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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Ressources touristiques et perspectives de développement de la commune de Cayes-Jacmel. (2013)
Introduction générale


Une édition électronique réalisée à partir du mémoire de Jean-Ony CÉLESTIN, Tourisme et développement. Ressources touristiques et perspectives de développement de la commune de Cayes-Jacmel. Mémoire pour l’obtention d’une licence en sciences anthropologiques-sociologiques, sous la direction du professeur Joseph Ronald D’AUTRUCHE. Port-au-Prince, Haïti: Département de sociologie-anthropologie, Faculté d’ethnologie, Université d’État d’Haïti, juin 2013, 95 pp. [Autorisation formelle accordée par l’auteur le 20 décembre 2016 de diffuser ce mémoire, en accès libre dans Les Classiques des sciences sociales.]

Introduction générale

La première moitié du XXe siècle a débuté avec diverses réflexions sur le concept de développement. Partant de la croissance économique, elle en faisait une condition nécessaire et suffisante. Ainsi, le développement était considéré comme l’œuvre des économistes postkeynésiens sous le nom de « théories de croissance exogène » avec le modèle Harrod-Domar en 1944 [1]. Ces diverses réflexions ont continué avec les économistes classiques notamment avec le modèle à deux secteurs de W. Arthur Lewis (1954) étendu et formalisé par la suite par Fei et Ranis (1964) et le modèle néoclassique de Solow. Pour eux, la croissance économique est une condition nécessaire mais pas suffisante pour le développement; celui-ci pouvant se mesurer par l’amélioration continue des conditions de vie de la société.

À partir de la Conférence des Nations-Unies pour l'environnement, réunies à Stockholm en 1972, le concept va connaître un certain enrichissement lorsque les participants vont proclamer que le bien-être des populations et l'essor du développement économique dans le monde entier dépendent de la protection et de l'amélioration de l'environnement [2]. Cette décision a donné naissance au concept d'écodéveloppement qui se veut comme une stratégie de développement fondée sur la satisfaction des besoins endogènes avec le respect de l'environnement. De là, le développement s’articule à des dimensions économiques, sociales, politiques, culturelles et environnementales qui semblent aujourd’hui indiscutables. De ce fait, il est considéré comme un processus par lequel une société se donne les moyens de mobiliser ses forces productives pour la transformation de son milieu social en vue d’améliorer les conditions de vie et de bien-être de ses membres [3]. Bref, c’est un processus global incluant l’ensemble des aspects de la vie (milieux biophysique, culturel, économique, d’échange et social) et impliquant la participation des collectivités locales dans la prise des décisions.

Depuis lors, le développement apparait comme une discipline multidimensionnelle ou/et pluridimensionnelle qui trouve la bénédiction d’une pléiade d’auteurs presque dans tous les domaines d’études. Parmi eux, François Perroux conçoit le développement comme la combinaison des changements mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à faire croitre cumulativement et durablement son produit réel global. C’est aussi une action intégrée qui débouchera sur le droit à l’expression des valeurs de civilisations issues de l’histoire et des situations sociales spécifiques des sociétés émergentes sans que se soient reniés les rapports fécondants issus d’autres aires culturelles [4]. Le développement est le résultat d’un ensemble de processus sociaux induits par des opérations volontaristes de transformation d’un milieu social, entreprises par le biais d’institutions ou d’acteurs extérieurs à ce milieu mais cherchant à mobiliser ce milieu, et reposant sur une tentative de greffe de ressources et/ou techniques et/ou savoirs. [5] On peut dire aussi que le développement, étant centré sur l'homme, sur ses capacités de créativité repose sur les facteurs socioculturels pour le rendre effectif [6]. Dans ce cas, les retombées du développement peuvent être considérées comme un élément important dans le renforcement de la dynamique sociale qui va déboucher sur la mixité sociale qui constitue le contenu même de la mise à jour de la cohésion sociale. En d’autre terme, le développement implique des changements majeurs dans les structures sociales, les attitudes des populations, les institutions nationales, communales et locales aussi bien que l’accélération de la croissance, la réduction des inégalités et l’éradication de la pauvreté absolue [7].

En effet, on peut considérer le développement comme un processus permettant de mettre en valeur toutes les potentialités disponibles d’une société ou d’une communauté en vue de les transformer pour la satisfaction des besoins des gens. Tout ceci nous permet de comprendre que tous les secteurs existant dans la vie socioculturelle et économique peuvent contribuer au développement, qu’il soit l’agriculture, l’artisanat, la pêche, le commerce de détail, l’informel, la construction, l’industrie, les télécommunications et le tourisme qui sont autant de secteurs d’avenir pour ne citer que ceux-là.

Parmi ces secteurs, le tourisme en tant qu’un secteur transversal peut imbriquer avec tous les autres secteurs susmentionnés dans un processus de développement qu’ils soient directs et/ou indirects par la mise en valeur des atouts naturels, économiques, sociaux et culturels susceptibles d’attirer les touristes (milieu naturel et bâti, patrimoine culturel, traditions locales, etc.) [8]. L’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT [9]) a déclaré que « le tourisme représente la première industrie de service dans le monde. Bref, c'est l'or blanc du troisième millénaire ». Il favorise l'ouverture des grands chantiers d'avenir d'une nation. Si l’on voudrait croire l’étude de l’Organisation Mondiale du Tourisme (l’OMT), à l’horizon 2020, elle prévoit qu’à cette échéance l’industrie devrait avoir une recette plus de cinq ( 5) milliards $ US par jour et le nombre des voyageurs est près de trois fois supérieur à celui de 1998 ( 625 millions ) et celui des dépenses près de cinq fois plus élevé (un chiffre record de 444 milliards qu’ayant été atteint l’année dernière).

Cependant, ces flux correspondent à des déplacements temporaires de consommateurs en vacances, s’accompagnent de transferts financiers importants. Le secteur touristique est l'un des premiers secteurs économiques par sa représentativité avec 12% du Produit National Brut mondial (PNB) et 6,5% des exportations mondiales. En termes d’emplois, le World Tourism and Travel Council [10] estime que 231 millions de personnes travaillent en relation avec le tourisme dans le monde. L’organisation de l’espace touristique mondial est articulée autour des régions d’émission de touristes internationaux, dominées par les pays les plus riches et des espaces d’accueil de réception. Dans un premier temps, les logiques de diffusion ont privilégié une distribution classique correspondant au schéma centre-périphérie des espaces urbains et industriels vers des périphéries littorales ou montagneuses, des régions urbaines du Nord vers les franges méridionales. Mais le schéma s’est complexifié. La distribution des flux dans le monde laisse apparaître des chevauchements entre les espaces de réception et d’émission. Les puissances économiques organisent l’espace touristique et s’échangent l’essentiel des flux intercontinentaux (20% du total des flux). Ce secteur est l’une des principales sources de créations d'emplois pour les pays comme la France, les États-Unis, l’Espagne et la Chine.

Ces pays hautement industrialisés ont les palmarès les plus importants du marché touristique à titre des dépenses qui reflète le dynamisme des différentes économies nationales. Les dix premiers pays émetteurs tels que la France, l’Allemagne, les États-Unis et le Royaume-Uni, sont à l’origine de 51% des dépenses touristiques mondiales. En ajoutant les dix pays suivants, cette part atteint 70%. L’extension de l’espace touristique, symbolisée par l’ouverture de territoires longtemps retranchés comme la Chine continentale, la Péninsule indochinoise ou encore l’Afrique australe, ne signifie pas pour autant un bouleversement de la hiérarchie mondiale [11]. À l’exception de la percée chinoise et plus largement de la progression des marchés asiatiques, les grands équilibres demeurent. On va le confirmer avec l’ouverture du marché touristique chinois qui était formellement interdit en 1965, où on a recensé seulement 17 877 visiteurs étrangers. Il s’impose désormais en 2006, sur la scène mondiale avec 49,6 millions de touristes internationaux et 72 millions d’emplois dans l’activité touristique. Les pays les plus anciennement touristiques, qui appartiennent également aux ensembles régionaux les plus riches, restent au cœur de la dynamique. Ils sont les principaux pays récepteurs et naturellement les principales puissances émettrices.

Bien que la grande partie de la manne touristique soit accaparée par la majorité des pays riches, les pays émergents et de nombreux pays dits Pays En Développement (PED) se servent du tourisme comme un levier de développement. La République Dominicaine, par exemple, au cours de ces dernières années utilise le tourisme comme une des principales activités socio-économiques qui exercent des effets multiples dans diverses branches de son économie.

En Haïti, les ambitions pour le tourisme ne sont pas différentes des autres pays des Caraïbes. Dans différents plans de développement du pays, le tourisme est toujours considéré comme un élément essentiel, dont le dernier en date le (DSNCRP) [12] a fait du tourisme l’un des axes prioritaires du gouvernement, en mettant l’accent sur la clientèle touristique qui se divise en deux grandes catégories : les touristes de séjour qui passent plus de 24 heures dans le pays et les excursionnistes ou croisiéristes qui passent moins de 24 heures dans le pays. De 1980 à 2007 l’évolution des touristes de séjour et croisiéristes varient en fonction de la situation sociopolitique. Cette dernière a des effets néfastes sur le bon fonctionnement de l’ensemble des activités socioculturelles et économiques du pays.

Il est important de rappeler que l’activité touristique a permis, au cours de la période 1978-1982, des recettes qui se sont élevées en moyenne à $ 48.8 millions US, elles représentent approximativement 3.5% du PIB et 20% des exportations. Ainsi, le tourisme a contribué à 45% dans le compte courant de la balance des paiements [13]. Cette performance a été le fruit des produits touristiques offerts qui sont surtout composés d’éléments de la culture haïtienne, de l’art et de l’artisanat, de l’histoire, d’achat de produits de luxe (bijoux, parfums, hors taxe), mais aussi du traditionnel « Sea, Sand, Sun and Sexe » (la mer, le sable, le soleil et le sexe). [14] Au cours de cette période, ont vu le jour plusieurs établissements touristiques (hôtels, agences de voyage, casino, sites balnéaires, boutiques, restaurants, observatoire, galeries d’art, etc.) ainsi que les activités et services professionnels qui y sont associés (tours opérateurs, guides, transporteurs). [15].

L’ensemble représente le portrait du tourisme comme un des éléments majeurs du changement social. Dennison Nash va plus loin quand il a déclaré qu’il est d’ailleurs, dans certains cas, la principale cause de transformation d’une société. Mais il est également considéré comme un vecteur de développement des populations réceptrices par les acteurs qui le mettent en œuvre [16].

Pour le Département du Sud-Est, en particulier Jacmel, le chef-lieu du Département, il a fallu attendre 21 ans pour connaitre les activités touristiques à partir des années 70. Ces activités sont le résultat de deux évènements : celui de la normalisation du climat sociopolitique en Haïti avec l’arrivée au pouvoir de Jean-Claude DUVALIER et la prise en main de la pension Kraft (actuel Hôtel de la Place), à Jacmel, par le couple Eric et Marlène Danies [17].

Dès lors, le tourisme devient une activité quotidienne dans presque tous les arrondissements dans le département du Sud-Est, en particulier Jacmel. Ce dernier comporte quatre (4) communes parmi lesquelles se trouve celle de Cayes-Jacmel. À l’aide de ses ressources disponibles, elle contribue à l’essor du tourisme à Jacmel.

L’arrivée du tourisme dans le département du Sud-Est apporte un substrat important dans la création d’emplois pour un grand nombre de gens œuvrant dans ce domaine d’activités. Plus particulièrement, dans la commune de Cayes-Jacmel à travers sa diversité en matière de potentialité touristique qu’on peut considérer comme un levier pour développer une économie axée sur la culture qu’on pourrait appeler économie d’ailleurs culturelle. Les ressources de cette commune se composent des sites naturels, culturels, historiques les savoirs-faires et complétées par des paysages qui alternent les plaines côtières, les fonds de vallées et les plateaux L’ensemble ouvre la voie sur le tourisme national et international. Ces potentialités constituent des atouts non seulement pour l'industrie touristique elle-même, mais aussi par effets d'entraînement dans d'autres secteurs comme : agricole, construction, artisanat, commerce, hôtels, restaurants et les services de transport pour ne citer que ceux-là. Comme, ce fut le cas pour un ensemble de pays, régions et communes à haute potentialité touristique qui s’inscrit le tourisme comme un des vecteurs de développement dans leur politique de développement.

Pourtant, dans la commune de Cayes-Jacmel il n’y a pas de politique réelle de mise en valeur des différentes potentialités touristiques existant pour les utiliser au bénéfice du développement de la commune, ni de documents de recherche permettant aux Cayemelais, aux Haïtiens et aux étrangers de faire face à ces mannes. Voila pourquoi, il est nécessaire pour nous de travailler sur ce thème afin d’identifier, de présenter et d’analyser les différentes potentialités touristiques pour voir comment le tourisme peut contribuer dans le processus de développement de la commune. Cette étude peut aussi ouvrir la voie pour la sauvegarde des patrimoines matériels et immatériels, afin de stimuler beaucoup plus de créativité dans la commune et de permettre aux visiteurs de découvrir des horizons culturels nouveaux.

Enfin, ce travail de recherche pourrait contribuer à augmenter le nombre d’écrits peu nombreux en Haïti sur le tourisme. Il serait aussi disponible pour toutes les autorités qui veulent faire du tourisme un outil de développement et tous les autres chercheurs qui aimeraient œuvrer dans ce domaine d’étude.

Dans cette perspective, il est indispensable de penser le développement de la commune à partir de la diversité de ces ressources disponibles pour rendre effectif son développement par le biais du tourisme. Notre préoccupation est de déterminer dans quelle mesure le tourisme peut contribuer au développement de la commune de Cayes-Jacmel ? Comment peut-on utiliser les potentialités touristiques [18] de la commune pour qu’elles puissent contribuer à son développement?

Et nous nous sommes fixé comme objectif d’identifier et d’ analyser les différentes opportunités que le tourisme peut apporter pour le développement de la commune de Cayes-Jacmel.

Dans ce contexte, la réalisation de notre travail de recherche comporte deux parties 

Dans la première partie, on trouvera les chapitres qui traitent : la méthodologie construite en majeure partie autour des entretiens semi-dirigés avec les intervenants du secteur touristique et celui des approches théorico-conceptuelles qui partent du développement au tourisme de l’étude.

La deuxième partie comportera trois (3) chapitres : cette partie débute avec le chapitre qui met en évidence la sociographie de la commune de Cayes-Jacmel, puis la présentation et l’analyse des données recueillies sur le terrain, et en dernier lieu ce qui présente une analyse des richesses et des activités touristiques de la commune et enfin la conclusion.


[1]  Idrissa Mohamed Ouédraogo, Concepts fondamentaux du développement, Université d’Ouaga II, Burkina Faso Juin 2009, p. 9.

[2]  Furtado Celso, Brève introduction au développement : une approche interdisciplinaire. Ed. PUF. Paris.1989, p. 24

[3]  Institut National pour le développement humain: SF Développement Formation, du développement et de ses paradigmes, Marrakech, du 2 au 7 mai 2006, p. 3.

[4]  Jean Ronald Legouté, Économie Politique Inter nationale : définir le développement : historique et dimensions du concept plurivoque, Cahier de recherche Vol. 1, no 1, Février, 2001, p. 14 consulté en ligne 26/11/12.

[5]  OLIVIER DE SARDAN Jean-Pierre, Les trois approches en anthropologie du développement, sd consulté en ligne le 16/07/2011, p.4.

[6]  Cao Tri Huynh, Identité culturelle et développement portée et signification, 1982, p. 2

[7]  Idrissa Mohamed, OUÉDRAOGO, op. Cit. It, p. 30

[8]  OMT, Bulletin de l’Organisation Mondiale du Tourisme 2007.

[9]  OMT, Tendances des marchés touristiques. Édition 2007, p. 11.

[10]  OMT, « Le développement durable du Tourisme », Le courrier dossier, no 175, mi-juin 1999, p. 41-42.

[11]  OLIVIER Dehoorne, Pascal Saffache et Corina Tatar, « Le tourisme international dans le monde : logiques des flux et confins de la touristicité, sous-titre : Le tourisme dans les îles et littoraux tropicaux et subtropicaux », Etudes caribéennes, 9-10/2008, p. 4-10.

[12]  Rapport final sur la mise en œuvre du premier Document de Stratégie Nationale pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (DSNCRP-2008-2010), pp 56-57.

[13]  RÉPUBLIQUE D’HAITI MinistÈre du Tourisme, Révision du Tourisme. Rapport préliminaire Diagnostic et Orientation PNUD, Haïti, 2003, pp. 40-41.

[14]  idem.

[15]  RÉPUBLIQUE D’HAITI MinistÈre du Tourisme, Troisième Bulletin Trimestriel de Statistiques Touristiques (BUST III) Vol I, No. 3, Août 2009, p. 8.

[16]  Jean Michaud, « Anthropologie, tourisme et sociétés locales », anthropologie et sociétés, Vol, 25. No 2, 2001, pp. 4-10.

[17]  Nancy Alexis, Perspectives de développement de l’écotourisme: Etude de cas le département du Sud Est en Haïti, Académie Universitaire de Louvain 2007-2008, p.51.

[18]  Ensemble des ressources matérielles, immatérielles et naturelles que l’on peut mettre en valeur pour rendre viable le développement du tourisme.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le vendredi 2 juin 2017 13:37
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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