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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Les transformations du droit. Étude sociologique. (1891).
Présentation


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Gabriel Tarde, Contre Durkheim à propos de son Suicide”. Texte inédit établi et présenté par Philippe Besnard et Massimo Borlandi. Un article publié dans l'ouvrage sous la direction de Massimo Berlandi et Mohamed Cherkaoui, Le Suicide un siècle après Durkheim, pp. 219-255. Paris: Les Presses universitaires de France, 2000, 1re édition, 260 pp. Collection: Sociologies.

Présentation
par Philippe Besnard et Massimo Borlandi

« D'un bout à l'autre, son dernier ouvrage semble dirigé contre moi », écrit Gabriel Tarde à propos du Suicide de Durkheim dans son brouillon de réponse qu'il laissera inachevé. Ce jugement n'est guère exagéré. Le suicide est effectivement, en très grande partie, un livre anti-Tarde (Besnard, 1995) ; et c'est d'ailleurs bien ainsi qu'il a été compris à l'époque. 

La riposte de Tarde était donc attendue, presque inévitable. Elle était même annoncée par Tarde lui-même à Durkheim ; en témoignent deux lettres de ce dernier, d'abord celle du 16 juillet 1897 dans laquelle il indique à Tarde qu'il est bien décidé à ne pas répliquer, comme s'il était la cible et non pas l'attaquant (Borlandi, 1994), ensuite, quelques mois plus tard, en mars 1898, une lettre à Xavier Léon où il présente toujours les choses sous le même angle : « Tarde m'a annoncé son intention de me prendre une nouvelle fois à partie, et, moi je suis bien décidé à ne pas riposter, jugeant que ce débat a assez duré »(Durkheim, 1975, 464). 

Le texte que nous publions id montre que la rédaction de cette contre-attaque était largement avancée dès juillet 1897 (le livre était sorti à la fin du mois de juin). Pourquoi Tarde s'est-il arrêté à mi-chemin et a-t-il renoncé à poursuivre la controverse ? On ne peut sur ce point que faire des conjectures. 

D'abord, le maniement des données statistiques n'était pas le domaine de prédilection du chef de service de la statistique judiciaire qu'était Tarde à l'époque - et qui à ce titre avait fourni les matériaux les plus importants de l'ouvrage de Durkheim. Tarde ne répond pas d'ailleurs à certaines critiques précises de Durkheim [pp. 398-399] sur l'évolution de l'homicide en France. 

Deuxième raison possible de l'embarras de Tarde : comme il le dit lui-même au début de ce texte, il se voit amené à « suivre » Durkheim sur un « terrain », celui du suicide, qui ne lui est pas très familier. Tarde n'a vraiment traité du suicide qu'une seule fois, dans La criminalité comparée, en le rattachant dune part à l'affaiblissement des croyances religieuses, d'autre part à l'alcoolisme (1886, 177-180). Sans doute trouve-t-on dans son œuvre quelques allusions à la propagation du suicide par imitation (notamment 1890, 324, 332, 376, 396) ; mais cette idée a été surtout développée par d'autres auteurs, par exemple Aubry (1894, 161-189) ou bien Corre (1891, 207-261). 

C'est en juillet 1897 qu'on apprend qu'une chaire de philosophie sociale va être créée au Collège de France, créée en fait pour Jean Izoaulet. Durkheim pose sa candidature, le 14 juillet, dans une lettre au directeur de l'enseignement supérieur, Louis Liard. Il serait étonnant que Tarde n'ait pas eu, lui aussi, des vues sur ce poste. C'est, en tout cas, ce que supposait Durkheim : « Si ce n'est pas Izoaulet, ce sera Tarde », écrit-il à son neveu Marcel Mauss (Durkheim, 1998, 81). Tarde, pour qui le Collège de France est le seul aboutissement de carrière envisageable - il sera élu en janvier 1900 - a pu hésiter à se lancer dans une nouvelle surenchère dans la polémique publique, de plus en plus aigre, qui l'opposait à Durkheim. 

Enfin, on ne peut exclure l'hypothèse que Tarde n'ait pas été pleinement satisfait des éléments de réponse qu'il avait commencé de rédiger. 

De ce point de vue, la réponse au chapitre IV du Livre I « L'imitation », chapitre qui consiste en une attaque en règle de la théorie tardienne de l'imitation, mérite quelques commentaires, d'autant que cette « réfutation » par une « expérience décisive »a été un succès : elle a été longtemps citée dans les manuels comme un des points forts du livre de Durkheim. Or la réponse de Tarde paraît inaboutie au lecteur d'aujourd'hui. À plusieurs reprises, Tarde semble trouver les bonnes pistes, mais sans les explorer vraiment. 

La carte du suicide par arrondissements établie par Durkheim (d'où il tire la conclusion qu'il n'y a pas de foyer contagieux) ne contredit pas un modèle de diffusion par contagion. Tarde le sent, et il est sur la bonne voie quand il écrit : « La disposition en cercles concentriquement dégradés aurait lieu [...] si le suicide était un phénomène d'origine récente. » Mais la suite est moins heureuse : l'action de l'imitation s'étant accumulée avec le temps, il se produit un « nivellement », un « tassement ». Tarde pense ici à un modèle de diffusion spatiale par extension (avec nivellement par saturation), alors que c'est un processus de diffusion par migration qui ruinerait la réfutation durkheimiene. Le suicide se serait développé d'abord à Paris (ou dans les grandes villes) puis se serait déplacé vers les arrondissements voisins. Il semble que Tarde ne soit pas loin d'entrevoir cette réponse, comme le suggère le calcul qu'il tente de faire des taux de suicide à Paris et dans la Seine-et-Oise à une époque antérieure. Mais, peu à l'aise dans les calculs, il aboutit à un résultat négatif (et visiblement erroné) alors qu'il aurait pu trouver dans l'abondante littérature statistique du suicide les munitions nécessaires. 

Autre obstacle à la « bonne réponse » : le raisonnement de Tarde est imprégné de métaphores physiques - « caractère ondulatoire de la chaleur » - alors que l'analogie avec l'épidémie aurait été bien plus efficace. Il prend pourtant l'exemple d'une « maladie contagieuse », mais c'est pour se borner à dire qu'elle peut être plus virulente chez le « contagionné » que le « contagionnant », traitant ainsi les arrondissements comme des individus, au lieu de raisonner sur l'agrégation des contaminations. La distinction entre diffusion par extension et diffusion par migration n'est pas plus claire dans l'esprit de Tarde que dans celui de Durkheim (Besnard, 1995). 

Sur un autre point, Tarde ébauche une réponse adéquate. Le foyer dune contagion n'est pas nécessairement une capitale ou « un centre urbain bien visible ». Là encore, Tarde aurait pu aller plus loin : il aurait pu faire remarquer que Durkheim réintroduisait l'idée d'autorité morale des grandes villes dans son « expérience » destinée à réfuter un modèle de contagion pure qu'il s'était évertué pourtant à distinguer de l'imitation par conformisme impliquant, elle, cette notion d'autorité morale. 

Les autres réactions de Tarde au livre de Durkheim nous paraissent mériter moins de commentaires La ligne générale de sa réplique est assez typique de son argumentation habituelle dans les controverses : Durkheim croit ruiner ses thèses, alors qu'il ne fait que les conforter ; ainsi l'intégration n'est que de l'imitation. S'y ajoutent la critique récurrente des explications « ontologiques » de Durkheim chez qui la société est élevée au rang dune « personne divine ». 

La réponse sur la définition de l'imitation et sa généralité donne l'occasion à Tarde d'un développement original sur la peinture et l'œuvre d'art, « langage comme un autre » et non « imitation de la nature » ; mais ce développement est, il faut le reconnaître, très périphérique par rapport au chapitre de Durkheim. 

C'est sur le suicide militaire que la critique de Tarde est la plus acérée et fouillée Il rejette l'idée de deux types opposés de suicide (égoïste et altruiste), sans qu'on aperçoive bien comment ce rejet s'articule avec une autre critique : Durkheim n'a pas vu « l'essentiel », à savoir que le suicide militaire varie moins que le suicide civil d'une nation à l'autre. 

Tarde est plus hésitant sur le suicide anomique, il raille d'abord, dit qu'il ne comprend plus l'incidence des crises, proteste contre « l'enré­gimentation » que souhaiterait Durkheim. Mais il se rallie finalement (texte d'août 1897) à une sorte de théorie générale du suicide par la « surexcitation des désirs et des espérances » qui rendrait compte à la fois du suicide anomique et du suicide militaire. 

La quasi-totalité de ces notes a été rédigée en juillet 1897, aussitôt après la réception du livre de Durkheim. La mention de cette date figure sur plusieurs feuilles et nous ne l'avons pas reprise ici ; en revanche nous reproduisons les mentions de dates postérieures. 

Le manuscrit se compose de feuilles non numérotées, regroupées dans une chemise sur laquelle figure la mention « Contre Durkheim à propos de son Suicide », titre que nous reprenons ici. Hormis les quatre premières pages, prêtes pour la publication, il s'agit de notes plus ou moins décousues. Nous avons procédé à un regroupement thématique de ces notes, en suivant à peu près la succession des chapitres du livre de Durkheim, tout en laissant ensemble les pages rédigées visiblement à la suite les unes des autres. Les passages non liés entre eux dans le manuscrit sont séparés ici par une ligne blanche. Nous avons introduit des intertitres entre crochets carrés, crochets qui entourent aussi quelques mots manquants dans le texte ou les quelques notes en bas de page qui sont de notre fait, les autres étant de la plume de Tarde. 

Tarde cite souvent des passages du Suicide avec des indications de page que nous n'avons pas modifiées puisque la pagination est restée la même dans les éditions successives de l'ouvrage. 

Nous avons repéré et photocopié ce manuscrit durant l'été 1996 au manoir de Tarde à La Roque Gageac dans les archives privées de Tarde conservées par les soins de Mme Paul-Henri Bergeret que nous remercions d'en avoir autorisé la publication. Nos remerciements vont aussi à Yanick Muguet et Marie-France Essyad qui nous ont aidé à le transcrire.

RÉFÉRENCES 

Aubry P., 1894 [18871, La contagion du meurtre, Paris, Alcan. 

Besnard Ph., 1995, Durkheim critique de Tarde : des Règles au Suicide, in M. Borlandi et L. Mucchielli (éd.), La sociologie et sa méthode. Les Règles de Durkheim un siècle après. Paris, L'Harmattan, 221-243. 

Borlandi M., 1994, Informations sur la rédaction du Suicide et l'état du conflit entre Durkheim et Tarde de 1895 à 1897, Études durkheimiennes /Durkheim Studies, 6, 4-13. 

Corre A., 1891, Crime et suicide. Paris, Doin. 

Durkheim Émile 

- 1975, Textes, vol. 2. Paris, Minuit.
- 1998, Lettres à Marcel Mauss. Paris, PUF. 

Tarde Gabriel 

- 1886, La criminalité comparée. Paris, Alcan.
- 1890, La philosophie pénale. Paris, Maloine.

Retour à l'ouvrage de l'auteur: Gabriel Tarde Dernière mise à jour de cette page le vendredi 11 août 2006 8:44
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cegep de Chicoutimi.
 
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