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La solution. Le programme du Parti québécois présenté par René Lévesque. (1970)
Présentation de René Lévesque


Une édition numérique réalisée à partir du texte: La solution. Le programme du Parti québécois présenté par René Lévesque. Montréal: Les Éditions du Jour, 1970. Une édition numérique réalisée par M. Michel Fortin, bénévole, adjoint à la mairie de Ville de Saguenay.

Présentation de René Lévesque

Voici, pour cette année cruciale, le programme du Parti Québécois. 

Cruciale, cette année le sera comme aucune autre, puisqu'elle nous offrira pour la première fois un choix clair et décisif. 

Ou bien nous continuons à tourner en rond dans la cage d'un régime à la fois usé et durci, ou nous sombrons lamentablement dans la chicanerie politique et l'avachissement culturel, tout en traînant la queue économiquement ; dans ce cas, il suffit de suivre les autres, toutes ces ailes provinciales traditionnelles ou improvisées — des vieux Partis. 

Ou bien nous relevons le défi fécond de la responsabilité nationale pour nous ranger enfin parmi les peuples normaux, nous assurant du même coup la liberté avec la sécurité, et la dignité avec les conditions essentielles de la prospérité : celle décision calme et lucide, le Parti Québé­cois est seul à la proposer. 

C'est elle qui est la première raison d'être de noire action et que vous retrouverez au cœur de ce programme qui nous définit par nos objectifs. 

D'abord la souveraineté du Québec, à la fois but et moyen. 

But : car elle est l'étape d'accomplissement normal de notre évolution, le terme du long processus défensif de la survivance. 

Moyen : puisque cette fin d'une époque constitue en fait un vrai commencement, celui de la maturité, de la certitude de vivre et de la capacité du progrès continu. 

Chaque jour qui passe ne démontre-t-il pas, en effet, que le vieux fédéralisme, auquel les vieux partis s'accrochent comme à une planche vermoulue, n'est plus qu'un régime de routine peureuse, de désordre permanent et de gaspillage « polyvalent » — d'argent, d'énergie et de temps ? 

La souveraineté ne changera pas tout cela du jour au lendemain, d'accord. Elle seule pourtant peut nous faire sortir de cette lamentable petite jungle d'institutions désuètes et de confusion stérile. Elle seule peut nous permettre de finir au plus tôt le « rattrapage » amorcé il y a une dizaine d'années, et puis de nous lancer en bon ordre dans la grande course du siècle, celle du développement sur tous les plans, l'économique avec le social, l'humain aussi bien que le technique. 

Car tout se tient dans une société moderne, tous les secteurs s'y entrecroisent et s'y compénétrent de plus en plus. L'homme qui gagne sa vie laborieusement et dont les enfants se cherchent une carrière vil dans l'économique — mais quand il doit se faire soigner ou prévoir la maladie des siens, ou leur trouver un logement convenable, alors le même homme se voit plongé dans le social — et s'il s'installe devant sa TV après avoir payé chèrement pour une éducation française dans une société où c'est une autre langue qui règne sur trop de sommets, le voilà aux prises avec le culturel — et c'est encore lui que rejoint la politique chaque fois que la justice piétine ou que les lois retardent à ses dépens, que ses impôts émiettés entretiennent les conflits à deux niveaux et que, de moins en moins, il comprend ces jeux absurdes d'un régime devenu proprement ingouvernable. 

Bref, les divers chapitres d'un programme comme le nôtre ne sont pas seulement complémentaires, mais ne sont en définitive qu'autant d'approches et de prescriptions pour un seul et même organisme collectif, dont le traitement doit être à la fois global et quand même détaillé avec une honnête minutie. 

C'est dans cette perspective que, depuis le début, notre programme s'attache avec tant de soin à définir le contenu de la souveraineté. Il est bien loin d'avoir épuisé cette tâche essentielle, et les résultats ne sont encore dénués ni de gaucherie ni de certaines erreurs. N'oublions pas que c'est tout un projet pour des Québécois qu'une telle définition de la maturité et de la responsabilité collective : c'est la première fois qu'on ose l'entreprendre sérieusement. 

Mais déjà, il nous semble qu'une chose saute aux yeux. Le Québec souverain, et lui seul, aura les moyens et la volonté de devenir une société sûre d'elle-même, saine et progressiste, à l'égal de quelques autres petits pays qui se trouvent justement à l'avant-garde de l'humanité. 

Ce qui n'exclut absolument pas ces formes nouvelles d'association dont le monde d'aujourd'hui nous offre également des modèles en plein essor, et que notre programme propose d'adapter aux intérêts politiques et économiques les plus évidents du Canada aussi bien que du Québec. 

Négociée d'égal à égal, une telle association remplacera par une coopération souple, décomplexée et stimulante les vieux liens de plus en plus morbides de la relation majorité-minorité et fédéral-province. 

Ce programme, dont nous sommes fiers pour ce qu'il est, nous en sommes tout aussi fiers pour la façon dont on l'a élaboré. 

Il est le fruit du travail collectif de milliers de membres du Parti Québécois dans tous les comtés, et de centaines de délégués à nos congrès de 68 et 69. 

Nos militants savent à quel point cette démarche a été démocratique, et à chacun de nos deux congrès les observateurs n'ont pas manqué de le souligner. On n'a jamais vu, dans aucun autre parti politique, d'ateliers ni de séances plénières qui se comparent aux nôtres pour le sérieux, l'assiduité et la liberté totale des discussions. 

La présente édition, tout en respectant scrupuleusement le fond que seuls nos délégués peuvent modifier, a été revue et corrigée au point de vue de la forme et de la présentation, conformément à une résolution de notre congrès 69. 

Elle s'adresse non seulement à nos militants, nais aussi à tous les citoyens québécois. Quiconque est le moindrement conscient de l'importance et de la gravité du scrutin qui s'approche peut certes en faire son profil. Il y découvrira une pensée politique issue de plus de deux ans de démocratie vécue, d'un sérieux et d'une richesse que les vieux partis seraient incapables même de singer ... Il ne serait pas du tout surprenant qu'il y retrouve, à des questions qu'il s'est souvent posées, les réponses qu'il a lui-même entrevues, caressées dans son for intérieur, mais que jamais on ne lui avait franchement proposées jusqu'ici. 

Comme tant d'autres, dont le nombre va sans cesse augmentant, il en conclura que le Parti Québécois est aussi le sien désormais. Il viendra y militer avec nous. Et c'est ainsi que notre programme deviendra réalité, ce qu'il ne saurait faire sans la participation chaleureuse et efficace de tous ceux qui, l'ayant endossé à la lecture, l'endossent ensuite dans l'action. 

RENÉ LÉVESQUE


Retour au texte de la proposition de constitution du SLSJ Dernière mise à jour de cette page le jeudi 1 mars 2007 19:42
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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