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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Léon Trotsky, LEUR MORALE ET LA NÔTRE. (1938)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Léon Trotsky (1938), LEUR MORALE ET LA NÔTRE. Traduction du russe par Victor Serge. Paris: Jean-Jacques Pauvert, Éditeur, 1972, 129 pp. pp. Une édition numérique de Claude Ovtcharenko, journaliste à la retraite dans le sud de la France.

Introduction

Pierre Frank, le 8 février 1966. 

 

Leur morale et la nôtre a été écrit par Léon Trotsky dans des circonstances dramatiques.

La deuxième guerre mondiale se profilait. La guerre civile se poursuivait en Espagne et l'avantage se dessinait pour Franco. De l'autre côté, en Union soviétique, Staline effectuait son Thermidor en exécutant la grande majorité des dirigeants bolcheviks, compagnons de Lénine.

En août 1936, avait eu lieu le premier « procès de Moscou » dont les accusés principaux étaient dans le box, Zinoviev et Kamenev, mais où Trotsky et son fils Léon Sedoff se trouvaient désignés comme les principaux coupables. Dès le 2 septembre de cette année, le gouvernement norvégien faisait de Trotsky un prisonnier et le privait de tout moyen de défense, alors que les accusations contre lui remplissaient les colonnes de la presse dans le monde entier. Son fils Léon Sedoff, « Liova », menait le combat, de Paris où il était suivi pas a pas par des agents du Guépéou. Trotsky ne retrouva la possibilité de s'exprimer publiquement que le 9 janvier 1937 lorsqu'il débarqua au Mexique. Quelques jours plus tard commençait le deuxième « procès de Moscou », contre Radek, Piatakov... et également contre Trotsky et Liova. En juin 1937 étaient éliminés Toukhatchevsky et une pléiade de généraux, dirigeants des armées soviétiques.

Calomnié, condamné à mort, Trotsky se battait farouchement pour défendre son honneur et celui de la Révolution russe. Avec peine, il avait obtenu la constitution d'une Commission dirigée par le philosophe américain Dewey pour mener un « contre-procès » dans lequel il démolira totalement les accusations lancées contre lui. Avec peine, car la plupart des intellectuels dits progressistes avaient emboîté le pas à Staline. (Aucun d'eux, quand Khrouchtchev, vingt ans plus tard, dénoncera dans son rapport au XXe Congres du Parti communiste de l'Union soviétique les crimes de Staline, n'a éprouvé le besoin défaire son auto-critique.)

Mais ce n'était pas tout. Au cours de l'année 1937, Trotsky devait constater que nombre d'intellectuels, d'écrivains, d'hommes politiques, qui savaient que ces « procès » étaient des machinations, au lieu de le soutenir, les utilisaient pour engager de leur côté un procès contre le bolchevisme. Pendant des années, Victor Serge, Max Eastman, Sydney Hook, d'autres, avaient semblé partager l'analyse que Trotsky avait donné du stalinisme, à savoir une dégénérescence thermidorienne de la révolution, « dans laquelle les rapports entre Staline et Lénine seraient similaires à ceux de Napoléon et de Robespierre dans la Révolution française. Mais, sous le déluge des calomnies répandues au cours des « procès de Moscou » et des campagnes menées à leur sujet, ils se mirent à dénoncer le bolchevisme : le stalinisme, selon eux, en était le produit naturel, l'amoralisme de Staline n'était que celui du bolchevisme, de Lénine en particulier, contre lequel tant de gens s'étaient jusque-là élevés. Ces critiques reprochèrent à Lénine et à Trotsky le recours à la prise d'otages pendant la guerre civile. Ils dénoncèrent l'écrasement de la révolte de Kronstadt en 1921, la présentant comme une résistance au stalinisme (qui n'était pas né), alors que les bolcheviks y avaient vu une brèche par laquelle cherchait à pénétrer la contre-révolution. C'était de la part de ces hommes un réquisitoire contre le bolchevisme au nom de la morale. En invoquant celle-ci, ils renvoyaient dos à dos Staline et Trotsky alors que celui-là traquait celui-ci, Jusqu'à ce qu'il le fît assassiner en août 1940.

Dans ces attaques qui, au nom de la morale outragée, faisaient fi de tout ce que Trotsky avait apporté à l'analyse de la société soviétique, celui-ci voyait un renoncement à la solidarité avec la révolution socialiste, une aide à la réaction stalinienne et, pour certains, la voie vers la réaction bourgeoise. Eastman, Hook devaient devenir des maccarthystes.

Aussi décida-t-il de répondre sur le plan même où ces hommes menaient le débat. Il écrivit donc Leur morale et la nôtre dans les débuts de l'année 1938, alors qu'était annoncé le troisième des grands « procès », dont les accusés principaux furent Boukharine et Rakovsky.

Le jour même où ce pamphlet fut terminé, Trotsky apprenait que son fils Liova venait de mourir à Paris. Les circonstances de la disparition de Liova, à l'âge de 32 ans, n'ont pas été éclaircies, mais elles sont suffisamment étranges pour que, compte tenu du fait que le Guépéou surveillait tous ses gestes et lui avait tendu des traquenards, il ait sans aucun doute joué un rôle dans cette mort soudaine.

Leur morale et la nôtre parut en russe dans le Bulletin de l'Opposition, en anglais dans la revue américaine The New International. Traduit en français par Victor Serge, il ne parut dans cette langue sous forme de livre qu'en mars 1939. L'éditeur avait joint un « prière d'insérer », probablement rédigé par Victor Serge, qui - malgré une objectivité apparente - reprenait l'accusation à laquelle Trotsky avait répondu dans son pamphlet. Aussi, en juin 1939, écrivit-il un essai plus court, Moralistes et sycophantes contre le marxisme, répondant à ce prière d'insérer et a diverses critiques que le livre avait soulevées. Le déclenchement de la deuxième guerre mondiale étant survenu quelques semaines plus tard, cet essai que Trotsky considérait comme un complément faisant partie intégrante de Leur morale et la nôtre, ne fut pas publié en français. La présente édition est donc la première édition complète de Leur morale et la nôtre en langue française.

 

Pierre Frank, le 8 février 1966.


Retour à l'auteur: Léon Trotsky Dernière mise à jour de cette page le mercredi 14 mai 2008 18:38
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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