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Collection « Les auteur(e)s classiques »

LES ORIGINES DE LA FRANCE CONTEMPORAINE.
Tome V: Le régime moderne (1890, 1893)
Table des matières


Une édition électronique réalisée à partir du livre d'Hippolyte Taine (1828-1893), Hippolyte Taine (1828-1893), LES ORIGINES DE LA FRANCE CONTEMPORAINE. Tome V: Le régime moderne. Paris: Les Éditions Robert Laffont, collection Bouquins, 1986, Tome II, 412 pp sur 770. Édition publiée avec le concours du Centre National des Lettres. Première édition: Hachette, 1890, 1893. Une édition numérique réalisée grâce à la générosité de M. Pierre Palpant, retraité et bénévole.

Table des matières

Préface — Avant-propos 

Livre premier
Napoléon Bonaparte

 

Chapitre I. IMPORTANCE HISTORIQUE DE SON CARACTÈRE ET DE SON GÉNIE

I.    Il est d’une autre race et d’un autre siècle. – Origine de sa famille paternelle. – Transplantation en Corse. – Sa famille maternelle. — Lætitia Ramolino. — Ses sentiments de jeunesse à l’égard de la Corse et de la France. — Indices fournis par ses premiers écrits et par son style. — Nulle prise sur lui des idées ambiantes, monarchiques ou démocratiques. — Ses impressions au 20 Juin, au 10 Août, après le 31 Mai. – Ses liaisons sans attache avec Robespierre, puis avec Barras. – Ses sentiments et son choix au 13 Vendémiaire. — Le grand condottiere. — Son caractère et sa conduite en Italie. — Son portrait moral et son portrait physique en 1798. — Ascendant précoce et subit qu’il exerce. — Son caractère et son esprit sont analogues à ceux de ses ancêtres italiens du XVe siècle.

II.    L’intelligence pendant la Renaissance italienne et l’intelligence d’aujourd’hui. — Intégrité de l’instrument mental chez Bonaparte. — Flexibilité, force et ténacité de son attention. — Autres différences entre l’intelligence de Bonaparte et celle de ses contemporains. — Il pense les choses, non les mots. — Son aversion pour l’idéologie. — Faiblesse ou nullité de son éducation littéraire et philosophique. — Comment il s’est instruit par l’observation directe et par l’apprentissage technique. — Son goût pour les détails. — Sa vision interne des lieux et des objets physiques. — Sa représentation mentale des positions, des distances et des quantités.

III.    Sa faculté psychologique et son procédé pour penser les âmes et les sentiments. — Son analyse de lui-même. — Comment il se figure une situation générale au moyen d’un cas particulier, et le dedans invisible au moyen des dehors sensibles. — Originalité et supériorité de sa parole et de son style. — Comment il les adapte aux auditeurs et aux circonstances. — Sa notation et son calcul des motifs efficaces.

IV.    Ses trois atlas. — Leur étendue et leur plénitude.

V.    Son imagination constructive. — Ses projets et ses rêves. — Débordements et excès de sa faculté maîtresse.

Chapitre II

I.    Les caractères pendant la Renaissance italienne et les caractères aujourd’hui. — Intensité des passions chez Bonaparte. — La sensibilité impulsive. — Violence de son premier mouvement. — Son impatience, sa promptitude, son besoin de parler. — Son tempérament, ses nerfs, ses défaillances. — Souveraineté habituelle de la pensée calculatrice et lucide. — Puissance et source de volonté.

II.    La passion maîtresse chez Bonaparte. — Indices précoces de l’égoïsme actif et absorbant. — Son éducation par les leçons de choses. — En Corse. — En France pendant la Révolution. — En Italie. — En Égypte. — Son idée de la société et du droit. — Elle s’achève en lui après le 18 Brumaire. — Son idée de l’homme. — Elle s’adapte à son caractère.

III.    Le despote. — Sa façon de maîtriser les volontés. — Degré d’asservissement qu’il réclame. — Sa façon d’évaluer et d’exploiter les hommes. — Ton de son commandement et de sa conversation.

IV.    Son attitude dans le monde. — Ses manières avec les femmes. — Son dédain des bienséances.

V.    Son ton et ses façons avec les souverains. — Sa politique. — Son but et ses moyens. — Comment, après les souverains, il révolte les peuples. — Opinion finale de l’Europe à son endroit.

VI.    Principe intérieur de sa conduite publique. — Il subordonne l’État à sa personne, au lieu de subordonner sa personne à l’État. — Effets de cette préférence. — Son œuvre est viagère. — Elle est éphémère. — Elle est malfaisante. — Nombre des vies qu’elle a coûtées. — Mutilation de la France. — Vice de construction dans son édifice européen. — Vice analogue dans son édifice français.

 

Livre deuxième
Formation et caractères du nouvel État
 

Chapitre I

I.    La situation en 1799. — À quelles conditions la puissance publique est capable de faire son service. — Deux points oubliés ou méconnus par les auteurs des Constitutions précédentes. — Difficulté de la besogne à faire et mauvaise qualité des matériaux disponibles.

II.    Conséquences, de 1789 à 1799. — Insubordination des pouvoirs locaux, conflit des pouvoirs centraux, suppression des institutions libérales, établissement du despo­tisme instable. — Malfaisance des gouvernements ainsi formés.

III.    En 1799, la situation est plus difficile et les matériaux sont pires.

IV.    Motifs pour ôter aux citoyens le droit d’élire les pouvoirs locaux. — Les électeurs. — Leur égoïsme et leur partialité. — Les élus. — Leur inertie, leur corruption, leur désobéissance.

V.    Raisons pour remettre en une seule main le pouvoir exécutif du centre. — Combinaisons chimériques de Siéyès. — Objections de Bonaparte.

VI.    Difficulté de constituer un pouvoir législatif. — L’élection faussée et violentée depuis dix ans. — Sentiments des électeurs en 1799. — Vivacité de la haine contre les hommes et des dogmes de la Révolution. — Composition probable d’une assemblée librement élue. — Ses deux moitiés irréconciliables. — Sentiments de l’armée. — Proximité et sens probable d’un nouveau coup d’État.

VII.    Combinaisons électorales et législatives de Siéyès. — Usage qu’en fait Bonaparte. — Paralysie et soumission des trois assemblées législatives dans la Constitution nouvelle. — Emploi du Sénat comme instrument de règne. — Sénatus-consultes et plébiscites. — Établissement définitif de la dictature. — Ses dangers et sa nécessité. — Désormais la puissance publique est en état de faire son service.

Chapitre II

I.    Service principal rendu par la puissance publique. — Elle est un instrument. — Loi commune à tous les instruments. — Instruments mécaniques. — Instruments physiologiques. — Instruments sociaux. — La perfection d’un instrument croît avec la convergence de ses effets. – Une orientation exclut les autres.

II.    Application de cette loi à la puissance publique. — Effet général de son ingérence.
III.    Elle fait le contraire de son office. — Ses empiétements sont des attentats contre les personnes et les propriétés.

IV.    Elle fait mal l’office des corps qu’elle supplante. — Cas où elle confisque leur dotation et se dispense d’y suppléer. — Cas où elle violente ou exploite leur mécanisme. — Dans tous les cas, elle est un substitut mauvais ou médiocre. — Raisons tirées de sa structure comparée à celle des autres corps.

V.    Autres conséquences. — A la longue, les corps supprimés ou atrophiés ne repoussent plus. — Incapacité sociale et politique contractée par les individus. — En quelles mains tombe alors la puissance publique. — Appauvrissement et dégradation du corps social.

Chapitre III

I.    Les précédents de l’organisation nouvelle. – La pratique. – Usurpations antérieures de la puissance publique. – Les corps spontanés sous l’Ancien Régime et pendant la Révolution. — Ruine et discrédit de leurs supports. — Le pouvoir central, seul point survivant d’attache et d’appui.

II.    La théorie. — Concordance des idées spéculatives et des besoins pratiques. — Le droit public sous l’ancien régime. — Les trois titres originels du Roi. — Travail des légistes pour étendre les droits régaliens. — Obstacles historiques. — Limitation primitive ou ultérieure du pouvoir royal. — Principe philosophique et révolutionnaire de la souveraineté du peuple. — Extension illimitée des droits de l’État. — Application aux corps spontanés. — Convergence des doctrines anciennes et de la doctrine nouvelle. — Les corps considérés comme des créations de la puissance publique. — La Centralisation par l’ingérence universelle de l’État.

III.    L’organisateur. Influence du caractère et de l’esprit de Napoléon sur son œuvre intérieure et française. — Exigences de son rôle extérieur et européen. — Suppression de tous les centres de ralliement et d’entente. — Extension et contenance du domaine public. — Raisons pour le maintien d’un domaine privé. — Part faite à l’individu. — Son enclos propre et réservé. — Débouché qui lui est ouvert au delà. — Les talents sont enrôlés au service de la puissance publique. — Constitution définitive de l’État français. — Son aptitude spéciale et sa vigueur temporaire, son manque d’équilibre et son avenir douteux.

IV.    Ses caractères généraux et son aspect d’ensemble. — Contraste entre sa structure et celle des autres États contemporains ou antérieurs. — L’ancienne France, sa pluralité, sa complication, son irrégularité. – La nouvelle France, son unité, sa simplicité, sa régularité. – Ses analogues dans l’ordre physique et dans l’ordre littéraire. – A quelle famille d’œuvres elle appartient. – Dans l’ordre politique et social, elle est le chef-d’œuvre moderne de l’esprit classique.

V.    Son analogue dans le monde antique. – L’État romain, de Dioclétien à Constantin. – Causes et portée de cette analogie. – Survivance de l’idée romaine dans l’esprit de Napoléon. – Le nouvel Empire d’Occident.

 

Livre troisième
Objet et mérites du système

 

Chapitre I

I.    Comment Napoléon entend la souveraineté du peuple. – Sa maxime sur la volonté du grand nombre et sur l’office du gouvernement. – Deux groupes de désirs prépondérants et manifestes en 1799.

II.    Besoins qui datent de la Révolution. – Manque de sûreté pour les personnes, les propriétés et les consciences. – Conditions requises pour le rétablissement de l’ordre. – Fin de la guerre civile, du brigandage et de l’anarchie. — Soulagement universel et sécurité définitive.

III.    Effets persistants des lois révolutionnaires. – Condition des émigrés. – L’amnistie progressive et définitive. – Ils reviennent. – Ils recouvrent une portion de leurs biens. Plusieurs entrent dans la nouvelle hiérarchie. – A leur endroit, la réparation est incomplète.

IV.    Confiscation des fortunes collectives. — Ruine des hôpitaux.
V.    Ruine des écoles secondaires et primaires.
VI.    Ruine des églises. – Plainte des indigents, des parents et des fidèles.
VII.    Le Concordat. – Transaction entre les droits anciens et les droits nouveaux. – Sécurité donnée aux possesseurs des biens nationaux. – Comment l’État dote l’Église.

VIII.    Comment il dote les hospices et les hôpitaux. – Comment il dote les établissements d’instruction. – Reconstruction des fortunes collectives. – Les dons de l’État son très petits. – Ses exigences sont très grandes. – Prétentions de Napoléon sur les fortunes collectives et sur les corps. – Excès et dangers de son ingérence. – En pratique, ses restaurations sont efficaces. – Satisfaction donnée aux besoins du premier groupe.

Chapitre II

I.    Besoins antérieurs à la Révolution. – Le manque de justice distributive. — Iniquité dans la répartition des sacrifices et des bénéfices sociaux. – Sous l’ancien régime. – Pendant la Révolution. – Motifs personnels et publics de Napoléon pour appliquer la justice distributive. – Circonstances favorables qu’il rencontre. – Sa règle de répartition. – Il exige à proportion de ce qu’il octroie.

II.    La répartition des charges. – Le nouveau principe fiscal et les nouvelles machines fiscales.

III.    L’impôt direct, foncier et mobilier. – En quoi la nouvelle machine est supérieure aux précédentes. – Plénitude et célérité des recouvrements. – Soulagement du contribuable. – Soulagement plus grand de l’ouvrier sans propriétés et du petit propriétaire cultivateur.

IV.    Autres impôts directs. — L’impôt des patentes. – L’impôt sur les mutations. – Les gains du travail manuel sont presque exempts de l’impôt direct. – Il y a compensation d’un autre côté. – L’impôt indirect. – En quoi la nouvelle machine est supérieure aux précédentes. – Effet total et final du nouveau régime fiscal. – Recettes plus grandes du fisc. – Charges moins lourdes du contribuable. — Changement dans la condition du petit contribuable.

V.    Le service militaire. – Ce qu’il était sous l’ancien régime. – La milice et la troupe réglée. – Nombre des soldats. – Qualité des recrues. – Avantages de l’institution. – Conséquences du principe nouveau. – Le service obligatoire et universel. – Les charges du citoyen comparées aux charges du sujet. — La conscription sous Napoléon. – Il l’atténue, puis il l’aggrave. – Ce qu’elle devient après lui. – La loi de 1818.

Chapitre III

I.    La répartition des droits. Disgraciés et préférés sous les gouvernements antérieurs. – Sous l’ancien régime. – Pendant la Révolution. – Conception égalitaire et française du droit. – Ses ingrédients et ses excès. – Satisfaction qu’elle obtient sous le régime nouveau. – Abolition des incapacités légales, égalité dans la possession des droits. – Confiscation de l’action collective, égalité dans la privation des droits. – Les carrières dans l’État moderne. — Droit égal de tous aux places et à l’avancement. – Distribution des emplois par Napoléon. – Son personnel est recruté dans toutes les classes et dans tous les partis.

II.    Le besoin de parvenir. – Limitation et conditions de l’avancement sous l’ancienne monarchie. – Effet sur les âmes. — Les ambitions sont bornées. – Débouché extérieurs qui leur restent.

III.    La Révolution leur ouvre le débouché intérieur et la carrière illimitée. — Effet sur les âmes. Exigences et prétentions de l’homme moderne. — Règle théorique pour choisir entre les concurrents. – Le suffrage populaire érigé en juge-arbitre. – Conséquences de son arbitrage. – Indignité de ses choix.

IV.    Napoléon, juge du concours. – Sécurité de son siège. – Indépendance de ses arrêts. – Suppression des anciennes influences, et fin des manèges monarchiques ou démocratiques. – Autres influences contre lesquelles il est en garde. – Sa règle de préférence. — Évaluation des candidats d’après la quantité et la qualité du travail utile qu’ils fourniront. – Sa compétence. – Sa perspicacité. – Sa vigilance. – Zèle et travail de ses fonctionnaires. – Effet du concours ainsi jugé et des fonctions ainsi exercées. – Les talents sont utilisés et les jalousies sont désarmées.

V.    Le concours et les prix. – Multitude des places. – Comment leur nombre est accru par l’extension du patronage central, du territoire français et de l’ascendant politique. – Situation d’un Français à l’étranger. – Sa qualité de Français équivaut à un grade. – Rapidité de l’avancement. – Élimination incessante et vacances multipliées dans les cadres militaires. – Élimination préalable dans les cadres civils. — Proscription des hommes cultivés et interruption de l’enseignement pendant la Révolution. – Rareté de l’instruction générale ou spéciale en 1800. – Petit nombre des candidats capables. – Le manque de compétiteurs leur facilite l’avancement. – Grandeur et attrait des prix offerts. – La Légion d’honneur. – La noblesse impériale. – Les dotations et les majortats. – L’émulation.

VI.    Le ressort interne de 1789 à 1815. – Sa force. — Sa déformation. – Comment il finit par détraquer la machine.

 

Livre quatrième
Le défaut et les effets du système

 

Chapitre I

I.    Les deux ressorts de l’action humaine. – L’instinct égoïste et l’instinct social. – Motifs pour ne pas affaiblir l’instinct social. – Influence sur chaque société de son statut. – Les clauses du statut dépendent du législateur qui les agrée ou les impose. – Conditions du bon statut. – Il favorise l’instinct social. – Il est différent pour des sociétés différentes. – Il est déterminé par les caractères propres et permanents de la société qu’il doit régir. – Vice capital du statut sous l’ancien régime. – Vice capital du statut sous le régime nouveau.

II.    Les sociétés locales. – Leur caractère principal et distinctif. – Leur type étroit et réduit. – Une maison d’Annecy et de Grenoble. – L’association y est forcée. – Son objet est limité. – Elle est d’ordre privé.

III.    Analogie des autres sociétés locales, commune, département ou province. – Intérêts communs qui commandent l’action collective. – Deux objets de l’entreprise, soin de la voie publique et défense contre les fléaux qui se propagent. – Pourquoi la collaboration est obligatoire. — Involontairement, et par le seul effet de la proximité, les voisins sont solidaires. — Bon gré, mal gré, chacun participe aux bénéfices. — Quelle part chacun doit supporter dans les frais. Avantages égaux pour chacun. — Avantages inégaux et proportionnels pour chacun à sa dépense sur place, à ses bénéfices industriels ou commerciaux, à la valeur locative de ses immeubles. — Quote-part due par chacun dans les frais, d’après sa part égale et d’après sa part proportionnelle dans les avantages.

IV.    Ainsi constituée, la société locale est une personne collective. — Son cercle d’initiative et d’action. — Ses rapports avec l’État. — Distinction entre le domaine public et le domaine privé.

V.    Cas où l’État abdique. – L’anarchie pendant la Révolution. – Cas où l’État usurpe. – Le régime de l’an VIII. – Restes d’indépendance locale sous l’ancien régime. — Ils sont détruits par le régime nouveau. — La société locale après 1800.

VI.    Les listes de notabilités. — Sénatus-consulte de l’an X. — L’institution libérale devient un instrument de règne. — Mécanisme des candidatures et des nominations. — Décret de 1806 et suppression des candidatures.

VII.    Qualité des conseillers municipaux et généraux sous le Consulat et l’Empire. Objet de leurs assemblées. — Limites de leurs pouvoirs. — Leur rôle effectif. — Rôle du préfet et du gouvernement. — Ascendant personnel de Napoléon.

VIII.    L’institution demeure intacte sous la Restauration. – Motifs des gouvernants. – Excellence de la machine. – Abdication des adminis­trés.

Chapitre II

I.    La société locale depuis 1830. — Introduction d’un moteur interne. — Il reste subordonné au moteur externe. — Sous un régime de suffrage universel, cette subordination est un bienfait.

II.    Le suffrage universel, appliqué au gouvernement de la société locale. — Deux cotes pour les frais de la société locale. — En équité, le chiffre fixe de la première et le chiffre moyen de la seconde devraient être égaux. — En pratique, le chiffre de la première est maintenu très bas. — Comment le nouveau régime financier pourvoit aux dépenses locales. — Les centimes addition­nels. — Comment, à la campagne et à la ville, le petit contribuable est dégrevé. – Sa quote-part dans la dépense locale est réduite au minimum. — Sa quote-part dans la jouissance locale reste intacte et pleine. — Par suite, le contribuable gros ou moyen, outre sa charge, porte en surcharge tout le fardeau dont le petit contribuable est allégé. — La surcharge croît avec le nombre des allégés. — Nombre des allégés. — La surcharge des gros et moyens contribuables est une aumône qu’ils font. — La décharge des petits contribuables est une aumône qu’ils reçoivent.

III.    Compensation possible dans l’autre plateau de la balance. — Quelle doit être, d’après la justice distributive, la répartition des droits. — En toute société d’actionnaires. — Dans la société locale limitée à son objet naturel. — Dans la société locale chargée de fonctions supplémentaires. — Le statut local en Angleterre et en Prusse. — L’échange est équitable, quand les charges sont compensées par les droits.

IV.    Comment le suffrage universel, égal et compté par têtes, s’est introduit dans la société locale. — Objet et procédé du législateur français. — Nulle distinction entre la commune rurale et la commune urbaine.

V.    Effets de la loi sur la commune rurale. — Disproportion entre les lumières de ses représentants élus et l’œuvre dont ils sont chargés. — Le maire et le conseil municipal. — Manque du conseiller compétent. — Le secrétaire de la mairie. — Le chef ou sous-chef de bureau à la préfecture.

VI.    Effets de la loi sur la commune urbaine. — Disproportion entre la capacité administrative de ses représentants élus et l’œuvre dont ils sont chargés. — Manque du gérant spécial et permanent. — Le conseil municipal et le maire. — Le conseil général et la commission intérimaire.

VII.    Le préfet. – Son rôle prépondérant. – Ses concessions obligatoires. – Son principal objet. — Transaction entre l’autorité centrale et les jacobins de l’endroit. – Effet sur l’administration locale, sur le personnel administratif, et sur les finances locales.

VIII.    État présent de la société locale. – Considérée commun un organisme, elle est mort-née. – Considérée comme un mécanisme, elle se détraque. – Deux conceptions successives et fausses du gouvernement local. – En théorie, elles s’excluent l’une l’autre. – En pratique, leur amalgame aboutit au régime actuel.

 

Livre cinquième
L’Église
 

Chapitre I

I.    La centralisation et les sociétés morales. – Motifs de l’État pour absorber les Églises. – Leur influence sur la société civile.

II.    Opinions personnelles de Napoléon sur la religion et les religions. – Ses motifs pour préférer les religions établies et positives. – Difficulté de tracer les limites de l’autorité spirituelle et de l’autorité temporelle. – Partout, sauf dans les pays catholiques, les deux sont réunies en une seule main. – Impossible en France d’opérer cette réunion par voie autoritaire. – Procédé de Napoléon pour arriver au même but par un autre chemin. – Il compte dominer l’autorité spirituelle par l’influence des intérêts temporels.

III.    Services qu’il tire du pape. – Démission ou destitution des anciens évêques. -- Fin de l’Eglise constitutionnelle. – Droit de nommer les évêques et d’agréer les curés attribué au Premier Consul.

IV.    Autres services qu’il attend du pape. – Sacre de Napoléon à Notre-Dame. – Théorie napoléonienne de l’empire et du saint-siège. – Le pape feudataire et sujet de l’empereur. – Le pape fonctionnaire, installé à Paris, archichancelier des choses spirituelles. – Conséquences pour l’Italie.

V.    Services que Napoléon tire ou attend du clergé français. – Sa conception romaine du pouvoir civil. – Développement de cette conception par ses légistes. — Toute société religieuse doit être autorisée. – Statut légal qui fixe la doctrine et la discipline des quatre Églises autorisées. Statut légal de l’Église catholique. – Sa doctrine et sa discipline seront celles de l’ancienne Église gallicane. – Situation nouvelle de l’Eglise française et rôle nouveau du pouvoir civil. – Il se décharge de ses anciennes obligations. – Il conserve et augmente ses droits régaliens. – L’Église de France avant 1789 et après 1802. – Prépondérance accrue et domination complète du pouvoir civil.

VI.    Motifs pour supprimer le clergé régulier. – Communautés autorisées. – L’autorisation est révocable.

VII.    Régime auquel est soumis le clergé séculier. – Restauration et application des doctrines gallicanes. – Gallicanisme et soumission du nouveau personnel ecclésiasti­que. – Mesures pour maintenir le clergé présent dans l’obéissance et pour dresser à l’obéissance le clergé futur. – Les séminaires, – Petit nombre des ordinations permises. — Conditions auxquelles elles sont accordées. — Procédés contre les professeurs suspects et les élèves indisciplinés.

VIII.    Changements dans la hiérarchie ecclésiastique. – Motifs pour assujettir le bas clergé. – Amovibilité des succursalistes. – Accroissement de l’autorité épiscopale. – Prises de Napoléon sur les évêques.

IX.    Emploi politique de l’épiscopat. – Le catéchisme impérial. – Les mandements.
X.    Le concile de 1811. – Le concordat de 1813 : 633

Chapitre II

I.    Les effets du système. – Achèvement de la hiérarchie ecclésiastique. — Omnipotence du pape dans l’Église. – Influence du Concordat français et des autres précédents depuis 1801 jusqu’à 1870. – Pourquoi le clergé devient ultramontain. – Le dogme de l’infaillibilité.

II.    L’évêque dans son diocèse. – Changement dans sa situation et dans son rôle. — Abaissement des autres autorités locales. – Diminution des autres autorités ecclésiastiques. – Effacement du chapitre et de l’officialité. — L’évêque, seul dispensateur des sévérités et des faveurs. – Emploi de l’amovibilité. – Le clergé du second ordre est soumis à la discipline militaire. – Pourquoi il s’y soumet.

III.    Changement dans les mœurs de l’évêque. – Ses origines, son âge, sa compétence, son train, son travail, son initiative, ses entreprises, son ascendant moral et social.

IV.    Les subordonnés. – Le clergé séculier. – Son extraction et son recrutement. – Comment il est préparé et entraîné. – Le petit séminaire. – Le grand séminaire. – Les conférences mensuelles et la retraite annuelle. – Les Exercitia. – La Manrèze du prêtre. – Le curé dans sa paroisse. – Difficulté de son rôle. – Sa patience et sa correction.

Chapitre III

I.    Le clergé régulier. – Différences dans la condition des deux clergés. – Les trois vœux. – La règle. – La vie en commun. – Objet du système. — Suppression violente de l’institution et de ses abus en 1790. – Renaissance spontanée de l’institution débarrassée de ses abus après 1800. – Caractère démocratique et républicain des constitutions monastiques. Végétation des anciennes souches et multiplication des plants nouveaux. – Nombre des religieux et nombre des religieuses. – Proportion de ces nombres et de la population totale en 1789 et en 1878. – Prédominance des instituts laborieux et bienfaisants. – Comment ils se forment et s’étendent. – L’instinct social et le contact du monde mystique.

II.    La faculté mystique. – Les sources et son œuvre. – Le christianisme évangélique. — Son objet moral et son effet social. – Le christianisme romain. — Développement de l’idée chrétienne en Occident. – Influence de la langue et de la jurisprudence romaines. – La conception romaine de l’État. – La conception romaine de l’Église.

III.    Le catholicisme actuel et ses caractères distinctifs. – L’autorité, son prestige, ses supports. – Les rites, le prêtre, le pape. – L’Église catholique et l’État moderne. – Difficultés qui naissent en France de leurs constitutions respectives.

IV.    Autres inconvénients du système français. – Conception nouvelle et scientifique du monde. – Comment elle s’oppose à la conception catholique du monde. — Comment elle se propage. – Comment l’autre se défend. – Les pertes et les gains de la foi catholique. – Son domaine étroit et son domaine large. – Effets de la forme catholique et française sur le sentiment chrétien en France. – Il a grandi dans le clergé et diminué dans le monde.

 

Livre sixième
L’école
 

Chapitre I

I.    L’enseignement public et ses trois effets. – Influences du maître, des condisciples et du règlement. – Cas où les trois pressions convergent pour produire un type défini d’homme fait.

II.    Objet de Napoléon. – Le monopole universitaire. – Renaissance et multitude des établissements privés. – Ils sont mal vus de Napoléon. – Ses motifs. – Les entreprises privées font concurrence à l’entreprise publique. – Mesures contre elles.— L’autorisation préalable et la fermeture facultative. – Taxes sur l’enseignement libre et rétribution universitaire. – Décret de novembre 1811. – Limitation de l’enseignement secondaire dans les établissements privés. – Comment l’Université leur prend leurs élèves. – L’externat obligatoire. – Limitation du nombre de leurs pensionnaires. – Mesures pour restreindre ou assimiler les établissements ecclésiastiques. – Racolement forcé dans les familles notables et mal pensantes. – Napoléon seul et universel éducateur dans son empire.

III.    Sa machine. – Le corps enseignant. – Comment ses membres arriveront à se sentir solidaires. — Hiérarchie des grades. – Primes offertes à l’ambition et satisfactions ménagées à l’amour-propre. – Principe monastique du célibat. – Principe monastique et militaire de l’obéissance. – Les obligations contractées et la discipline imposée. – L’École Normale et le recrutement de l’Université future.

IV.    L’objet du corps enseignant est l’adaptation de la jeunesse à l’ordre établi. – Deux sentiments requis chez les enfants comme chez les adultes. – L’acceptation passive de la règle. – Etendue et minutie de la règle scolaire. – Le désir de primer et l’émulation. – Concours incessants et distribution annuelle des prix.

V.    Préparation militaire et culte de l’Empereur.

Chapitre II

I.    L’instruction primaire. – Sujétions supplémentaires et spéciales de l’instituteur. – La surveillance ecclésiastique. – Motifs de Napoléon. — Limitation de l’enseignement primaire. – Préférence pour les Frères ignorantins. – Le catéchisme impérial.

II.    L’instruction supérieure. — Caractères et conditions des Universités scientifiques. – Motifs contre elles. – En quoi elles répugnent au système français. – Comment il les remplace. – Etendue de l’enseignement secondaire. – Dans le nouvel ordre social, il suffit aux besoins. – Carrières auxquelles il conduit. – Les Écoles spéciales. – Napoléon les veut professionnelles et pratiques. – L’École de Droit.

III.    Couronnement de l’édifice universitaire. – La croyance fondée sur le procédé probant. – Comment elle associe les hommes et fait une Église laïque. – Puissance sociale de cette Église. – Les autorités scientifiques et littéraires. – Comment Napoléon les enrôle dans ses cadres. – L’Institut, appendice de l’État.

IV.    Prises du gouvernement sur les membres de l’Institut. – Comment il les réprime et les contient. – Cercle dans lequel la pensée laïque peut se mouvoir. – Faveur et liberté des sciences mathématiques, physiques et naturelles. – Défaveur et resserrement des sciences morales. – Suppression de la classe des sciences morales et politiques. – Elles sont choses d’État, incluses dans le domaine propre de l’Empereur. – Mesures contre l’idéologie, contre l’étude philosophique ou historique des lois, contre l’économie politique et la statistique. — Accaparement de l’histoire.

V.    Mesures contre les écrivains proprement dits et les vulgarisateurs. – La censure, la direction des théâtres, de la librairie et de l’imprimerie. – Etendue et minutie de la répression. – Insistance de la direction et de l’impulsion. – Objet final, ensemble et beauté logique du système total : – Comment il se détruit lui-même.

Chapitre III

I.    Histoire de la machine napoléonienne. – De ses deux bras, le premier, qui opère sur les adultes, se désarticule et se casse. – Le second, qui opère sur la jeunesse, fonctionne intact jusqu’en 1850. – Pourquoi il demeure intact. – Motifs des gouvernants. – Motifs des gouvernés.

II.    La loi de 1850 et la liberté d’enseignement. – Son objet apparent et ses effets réels. – Alliance de l’État et de l’Église. – Le monopole de fait. – Direction ecclésiastique de l’Université jusqu’en 1859. – Rupture graduelle de l’alliance. – La direction de l’Université redevient laïque. – L’intérêt laïque et l’intérêt clérical. – Séparation et satisfaction de ces deux intérêts jusqu’en 1876. – Instabilité de ce régime. – Motifs de l’état pour reprendre la haute main. – En fait, les parents n’ont que le choix entre deux monopoles. — Décadence originelle et forcée des institutions privées. – Achèvement de leur ruine après 1850 par la double concurrence trop forte de l’Église et de l’État. – L’Église et l’État seuls éducateurs survivants. – Direction intéressée et doctrinale des deux enseignements. – Divergence croissante de deux directions. – Leur effet sur la jeunesse.

III.    Les vices internes du système. – L’internat sous une discipline de caserne ou de couvent. – Nombre et proportion des internes dans les établissements de l’État et dans les établissements de l’Église. – Point de départ de l’internat français. – La société scolaire conçue non comme un organisme distinct de l’État, mais comme un mécanisme manœuvré par l’État. – Conséquences de ces deux conceptions. – Pourquoi l’internat s’est introduit et renforcé dans les établissements ecclésiastiques. – Effets de l’internat sur l’adolescent qui en sort. – Lacunes de son expérience, erreurs de son jugement, éducation nulle de sa volonté. – Aggravation du mal par le régime français des écoles spéciales et supérieures.

IV.    Autre vice du système. – Point de départ de l’enseignement supérieur en France. – Substitution des écoles d’État spéciales aux universités encyclopédiques et libres. – Effet de cette substitution. – Les examens et les concours. – La culture artificielle, intense et forcée. – Comment elle est arrivée à l’outrance. – Excès et prolongation des études théoriques. – Insuffisance et retard de l’apprentissage pratique. – Comparaison de ce système et des autres, en France avant 1789, en Angleterre et aux États-Unis. – Les forces perdues. – Emploi erroné et dépense excessive de l’énergie mentale. – Depuis 1889, toute la jeunesse y est condamnée.

V.    L’instruction publique depuis 1870. – Concordance de la conception napoléonienne et de la conception jacobine. – Extension et aggravation du système. – Le procédé déductif de l’esprit jacobin. – Ses conséquences. – Dans l’enseignement supérieur et dans l’enseignement secondaire. – Dans l’enseignement primaire. – L’enseignement primaire gratuit, obligatoire et laïque.

VI.    Effet total et actuel du système. – Disconvenance croissante de l’éducation préalable et de la vie adulte. – Altération de l’équilibre mental et moral dans la jeunesse contemporaine.

Retour à l'oeuvre de l'auteur: Hippolyte Taine (1828-1893) Dernière mise à jour de cette page le mardi 14 novembre 2006 8:21
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cegep de Chicoutimi.
 
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