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Collection « Histoire du Saguenay—Lac-Saint-Jean »

Russel Aurore Bouchard, Histoire de Chicoutimi.
Volume 1er. La fondation 1842-1893
. (1992)
Introduction


Une édition réalisée à partir du texte de Russel Aurore Bouchard, Histoire de Chicoutimi. Volume 1er. La fondation 1842-1893. Chicoutimi-Nord: Russel Bouchard, à compte d’auteur, 1992, 241 pp. Une édition numérique réalisé par Diane Brunet, bénévole, guide de musée retraitée du Musée La Pulperie, Chicoutimi. [L'auteure nous a accordé le 6 octobre 2014 sa permission de diffuser ce livre en accès libre à tous dans Les Classiques des sciences sociales.]

[9]

Histoire de Chicoutimi. Volume 1er. La fondation 1842-1893.

Introduction


En 1971, lors de la parution du volume «Chicoutimi, poste de traite», un différend pour le moins intempestif avait opposé les abbés historiens, Lorenzo Angers et Victor Tremblay, à propos de la date de fondation de la ville et de l'identité de son fondateur. À l'époque, cette controverse historiographique d'une ampleur inhabituelle, avait attiré l'attention de toute la communauté régionale et avait même fait la une des principaux journaux. Le premier des protagonistes, l'abbé Angers, auteur bien innocent de l'œuvre «hérétique», faisait alors remonter les débuts de la ville à l'année 1676 et attribuait à Charles Bazire, l'insigne honneur d'avoir établi un poste de traite à l'embouchure de la rivière Chicoutimi. Le second pour sa part, choqué par les déclarations de l'auteur — et probablement par son succès — était passé violemment à l'attaque en tentant de démontrer maladroitement que la ville avait été fondée le 24 août 1842 par le métis; en voulant proclamer son «évangile», Mgr Victor argumentait faiblement, qu'à l'époque on disait le poste de Chicoutimi et non pas le poste Chicoutimi; pour lui Chicoutimi ne signifiait rien de plus que la fin des eaux profondes et que le poste de traite n'avait rien de commun avec la ville actuelle...

Vingt ans plus tard, alors que la population est aux prises avec l'une des pires crises économiques de son histoire et alors que la municipalité se prépare à fêter le 150e anniversaire de sa fondation, la question reste toujours d'actualité malgré le décès des deux polémistes. Sans être virulents et situés à un niveau [10] plus civilisé, les détracteurs de la manifestation culturelle tentent plutôt de tirer profit du quiproquo historique afin d'éprouver la pertinence d'organiser une telle fête en cette époque troublée et difficile. Quoi penser de tout cela ?

Cela ne fait aucun doute, sur un plan strictement de la géographie historique, Chicoutimi possède de toute évidence des bases profondes et puissantes qui justifient sa fondation et expliquent son rôle de capitale sur l'échiquier régional. Située stratégiquement aux confluents des rivières Saguenay et Chicoutimi, elle possède sur son territoire, l'un des plus anciens sites d'occupation humaine qui remonte à environ 3 000 ans de notre ère. C'est à cet endroit également, qu'en 1671, avant même que les trafiquants de fourrures aient établi un plan structuré de la pénétration du territoire, les propriétaires de la Traite de Tadoussac décidaient de venir construire la première habitation blanche en sol sagamien. Quelques années plus tard, vers 1750, les Jésuites tentèrent de tirer profit des ressources hydrauliques et forestières locales et construisirent à la chute de la rivière du Moulin, la première structure industrielle de toute l'histoire de notre région.

À l'été 1842, année qui correspond à notre avis à la fondation strictement civile et industrielle de la municipalité, le métis Peter McLeod et le britannique William Price s'associaient pour construire une première scierie à la rivière du Moulin et fonder un premier noyau urbain. Fortement encouragés par les succès de ce premier établissement, l'année suivante, ils poursuivirent leur conquête du territoire et entreprirent de construire au Bassin, tout près des installations de la Compagnie de la Baie d'Hudson, une autre scierie qui deviendra la plus importante du Saguenay. À partir de ce moment, Chicoutimi entre par la grande porte dans la deuxième étape de son histoire. Cette véritable épopée, digne des plus grandes fresques historiques, sera désormais intimement liée à celle de l'industrie forestière toute entière et à celle de notre région. C'est de cette époque de fondation dont il est fait question dans cette étude.

Premier volume d'une série de trois, l'histoire débute en fait à l'embouchure de la rivière du Moulin. Elle met en présence [11] des hommes et des femmes dotés d'une forte trempe, des individus pour la plupart totalement démunis sur le plan matériel mais fermement décidés à se forger une nouvelle patrie. Pendant un demi-siècle, de 1842 à 1893, ces gens, animés d'un esprit fondateur, défrichent la forêt, construisent des maisons, créent des institutions et mettent en place les premières structures administratives qui vont faire de Chicoutimi, la capitale politique et le centre administratif du Saguenay—Lac-Saint-Jean.

Au cours des dix premières années de la «fondation», la population vit sous un véritable joug de la terreur et ne peut se libérer de l'étreinte oppressante qui la lie au «fondateur», Peter McLeod, junior. Grâce à sa police de fiers-à-bras, l'homme, un métis né d'une mère montagnaise et d'un père écossais, réussit à maintenir une autorité incontestée à travers tout le territoire circonscrit entre la Baie des Ha! Ha! et le lac Saint-Jean.

Le Haut-Saguenay restera profondément marqué par ce personnage à la fois fascinant, craint et détesté. Après la mort mystérieuse du métis, à l'automne 1852, la population de Chicoutimi, enfin libérée de ses fers, peut désormais aspirer à des jours meilleurs. Le monopole établi autour du secteur commercial et industriel, qui avait été jusqu'alors une des grandes prérogatives du tandem Price — McLeod, disparaît. À partir de ce moment, la localité connaît un essor fulgurant; le commerce se développe et se diversifie, le village s'urbanise et conquiert son statut de ville, les services administratifs se multiplient, bref, Chicoutimi conquiert graduellement son titre de capitale et de métropole régionales. Cette période de fondation prendra fin en 1893, avec l'arrivée du chemin de fer à son terminus, en plein cœur de la ville.


Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le lundi 30 mars 2015 8:06
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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