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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Pierre Jameson BEAUCEJOUR, L’agriculture en Haïti. Haïti, Port-au-Prince, 2016, 17 pp. Texte inédit. [Autorisation formelle accordée par l’auteur le 23 mars 2016 de diffuser ce texte, en accès libre dans Les Classiques des sciences sociales.]

Pierre Jameson Beaucejour

L’agriculture en Haïti

INTRODUCTION. Relation entre l’agriculture et insuffisance alimentaire en Haïti

A) Causes internes
1. Manque d’investissement dans l’agriculture
2. Obsolescence des pratiques et techniques agricoles
3. Les phénomènes environnementaux
B) Le contexte mondial
1. Programme ajustement structurel (PAS)
2. Aides alimentaires

1. Politique publique agricole
2. Augmentation du revenu des agriculteurs (paysans)
3. Formation pour les paysans

Conclusion. Le développement de l’agriculture doit être le principal jalon du développement d’Haïti


INTRODUCTION

La situation du sous-développement d’Haïti provoque des problèmes au niveau des différents secteurs d’activités économiques surtout l’agriculture. Cette dernière considère comme l’ensemble des activités destinées à tirer de la terre les productions des animaux et des végétaux utiles à l’homme, notamment sur le plan alimentaire[1]. L’agriculture se donne comme principale rôle; la satisfaction des besoins alimentaires de la population d’un état. De ce fait, la relation étroite s’établit entre l’agriculture et la satisfaction des besoins alimentaires. En Haïti, l’agriculture devrait être l’un des secteurs prioritaires dans l’économie haïtienne puisqu’elle occupe la plus grande part du Produit Intérieur Brut (PIB)  soit environ 32% selon les dernier chiffres.

Plusieurs auteurs théorisent sur les causes de cette situation actuelle du pays qui est la pauvreté. Ils constatent une diminution considérable de la productivité agricole depuis la période post indépendance. C’est dans cette lignée le professeur Fritz Deshommes analyse la période de 1976 à 1986 pour prouver la diminution de la production agricole. Cette dernière diminue en valeur car en 1976 la production était 100 et dix ans après, en 1986, elle n’était plus que 97. En terme per capita, elle était 100 en 1976 et elle n’était plus que 85 en 1985. Sa contribution diminue à la génération du PIB, en 1960, elle comptait 40% du PIB. En 1970, l’agriculture n’était plus que 35% et en 1985, elle ne représentait plus que 32% du PIB. Donc, l’analyse de l’auteur affiche le déclin de la production agricole entraîne des conséquences graves dans le pays, comme sur le plan autosuffisance et la sécurité alimentaire etc.[2]. On peut déduire alors l’agriculture haïtienne est dans l’incapacité de répondre aux besoins alimentaires du peuple haïtien.

Néanmoins, le problème de la sous-productivité de l’agriculture haïtienne n’est pas une fatalité. Il parait à un moment bien déterminé dans l’évolution de la société haïtienne. François Blancpain l’a illustré dans son texte titré la condition des paysans haïtiens : « Au XVIIIe siècle, Saint Domingue était la colonie la plus riche, la “perle des Antilles”, le premier producteur mondial de sucre et de café qui fournissait à lui seul le tiers du commerce extérieur de la France […] [3] ». C’est pour cela, il est important et indispensable de déterminer les causes de la faiblesse de l’agriculture haïtienne afin d’apporter une solution. Cette situation suscite ces interrogations : quels sont les facteurs qui conditionnent l’insuffisance des produits agricoles haïtiens dans la satisfaction des besoins alimentaires de la population ? Et quelles sont les mesures qu’on devrait appliquer pour faire face à cette situation de la sous productivité de l’agriculture? Nos recherches documentaires c’est-à-dire la prise de contact avec certains ouvrages qui parlent de l’agriculture, en particulier de l’agriculture haïtienne, pourraient nous faciliter la compréhension, l’analyse et une tentative de réponses à ces questions. Ce travail se divise en deux grandes parties : La première partie parle des causes de la faiblesse de l’agriculture haïtienne qui sont les causes internes et le contexte mondial. La deuxième partie identifie certaines mesures qui pourraient relancer l’agriculture haïtienne, comme la responsabilité de l’État et de la population haïtienne. Commençons d’abord par l’identification des causes de la sous productivité de  l’agriculture haïtienne.

PARTIE 1

Les causes de la faiblesse
de l’agriculture haïtienne


Les problèmes d’agriculture sont de plusieurs ordres et multidimensionnelles. L’une des causes principales de la faiblesse de l’agriculture haïtienne est l’incapacité des paysans à épargner. Elle se manifeste par plusieurs paramètres. D’une part, les causes internes qui sont liées à la structure de la société haïtienne. À savoir, son organisation et sa formation sociale, se sont des problèmes constants qui demandent un changement de structure et une nouvelle forme d’organisation du pays. D’autre part, ces problèmes découlent du contexte mondial c’est-à-dire la dynamique de la mondialisation comme le néolibéralisme à travers le Programme d’Ajustement Structurel (PAS) et l’aide alimentaire.

A) LES CAUSES INTERNES

1- Manque d’investissement dans l’agriculture

Dans presque tous les pays du monde, quelques soient le secteur d’activité économique a besoin le support de l’État ou/et du secteur privé pour qu’il soit développé. Cette assertion  ne fait pas l’unanimité dans tous les pays du monde c’est le cas pour Haïti. On  peut citer Marc et Tonny comme support à cette idée: « […], pendant presque 30 ans, des politiques gouvernementales haïtiennes ont à la fois négligé et exploité l’agriculture, stimulant ainsi l’exode de la campagne aux perspectives incertaines vers les taudis de Port-au-Port et de Gonaïves. [4] ». On peut déduire que les agriculteurs haïtiens sont des laisser pour compte. Comment cela se manifeste-il ?

Dans un premier temps, L’investissement est quasiment inexistant dans le secteur agricole. Il est l’un des résultats de sa sous productivité. L’agriculture malgré son pourcentage élevé dans l’économie haïtienne ne représente pas dans la réalité une priorité pour les gouvernements du pays. Les agriculteurs (paysans) haïtiens ne trouvent pas les supports de l’État en termes d’encadrement et d’accompagnement dans la production agricole. La paysannerie reste jusqu'à présent une catégorie marginalisée dans la société haïtienne. Malgré parfois il y a eu certain effort qui se manifeste auprès des gouvernements.

Les banques agricoles ont aussi presque inexistences dans le pays surtout dans les milieux où sont concentrés généralement les paysans. Ils utilisent leur propre fond pour financer la production agricole. Cela signifie l’absence du crédit agricole qui pourrait permettre aux cultivateurs d’acheter des intrants et des engrais. Les paysans obligent alors, de produire seulement pour les besoins de leur famille. En d’autre terme, ils ne pratiquent qu’une agriculture de subsistance. Car ils n’ont pas de matériels nécessaires pour la production et certains moyens de production qui pourraient faciliter la productivité de l’agriculture haïtienne.

Du coup, le manque d’investissement dans l’agriculture haïtienne représente un problème majeur pour sa productivité. Parce qu’il n’y a pas de banque agricole dans les milieux ruraux qui pourrait faciliter les crédits agricoles aux paysans haïtiens. Cela réduit considérablement la productivité des paysans haïtiens et il empêche l’agriculture haïtienne à répondre aux besoins alimentaires de la population.

2. Obsolescence des pratiques, des techniques agricoles
et les problèmes environnementaux
.

Les techniques et les pratiques utilisent les paysans pour travailler la terre est l’un des problèmes de l’agriculture haïtienne. L’outil de base du paysan actuel reste la roue, la roue européenne, la roue qui était au service l’agriculture depuis la période coloniale. Cette roue accompagne la machette et parfois de la pioche avec quelques variantes. Les paysans utilisent ces instruments pour entretenir tous les travaux. Or, les grands agriculteurs ont souvent dit, les outils qui servent à tout ne sont bon à rien. Cela est causé de la cherté de certains outils agricoles modernisés. Alors, les paysans continuent à utiliser les mêmes types d’outils dans la période coloniale. Ces outils sont peu nombreux dans le milieu rural haïtien et ce sont des outils rudimentaires. Ils manquent, en général, de l’efficacité. Alors, cela n’a pas sans conséquence grave sur l’agriculture haïtienne. Ces outils diminuent considérablement le rendement des paysans. Parc que les mêmes outils équivalent presque aux mêmes quantités de travail pourtant la population continue d’augmenter.

Haïti est un pays qui se situe dans la partie de l’Amérique centrale particulièrement dans la région caraïbe. Grâce à son climat tropical, Haïti confronte à plusieurs phénomènes naturels presque chaque comme les cyclones qui ont très souvent causes des catastrophes naturelles. Puisque la saison cyclonique commence du mois Juin pour finir au mois de Novembre. Durant cette période, les paysans peuvent subir de grande perte.

3. La croissance démographique
et le morcellement des terres
.

Le fort taux de natalité n’est pas sans conséquence sur l’agriculture du pays. Il est un élément déterminant dans productivité de l’agriculture. On peut établir une relation de proportionnalité entre la croissance démographique et la productivité agricole. En d’autre terme, lorsque la croissance démographique augmente la productivité agricole devrait augmenter dans le même sens, l’inverse n’est pas nécessairement vrai. En Haïti, la population s’accroit environ 2% chaque année et la productivité de l’agriculture semble plutôt diminuer. Pourtant, cette croissance démographique exigerait aussi une croissance de 2% de la production agricole.  Alors, cela va engendrer une surexploitation des terres. C’est ainsi Fritz Deshommes n’a pas totalement tort d’affirmer : « Pour les OIF, la forte pression démographique, la surexploitation dans les mornes entrainant automatiquement la perte de terres arables et la réduction progressive du capital financier[5]

Le difficile d’accès des terres par les paysans haïtiens est un blocage majeure de la production agricole haïtien. Parce que la terre représente traditionnellement le principal moyen de production agricole en Haïti. Or, Geoges Anglade affirme que : « Les deux plus importants propriétaires terriens du pays sont l’État et l’Eglise Catholique [6]. » Cela nous suscite à demander si les terres de l’État sont-elles distribuées aux paysans ? Ou encore est-ce que le problème de la distribution des terres n’a pas de conséquences sur l’agriculture en Haïti ? Alors, Dufumier a raison de dire que : « Le poids de la rente foncière a aussi limite considérablement la capacité d’épargne des paysans. Puisque, après l’indépendance on n’a pas rendu les terres au paysans, ils faillaient acheter ces terres. De génération en génération ce phénomène existe toujours et l’argent de l’achat ne réinvestit pas dans l’agriculture haïtienne. Cet argent sert les gens qui vont laisser le pays plutôt que de servir la communauté rural [7] ». En se poursuivant avec données l’IHSI (Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique) pour montrer la non possession des terres par les paysans et pour supporter notre position  car les véritables propriétaires sont souvent les grandons : « En général, environ la moitie des propriétés (47%) a été reçue en héritage, approximativement  divisée de manière égale entre des parcelles héritiers séparément ou ensemble. En second lieu, vient la possession des parcelles (25%), suivi des modalités les moins fréquentes, soit le métayage (10%) et le fermage (6%). [8]

Ce problème terrien se manifeste alors, sur plusieurs formes : le fermage, le métayage et la rente foncière comme a mentionné là-dessus.

Les paysans ont souvent recours au fermage des terres pour les cultiver. Cette pratique reste un problème majeur de la productivité agricole haïtienne. En effet, le fermage est aussi un handicap à l’augmentation de la production. Traditionnellement, le fermier a la possibilité de cultiver la terre pour une période de six mois équivaut à une récolte rizicole. Puisque c’est surtout dans le département de l’Artibonite on pratique le plus souvent cette pratique agricole, le fermage. Dans certains cas, le fermier est contraint à donner une partie moins importante de sa récolte au propriétaire. Le paysan (fermier) alors, néglige l’entretient des terres, il ne veut pas mettre de l’engrais sur la terre cultivée parce qu’il ne sert pas qu’il resterait sur le terrain pour un nouveau six mois. Il ne veut pas que son successeur ait bénéficié de son engrais. Malgré, quelque soit la valeur de la récolte, elle reste dans les mains du cultivateur. Du coup, cette pratique d’exploitation des terres empêche l’investissement des paysans ce qui représente un handicap à la productivité agricole.

Le fait de cultiver une terre sous condition d’en partage les fruits et les récoltes avec le propriétaire qui est le métayage. Cette pratique représente aussi un obstacle à l’investissement sur la terre et aux profits des paysans ce qui affecte l’agriculture haïtienne. De fait, le temps de cultiver la terre est relativement courte et le paysan est dans l’obligation de partager la moitie de sa récolte avec le propriétaire de la terre cultivée. Pourtant, ce dernier n’investit presque pas dans la récolte et ne contribue pas dans les travaux du paysan. Le métayage est en outre, une incitation pour que le paysan n’intensifie pas et à ne pas mettre de l’engrais sur la terre cultivée. Dans une certaine mesure, le paysan manifeste un sentiment de négligence vis-à-vis à la terre. Car, la terre a une utilité que pendant une période bien déterminée. Elle n’est pas le domaine privé du paysan. Ce qui affecte considérablement la productivité de ces paysans. Par exemple, si on considère l’approche de Dufumier qui montre à chaque investissement de 10 dollars fait par le paysan dans l’achat de l’engrais et autre, il perd 2.5 dollars et c’est le propriétaire qui bénéficie les 2.5 dollars. Dans ce cas on peut considérer ce phénomène comme une dépense faite par le paysan et il ne va pas l’accepter. Du coup, le paysan n’a aucun intérêt d’investir dans le métayage car de toute façon c’est la propriété qui en profite. Il est le véritable perdant.

La question terrienne est alors, un obstacle pour le développement agricole haïtien. Elle atteint la capacité de productivité des paysans haïtiens afin de contribuer à la satisfaction des besoins alimentaires de la population. Ainsi Estimé l’a illustré en disant : « le morcellement de la propriété foncière a atteint des proportions celles que la superficie moyenne des exploitations se situe aux environs de 1 ha. De plus, les rendements sont restes à un niveau extrêmement bas, par suite de la faiblesse moyenne de production […]. De fait, le partage rationnel des terres cultivables pourraient contribuer plus ou moins à l’augmentation de la productivité agricole [9]. Dans cette même ordre d’idée l’IHSI a révèle: « Beaucoup pensent que le régime foncier compliqué et informel en Haïti ainsi que la diminution des parcelles est la principale raison pour les paysans de ne pas investir à long terme sur les parcelles, ceci expliquerait la destruction des besoins hydrographiques […]. [10]

B) LE CONTEXTE MONDIAL

1. Le Programme Ajustement Structurel (PAS).

La dynamique mondiale oblige le mode de production capitalisme à prendre de nouvelle forme après chaque crise économique. Il essaie de s’adapter. Ce système économique arrive à son expansion c’est-à-dire de s’étendre son influence dans la quasi totalité des pays du monde sous prétexte du soutient aux pays en développement. Il utilise les institutions financières comme moyen pour l’atteindre. C’est ainsi, Haïti n’a pas épargné de cette situation d’une politique d’ajustement. Qu’en est-il exactement ?  Selon Galinas Jacques dans une définition du PAS cité par Eddy Lucien :

« Il s’agit, en fait, un vaste plan de reformes économiques comprenant deux phases, celle de la stabilisation monétaire et budgétaire et celle de la reforme des structures. La poursuite de ces reformes est devenue la tache principale des institutions de Bretton Woods,  investie désormais par la communauté financière internationale d’une mission de tutelle des pays sous-développés. De banque de développement qu’elle était, la Banque mondiale a progressivement transformé ses structures et ses instruments pour devenir une banque d’ajustement. C’est-à-dire une banque d’intervention sur les structures économiques et sociales des pays sous-développés. […] [11] ».

Ce programme vise une certaine reforme dans les pays sous-développés à travers le Fond monétaire International (FMI) et la Banque mondiale. Quel rapport qui existe alors entre le programme ajustement structurel et l’agriculture haïtienne ? Ce programme N’y a-t-il pas de conséquence néfaste sur l’agriculture du pays ?

Après le coup d’état de l’ancien président Aristide en 1991, les bailleurs de fond internationaux (FMI et Banque Mondiale) lui imposaient un ensemble de mesures qui visaient à réduire jusqu’à éliminer les taxes sur les produits importés et exportés afin qu’il puisse retourner dans son poste.  Alors ces mesures affectaient considérablement la production nationale. Dans une étude faite par Oxfam International, il affirme : « Aristide accéda aux exigences des donneurs et, presque du jour au lendemain, Haïti se transforma en l’un des marchés les plus ouverts au monde. Le gouvernement réduisit les tarifs douaniers sur le riz importé de 50% à seulement 3% […], [12] ».

Ces mesures qui visent la libération du marché national affectent considérablement la production nationale. Car les produits alimentaires qui proviennent de l’étrangers et surtout au États-Unis pouvaient entrer dans le pays sans payer les moindre taxes. Ce qui permettait aux produits importés de vendre à un prix plus faible que les produits locaux. Pourtant, en réalité, les cultivateurs haïtiens ne pouvaient pas concurrencer ceux des États-Unis qui reçoivent le plus souvent des subventions du gouvernement américain [13]. Dans ce cas, cette concurrence prenait une forme de dumping  comme a montré Despinas [14]. Parce que le riz importé vendais à 1,25 gourdes livres au début de l’ouverture du marché haïtien et maintenant ce même riz vendait à 18 gourdes après qu’on finit de détruire l’agriculture haïtienne. Ce qui renforçait la dépendance alimentaire d’Haïti au dépend des États-Unis.

2. Aide alimentaire.

Le partage de l’aide alimentaire dans le monde remonte vers les années cinquante, plus précisément après la seconde guerre mondiale (1939-1945) où les États-Unis avaient un excédent alimentaire qu’ils ne veulent pas gaspiller. Ils visent à offrir aux pays qui en difficulté cet excédent alimentaire. C’est dans ce cens, l’aide alimentaire introduite en Haïti à la suite du cyclone Hazel en 1954, elle s’est vite étalée dans tous le pays. L’aide alimentaire représente un handicap pour le développement de l’agriculture haïtienne. Elle représenter une source de découragement pour que les paysans haïtiens continuent à travailler la terre. En effet, après la distribution de l’aide alimentaire dans le pays, on constate une diminution des prix de certains produits agricoles haïtiens sur le marché local. Puis, la valeur de ces produits diminue considérablement et resté sur le marché parce que les gens trouvent d’autres produits alimentaires presque substituables à de meilleurs prix sur le marché. Du coup, le mépris de certains produits agricoles haïtiens engendre un dégoût chez les paysans et cela va diminuer automatiquement le rendement et la productivité des paysans.

Elle est, en outre, une source de paresse chez les paysans haïtiens. Ces derniers trouvent de la nourriture sans beaucoup d’effort, il ne devient pas nécessaire de continuer à travailler la terre. Les paysans ont souvent bénéficié des alimentaires proviennent en majorité des États-Unis, le Canada et dans une moindre mesure les organisations des nations unies (ONU) par l’intermédiaire du programme de alimentaire mondial comme la FAO.  Cela semble à un support pour l’agriculture haïtienne dans le but de répondre aux besoins alimentaires de la population. Paradoxalement,  L’aide alimentaire tend à favoriser plutôt la stagnation ou la régression de l’agriculture haïtienne. Les États et les institutions qui donnent de l’aide alimentaire privilégient nécessairement l’aide humanitaire au détriment de l’aide au développement. Kern Delince l’a bien montré dans ces écrits , selon le comité de l’agriculture de l’OCDE, signale en 1962 et le rapport Pearson en 1969, ils affirment l’aide alimentaire mondiale présente de graves inconvénients sur l’agriculture : désaffection pour la politique agricole, élévation du niveau de la consommation au détriment du taux d’épargne national, baisse de prix de la production locale assurée par des agriculteurs paysans, gonflement artificiel du volume de produits alimentaires disponibles, supérieur au rythme de développement de l’économie [15].

Donc, l’aide alimentaire représente un obstacle pour la productivité de l’agriculture haïtienne. Parce qu’elle diminue la valeur des produits locaux qui va diminuer le rendement des paysans et elle est une source de découragement chez les paysans. Comme a dit le vieux proverbe chinois : « Si tu donnes un poisson à un homme, il se nourrira une fois. Si tu lui apprends à pêcher, il se nourrira toute sa vie.» De ce fait, l’aide alimentaire doit orienter comme un véritable support effectivement pour l’agriculture haïtienne mais pas pour la détruire.  Comment doit-on réagir alors pour une relance de l’agriculture en Haïti ?

PARTIE 2

Certaines mesures pour relancer
la production agricole haïtienne :

responsabilité de l'État haïtien

Dans une tentative de réponse aux  différents problèmes que confrontent l’agriculture haïtienne, les paysans, la population et l’État doivent prendre leurs responsabilités. Parce que ce sont eux qui doivent donner de nouvelles perspectives à l’agriculture haïtienne. Selon Joseph Dejoie : « le meilleur expert ne pourra pas crée un grand un impact si les conseils sont ignorés par le Ministère de l’Agriculture haïtienne [16]. » C’est pour montrer absence de la volonté de ces acteurs rien ne pourrait changer dans l’agriculture. Alors, ces acteurs doivent avoir la volonté de contribuer effectivement dans le développement de l’agriculture en Haïti afin d’atteindre une autosuffisance alimentaire.

1. Une politique publique agricole.

L’État doit représenter la pierre angulaire dans le développement de l’agriculture haïtienne. Il doit encourager les paysans en appliquant d’un ensemble de mesures dans le but de contribuer dans la satisfaction des besoins alimentaires de la population. L’Estimé l’a bien montré dans un article publie dans la revue Conjonction, il dit : « le développement du secteur agricole implique la mise en œuvre d’un vaste programme que seul l’État pourra concevoir réaliser et financer [17] ». Alors l’État doit nécessairement accompagner les paysans haïtiens dans la production agricole.

De fait, L’État doit mettre en place des institutions qui accorderont aux agriculteurs des crédits agricoles. Puisque l’absence de banque agricole dans les milieux ruraux représente un fléau pour le développement de l’agriculture haïtienne. Dans une politique agricole adaptée à situation actuelle des paysans, l’État doit rendre aussi le crédit effectivement accessible aux petits paysans producteurs. [18] Il doit poser les principaux jalons qui pourraient faciliter la productivité agricole afin de répondre aux besoins alimentaire de toute la population. L’État doit alors promouvoir la formation d’entreprise agricole et industrielle, en particulier des coopérations qui doivent contribuer à l’augmentation de la production nationale. Puis, il doit accorder des prêts à court moyen et long terme destiné au développement de la production agricole et industrielle aux personnes, aux entreprises privées, aux sociétés, aux coopératives et aux caisses populaires ou toute autre institution ne révélant pas de l’administration publique. De ce fait, L’État doit alors favoriser la création d’autres instituts portant la main forte au développement agricole. Estime a signalé dans un article publié dans la revue Conjonction ; la loi de juin 1961, l’ancien institut de crédit agricole et industrie a été remplace par IDAI (Institut de Développement agricole et industriel qui constituait à l’époque le seul organisme réellement opérationnel.

L’État doit favoriser également le développement et la production de certains produits alimentaires importés actuellement comme le blé. Il doit beaucoup plus intéresser à la production alimentaire consommée à l’intérieur du pays au lieu d’orienter l’agriculture vers l’extérieur c’est-à-dire une agriculture extravertie. Gerald Brisson a montré le caractère monoculture de notre agriculture qui permet au pays de spécialiser dans la production et l’exploitation des produits pour l’extérieur sans souci pour les besoins alimentaires les plus fondamentaux de la population. Il a dit : « Presque 70% de terres cultivables utilisant pour produire du café, comme produit d’exportation qui représente 2 /3. La production de cette denrée occupe le quart de notre population agricole active sur 27% du nombre global des exportations agricoles totalisent 200.000 ha. C’est la culture qui couvre la plus grande quantité de terres cultivées d’Haïti.»

D’autre en plus l’État doit mettre en place des institutions qui doivent intervenir dans les conflits terriens et pour redistribuer les terres. Nous avons vu, la terre est le principal moyen de production pour les paysans. En fait, une bonne distribution des terres aux paysans sans y être contraint est le meilleur moyen d’augmenter la production agricole. D’après Michel Soukar la question de la distribution des terres a retenu l’attention de la plupart des dirigeants haïtiens depuis l’indépendance et elle a été même constitue une obsession chez les fondateurs de l’État haïtien  depuis 1804 [19]. Alors ce problème existe toujours et il affecte grandement le rendement des paysans et la productivité agricole. C’est ainsi que l’auteur poursuit en disant : « Un gouvernement responsable devrait plutôt penser à remembrer les terres haïtiennes en vue de garantir leur mécanisation et l’augmentation de la productivité agricole.,[…], Voila ce qui permettant de lutter valablement contre la faim qui affecte plus d’un million d’haïtiens ». Par conséquent, nous constatons la repartions et la redistribution jouent un rôle déterminant dans l’augmentation de la productivité agricole.

2. Augmentation du revenu des paysans haïtiens.

Nous avons vu l’incapacité d’épargne des paysans est un problème considérable de l’agriculture haïtienne. L’État doit utiliser alors des mesures pour augmenter la capacité du revenu des paysans haïtiens pour que les paysans aient la capacité d’épargner.

L’État doit protéger d’une part, les agricultures haïtiennes en évitant de tomber dans le piège de l’avantage comparatif. C’est-à-dire, le fait qu’un pays produit plus de maïs, doit se spécialiser dans la production de ce produit en laissant importer d’autres produits qui sont aussi important à la consommation de la population. Cela représente un danger pour l’agriculture haïtienne. Comme a signalé Dufumier, même les pays qui défendent le libéralisme, on constate une certaine protection de leur agriculture. Haïti ne doit pas rentrer alors, dans la concurrence avec certains pays comme la République Dominicaine ou le Mexique car il pourrait être un handicap pour le développement de notre agriculture. De ce fait, l’hypothèse de la théorie économique des avantages comparatifs est la libre circulation des marchandises et des personnes. Cela parait, apparemment logique de laisser la libre circulation des hommes mais est-il raisonnable de penser qu’on laissera les petits paysans haïtiens de s’installer librement dans les grands marchés mondiaux, comme en France et aux États-Unis? Malgré dans une certaines mesures, la libre circulation exige une grande quantité de mains d’œuvre et avec de meilleur sol. L’avantage d’Haïti est d’avoir seulement une main d’œuvre à bon marche [20].

L’État doit protéger d’autre part, le prix des produits agricoles haïtiens sur les marchés locaux. Cela peut favoriser l’épargne des agriculteurs haïtiens. Il doit revaloriser le revenu des paysans.  En fait, L’État doit supprimer tous les prélèvements abusifs qui empêchent les paysans à maximiser leur productivité. Puis, l’arpentage des terres doit être un service public c’est-à-dire l’État doit subventionner les paysans dans le paiement des notaires afin que les terres puissent se partager. Une élimination des taxes sur les produits agricoles cultivés par les paysans haïtiens peut encourager vivement ces derniers à augmenter leur productivité. De fait, l’État devrait d’abord protéger l’agriculture haïtienne en accompagnant les paysans haïtiens.

3. Éducation pour les agriculteurs haïtiens.

L’éducation des paysans haïtiens est un facteur qui peut aider à augmenter la production agricole. Ces derniers temps on constatait des variations, des changements qui sont liés à la température. Or l’agriculture haïtienne repose presque totalement sur le traditionalisme ou les coutumes. Parce qu’elle est issus de l’ensemble des connaissances rudimentaires et traditionnelles partageaient par les ancêtres cultivateurs. Ce qui est la cause certaines fois des pertes énormes auprès des paysans surtout à l’heure actuelle avec le phénomène du réchauffement climatique. Cette formation peut donner aux paysans les nouvelles techniques agricoles et comment ils doivent s’adapter aux effets de l’environnement. Comme a dit Joseph Dejoie dans son texte titre Haïti et le Développement, «  Les paysans et les autres membres de la communauté doivent apprendre à agir de façon autonome plutôt que de suivre les traditions, les coutumes, les habitudes ou les instructions qui ont guidé leur action dans le passé. L’éducation peut les aider à analyser de nouvelles perspectives [21] ».

L’éducation peut aider aux paysans de diminuer les incertitudes sur la récolte. En effet, très souvent on marginalise les paysans pour leurs modes d’organisations et de fonctionnement. Pourtant s’il avait une certaine formation agricole ils pourraient agir autrement. C’est pour cela nous pensons l’éducation peut apporter un grand support à l’augmentation de la production agricole haïtienne. Puis, l’éducation permet au paysan de trouver plus de méthode dans la façon de cultiver la terre. Cela engendrerait automatiquement une valorisation de la production nationale par la population. Car il pourrait représenter une source d’encouragement pour les paysans à augmenter la productivité. Dejoie l’a bien dit dans son texte : « l’éducation des paysans est un facteur essentiel à l’augmentation substantielle de la productivité agricole haïtienne que soit à court, moyen ou long terme. [22] »

Donc, l’éducation des pays permet aux paysans d’accroitre leur productivité. Parce qu’elle peut aider les agriculteurs haïtiens à trouver de nouvelle technique agricole. Jean François Hérold dénonce le mépris envers les paysans dans le pays. C’est pour cela il a dit : « Nous pouvons, sans honte, avoir mauvaise conscience face au paysan haïtien dont nous ne reconnaissons pas suffisamment l’importance dans le milieu hostile de notre pays. Le paysan aurait le droit de nous demander des comptes et de nous faires toutes les exigences possibles pour sa pleine intégration dans notre société. [23] » La formation des paysans aide alors, à lutter contre cette forme marginalisation et permet aux paysans de cultiver la terre dans de meilleures conditions. Ce qui favorisera la valorisation de la production nationale.

CONCLUSION

L’agriculture haïtienne affiche, effectivement, son incapacité à répondre aux besoins alimentaires de la population. De fait, plusieurs paramètres nous permettent d’accepter une telle affirmation comme Marc Dufumier les a cités dans un article publié dans la revue Conjonction. Il identifie de nombreux signes qui lui permet d’affirmer l’agriculture haïtienne est une agriculture en crise. D’abord, la malnutrition signe qui montre la faiblesse d’un manque de produit agricole haïtien, ce qui engendre une importation des produits alimentaires et recours à l’aide alimentaire. En suite, la baisse des exportations agricoles de 3% au cours des dix dernières années. Puis, la pauvreté du monde rural où résident la majorité des haïtiens environ 75% et surtout les paysans. Car le PNB tourne autour de 350% par habitant et dans le monde rural, il est 150%. En outre, il y a exode rural, certains ruraux préfèrent s’installer en ville ou dans un pays étranger vu le déplacement de l’un des membres de leur famille qu’y a trouver un emploie, un seul revenu urbain permet d’alimenter beaucoup de ruraux. Enfin, la dernière manifestation de la crise agricole, visible à l’œil nu, est l’érosion et le déboisement. L’écosystème est en voie d’épuisement qui est la base même de l’agriculture [24]. Alors toutes ces conséquences nous ont permis d’identifier les causes et poser quelques jalons pour une relance de l’agriculture haïtienne.

Or, l’un des rôles principaux de l’agriculture est de subvenir aux besoins alimentaires d’une population d’un état. Malgré tout, on a remarqué que les problèmes de la sous-productivité de l’agriculture haïtienne est de plusieurs ordres. Dans un premier temps on a vu que les facteurs découlent.



[1] Définition courant du thème, tiré du dicos encarta.

[2] DESHOMMES, Fritz, Haïti : La nation écartelée : entre « Plan Américain» et projet national, Delmas, Cahiers Universitaires, 2006, p.154-155.

[3] BLANCPAIN, François, La condition des paysans haïtiens: du code noir aux codes ruraux, paris, Karthala, 2003, introduction.

[4] GOHEN, Marc J. et Tonny Joseph (dir.), Agriculture et reconstruction : Défis, enjeux et perspectives de l’agriculture haïtienne, ed UEH, p.10

[5] DESHOMMES, Fritz, op. cit., p.157.

[6] SOUKAR, Michel, Haïti: Histoire, Politique, Société, Tabarre, Imprimerie Fleur-yo, 2009, p.103.

[7] DUFUMIER, Marc, Quelles options pour l’agriculture en Haïti, in. « Conjonction », P-au-P, 1987, no 172. P.31.

[8] IHSI, Enquête sur les conditions de vie en Haïti, ECVH 2001, vol. II, p. 1-40.

[9] ESTIME, Jean Robert, contribution à l’élaboration d’une politique agricole en Haïti, in. « Conjonction », 1973, no 121. P.121.

[10] IHSI, Enquête sur les conditions de vie en Haïti, ECVH 2001, vol. II, p. 1-40.

[11] LUCIEN, Georges Eddy, Espaces périphériques et économie d’archipel : La trajectoire contemporain de la commune de Verrettes (Haïti), P-au-P /Québec, Ed. UEH/CIDHICA, 2009, p.148.

- La philosophie qui sous-tend la politique de l’ajustement structurel part d’un constat indiscutable : les économies du Tiers-monde ne sont pas adaptées à l’économie mondiale telle qu’elle est aujourd’hui. Comme il est impensable que l’économie mondiale s’ajuste aux structures économiques des pays sous-développés, il faut procéder à l’inverse : ajuste, bon gré mal gré, ces mesures dépassées au système économique international. Selon les experts  du FMI, l’ajustement conduit au développement, mais commence par le remboursement des dettes : firs things firs. Selon eux, pour être en mesure de rembourser leurs dettes, les pays du tiers monde doivent s’attaquer à la restructuration de leur économie, secteur par secteur. Cf. Galinas B. Jacques,[…].

[12] GOHEN, Marc J. et Tonny Joseph (dir.), Agriculture et reconstruction : Défis, enjeux et perspectives de l’agriculture haïtienne, ed. UEH, p.25.

[13] Mérat, Pierre Jorès, note du cours. Le 2 mai 2016.

[14] DESPINAS, Jean Yves, La pauvreté en Haïti : contexte historique et politiques d’ajustement structurel, Santo Domingo, La Rebelle, 2008, p. 143.

[15] DELINCE, Kern, L’insuffisance de développement en Haïti : Blocage et Solution, Pegasus Book, p.329-320.

[16] DEJOIE, Joseph, Haïti et le développement, P-au-P, Henri Deschamps, 2003, p.19.

[17] ESTIME, Jean Robert, contribution à l’élaboration d’une politique agricole en Haïti, in. « Conjonction », 1973, no 121. P. 25.

[18] Ibid., p.19-28

[19] SOUKAR, Michel, Haïti: Histoire, Politique, Société, Tabarre, Imprimerie Fleur-yo, 2009, p.103.

[20] DUFUMIER, Marc, Quelles options pour l’agriculture en Haïti, in. « Conjonction », P-au-P, 1987, no 172. P.37-38.

[21] DEJOIE, Joseph, Haïti et le développement, P-au-P, Henri Deschamps, 2003, p.42.

[22] DEJOIE, Joseph, Haïti et le développement, P-au-P, Henri Deschamps, 2003.

[23] JEAN-FRANCOIS, Hérold, Pacte de la renaissance, P-au-P, Imprimeur II, p.40.

[24] DUFUMIER, Marc, Quelles options pour l’agriculture en Haïti, in. « Conjonction », P-au-P, 1987, no 172. P. 26-28.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le lundi 19 décembre 2016 16:29
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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