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Collection « Les auteur(e)s classiques »

QUELQUES CONTES CRÉOLES recueillis par Madame Schont (1935)
Note au lecteur


édition électronique réalisée à partir du livre, QUELQUES CONTES CRÉOLES recueillis par Madame Schont, professeur agrégée au Lycée Carnot, avec un note au lecteur de M. Charles Moynac, ancien professeur au Lycée de Pointe-à-Pitre. Gouvernement de la Guadeloupe et dépendances, 1935, 111 pp. Ouvrage publié à l'occasion du tricentenaire des Antilles.

Note au lecteur

L'enfance créole a été bercée par les contes dont ce recueil a réuni les plus caractéristiques. Il ne faudrait pas, toutefois, que ce terme de caractéristique créât une confusion , on serait, en effet, déçu si on s'attendait à trouver, dans ces récits, des créations originales du génie créole. Ils ont été, en effet, empruntés à des sources étrangères : soit au fond inépuisable des légendes orientales, soit aux œuvres médiévales dont le roman de Renart est le prototype. Passés de la source écrite à la tradition orale, ils ont subi les déformations inévitables aux récits qui ne revêtent plus la forme concrète de l'écriture. Suivant les goûts de l'auditoire, la sélection a, retenu ceux qui s'adaptaient le mieux au tempérament créole. Si donc ils n'ont pas été imaginés primitivement par les conteurs autochtones, ils n'en sont pas moins représentatifs de l'esprit local et de ses aspirations.

Après avoir ainsi rendu à César ce qui est à César, il est possible de classer les contes de ce recueil en trois genres distincts qui répondent aux tendances communes à tous les peuples jeunes qui ont connu l'oppression et qui, désespérant d'y échapper par leurs propres forces, ont placé les seuls espoirs de leur délivrance dans les moyens surnaturels, ou dans l'emploi de la ruse qui vient à bout de la force. Il y a ainsi les récits fantastiques, les fables où les animaux représentent les hommes, et les petits romans d'origine plus récente.

La croyance au merveilleux, aux aventures extraordinaires, qui n'ont aucun souci de la vraisemblance, est la marque des contes d'origine orientale dont la plupart remontent à la fable indienne. Le fond en est invariablement le même ; seules, les circonstances varient. Le héros de l'histoire rencontre des personnages inconnus auxquels, par bonté naturelle, il rend, malgré sa faiblesse ou sa pauvreté, des services désintéressés, se dépouillant parfois, en leur faveur, de tout ce qu'il possède. Mais ces êtres, rencontrés par hasard, sont des génies ou des fées doués de pouvoirs surnaturels, qui, pour récompenser leur bienfaiteur, lui confèrent des dons grâce auxquels il triomphera de tous les obstacles. À un point de vue très général, c'est la vieille morale de nos mélodrames qui veut que, fatalement, au cinquième acte, le vice soit puni et la vertu récompensée. C'est la croyance à la juste répartition des biens et des maux, aux réparations de l'au-delà : seule consolation de ceux qui, au cours de leur terrestre existence, ont été les victimes des injustices sociales.

Le même besoin de justice immanente inspire les fables d'origine médiévale où, par la ruse, le plus faible l'emporte sur le plus fort. C'est le subtil Ulysse dans l’antre du cyclope Polyphème ; la victoire de l'esprit sur la matière ; de l'intelligence sur la force physique. Cette victoire est, le plus souvent, acquise par des moyens dont l'élément moral est absent ; mais les enfants n'y regardent pas de si près. L'astuce de Lapin, qui dupe à sa guise Zamba fort et glouton, les transporte et les comble de joie. Quand, à la fin de la fable, Zamba s'enfuit furieux et battu, leurs rires éclatent. Polichinelle a rossé le Commissaire et ses agents : tout est pour le mieux.

Enfin quelques contes : Cendrillon ou Barbe B1eue sont d'origine plus récente et dénotent une psychologie plus compliquée : indice d'une civilisation où l'homme est déjà plus éloigné de la nature, où les instincts primitifs sont refrénés par l'éducation, où les passions humaines deviennent les ressorts de l'action ; une autre humanité y apparaît.

Madame Schont a recueilli ces divers récits de la bouche même des conteurs. Avec une conscience et une patience admirables, elle leur a conservé, par le souci de l'exactitude, par la minutie du détail, toute la saveur dit terroir que la traduction aurait pu leur enlever. Tels qu'ils sont, ils forment de charmantes pièces d'anthologie : résultat d'un travail où l'art se dissimule à force de simplicité, et qui, en tout état de cause, méritait d'être fait.

Il s'en dégage une haute leçon morale ; dans cette suite de récits, il n'y a, rien qui se rapporte aux traditions ancestrales, rien qui révèle l'origine africaine. Tout a été importé, tout est venu du dehors, si bien que l’on se trouve en présence de groupements humains amenés à la Guadeloupe par la force et par la violence. Ces êtres malheureux n'ont pas été seulement arrachés ait sol natal, dépouillés de leurs biens, mais aussi de leurs idées, de leurs traditions, de leur passé. Il ne peut pas y avoir de spoliation plus complète, et celte absence de tradition explique, mieux que tout autre cause, comment les populations Antillaises ont pu s’assimiler, sans réserve et d'une manière totale, notre langue, nos mœurs, notre civilisation.

Ch. MOYNAC.

NOTE DE LA DIRECTION. - Tout en respectant le point de, vue développé par l'Auteur de cette préface, il est permis d'avancer qu'une étude comparative des contes guadeloupéens et du folklore africain dégagerait des survivances africaines dans les récits populaires antillais.
L. J. B.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 7 mars 2009 14:04
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cegep de Chicoutimi.
 
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