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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Waldeck-Rousseau (1856-1904), ASSOCIATIONS ET CONGRÉGATIONS (1901)
Introduction de l'annoteur


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Pierre Marie René Ernest Waldeck-Rousseau (1856-1904), ASSOCIATIONS ET CONGRÉGATIONS. Paris : Bibliothèque Charpentier, Eugène Fasquelle, Éditeur, 1901. Une édition numérique réalisée par Claude Ovtcharenko, bénévole, journaliste à la retraite.

Introduction de l'annoteur

On a réuni en ce volume les discours de M. Waldeck-Rousseau relatifs à la loi sur le contrat d’association. On y a joint les déclarations que le chef du cabinet constitué le 22 juin 1899 fut amené à faire depuis deux ans, à propos de l’extension menaçante des congrégations religieuses. Enfin l’on a cru intéressant de placer, en tête de ce recueil, un discours de date plus ancienne : celui que M. Waldeck-Rousseau prononça à la tribune du Sénat, en 1883, au nom du ministère Jules Ferry, dans la discussion du projet de loi Dufaure, sur la liberté d’association. 

Ces pages offrent tout un corps de doctrine. La question à la fois si simple et si complexe, des associations et des congrégations, y est étudiée avec éloquence, aux points de vue juridique, historique, politique. C’est l’exposé savant et précis du grand problème social qui n’a cessé de préoccuper et de troubler le monde moderne. 

Les esprits avertis et clairvoyants, de quelque parti qu’ils se réclament, et s’ils veulent bien oublier tout à fait les colères des batailles politiques, ne découvriront ici les traces d’aucune passion, hormis celle du droit et de la liberté. Une chose les frappera, — l’inébranlable fidélité avec laquelle M. Waldeck-Rousseau est resté attaché à cette passion. En vingt ans, rien ne la vient modifier, et, lorsque l’homme politique qu’elle anime remonte au pouvoir après une longue retraite, elle reparaît en lui aussi exclusive qu’au premier jour. De même qu’il ne renie point la décisive réforme ouvrière à laquelle il donna son nom en 1884, de même il persiste à demander pour les associations et les congrégations le régime légal qu’il proposait à la Chambre dix-huit ans plus tôt. Si bien que, défendant à la tribune, en 1901, le projet de loi soumis au Parlement, il avait le droit d’affirmer que ce n’était pas là un projet de circonstance : en effet, il l’avait déposé en 1882, au lendemain de la chute du ministère Gambetta, et il l’avait repris ensuite en 1883… Pour la troisième fois il y revenait — et pour la dernière : l’intérêt de la liberté et de la République commandait de régler sans plus de retard l’intolérable situation à laquelle aucun ministère n’avait eu jusque-là le temps, la volonté ou l’énergie de remédier. 

Sans doute le parti républicain s’était souvent inquiété d’assurer la liberté d’association : comment n’aurait-il pas supporté impatiemment qu’elle demeurât encore entravée par le Code pénal ? Le Parlement avait vu naître, depuis 1871, plus de trente projets ou propositions de loi. Documents émanés de l’initiative des ministres ou des Chambres, et inspirés d’ailleurs de doctrines opposées, ils étaient signés des noms les plus divers : ceux de MM. Totain, Lockroy, Floquet, Brisson, Louis Blanc, Clemenceau, Marcel Barthe, Dufaure, Camille Pelletan, Jules Simon, Goblet, Fallières, l’abbé Lemire, etc, etc. Par quelle malchance exceptionnelle, et dont ne pouvaient se réjouir que les associations intéressées au maintien du statu quo, tous ces projets successifs furent-ils condamnés à un même avortement ? N’échouèrent-ils qu’à cause de l’exigence de quelques-uns, qui réclamaient pour les congrégations une liberté de privilège, et de l’intransigeance de quelques autres, qui les voulaient au contraire supprimer toutes et d’un coup ? 

Quoi qu’il en soit, tandis que la crainte de ces opinions extrêmes neutralisait Chambres et Gouvernements, le nombre des congrégations non autorisées augmentait dans des proportions effrayantes. C’est ainsi qu’en moins de vingt-cinq ans, de 1877 à 1900, le chiffre des religieuses non autorisées passait de 14 000 à 75 000, alors que celui des religieuses autorisées tombait de 113 750 à 54 409 !… Plus d’un siècle après la Révolution, les religieux, qui ne formaient en 1789 qu’un corps déjà fort respectable de 60 000 membres, représentaient en France une armée de 190 000 hommes ! Mais 50 millions : dix lustres à peine écoulés, l’on constate avec effroi que les biens immobiliers des congrégations atteignant la valeur d’un milliard... 

Ces richesses colossales, si rapidement accumulées entre les mains des congréganistes malgré leur vœu de pauvreté, à quoi donc serviront-elles !… Une crise politique éclaire soudain la société civile sur l’imminence du danger. Le parti clérical n’abdiquait pas. Tandis qu’on le croyait désarmé parce qu’il se disait rallié, il poursuivait sans relâche l’œuvre que lui avaient assignée ses plus hauts représentants ; la Contre-Révolution. Par la prédication, par l’enseignement, par la presse, par tous les moyens de propagande et d’embauchage qu’un pouvoir occulte aidé d’une énorme fortune met aux mains des ambitieux, il projetait de conquérir la suprématie dans l’État. Mais son impatience de dominer le trahit enfin. On le vit s’essayer à réduire ou à forcer le suffrage universel, favoriser toutes les compromissions électorales dans le dessein d’obtenir ensuite toutes les complaisances. Mieux encore ! on le surprit attentif à suivre l’agitation de la rue, souriant à la violence, stimulant les milices des conspirateurs, tout prêt peut-être à susciter l’émeute par ses revenus, car ses agents conservaient par devers eux, aux jours troublés de Paris, des quantités de ces rouleaux d’écus et de sous dont le cardinal de Retz se vantait de savoir faire un si généreux usage chaque fois qu’il rêvait de fronder et d’ébranler le pouvoir. Il semblait que la France, assourdie en outre par les promesses fallacieuses de grossiers imposteurs, allait être la proie « des moines ligueurs et des moines d’affaires ». 

Le péril devenait menaçant. Les républicains le comprirent. M. Waldeck-Rousseau se fit leur interprète en le dénonçant au pays. Toute la France libérale fut avec lui quand il montra la jeunesse nationale et la société civile si dangereusement divisées par l’ennemi dont le masque naguère était arraché par Gambetta. Certes, il ne s’agissait en aucune façon, — est-il besoin de le dire ? — d’inaugurer un régime de persécution. Ni le libéralisme de M. Waldeck-Rousseau, ni l’esprit de tolérance qui le guide ne se fussent pliés à ce genre de rigueurs. Trop respectueux de tous les droits de la conscience, trop fermement individualiste, il ne songea pas un instant, en reprenant son projet de loi sur les associations, à troubler les convictions religieuses de personne. 

Aussi bien, il l’a dit lui-même, l’association ne lui apparaît pas comme une concession de l’ordre politique, mais comme l’exercice naturel, primordial, libre, de l’activité humaine. Encore faut-il que dans toute association les principes du droit individuel soient respectés et qu’on y respecte aussi « cette autre association supérieure qui s’appelle l’État ». Or, et cela ressort de l’histoire du temps passé comme de l’observation du temps présent, il est des congrégations qui ne cessent de s’immiscer dans le domaine temporel en vue de gagner l’empire du monde. Rendre la société civile assez forte pour annihiler les entreprises dissolvantes de ces ordres monastiques, sauvegarder contre eux les droits de l’État, ce fut la préoccupation constante de tous les gouvernements soucieux de vivre sans tutelle et en sécurité. Il incombait à la République de proclamer la liberté d’association, mais il lui appartenait aussi de ne pas abandonner ce droit vital qu’a tout État de se défendre contre qui le menace. Ce fut le double but visé par M. Waldeck-Rousseau dans l’élaboration de son projet de loi. 

La lecture de cet ouvrage fera connaître mieux que tout commentaire la portée de la nouvelle loi. Nous ne voulons que rappeler l’énergie dont M. Waldeck-Rousseau fit preuve devant les Chambres. Tous les Contre-Révolutionnaires, et quelques autres adversaires aussi, attaquèrent le projet du gouvernement d’ensemble et avec fureur. Pendant six mois, M. Waldeck-Rousseau resta sur la brèche. Chaque jour, il défendit son œuvre avec cette éloquence directe, précise et persuasive qui lui a conquis tous les suffrages. S’il fut si tenace, ce n’est point qu’il eût fait de l’adoption de la loi une question personnelle, c’est simplement parce qu’il considérait la solution du problème posé par les associations et les congrégations comme l’accomplissement d’une des promesses de la Révolution. C’est pourquoi la majorité républicaine de la Chambre et du Sénat le soutint de ses votes et de ses applaudissements. 

Paris, août 1901


Retour au livre de l'auteur: Jacques Bainville, historien Dernière mise à jour de cette page le samedi 22 juillet 2006 15:22
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cegep de Chicoutimi.
 
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