ce qui prouve une certaine sensibilité), qui est de peau noire (ce qui suppose avoir souffert de quelque façon la discrimination sociale), qu'est-ce qui a porté cette personne au lieu d'enseigner la paix, à promouvoir la guerre, au lieu  de présenter des concerts de piano, à participer à un gouvernement qui lance des missiles et des bombes sur les populations civiles ? En cet être humain, en l'occurrence Condoleeza Rice, malgré toute la culture acquise, peut-on exclure l'influence déterminante de l'instinct et du cerveau archaïques du prédateur préhistorique ?

Peut-on accepter qu'une personne qui se proclame « civilisé », « modéré » et « démocrate » déclenche ou soutient une guerre d'agression, en la nommant « guerre pour la défense de la civilisation », ou pour la « défense de la démocratie », et condamne ceux qui s'opposent à cette guerre comme étant des « extrémistes » ou des « traîtres à la patrie » ?

Celui qui croit disposer d'un cerveau rationnel, de mœurs civilisées et d'un cœur bon, qu'est-ce qui le porte à soutenir ou à rester indifférent à une guerre d'agression ? En particulier, est-il rationnel et acceptable qu'un citoyen soutienne ou reste indifférent à une guerre déclenchée par son gouvernement ? Qu'un religieux, qui croit à la bonté de sa foi, agisse de façon identique ? Qu'un patron ou un salarié, pour vivre, exercent une activité professionnelle au service de la guerre ? Qu'une mère ou une épouse estiment normal que le fils ou le mari choisisse comme métier celui de la guerre ?… Où sont la rationalité, la bonté et la civilisation dans ce genre de choix ?

Est-il normal que les fabricants produisent des jouets imitant ceux utilisés pour des actions de violence et de guerre ? Que les parents les achètent à leurs enfants ? Que ces derniers y trouvent du plaisir ?... Qui est responsable de ces comportements ? Quel en est but ? Est-ce là une preuve de civilisation ?

Les dirigeants de gouvernement qui déclarent que l’État n'a pas d'argent pour améliorer la situation des citoyens les plus démunis (retraités, ouvriers, chômeurs, malades, vieillards, etc.), est-il acceptable de les voir, au contraire, trouver toujours l'argent pour acheter des armes et payer des soldats pour entreprendre une guerre ? Et pourquoi les victimes de cette politique ne réagissent pas pour mettre fin à cette situation ?

Qu'est-ce qui crée et alimente la vanité non seulement des dirigeants mais également des peuples des pays, forts économiquement et militairement, à vouloir devenir toujours plus forts, non pas par leurs seules activités, mais au détriment des peuples des pays plus faibles ? Et comment cela est-il possible sinon en recourant principalement à la guerre contre eux, pour s'emparer de leurs  ressources naturelles et, éventuellement, de tirer profit de leur force de travail, dans des conditions et pour un salaire nettement inférieures à ceux pratiqués dans la nation du dominateur ?

La cause de ce comportement n'est-elle pas dans la prétention des forts à croire, précisément parce qu'ils sont forts, avoir le droit, plus exactement le privilège, d'agir ainsi, au nom de la prétendue « struggle for life » (lutte pour la vie) ? Pensant ainsi, en confondant les relations humaines avec celles des bêtes féroces, ces forts font-ils preuve de civilisation ? Où est celle-ci quand la société humaine est dominée par la loi de la jungle ?

Thomas Hobbes écrit :

La nature a fait les humains si égaux quand aux facultés du corps et de l'esprit que, bien qu'il soit parfois possible d'en trouver un dont il est manifeste qu'il a plus de force dans le corps ou de rapidité d'esprit qu'un autre, il n'en reste pas moins que, tout bien pesé, la différence entre les deux n'est pas à ce point considérable que l'un d'eux puisse s'en prévaloir et obtenir un profit quelconque pour lui-même auquel l'autre ne pourrait prétendre aussi bien que lui. En effet, en ce qui concerne la force du corps, le plus faible a assez de force pour tuer le plus fort, soit par une manœuvre secrète, soit en s'alliant à d'autres qui sont avec lui confrontés au même danger.

Je trouve que parmi les humains, l'égalité est plus grande en ce qui concerne les facultés de l'esprit qu'en ce qui concerne la force. (...) Ce qui, peut-être, peut faire qu'on ne puisse croire à une telle égalité, n'est que la vaine idée que chacun se fait de sa propre sagesse, sagesse dont presque tous pensent qu'ils en disposent à un degré supérieur aux gens ordinaires - autrement dit tout le monde à l'exception d'eux-mêmes, et de quelques autres qui sont populaires ou avec qui ils sont d'accord. Car telle est la nature humaine que, quelque soit le nombre de ceux qu'on estime être plus intelligents ou plus éloquents ou plus savants, on aura pourtant du mal à croire qu'il y en a beaucoup de plus sages que soi-même; en effet, chacun voit sa propre intelligence de près et celle des autres de loin. Mais cela prouve que, sous ce rapport, les humains sont égaux plutôt qu'inégaux[26]

Qu'est-ce qui empêche les puissants du moment de comprendre que c'est précisément cette revendication d'égalité qui porte les peuples et les individus à s'opposer à toute forme de domination, dont la guerre d'agression est la manifestation la plus brutale ?

Venons-en à la prétendue règle naturelle générale de la primauté de la lutte au détriment de la coopération, Pierre Kropotkine a fourni les preuves scientifiques du contraire, en s’appuyant sur l’ouvrage trop méconnu de Charles Darwin à savoir La Descendance de l'homme :

« La nature elle-même, dit-il, nous montre, à côté de la lutte, une autre catégorie de faits, ayant une signification absolument différente : c'est le soutien mutuel au sein d'une même espèce ; ces faits ont même une importance plus grande que les précédents, car ils sont nécessaires au maintien et à la prospérité de l'espèce. » [27]



3. Qui exerce et qui subit le pouvoir ?

Toujours et partout, à l'exception des anarchistes libertaires, on parle de « prendre » le pouvoir, et jamais de le « partager ». Même quand on déclare vouloir « partager le pouvoir » avec les citoyens, - c'est le cas des marxistes comme des libéraux -, l’intention n’est jamais réellement concrétisée.

À de très rares exceptions, la personne la plus révolutionnaire, la plus libérale, la plus généreuse, la plus altruiste, qu'elle soit dirigeant politique ou tout simplement concierge d'immeuble, quand elle occupe une position de pouvoir, se transforme généralement en dictateur, en égoïste, en égocentrique. Elle justifie son attitude par les motifs les plus invraisemblables, auxquels elle est la seule à trouver une légitimité. Comment, alors, s'étonner de la perte de confiance des gens dans un éventuel projet de transformation de la société, qui se proposerait l'égalité entre les citoyens dans la gestion de la société ?

Ce qui le [César] poussait à s'en prendre à tous les hommes, c'était le sentiment qui avait animé avant lui Alexandre et autrefois Cyrus : l'amour irrépressible du pouvoir et un désir insensé d'être le premier et le plus grand[28]

Cette observation ne s'applique-t-elle pas à n'importe quel dirigeant, non seulement au dictateur déclaré, mais tout autant au marxiste ? Et combien de dirigeants politiques libéraux ont quitté le pouvoir sans regret ? Existe-t-il d'autres exceptions que le Mahatma Gandhi et Nelson Mandela ?

Quel besoin, donc, pousse l'individu à désirer et à jouir du pouvoir sur ses semblables, pour se sentir valable, pour se croire important ?…  La cause n'est-elle pas un vide, une déficience mentale, une tare psychique, une incapacité de se contenter de partager ce pouvoir avec ses semblables ? D'où peut venir cet handicap sinon d'une enfance malheureuse, ayant provoqué une blessure narcissique que l'adulte croit guérir par son accession à un pouvoir exercé sur les autres ? 

De l'autre coté, quel besoin pousse un individu à se soumettre volontairement à celui qui détient ce pouvoir, que ce dernier ait été conquis par la force dictatoriale ou par le libre vote ?

En cas de dictature, quelle est la part de la crainte et celle de l'ignorance ?

Pour ce coup je ne voudrois sinon entendre comm'il se peut faire que tant d'hommes (...), tant de nations endurent quelque fois un tyran seul, qui n'a puissance que celle qu'ils luy donnent ; qui n'a pouvoir de leur nuire, sinon tant qu'ils ont vouloir de l'endurer ; qui ne scaurait leur faire mal aucun, sinon lors qu'ils aiment mieulx le souffrir qui lui contredire[29]

En cas de démocratie comme de dictature, qui a intérêt, autre que celui qui en tire des privilèges, à faire croire que la société peut fonctionner uniquement par l'existence d'une minorité qui gère le pouvoir, en prenant les décisions, et d'une majorité qui les exécute ?

Examinons le problème de manière particulière.  

Dans toutes les des sociétés humaines, quelles soient sur une partie de la planète (voir l'un des Commandements de l’Ancien Testament) ou sur l'autre partie (voir les livres classiques de Confucius), il est ordonné aux enfants d'honorer leurs parents. Ne fallait-il pas ajouter que les parents doivent, eux aussi, honorer leurs enfants ?

De même, il est commandé aux femmes d'obéir aux hommes, aux épouses d'obéir aux maris.  Ne fallait-il pas ajouter l'application de la même règle pour les hommes envers les femmes, et pour les maris envers les épouses ?

Enfin, il est prescrit aux citoyens de satisfaire la volonté de leurs dirigeants. Ne fallait-il pas ajouter que ces derniers doivent, eux aussi, satisfaire la volonté des premiers ?

   Retournons aux êtres les plus faibles, les plus innocents : les enfants. Par jalousie amoureuse, Médée a puni son mari en égorgeant leurs enfants, qu'elle a ensuite offerts en repas au père. Pour entreprendre une action de guerre contre Troie,  Agamemnon a égorgé sa fille préférée, Iphigénie, pour accomplir la volonté des dieux. Au nom de la foi religieuse, pour obéir à la volonté de son Dieu, Abraham accepta d'égorger son tout jeune fils.

Pourquoi Médée et Agamemnon sont généralement considérés des héros plutôt que des assassins ? Et, concernant l'action d'Abraham, combien sont sensibles et compatissants pour le traumatisme subi par son enfant ? Plus encore, combien se posent cette question : pourquoi un Dieu, dont la première qualité est la bonté, a voulu un tel geste ?

Concluons. En considérant toute l'histoire humaine, et notamment ce début de XXIème siècle, comment juger la domination, quelle soit dictatoriale ou démocratique, d'une minorité sur la majorité, et l'acceptation par cette dernière d'une telle situation ?... Est-ce là une manifestation d'intelligence, de rationalité et de civilisation, ou de manque de ces aspects ?

4. Passions et raison

Combien d'individus, combien de dirigeants d’État, de dirigeants d'entreprises économiques, combien de savants, d'intellectuels, d'artistes, de religieux, etc., se demandent honnêtement et suffisamment quelles passions, quels désirs, quels plaisirs sont bénéfiques, et lesquels sont nuisibles, pour soi-même et/ou pour les autres ?

Tant que, les préjugés et les égoïsmes, avec leur conséquence, l'injustice, dominent au détriment de la raison, de l'altruisme et de la justice, tant que  la majorité des dirigeants politiques, des intellectuels, des artistes, des religieux et des simples citoyens pratique la lutte de chacun contre tous au détriment de la coopération, la prévarication au détriment du respect, la ruse au détriment de l'honnêteté,  le mensonge au détriment de la vérité, la domination au détriment de la solidarité, la guerre au détriment de la paix, peut-on se vanter d'être raisonnable et civilisé ?

Combien savent réellement ce qu'est la raison et l'utilisent pour le bien commun, non seulement parmi les simples citoyens, mais, d'abord, parmi ceux qui dirigent les sociétés humaines ?

Nous n'avons pas assez de force pour suivre toute notre raison[30]

N'est-ce pas cette déficience qui cause à celui qui utilise la raison l’inconvénient d’être, dans les pays dictatoriaux, réprimé, et, dans les pays démocratiques, méprisé, tandis qu'est célébré celui qui n'accorde d’intérêt qu'au profit qu'il peut tirer des autres, y compris à leur détriment ?

N'est-ce pas cette même déficience de raison qui amène tant de personnes, qui se considèrent honnêtes et justes, à ne pas comprendre le drame des victimes de l'exploitation économique ou/et de la domination militaire, internes et/ou externes, et, par conséquent, à refuser de coopérer avec ces malheureux, dans leur lutte pour se libérer de ces méfaits ?

N'est-ce pas cette même déficience de raison qui empêche ceux qui se déclarent braves gens de voir  la relation qui existe entre leur bien-être et le mal-être des autres ? Disons plus : de voir que leur bien-être se nourrit, d'une manière ou d'une autre, du mal-être des autres ?

Il y a encore plus. Dans les villes, la pollution a rendu l'air toujours plus contaminé et les maladies respiratoires augmentent ; sur la planète, s’accentuent l'insécurité et les guerres. Est-ce raisonnable que les citoyens acceptent cette situation, en particulier ceux où le vote permet de changer de dirigeants, et donc la politique ?

En tant que les hommes sont dominés par des affections qui sont des passions, ils peuvent être contraires les uns aux autres. (...)

Dans la mesure seulement où les hommes vivent sous la conduite de la Raison, ils s'accordent toujours nécessairement en nature[31]



5. Religion

Les êtres humains les plus antiques, qui ont été découverts, remontent à environ deux millions d'années (l'Homo abilis, en Afrique) et 1,9 millions d'années (l'Homo ergaster, également en Afrique). Le Dieu des religions monothéistes s'est manifesté pour la première fois seulement voilà 5.000 ans, avec les dix commandements. Comment expliquer cela ?

Sur une partie de la planète existent des religions monothéistes. Sur l'autre face de la même planète, en Asie, la majorité des gens vivent sans les connaître. Que peut-on en déduire ?

Pourquoi Bouddha et Jésus [32] ont refusé d'utiliser la violence, même pour se défendre, et se sont abstenus de conquérir le pouvoir politique, pour accepter seulement le pouvoir spirituel ? Et pourquoi les partisans de Jésus ne l'ont généralement pas imité, et ceux de Bouddha ne se sont pas toujours conformés à la conduite de ce dernier ?

Dans le passé comme aujourd’hui, verser le sang au nom de l'amour d’une divinité (panthéiste antique, Dieu monothéiste ou déité hindoue, etc.), cela est-il conforme à cet amour ?

Qu'est-ce qui porte, au nom d’une divinité, à tuer ? Est-ce un commandement divin ? N'est-ce pas, en réalité, la disposition mentale subjective du croyant, puisque d'autres croyants à la même foi condamnent ce comportement ?

Dans l'histoire des religions jusqu'à aujourd'hui, qu'est-ce qui a porté et continue à porter les fidèles d’une religion à manifester plus de matérialisme que de spiritualité, plus d'égoïsme que de solidarité, plus de haine que de compréhension, plus de guerre que de paix ? À quoi et à qui ce comportement est imputable, sinon, en dernière analyse, au caractère individuel de ces fidèles, à leur histoire existentielle personnelle ? Autrement comment expliquer les jugements et comportements exactement opposés des fidèles d’une même religion, les uns justifiant la domination et le meurtre, tandis que d’autres privilégiant la coopération et la non violence ?

6. Identité

L’être humain n'est-il pas d'abord et essentiellement un humain ?… Dans l'affirmative, pourquoi la majorité des personnes, y compris celles qui disposent d'instruction supérieure, ont besoin de se définir non par l'identité qui leur est commune, mais d’abord par celle qui les différencie, utilisant celle-ci, généralement, pour s'opposer aux autres ? Ainsi, fonctionnent les identités suivantes : la situation économique (Nous sommes les riches, tandis qu’ils sont les pauvres), la position de pouvoir (Nous sommes les dirigeants tandis qu’ils sont les exécutants), la nationalité (Nous avons tel passeport, tandis qu’ils ont un autre), la couleur de peau (Nous sommes d’une belle couleur, tandis que les autres sont d’une couleur laide), le sexe (Nous sommes des hommes tandis qu’elles sont des femmes), la foi (Nous sommes d’une telle religion tandis que les autres sont des mécréants), les coutumes (Nous sommes les civilisés tandis que les autres sont des barbares), la culture (Nous savons tandis que les autres sont des ignorants), la prétendue « race » (Nous sommes aryens tandis que les autres sont de races inférieure ; nous sommes « hans » tandis que les autres sont des « minorités ethniques »), etc. ?  

Tant que le besoin d’identité secondaire prime sur l’identité principale, peut-on éviter les guerres entre individus et les guerres entre peuples ?

7. Riches et pauvres

Selon que vous serez puissants ou misérables
les jugements de cour vous rendront blanc ou noir
.
Jean de La Fontaine.

La minorité d'individus qui ont accumulé des milliards et des milliards d'argent, quelle soif, quelle pauvreté les contraint à y parvenir, en recourant même à des méthodes illégales, en créant des conditions de monopoles pour empêcher d'autres de s'enrichir, en fomentant aussi des guerres, avec ce seul et unique but : accumuler encore d'autres milliards ?

Et la majorité des citoyens, pourquoi ne veut-elle ou n'exige-t-elle pas de savoir de quelle façon ces milliards ont été acquis, et va jusqu'à admirer ces accumulateurs d'argent comme exemple de succès, selon le principe : la fin justifie les moyens ?

Que doit-on penser de l’affirmation suivante : dans l’histoire de n’importe quelle accumulation de richesse, cherchez bien, remontez jusqu’à la source première, et vous verrez que celle-ci réside dans le vol, commis par ruse ou/et par violence.

Ceux qui jouissent de biens matériels pour vivre, et du respect de leurs droits humains, ont-ils le droit de dénoncer comme dangereux pour l'ordre social celui qui fait noter que beaucoup d'autres n'ont pas ces biens  et ces droits, et invite à examiner dans quelle mesure le manque des uns n'est pas causé par ce dont les autres bénéficient ?

Des citoyens consacrent beaucoup d'argent pour le bien-être de leurs chats, chiens et autres animaux, et rien pour les êtres humains pauvres de leur pays et des autres pays. Les privilégiés se justifient en déclarant que l'indigence dépend uniquement de ces démunis, accusés de fainéantise et d'autres tares. Cette conception est-elle conforme à la réalité ?

D'une manière ou d'une autre, la majorité des citoyens des pays riches manifeste ignorance, préjugés, mépris et haine contre les citoyens des pays pauvres. À l'intérieur d'une même nation, qu'elle soit riche ou pauvre, les nantis ressentent des sentiments identiques envers les démunis. Quand, alors, les victimes de ces attitudes négatives réagissent de la même manière envers ceux qui ont été les premiers à les montrer, ceux-ci on-ils le droit d'exprimer surprise, indignation et condamnation ?  Qui sème le vent, doit-il être surpris de récolter la tempête ?

Partout et depuis toujours, que l'on considère un peuple par rapport à un autre, ou, au sein d'un même peuple, une de ses parties par rapport à l'autre, l'examen honnête de la réalité ne montre-t-il pas que l'enrichissement des uns dépend directement de l'appauvrissement des autres ? Et que les moyens utilisés ne sont pas conformes au respect que les bénéficiaires devraient avoir pour les déficitaires ? Est-il raisonnable d'affirmer que cette situation est le résultat d'une volonté extra-humaine ? Dans l'affirmative, où est le sens de la justice de cette dernière ? Et si elle en manque, est-elle une divinité respectable ? N’est-elle pas, en fin de compte, simplement une invention des profiteurs pour justifier leurs privilèges au détriment des spoliés ?

Certains experts affirment que la planète a suffisamment de richesse pour nourrir tous les êtres humains qui y vivent actuellement, que, par conséquent, le problème réside uniquement dans la distribution inégale de cette richesse, au profit de ceux qui la contrôlent et la gèrent. Quel motif a donc autorisé certains dirigeants de pays riches, qui se considèrent même « socialistes », à déclarer qu'ils ne peuvent pas résoudre toute la misère du monde ?

On constate plus encore. La majorité des travailleurs et des pauvres des pays riches ne montre pas de solidarité envers les travailleurs et les pauvres des pays pauvres. Qui a créé ce manque d'entraide et en tire le plus de profit ?

Combien de citoyens des pays riches pensent à faire la comparaison entre l'énorme quantité d'argent qui sert à leur pays pour faire une guerre contre un pays pauvre, et combien moins d'argent sert pour aider ce même pays à construire une économie qui lui permet de sortir de la pauvreté ?... Le refus d'établir cette comparaison n'est-il pas dans le fait que la guerre permet, à qui la décide et à ceux qui y participent, directement ou indirectement, non seulement de manifester leur instinct primitif d'agressivité, mais aussi de tirer profit de cette conflagration, en terme de bénéfices matériels ? 

Faut-il s'étonner de constater que la richesse rend insensible au point que ses bénéficiaires méprisent ceux qui en sont exclus ? Que la pauvreté rend méchant au point que ceux qui en souffrent haïssent les riches ? Que dans les deux cas, l’être humain est avili, réduit à une bête, au-dessous même des animaux qui sont affublés de cette étiquette ?… Faut-il se scandaliser de voir les pauvres vouloir s'affranchir de leur humiliante condition ? A-t-on le droit de les condamner quand ils veulent y mettre fin, notamment quand cette pauvreté est causée par la richesse des autres ?

8. De la violence

Quand toutes les possibilités pacifiques de s’affranchir de l’exploitation et de la servitude se sont révélées impraticables, faut-il s’étonner du recours à la violence ?

Ceux qui la condamnent sans tenir compte des causes qui la produisent, sont-ils simplement des ignorants ou des hypocrites ? Dans les deux cas, en dernière analyse, ne tirent-ils pas profit de cette  situation ?

N’est-il pas vrai que les guerres ont été et restent le meilleur moyen de « faire des affaires », c’est-à-dire de permettre à une minorité de s’enrichir, notamment et d’abord par la fabrication d’armes de destruction massive, pour, ensuite, s’enrichir davantage par la reconstruction de ce qui a été endommagé ? Et ce genre d’enrichissement d’une minorité ne comporte-t-il pas également l’amélioration des conditions de vie de tous ceux qui participent à ces opérations, de l’ingénieur à l’ouvrier, en passant par le commerçant ?

Est-il juste que ceux-là même qui utilisent en premier la violence s’arrogent le droit de condamner la contre-violence qui vise à s’affranchir de la violence première ?

9. Liberté pour qui ?

Les citoyens du monde, en particulier ceux des pays démocratiques, qui ont applaudi à la démolition du mur de Berlin, en 1989, pourquoi n'ont-ils pas condamné la construction d'autres murs, par exemple celui édifié par l’État israélien en Palestine, celui construit par les États-Unis entre leur territoire et le Mexique ? [33]

Ceux qui ont condamné, avec raison, l'existence de ghettos où sont enfermés des êtres humains, comme ceux où se trouvaient des Juifs dans le passé, pourquoi ne condamnent-ils pas les dirigeants israéliens qui contraignent le peuple palestinien à vivre dans le ghetto où il est actuellement confiné ?

Celui qui fait l'éloge et réclame, à juste titre, les droits humains pour lui-même, comme celui de circuler librement, a-t-il le droit de nier ces mêmes droits à d'autres, justifiant ce déni par le fait qu'ils sont pauvres ?

Favoriser la circulation des marchandises et de l’argent tout en limitant celle des êtres humains, est-ce là une marque de réelle liberté ?

Dans ces faits, où est donc ce qu’on appelle le « monde libre » ?

10. Maîtres et serviteurs

Pourquoi une minorité  d'humains  aime commander, et la majorité accepte de servir ? À ce propos, combien d'écoles et d'universités ont fait étudier, et combien de citoyens, et d’abord ceux qui se croient bien informés, ont lu au moins ces livres : Le Prince de Machiavel, le Traité de la Servitude volontaire d’Étienne de la Boétie, Léviathan de Thomas Hobbes, De la démocratie en Amérique d'Alexis de Tocqueville, Mein Kampf (Mon combat) de Hitler,  La Conquête du pain et l’Éthique de Pierre Kropotkine ?

Dans les pays où règne l'inégalité permanente des conditions, le maître obtient donc aisément de ses serviteurs une obéissance prompte, complète, respectueuse et facile, parce que ceux-ci révèrent en lui, non seulement le  maître, mais la classe des  maîtres. (...)

Ces hommes, dont la destinée est d'obéir, n'entendent point sans doute la gloire, la vertu, l'honnêteté, l'honneur, de la même manière que les  maîtres. Mais ils se sont fait une gloire, des vertus et une honnêteté de serviteurs, et ils conçoivent, si je puis m'exprimer ainsi, une sorte d'honneur servile[34]

N'est-ce pas cette mentalité servile qui entraîne beaucoup de citoyens de condition modeste, dans les pays démocratiques, à voter pour un candidat, sans savoir qu'en réalité il représente des intérêts opposés aux leurs, et, dans les pays dictatoriaux, à soutenir le dominateur de l’État, en croyant qu'il est la seule garantie de l'ordre et du bonheur dans la nation ?

Toujours et partout, si, dans les relations internationales, un peuple, ou, dans les relations à l'intérieur d'une nation, des citoyens acceptent d'être asservis, il s’ensuit que leurs dominateurs, externes ou internes, les considèrent inférieurs, donc à dominer. Si, au contraire, les asservis refusent leur situation subalterne, leurs dominateurs les traitent de mauvais sujets, donc à châtier. N'est-ce pas ainsi que les maîtres trouvent toujours un motif pour justifier leur domination ?

Par ailleurs, ces maîtres, du fait qu'ils dominent, méprisent ceux qu'ils asservissent. À leur tour, les asservis, du fait d’être dominés, se méprisent eux-mêmes, plus ou moins consciemment. N'est-ce pas ces sentiments qui permettent et perpétuent l'état de servitude ?

Les dirigeants politiques, intellectuels et religieux qui cherchent à faire prévaloir, entre les peuples comme entre les individus, l'ignorance, la haine et le conflit, quels motifs les animent sinon ceux-ci : s'enrichir économiquement, faire carrière et devenir fameux, dans les deux cas pour satisfaire le besoin grégaire d’être au-dessus des autres, mieux nantis que les autres, maîtres des autres ?

Le pouvoir, qu'il soit celui d'un chef d’État, d'un chef de bureau ou d'une concierge d'immeuble, ne rend-il pas arrogant à tel point que celui qui le détient se considère supérieur et méprise celui qui en est dépourvu ? Faut-il, alors, s'étonner de voir ce dernier réagir en voulant mettre fin à ce pouvoir ou de s'en emparer, par n’importe quel moyen ?

11. Amis et ennemis

Pour quel motif Saddam Hussein [35] est devenu un ennemi pour certains gouvernements occidentaux, tandis qu'auparavant il était considéré un ami au point tel que :

  • sa guerre d'agression contre l'Iran de Khomeyni fut appuyée par l'Arabie saoudite et par le Koweït, aidée par les États-Unis avec un armement en grand quantité, entraînement militaire, technologie sophistiquée, informations obtenues avec des photos satellitaires et des  milliards de dollars ? [36]

  • sa répression et l'assassinat de révoltés kurdes et irakiens chiites ont pu se réaliser grâce aux armes chimiques fournies par des gouvernements occidentaux ?

Pour quel motif le gouvernement des États-Unis considère le gouvernement du Pakistan un allié, tandis que ce dernier a aidé les Talibans à prendre le pouvoir à Kaboul, en leur fournissant du matériel et des conseillers, et en permettant l'existence d'écoles coraniques qui formaient leurs combattants ? [37]

Pour quel motif certains gouvernements occidentaux déclarent des dirigeants d’État, par exemple celui de la Libye, d'abord « ennemis » puis ensuite « amis » [38], et des organisations de lutte armée, par exemple les Moujahidines afghans, d'abord « amis » et ensuite « ennemis » ?... Si ces changements de comportement des gouvernements occidentaux ne sont pas, comme ils le déclarent, motivés par leurs intérêts économiques ou/et militaires mais par la défense des peuples libyen et afghan, pour leur porter la démocratie, pourquoi ces gouvernements occidentaux n'agissent pas de même dans d'autres pays dictatoriaux, comme, par exemple, l'Arabie Saoudite ? La fourniture de pétrole à un prix convenable par ce dernier régime n’est-elle pas le motif de cette bienveillance occidentale ?

Est-ce une simple coïncidence que, jusqu'à août 2001, le chef des services secrets de l'Arabie saoudite était un cousin au premier degré d'Osama  Bin Laden ? [39]

Quand on voit des citoyens de pays pauvres brûler publiquement le drapeau des États-Unis, peut-on croire que c'est là simplement une manifestation contre l'« Occident » ? Si tel est le cas, pourquoi ces mêmes citoyens ne brûlent pas le drapeau d'autres nations occidentales, telles, par exemple, la Suisse, la Suède ou la Nouvelle Zélande ?

12. Onze septembre 2001

L'Amérique n'a pas changé depuis le 11 septembre de Manhattan,
elle est seulement devenu plus semblable à elle-même
[40]

À propos du motif de l'attaque de septembre 2001, certains citoyens des États-Unis ont déclaré « C'est un châtiment de Dieu », d'autres « Ceux qui nous ont attaqué haïssent notre liberté ».

Pourquoi n'a-t-on pas fourni le motif donné par celui qui a déclaré avoir autorisé cette attaque : Osama  Bin Laden ? Et pourquoi les mandataires de ces attentats du 11 septembre 2001 ont voulu une action aussi spectaculaire, pourquoi précisément les tours ?

Voici des extraits du vidéo d'Osama Bin Laden, d'octobre 2004, adressé au peuple des États-Unis, transmis par la télévision arabe Al-Jazeera [41]

(...) Je suis étonné de vous. Bien que presque quatre années sont passées depuis les événements  [du 11 septembre], Bush pratique encore  distorsion et confusion.

Il continue aussi à vous cacher la vraie raison [des attaques du 11 septembre]. Ainsi, existent encore les motifs pour répéter ce qui a eu lieu.

Je m'adresse à vous à propos des raisons qui sont derrière ces événements. Je vous parlerai honnêtement des minutes pendant lesquelles la décision a été prise de telle manière que vous en  preniez considération. Je vous dis que Dieu sait que l'idée de frapper les tours ne s'est jamais  présentée  à nous.

Mais, après que les choses soient allées trop au-delà, et que nous avons vu l'injustice de l’alliance US - israélienne contre notre peuple en Palestine et au Liban, j'ai commencé à penser à cela.

Les événements qui m'ont influencé directement remontent à 1982 et aux événements successifs, quand les États-Unis ont permis aux Israéliens d'envahir le Liban, avec l'aide de la sixième flotte U.S.

Ce bombardement a commencé, beaucoup ont été tués et blessés, d'autres ont été terrorisés et évacués.

Je ne pourrai pas oublier ces scènes mouvementées, le sang et les membres brisés, les femmes et les enfants éparpillés partout, les maisons détruites avec leurs occupants et les immeubles abattus avec leurs résidents, les roquettes qui pleuvent sur notre terre sans pitié.

La situation était comme quand un crocodile rencontre un enfant sans défense, impuissant, à part  ses cris. Le crocodile peut-il comprendre une conversation qui n'inclut pas une arme ? Et le monde entier a vu et entendu, mais il n'a pas répondu.

En ces moments difficiles, beaucoup d'intentions qui sont dures à décrire ont surgi dans mon esprit. Toutefois, ces intentions ont produit un écrasant sentiment de refus de l'injustice et généré une forte détermination à punir ses auteurs.

Pendant que je regardais les tours détruites au Liban, est né en moi [l'idée] de punir les injustes d'une manière semblable, en détruisant des tours aux États-Unis, de telle façon que s'éprouve quelque chose de ce que nous avions éprouvé, et qu'il y ait une dissuasion à tuer nos enfants et nos femmes.

Ce jour-là m'a été confirmé (le fait) que l'oppression et l'assassinat intentionnels de femmes et d'enfants innocents est une politique américaine délibérée. La destruction est liberté et démocratie, tandis que la résistance est terrorisme et intolérance.

Dans la moitié des années 1990, certaines personnalités des États-Unis ont collaboré à la rédaction du document « Project for a New American Century » (Projet pour le Nouveau Siècle Américain). Il examinait l'évolution de la situation mondiale et des États-Unis. Dans ce document, on lit cette affirmation :

Further, the process of transformation, even if it brings revolutionary change, is likely to be a long one, absent some catastrophic and catalayzing event – like a new Pearl Harbor[42]

Est-ce une simple coïncidence que beaucoup parmi les auteurs de cette déclaration sont devenus membres de l’administration du président Bush Jr., et que l'attaque du 11 septembre 2001 ait été, en effet, un événement tellement « catastrophique » et tellement « catalyseur » qu'il a servi pour justifier la guerre du gouvernement de Bush jr. contre l'Afghanistan et, ensuite, contre l’Irak ?

Est-ce encore simple coïncidence que deux jours avant le 11 septembre 2001, le 9 septembre 2001, eut lieu ce fait, jamais démenti : les plans d'attaque contre l’Afghanistan étaient sur le bureau du président Bush jr., mais il ne les signa pas et renvoya sa décision ?... Pourquoi avoir attendu l'attentat du 11 septembre 2001 contre New York pour prendre la décision de l'attaque contre l'Afghanistan ?

Est-ce encore par simple coïncidence que le même jour 9 septembre 2001 fut assassiné Massoud, le chef afghan des Moudjahidines, vainqueur des envahisseurs russes ?

En regardant attentivement le comportement et l'expression du visage du président Bush jr., dans l'école où il se trouvait, quand lui fut annoncé l'attaque du 11 septembre 2001, sa réaction semblait de surprise et désorientation ou... de calme et de soulagement ?

Avant le 11 septembre 2001, la famille Bush avait des affaires et des investissements communs pétroliers avec la famille de Bin Laden. Que s'est-il passé avec cette famille après le 11 septembre 2001 ? Pourquoi, immédiatement après l’attentat, le gouvernement des États-Unis a, contrairement  à sa règle habituelle, permis à tous les membres de la famille d'Osama  Bin Laden de quitter le territoire des États-Unis sans même les interroge ?

    Combien de citoyens savent que le 11  septembre 2001 fut un tremblement de terre pour les bourses financières du monde entier, avec des pertes colossales de Paris à Tokyo, et que beaucoup soupçonnent que certains étaient, depuis quelques jours, informés de ce qui allait arriver et avaient vendu puis acheté des titres, réalisant ainsi des gains immenses ? [43]

Cinq années [44] après les attentats du 11 septembre 2001, pourquoi le gouvernement des États-Unis n'a pas donné les réponses satisfaisantes aux demandes légitimes, nombreuses et inquiétantes sur les faits, au point que, selon les sondages aux États-Unis, 1 citoyen du pays sur 3 doute de la version officielle ?

Un riche citoyen des États-Unis a financé la réalisation d'un documentaire intitulé « Confronting the Evidence » (En confrontant l'évidence). Il montre tous les faits qui portent à douter de la version officielle gouvernementale sur les attaques du 11 septembre 2001. Pourquoi ce documentaire a eu tellement peu de possibilité de diffusion, à l'exception du réseau internet ? Et pourquoi son financier a subi aux États-Unis des menaces de mort qui l'ont contraint  à s'exiler en Autriche ?

Pour quels motifs les gouvernements successifs des États-Unis, qui réussissent à dévoiler les secrets de l'Univers en envoyant des êtres humains hors de l'atmosphère terrestre, ne fournissent pas les  preuves convaincantes pour établir :

  • si l'attaque japonaise contre Pearl Harbor, qui a été le motif de l'entrée en guerre des États-Unis, fut une agression surprise ou permise,

  • qui sont les réels mandataires de l'assassinat du président John Kennedy et du ministre de la justice Robert Kennedy,

  • si les attaques du 11 septembre 2001 ont été, pour le gouvernement des États-Unis, une surprise, ou un événement prévu mais non empêché, ou même, comme certains le soupçonnent, un événement décidé par certains membres faisant partie du pouvoir des États-Unis, qui auraient manipulé à leur insu les auteurs de l'attentat.

Bien d'autres mystères seraient à examiner, mais contentons-nous de ceux déjà exposés, et abordons le phénomène de la guerre.



[1] Se è un uomo (Si c'est un homme), Ed. Einaudi Scuola, 1990, p. 40.

[2] Ex journaliste U.S. durant la guerre du Vietnam, in A Bright Shining Lie (Un lumineux étincelant mensonge), Edition Random House Inc., New York, 1988, p. 381 de l'édition française. L'auteur a été journaliste reporter du New York Times durant la guerre au Vietnam. Son livre a été récompensé par le National Book Award en 1988 et du Prix   Pulitzer en 1989.

[3] Evêque brésilien, cité par William Blum in Il libro nero degli Stati-Uniti (Le livre noir des États-Unis, titre original : Killing Hope. U.S. Military and CIA Interventions Since World War II), Fazi Editore, 2003, p. 547.

[4] Léviathan, Édition Gallimard - Folio Essais, 2000, ch. 30 : De la charge du représentant souverain, p. 504. Le texte original anglais, que j'ai utilisé pour la confrontation avec la traduction française, est sur le site http://oregonstate.edu/instruct/phl302/texts/hobbes/leviathan-contents.html, visité en 2007. [La traduction française du livre par Philippe Folliot est disponible dans Les Classiques des sciences sociales. JMT.

[5] Ecrits politiques,  op. cit., p. 262-263.

[6] Directeur du Centre Études Stratégiques de la Défense italienne, In Introduction à De la guerre, de Clausewitz, Édition Oscar classici Mondadori, 2007, p. XLVIII.

[7] Le Gai savoir, Gallimard, 1950, Livre IV, 297 e Livre IV, 271.

[8] L'altra India (L'autre Inde, titre original : The argomentative Indian), Edition La Biblioteca de Repubblica - L'Espresso, 2007, p. 339.

[9] L'agressivité humaine, Ed. Dessart & Mardaga, Bruxelles, 1975, p. 226. Les Italiques sont de l'auteur.

[10] Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, écrit en 1840. Ed. GF Flammarion, Paris, 1981, volume 2, ch. XVI, p. 227.

[11] René Girard, La Violence et le sacré, Ed. Grasset, Paris, 1972, p. 267.

[12] Poète de la Martinique et militant pour les droits humains, cité par Daria Galateria, dans le journal de Rome La Repubblica, 18 avril 2008, p. 59.

[13] Malaise dans la civilisation, de l'édition électronique réalisée à partir du livre de Sigmund Freud (1929), in Revue française de psychanalyse, Tome VII, no 4, 1934, p. 692 et suiv.; tome XXXIV, no 1, 1970, p. 9 et suiv. Traduit de l'allemand par Ch. et J. Odier, 1934. Une édition numérique réalisée par Gemma Paquet, collaboratrice bénévole, ch. VIII.

[14] Écrit sur un drapeau des États-Unis, devant lequel se tiennent debout John Lennon et Yoko Ono. Le texte finit avec cette indication: For calculations & reference write to (Pour les calculs et les références écrire à) : P.O. Box 180, New York, N.Y., 10013.

[15] Joseph N'deaye, conservateur du musée de Gorée au Sénégal Interview dans le documentaire Le journal de voyage - Malraux, épisode Haiti, de Jean-Marie Drot, production TF1, produit en 1996.

[16] Steven Hahn, professeur à l'université de la Pensylvanie, auteur de A Nation Under Our Feet : Black Political Struggles in the Rural South From Slavery to the Great Migration, 2003, dans le mensuel Le Monde diplomatique, mai 2006, p. 21.

[17] Id., p. 21.

[18] Id., p. 20.

[19] Dans le journal italien E Polis, 28.02.2007, p. 18.

[20] Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis-Bonaparte, Ed. sociales, Paris, 1963, p. 13.

[21] Les italiques sont les miennes. Umberto Galimberti, article Il senso morale di fronte ai poveri (Le sens moral face aux pauvres), journal La Repubblica, 30.08.2006.

[22] Spinoza, Ethique, Ed. GF Flammarion, 1965, Paris, Quatrième partie : De la servitude de l'homme, Préface.

[23] À de très rares exceptions, comme, par exemple, le Mahatma Gandhi et Nelson Mandela.

[24] Henri Laborit, L'agressivité détournée, Ed. Union Générale d'Editions, 1970, p. 7-8.

[25] Jacques Van Rillaer, L'agressivité humaine, op. cit., p. 8. Les italiques sont de l'auteur.

[26] Leviathan, ch. XIII : "OF THE NATURALL CONDITION OF MANKIND, AS CONCERNING THEIR FELICITY, AND MISERY". [La version française du livre est disponible dans Les Classiques des sciences sociales. JMT.]

[27] Pierre kropotkine, L'ÉTHIQUE (1921), LES ÉDITIONS INVISIBLES. La citation provient de l'édition de l'Éthique parue chez Stock en 1927. p. 24. Voir tout le chapitre premier Le besoin moderne d'élaborer les bases de la morale. Sur l’ouvrage déchargé d’Internet, je n’ai pas trouvé mention de l’auteur de la traduction en français.

[28] Plutarque, Vies parallèles, ch. Alcibiade-Coriolan, Edizione Quarto-Gallimard, 2001, p. 1674.

[29] Étienne de la Boétie, Le discours de la servitude volontaire, Edition Payot, Petite Bibliothèque Payot, Paris, 1993, p. 104-105. Cet essai, écrit au XVIème siècle, est une réponse fondamentale et classique au problème de la servitude  volontaire.

[30] La Rochefoucauld, Maximes et pensées, Editions André Silvaire, Paris, 1961, p.19.

[31] Spinoza, Ethique, op. cit., Quatrième partie : De la servitude de l'homme, propositions XXXIV et XXXV.

[32] Si l’on ne tient pas compte, pour ce dernier, de deux déclarations qui lui sont attribuées dans des Evangiles :  « Je ne suis pas venu apporter la paix mais l'épée » et « Emparez-vous de mes ennemis et égorgez-les devant mes yeux. »

[33] Et les murs actuels qui se construisent en Europe et ailleurs pour empêcher des émigrés d'y pénétrer.

[34] Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, op. cit., vol. 2, p. 223 e p. 222.

[35] Par la suite le libyen Mouammar El Gheddafi, aujourd’hui le syrien Assad.

[36] Cité par William Blum in Il libro nero des États Unis, op. cit. p. 492.

[37] Voir Giulietto Chiesa, Cronache marxziane (Chroniques marxiennes), Fazi Editore, 2005, p. 149-150.

[38] Pour finir, de nouveau, en 2011, par le considérer un ennemi. Ainsi, le président français Sarkozy, après avoir reçu Mouammar Gaddafi en grande pompe en France, fut l'un des organisateurs de l'agression militaire qui mit fin à son régime.

[39] Giulietto Chiesa, Cronache… op. c., p. 148.

[40] Robert Kagan, néo-conservateur U.S., co-fondateur du PNAC (Project for a New American Century - Projet pour le Nouveau Siècle Américain). Cité par Giorgio Bocca, Basso impero (Bas empire), Ed. Feltrinelli, 2003, p. 16.

[41] Du site de la BBC http://news.bbc.co.uk/2/hi/middle_east/3966817.stm. J'ai mis quelques extraits en gros caractères pour indiquer qu'ils sont absents du  site de la BBC, alors qu'ils se trouvent sur le site de MideastWeb Middle East Web Log : www.mideastweb.org/log/archives/00000310.htm. Sites vus en 2007.

[42] Les italiques sont les miennes. « En outre, le processus de transformation, même s'il conduit à un changement révolutionnaire, sera probablement lent, en absence d'un événement catastrophique et catalyseur, comme un nouveau Pearl Harbor.”

[43] Signalé dans l'interview à Gianpaolo Cionini sur le supplément Venerdì du journal La Repubblica, février 2007, à propos de son livre : A quanto vendi l’anima ? (Combien vends-tu l'âme ?), sur le problème de l'« insider trading » (utilisation frauduleuse d'informations réservées).

[44] C'est encore le cas, en 2016.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le vendredi 17 mars 2017 20:01
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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