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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Folklore chinois moderne (1909)
Introduction


Une édition électronique sera réalisée à partir du texte de Léon WIEGER S.J (1856-1933). Folklore chinois moderne **. Imprimerie de la mission catholique, 1909. 422 pages. Une édition numérique réalisée par Pierre Palpant, bénévole, Paris.

Introduction

C13. — Léon Wieger S.J : Folk-lore chinois moderne.
  

Introduction : Les grandes lignes du système

  • Le monde est gouverné par un Être Suprême, lequel est désigné, soit par les appellatifs primitifs et classiques T’ie¯n Ciel ou Chang-tí Sublime Souverain, soit par le titre U-hoang Pur Auguste, lequel désigne le même Être, par décret de l’empereur Tche¯nn-tsoung, en l’an 1015.

  • Koa¯n-ti ou Koa¯n-Koung, de son nom Koa¯n-u, général malheureux du troisième siècle, est le man-dataire sur la terre, une sorte de ministre- plénipotentiaire, du Sublime Souverain, depuis l’an 1594. Il est souvent appelé Chéng‑ti le Sage Empereur, ou Où-ti l’Empereur Guerrier.

  • Le Ciel, sublime Souverain, Pur Auguste, sait par lui-même tout ce qui se passe sur la terre. Mais, en règle générale, il fait comme s’il ne savait pas, attend qu’il soit informé par voie administrative, et répond par la même voie, exactement comme fait l’empereur de la Chine. Ses ministres et officiers, sont, de haut en bas, Koa¯n-ti ministre général ; puis les mandarins gouverneurs préfets et sous-préfets des villes, appelés tch’êng-hoang, génies des villes ; puis le maire de chaque village, appelé tòu-ti, génie du lieu ; enfin, dans chaque famille, le tsâo-kiunn, génie du foyer. Organisation hiérarchique du monde inférieur yi¯nn, absolument identique à celle du monde supérieur yâng. Les tch’êng-hoang, et probablement aussi tous les autres officiers du monde inférieur sont des hommes dé-funts. Ils sont promus, cassés, sujets à toutes les vicissitudes de leurs congénères du monde supérieur. On parle parfois de leurs épouses. Le temple du tch’êng- hoang est pour les défunts de chaque district, ce que le prétoire du mandarin est pour les vivants du même district. Ces fonctionnaires infernaux ont à leur service des satellites, lesquels ne valent pas plus cher que ceux du monde supérieur. Etc.

  • Dans le cas de crimes énormes, dont la sanction doit être connue des vivants pour les effrayer, le Ciel fait exécuter le criminel par Lêi-koung le génie de la foudre. On représente ce génie avec une bouche en bec de perroquet. Il a des ailes aux épaules, ou des roues aux pieds. D’une main il tient un marteau, de l’autre une sorte de gros clou, le carreau, qu’il lance d’un coup de son marteau. La plupart des textes ne parlent que d’un seul génie de la foudre, pour le monde entier, et expliquent ainsi pourquoi la justice d’en haut est parfois si tardive. Il faut au génie de la foudre qui fait sa tournée, le temps d’arriver. S’il ne trouve plus le criminel en vie, il foudroie son tombeau. D’autres textes mettent de petits génies de la foudre à la disposition des tch’êng-hoang de haut grade, vice-rois et gouverneurs. Tout comme les bourreaux officiels du gouvernement chinois.

  • Le juge des enfers Yên-wang, ou les juges des enfers, lancent, par leurs satellites les cha¯-chenn, les man-dats d’amener les âmes, à l’heure écrite sur le livre du destin. Le destin est le décret du Sublime Souverain, basé sur le bilan des existences précédentes. Les âmes sont jugées, punies, réincarnées. Il y a, sur ce point capital, de nombreuses et importantes divergences. Les Idées bouddhiques prédominent. Cela se comprend, les Confucianistes ne disant rien sur l’outre-tombe, et les Taoïstes pas grand’chose. A noter, que les juges Infernaux traitent avec grand respect les défunts nobles ou lettrés. Tous les mandarins du monde inférieur défèrent aux avis et aux ordres que leur donnent ceux du monde supérieur. Il y a communion et coopération entre les fonctionnaires des vivants et ceux des morts, les uns et les autres se rattachant au même Sublime Souverain, de qui vient toute juridiction sur les hommes.

  • A l’heure de la mort, un ou deux sa-tellites infernaux exhibent au mourant leur mandat d’amener, et l’appréhendent. On les représente parfois armés d’un croc, qui leur sert à extraire l’âme.
Sur la descente aux enfers, il y a deux versions principales. — Ou bien l’âme est conduite à l’Ouest, vers le Séu-tch’oan, appelé dans l’antiquité par mépris koèi-kouo pays des barbares, terme dont la légende a fait depuis le pays des morts. Là se trouve la ville de Fo¯ng-tou, vestibule des enfers. — Ou bien l’âme traversant une tempête de poussière jaune qui l’aveugle (la couche de limon jaune qui constitue le sol de la Chine), arrive dans une région inférieure, absolument semblable au monde des vivants.
Le trépas se passe sans peine ni douleur, si bien que souvent l’âme ne s’en aperçoit pas.
  • Tous ceux qui se suicident ou qui périssent de malemort, n’ayant pas été cités et n’étant pas conduits, ne peuvent pas trouver le chemin des enfers, et doivent errer provisoirement. Les cérémonies bouddhiques pour faire arriver les âmes errantes à la réincarnation, sont, le système étant admis, assez raisonnables. Mais, dans le Lore moderne, les idées les plus incohérentes et les plus fantastiques règnent sur ce point.
Une chose est admise comme certaine par tous, sans qu’on puisse l’expliquer par aucune théorie. C’est que l’âme de tout suicidé, cherche à tuer ou à induire au suicide un autre homme. Si elle réussit, elle sera réincarnée, et l’autre âme errera à sa place. De là la croyance générale, que tout lieu où quelqu’un s’est pen-du ou noyé, est hanté et dangereux.

L’état des koèi âmes errantes, est à peu près celui des prêtas bouddhiques (TP page 363). Les âmes de ceux qui ont été tués, dites yuān‑koei, dé­noncent leurs meurtriers aux juges, ou se vengent elles‑mêmes sur eux. Ces âmes sont aussi parfois appelées tch’āng.
  • Une catégorie spéciale d’êtres malfaisants, sont les ya¯o-koai, spectres plus puissants et plus adroits que les autres. Je pense qu’ils sont la forme chinoise des asuras bouddhiques (TP page 851). Les ie-tch’a, yakchas bouddhiques (TP page 365), jouent aussi un assez grand rôle dans la légen-de.
Les génies des monts, des fleuves, des forêts, sont appelés chênn, ou koèi, ou koái. Le folklore moderne paraît les classer plutôt dans cette dernière catégorie.
  • L’homme a deux âmes. Après la mort, l’Âme supérieure hou¯nn ou chênn se dissipe, disent les Néo-confucianistes ; se réincarne, disent les Bouddhistes ; s’en va vivre dans le monde Inférieur, disent les Taoïstes. Pratiquement, la réincarnation, la métempsycose, est admise par tous, quoi qu’il en soit de leurs théories, et le peuple ne connaît que cela. Elle se fait, ou bien dans le fœtus à terme d’une femme enceinte, lequel n’est informé, avant l’accouchement, que par une âme intérieure ; ou bien dans un cadavre encore frais d’homme ou de bête. L’âme peut aussi revenir à son propre cadavre, tant que celui-ci n’est pas décomposé. De sorte que la résurrection d’un mort, est, pour les Chinois une chose assez naturelle, et qui ne prouve pas grand-chose.
Une âme supérieure peut aussi se loger à temps dans le corps d’un homme vivant, posséder cet homme, parler par sa bouche, agir par ses mains, etc. 

Quand l’âme supérieure a quitté le corps, l’âme inférieure p’ái peut conserver celui-ci, durant un temps qui varie selon le degré de sa force, de son énergie ; puis elle s’éteint, et le corps tombe en poussière.

Quand l’âme inférieure, laquelle est dé-raisonnable, est très forte, elle conserve le corps très longtemps, et s’en sert à ses fins. Ces corps informés seulement par une âme inférieure, qu’on appelle kia¯ng-cheu, sont d’affreux vampires, stupides et féroces, qui tuent et dévorent les hommes, violent les femmes, etc. Pour éviter ces malheurs, tout corps qui ne se décompose pas normalement après la mort, doit être incinéré.

Un squelette décharné, un crâne, un os quel-conque, peuvent, du fait de l’âme inférieure qui y adhère encore, commettre, après de longs siècles, toute sorte de méchancetés. De là vient que les ossements sont redoutés, et éloignés des habitations.

Outre les deux âmes prin­cipales, il y a de petites âmes des divers viscères. Etc.
  • Durant le rêve, l’âme supérieure sort du corps par la grande fontanelle au haut du crâne, et va flâner. Les choses rêvées, sont ce qu’elle rencontre et éprouve durant sa flânerie, des réalités objectives vraies. Il est très difficile de persuader les Chinois de la subjectivité des songes.
Tandis qu’elle flâne de-hors, l’âme supérieure peut être captu-rée, ou tellement effrayée qu’elle ne retrouve pas son corps. Dans ce cas, ou bien l’âme inférieure continue à faire vivre le corps, et l’homme reste dément, ou bien l’âme inférieure s’éteint, et le corps se décompose.

Certains individus peuvent aussi envoyer leur âme au loin, à volonté, dans l’état de veille, pour explorer, s’informer, etc.
  • Presque toujours l’âme supérieure sortie du corps, est représentée comme gardant la figure du corps, costume compris. L’âme inférieure déraisonnable restée dans le corps, est parfois représentée comme raisonnable. De là les cas de doubles plus ou moins parfaits, te môme individu dédoublé biloquant, agissant en deux lieux, conversant avec soi-même, etc. Ces histoires extraordinaires, sont au fond contraires à la théorie de toutes les sectes.
Parfois l’âme supérieure sortie du corps, apparaît sous une autre forme, mouche, grillon, etc.
  • Les morts conservent leurs amours et leurs haines, Ils se livrent aux occupations qu’ils aimaient de leur vivant, musique, danse, jeu, chasse. Les armées de jadis se font encore la guerre. Aucune théorie n’explique ces choses. Rien de plus fantastique, que les scènes macabres du folklore chinois. Le trait le plus hideux, le plus exploité, le plus rebattu, ce sont les rapports sexuels entre morts et vivants.

  • Minuit est l’heure des spectres. Le chant du coq et l’aube du jour les chassent tous. La présence d’honnêtes gens suffit aussi parfois pour les faire déguerpir. La tisane de gingembre fait revenir à eux les vivants qu’ils ont épouvantés.

  • De même qu’une âme peut passer d’un corps dans un autre, de même une partie immatérielle d’un corps peut être substituée à la partie correspondante d’un autre corps, une tête à une tête, un cœur à un cœur. Cette croyance taoïste est pratiquement admise par tous.

  • La géomancie, sous toutes ses formes, et avec toutes ses conséquences, est crue et pratiquée par tous. L’influx heureux d’un terrain faste, est dérivé sur les mem-bres d’une famille, par les ossements de leurs ancêtres enterrés dans ce terrain, ces ossements servant comme de conducteurs. L’influx peut être capté à son profit, par celui qui enterre secrètement dans le cimetière un os de l’un des siens. — L’astrologie est moins cultivée que jadis, mais elle a encore ses adeptes.

  • On peut se procurer des renseignements sur les choses d’outre-tombe, et, dans de certaines limites, sur l’avenir, par le fóu-loan, pratique spirite qui consiste à suspendre un pinceau sous un crible, au-dessus d’une feuille de papier ou d’une couche de cendre fine. L’évocateur pose la question. Le pinceau se meut, et écrit la réponse, sur le papier ou sur la cendre.

  • Un pouvoir transcendant mais li-mité, est reconnu indistinctement par tous, aux bonzes, táo-cheu, et lettrés vertueux ; spécialement au Tcha¯ng-t’ien-cheu Maître céleste Tchang, le patriarche des taoïstes (voyez TH page 1845). — Les táo-cheu ont la spécialité des  fóu charmes protecteurs, et de la capture des koèi et des ya¯o-koai. Ils les enferment dans des bouteilles, qu’ils scellent d’un sceau, et enferment dans une cave souterraine.
Le texte du livre des Mutations est très efficace contre les revenants et les maléfices.

L’aspersion par le sang de chien, rompt tous les charmes, et ôte leur pouvoir aux magiciens.
  • Les magiciens ya¯o-jenn, sont censés pouvoir faire, par leurs formules, les closes les plus fantastiques. En ce genre, les Chinois ne doutent absolument de rien. Tout est possible, disent-ils, à qui a le mot.
En particulier, les Magiciens peuvent extraire l’âme supérieure des vivants, se l’asservir, en abuser. Ils enlèvent ou changent, à volonté, des parties du corps.

Ils pratiquent toutes les formes de l’envoûtement, dessinent le portrait d’une personne qu’ils font ensuite souffrir ou mourir en y enfonçant des épingles, fabriquent des figures ou des objets en papier qu’ils lancent contre leurs victimes et qui se changent en agresseurs réels, etc.

Les histoires de ce genre, innombrables, inimaginables, vraies par tous, ont causé l’indifférentisme absolu du peuple chinois, pour tous les détails d’ordre surnaturel. Dépourvu qu’il est de critique, à tout récit merveilleux il a tôt fait de répondre « dans nos légendes nous avons plus fort que cela. »
  • Tout objet antique, devient, avec le temps, transcendant, intelligent, animé, parfois bienfaisant, ordinairement malfaisant. Par exemple, les stèles, les lions et les tortues de pierre, s’animent la nuit, revêtent d’autres formes, et font des choses inimaginables. Item tous les objets renfermés dans les tombeaux... Mais il n’en faut pas tant que cela. Une vieille corde, un vieux balai, un vieux soulier, un morceau de bois pourri, tout vieil objet, peut devenir un méi, être transcendant, féroce et homicide. Pour ne pas parler des figurines des pagodes, des sculptures des ponts, des pièces d’un jeu d’échecs, etc. Il faut absolument briser et brûler ces objets néfastes. Ils répandent alors du sang, et une odeur infecte. — Leur influx pernicieux s’ap-pelle soéi, ou  chèng. — Les démons des cauchemars s’appellent yèn.

  • Certains animaux peuvent à volonté apparaître sous forme humaine, se conduire en hommes, et avoir commerce avec les hommes. Cela est surtout le cas pour les renards. Ils se transforment en garçons ou en filles, et jouent le rôle des incubes et des succubes des légendes médiévales. Des chiens, des loups, des ailes, des porcs, et autres animaux, en font parfois autant. Ceci est d’origine bouddhique. Pour les Bouddhismes, au-cune différence essentielle entre l’homme et les animaux (TP page 359).
Les tigres réduisent en esclavage les âmes des hommes qu’ils ont dévorés. Ces âmes marchent devant eux, pour leur indiquer les pièges, pour leur servir de rabatteurs, etc.

Tous les animaux qui creusent des terriers, qui vivent dans des trous, sont un peu chênn transcendants, parce que, durant le silence des nuits, ils entendent quelque chose de ce qui se passe dans le monde inférieur, dit la théorie. — Les renards relèvent d’une juridiction spéciale, dont le centre est au mont sacré T’ái-chan.
  • A noter que l’impudicité, la prostitution, même la sodomie, quoique déclarées être choses moins raisonnables, sont jugées très bénignement dans les consultations spirites et par les tribunaux infernaux. C’est que, disent toutes les sectes, après tout, c’est faire ce que font continuellement le ciel et la terre, dont l’embrassement produit tous les êtres.

Retour au livre de l'auteur: Léon Wieger (1856-1933) Dernière mise à jour de cette page le mercredi 10 janvier 2007 12:58
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cegep de Chicoutimi.
 
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