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Collection « Histoire du Saguenay—Lac-Saint-Jean »

LE TOPONYME CHICOUTIMI. Une histoire inachevée. De ses origines géologiques à 2002. (2018)
Postface, de Denis Vaugeois


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Jacques PELLETIER, LE TOPONYME CHICOUTIMI. Une histoire inachevée. De ses origines géologiques à 2002. Jacques Pelletier: Éditions Ichkotimi, 2018, 318 pp. [Livre diffusé en libre accès dans Les Classiques des sciences sociales avec l'autorisation formelle de l'auteur accordée le 18 juin 2018.]

[286]

Postface
de Denis Vaugeois
historien et éditeur
et ancien ministre des Affaires culturelles
dans le Gouvernement de René Lévesque

Chicoutimi

Au début des années 2000, le faux débat sur les fusions municipales m'a vraiment mis de mauvaise humeur. On se revendiquait du rapport Bédard, mais à l'évidence à peu près personne ne l'avait lu. La ministre Louise Harel ne savait pas par quel bout prendre les problèmes des municipalités. Lucien Bouchard, le premier ministre d'alors, non plus. Il a été d'abord contre les fusions puis en faveur. Les députés étaient divisés. Après la fusion de Hauterive et Baie-Comeau qui avait coûté politiquement cher au Parti québécois, les plus anciens répétaient : « Plus jamais de fusions ».

Heureusement, à l'époque, un magnifique projet occupait tout mon temps. Pour souligner la naissance de l'Amérique française, MM. Chirac et Chrétien avaient lancé de beaux projets, dont un ouvrage monumental sur Champlain.

Le nom Champlain est associé à Brouage, tout petit village que je connaissais déjà. Avec deux copains, mon fils Pierre y avait même travaillé à la restauration de la poudrière.

La France opte pour la création de conseils régionaux

Muni de mon mandat, je fis d'abord une visite à Brouage. Sur la petite route, je vis un panneau routier Hiers-Brouage. Inquiet, je pensai « fusion ». À peine débarqué chez les Olivet, j'exprimai mon inquiétude. « Hiers était le bourg, Brouage, la citadelle qui surveillait le port. La fusion a été faite en 1825 », m'expliqua-t-on.

Pour me rendre en Charente, j'avais pris le train à la gare Montparnasse où j'avais eu du mal à repérer la ligne pour La Rochelle. Je cherchais La Rochelle alors qu'il fallait chercher Rochelle (La). « Bon, au moins on peut encore prendre un train pour La Rochelle ! »

J'avais rendez-vous avec le maire. Il fut courtois, poli, prêt à collaborer, mais sans beaucoup de pouvoir ou de ressources. On me fit comprendre qu'en France une réorganisation administrative avait conservé les villes et villages, mais avait forcé des regroupements. Claude Belot, président du Conseil régional de la Charente-Maritime, me reçut avec enthousiasme, d'autant qu'il était historien et gagné d'avance au projet concernant Champlain et la naissance de l'Amérique française.

Au plus fort du débat sur les fusions, je m'étonnai que M. Bouchard et tous ses collègues, pourtant bien familiers avec la France, aient opté pour le modèle canadien, dont Toronto.

Le maire de Westmount, Peter Trent, a raconté dans le détail, avec beaucoup d'honnêteté et d'intelligence, le cas de Montréal sous le titre La Folie des grandeurs. (Septentrion, 2012). Je recommande aussi la dernière édition de Canada-Québec 1534-2015 dans laquelle nous présentons quelques conséquences extrêmement injustes et dangereuses des fusions. Bien sûr qu'il y avait eu des chicanes ridicules autour des villes-centres, mais il n'était surtout pas nécessaire de rayer de la carte quelque 200 municipalités et leurs patronymes chargés d'histoire.

L'expérience de Larousse

Pendant 25 ans, j'ai été conseiller éditorial chez Larousse. Année après année, j'ai contribué à faire du Petit Larousse un dictionnaire plus ouvert au monde et en particulier à la francophonie, dont le Québec. Dans la section « noms propres », j'ai introduit de larges pans de notre histoire, plusieurs personnages et tous les noms de villes ou villages de plus de 15 000 habitants, ou tout simplement des lieux chargés d'histoire. C'est ainsi que j'ai fait entrer Tadoussac sans difficulté, grâce aux baleines. Évidemment je [287] pensais davantage à la rencontre entre Pont-Gravé et Champlain avec Anadabijou.

Je faisais chanter aux oreilles de mes collègues français les noms Maskinongé, Yamachiche, Missisquoi, Mistassini, Maniwaki, Yamaska. Ils étaient envoûtés par ces toponymes d'origine amérindienne, mais séduits particulièrement par Chicoutimi.

Partout, à travers le vaste monde, il y a toujours eu quelqu'un pour me dire, l'air entendu, après avoir appris que je venais du Québec, Chi-cou-ti-mi. Ce nom est magique.

Exit Chicoutimi Boivin - Le témoignage  de Jean

La ministre Harel, informée d'un sentiment anti-fusion particulièrement fort et même exacerbé par le maintien éventuel du nom Chicoutimi, a accepté la suggestion de ses conseillers de proposer Saguenay. Le nom a été retenu. Plusieurs sont inconsolables dont Jacques Pelletier, auteur de ce savant ouvrage.

Au moment des fusions, un certain Jean Boivin, sans doute originaire du Saguenay, avait envoyé aux journaux une lettre ouverte que j'ai conservée. M. Boivin se présente comme professeur d'économie au Columbia Business School de New York. Sous le titre « Chicoutimi... un nom qui n'a pas de prix », il raconte que la direction de son institution vient de refuser des centaines de millions de dollars offerts par un riche homme d'affaires désireux de donner son nom à l'institution. « Même un montant astronomique ne pouvait justifier un changement de nom », selon le recteur. La raison ? « Columbia Business School, le nom actuel est connu à travers le monde et le changement diluerait sa réputation. »

La ville natale du cardinal Espinosa

Sur les cartes routières, dans les listes de destinations touristiques, dans plusieurs dictionnaires, le nom Chicoutimi, tout comme ceux des noms des villes fusionnées, est dorénavant absent.

Au moment de préparer La mesure d'un continent, Atlas historique de l'Amérique du Nord 1492-1814 (Septentrion, 2008), j'ai eu entre les mains un atlas de 1570, Theatrum orbis terrarum, préparé par le grand cartographe flamand Abraham Ortelius. Publié à compte d'auteur, ce Theatrum fut la grande réalisation d'Ortelius. Il connut plus d'une vingtaine de rééditions et fut traduit en plusieurs langues.

L'édition originale était dédiée à Philippe II roi d'Espagne qui régnait également sur les Pays-Bas.

Ortelius fit expédier à son roi un exemplaire magnifiquement relié. C'est le cardinal Diego de Espinosa, en l'absence du roi, qui reçut l'atlas qui contenait 53 cartes. Après avoir examiné attentivement la carte de l'Espagne, il chercha en vain sa ville natale Martin Munoz.

Peu après, le cartographe reçut par voie officielle la lettre suivante : « Le Cardinal [Espinosa] me fait part de son regret que sa ville natale de Martin Munoz ait été omise sur la carte de votre « theatrum » et me demande de lui envoyer un exemplaire en couleurs de cette carte où le dit nom aura été inséré. Retirez donc, si possible, le nom de Palacuelos et insérez à sa place celui de Martin Munoz. Lorsque cela sera fait, faites imprimer plusieurs exemplaires de la carte de l'Espagne pour me permettre de satisfaire le souhait du Cardinal. »

Les fusions municipales ont fait disparaître pour plusieurs leur ville natale et en conséquence mis au monde des milliers de cardinaux Espinosa.

Denis Vaugeois, historien et éditeur



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le lundi 25 juin 2018 9:36
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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