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Collection « Les auteur(e)s classiques »

LA MARTINIQUE. ÉTUDE GÉOGRAPHIQUE ET HUMAINE. (1949)
Avant-propos


Une édition électronique réalisée à partir du texte d'Eugène Revert, LA MARTINIQUE. ÉTUDE GÉOGRAPHIQUE ET HUMAINE. Paris: Nouvelles Éditions Latines, 1949, 559 pp. Collection: Bibliothèque de l'Union française. Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, bénévole, professeure retraitée de l'enseignement de l'École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi, Ville de Saguenay.

Avant-propos

Lorsque je débarquai à la Martinique, par un clair matin de Septembre 1927, je n'imaginais certes point qu'elle m'offrirait, vingt ans après, l'occasion d'une double thèse de géographie. Une humeur vagabonde m'avait d'abord conduit en Finlande, à la recherche du culte de l'ours. Je me retrouvais quatre ans plus tard en Syrie avec l'intention avouée d'étudier les origines chrétiennes. Le hasard fit de moi le témoin d'aventures très contemporaines, comme la révolte et l'incendie de Damas en Octobre 1925. Après un an de France je repartais vers les Antilles dont je songeais à étudier l'histoire en même temps que le présent. Je me rendis un compte rapide de l'erreur d'appréciation alors commise. Les archives martiniquaises ont été soumises à tant de mauvais traitements qu'il y a presque lieu de s'étonner qu'elles n'aient pas entièrement disparu. Les documents essentiels sont à Paris. La plupart d'entre eux ont besoin d'être soumis à une critique serrée : la recherche de la vérité pure n'a jamais obsédé beaucoup les Antillais, ni même ceux qui étaient chargés de les administrer.

J'en arrivai donc à penser que le mieux était sans doute de regarder le pays et ses habitants. Une éruption de la Montagne Pelée étant survenue, je pus me faire détacher pour six mois à l'Observatoire. Je trouvai également le moyen de me mêler quelque peu à la vie, voire même à la politique locale, ce qui ne plut pas outre mesure au gouverneur d'alors. Je rentrai dont en France à la fin de 1932 avec un volumineux paquet de notes que je réemportai avec moi lorsque je regagnai la colonie en 1937 comme chef du service de l'Instruction Publique. J’utilisai mes nouvelles fonctions, auxquelles vinrent s'ajouter celles de chef du service de l'Information en 1939, comme un moyen supplémentaire de courir le pays. Les Sentiers des hauteurs me conduisirent à des écoles de mornes que personne n'avait inspectées depuis de nombreuses années. J'eus également l'occasion d'exécuter quelques débuts de fouilles précolombiennes pour le compte du Musée de l'Homme en 1939 et 1940. Mais les évènements m'incitèrent alors à demander mon rappel et je quittai l'île en Février 1941. Depuis la Libération une abondante correspondance me tient au courant de ce qui se passe là-bas. C'est le résultat de cette expérience que j'ai essayé de traduire dans le livre que je présente aujourd'hui. Je l'ai conçu tout naturellement sous la forme classique d'une étude régionale : la Martinique est une île de petites dimensions : il est possible de la parcourir en entier, d'en saisir à peu près tous les rouages visibles ou cachés, d'y étudier en un mot cette action réciproque de la nature sur l'homme et de l'homme sur la nature qui est le cœur même de la géographie. Je me suis efforcé en toute sincérité de prendre la vraie mesure du pays sans trop m'inquiéter des barrières que d'aucuns veulent poser entre des disciplines voisines, alors que le réel est continu. Cela m'a conduit par exemple à insister sur les précolombiens ou sur la vie Martiniquaise. Ai-je besoin de dire que je n'en éprouve aucun remords ?

J'ai fortement abrégé le manuscrit primitif, sur lequel j'ai soutenu mes thèses. Je me suis efforcé de l'alléger de beaucoup de discussions techniques et de la plupart des « preuves » statistiques qui l'alourdissaient. On pourra souligner au passage l'emploi d'apparence abusif qu'il m'est arrivé de faire de la première personne et des majuscules. J'ai tenu à montrer sur le premier point qu'il s'agissait alors d'enquêtes personnelles, ce qui en marque d'office les limites. Sur le second, j'ai fini, après beaucoup d'hésitations, par céder à la tradition locale qui tend à tout individualiser, personnaliser. Rivière-Pilote, Rivière-Madame, Rivière-Salée, par exemple, sont des expressions indissolubles et toujours employées comme telles. « L'Usine » est une entité mythique. Il en est presque de même pour certains services administratifs, celui des Travaux Publics en particulier. On me pardonnera donc d'avoir à mon tour sacrifié à ce qui n'est peut-être qu'une survivance très lointaine de l'animisme primitif.

Il me faudrait un chapitre entier pour nommer et remercier tous mes collaborateurs bénévoles. Un livre comme celui-ci est pour beaucoup le résultat d'un large effort collectif dont l'auteur n'est que le meneur de jeu et le metteur en œuvre. Qu’on me permette de citer d'abord ceux qui ne sont plus, mon cher collègue Boutin, directeur de l'Observatoire, avec lequel j'ai vécu dans une telle communauté de pensées pendant l'éruption de 1929-1932 que je ne sais plus, dans les chapitres consacrés au volcan, ce qui doit lui être attribué et ce qui me revient en propre, M. Legros, qui a guidé mes premiers pas à la Martinique et fait connaître la Savane des Pétrifications en même temps qu'il me fournissait sur l'histoire récente et les quimboiseurs d'inestimables renseignements, Me Magallon-Graineau, conseiller général de Basse-Pointe, longtemps rapporteur du budget, qui fut pour moi, vingt ans durant, le plus fidèle et le plus sûr des amis, le bon chanoine Tostivint enfin qui se plaisait à éclaircir pour l'indigne disciple que j'étais les « Grandes énigmes de l'antique Madinina ».

Je dois une particulière reconnaissance à M. Kervégant, chef du Service de l'Agriculture et à son adjoint M. Berté qui m'ont fourni et continuent à me fournir avec un amical dévouement et une compétence qui n'est jamais en défaut tous les renseignements dont je puis avoir besoin. Des chapitres entiers n'auraient pu être écrits sans leur aide constante. J'ai disserté sur le tourisme, et bien d'autres choses encore, avec M.-L. Calvert, l'un des hommes les plus avertis et l'un de mes plus fidèles compagnons de Martinique. Le P. Delawarde a participé a toutes les recherches précolombiennes que j'ai pu faire en même temps qu'il m'apportait le plus précieux concours pour l'étude de cette vie paysanne dont il a projeté dans son livre une image d'une ressemblance si exacte et pourtant idéale. J'ai recueilli du Dr Montestruc, directeur de l'Institut Pasteur, avec qui j'ai tant de fois couru les mornes du Sud, les plus précieuses données sur l'anthropologie et la géographie médicale de l'île. MM. Labat, Lorieau et Midas ont avec moi exploré et observé la montagne. MM. Romer et Frolow m'ont ouvert les archives du nouveau service de Météorologie et de Physique du Globe. Le Dr Rose-Rosette a presque fait de moi un théoricien de l'élevage martiniquais, assaisonnant ses leçons de ces délicieuses histoires créoles que nul ne raconte aussi bien que lui. MM. Saint-Olympe et Tenitri m'ont dévoilé les arcanes des Contributions Indirectes, M. Destrehem celles des Douanes.

Puis-je dire aussi combien est grande ma dette vis-à-vis de mes collaborateurs du Service de l'Instruction Publique dont beaucoup étaient déjà mes amis lors de mon premier séjour ? J'ai passé chez M. Saldès à Sainte-Marie ma dernière soirée de Martinique, le 8 février 1941. Grâce à lui, je suis presque citoyen du bourg, comme de la « Rue Mulâtre ». Au Gros-Morne d'abord, puis sous les cocotiers de l'Anse-Mitan quelles longues causeries avec M. Roselly et le cercle d'amis sûrs qu'il se plaît à réunir autour de lui ! M. F. Vildrin, secrétaire de l’I. P., a toujours été pour moi le conseiller le plus écouté et le plus averti. J'ai d'abord connu MM. Réjon et Symphor au syndicat des instituteurs. L'un est aujourd'hui maire de Trinité et l'autre du Robert. Ils siègent tous deux au Conseil Général que le second a présidé [1]. Me sera-t-il permis de dire que malgré la déférence que je dois à leurs hautes fonctions c'est l'amitié qui de beaucoup, chez moi, l'emporte à leur égard et que je me souviens toujours avec émotion de nos mémorables « sorties » au Vert-Pré ou aux îlets du Robert ? J'ai agité avec eux presque toutes les questions intéressant la Martinique et utilisé systématiquement leurs écrits.

M. V. Sévère, ancien député maire de Fort-de-France, a toujours suivi mes travaux avec sympathie. M. Lagrosillière qui a représenté la Martinique au Parlement de longues, années durant m'a permis de retourner dans son pays en 1937. Il m'a introduit dans les milieux les plus variés et m'a fait largement profiter de son expérience unique des hommes et des choses des Antilles.

La bienveillance administrative ne m'a point fait défaut, à mon second séjour tout au moins. MM. les gouverneurs Alberti, Allys, Spitz et Bressolles se sont personnellement intéressés à mes efforts. Les bureaux du gouvernement m'étaient largement ouverts, que ce fût celui des communes, dirigé par M. A. Wiltord, ou celui des finances où je trouvais en M. E. Sylvestre, aujourd'hui député de l'Union Française, un guide aimable autant qu'averti. J'ai entretenu les meilleures relations avec les commandants supérieurs des troupes qui se sont succédé, en particulier avec le colonel Vialle.

Ai-je besoin de rappeler la large hospitalité créole dont j'ai usé et abusé ? Les premières fouilles précolombiennes que j'ai tentées l'ont été chez M. Jean de Reynal au Prêcheur qui, en même temps qu'il nous hébergeait, le P. Delawarde, ma femme et moi, se montrait un connaisseur aussi expérimenté que sûr. Nous avons continué au Paquemar, chez M. Guy de Reynal, à Sainte-Marie, chez M. Lafosse, à Vivé, chez M. F. Clerc.

Je voudrais dire enfin le dévouement constant de ceux qui m'ont accompagné dans mes courses à travers l'île, même lorsqu'elles présentaient quelques risques : mon vieux complice Popo, qui connaît beaucoup mieux la Pelée et la Savane des Pétrifications que les « guides » plus ou moins officiels recrutés par les touristes et le citoyen Astarté qui fit passer la voiture que j'avais à ma disposition par les plus invraisemblables chemins de la colonie. M. Veille, a pris quelques-unes des plus belles photographies reproduites dans cet ouvrage.

Au moment où j'écris ces lignes je n'ai encore été avisé que très officieusement des concours qui me seront accordés pour la publication de mon livre ou des souscriptions qui seront consenties, mais j'ai déjà la certitude que je ne serai point abandonné à mes faibles forces... Qu'il me soit permis de remercier plus particulièrement M. Ch.-A. Julien, député de l'Union Française, et M. Laborde, attaché au ministère de l'Éducation Nationale, M. Robequain, professeur à la Sorbonne, auquel je suis redevable en outre de tant de judicieux avis, M. A. Charton, directeur de l'Enseignement au ministère de la France d'Outre-Mer, ainsi que la Commission du Centenaire de la Révolution de 1848. Ma reconnaissance n'est pas moins vive envers le Conseil Général et les autorités préfectorales de la Martinique, dont je sais que l'appui, cette fois encore, ne me fera pas défaut [2]. Elle l'est aussi à l'égard des Nouvelles Éditions Latines qui n'ont pas hésité à courir l'aventure que représente, dans les circonstances actuelles, l'impression et la diffusion d'un ouvrage tel que celui-ci.

Mais ma dette est surtout grande vis-à-vis de ceux qui ont été mes maîtres et mes guides dans un domaine où il y a vingt ans je n'avançais encore que d'un pas presque de néophyte. L'amitié de M. Barrabé, que j'ai retrouvé en mission dans l'île lors de mon arrivée en 1927, m'a frotté d'un peu de géologie. M. Arsandaux, chef de la mission « péléenne » en 1929, m'a appris à regarder le volcan et ses alentours pendant les quatre mois qu'il est resté dans l'île. Je lui dois le plus bel exemple aussi d'indépendance vis-à-vis des contingences locales, quelles que puissent en être les conséquences. Le Docteur Rivet, de passage à la Martinique m'a décidé à entreprendre des fouilles précolombiennes et fait mettre à ma disposition les crédits nécessaires. Sa haute bienveillance m'a ouvert le Musée de l'Homme où j'ai toujours trouvé guide et appui auprès de MM. Reichlen et Leroi-Gourhan. Je n'aurais jamais pu mettre sur pied le chapitre précolombien sans cette aide constamment renouvelée. Mes recherches sur le peuplement m'ont de même été grandement facilitées par l'accueil que j'ai reçu au ministère de la France d'Outre-Mer de la part des archivistes successifs que j'y ai connus, en particulier MM. P. Roussier et Laroche.

Ce travail enfin a été entrepris et commencé d'accord avec M. A. Demangeon dont j'avais été vers 1920 l'élève en Sorbonne. Je ne dirai jamais trop tout ce que j'ai dû à ce maître éminent. Après sa mort j'ai poursuivi et terminé l'ouvrage sous la direction de M. le recteur Allix dont l'appui, les conseils et les encouragements ne m'ont jamais fait défaut depuis sept ans écoulés. Le meilleur de ce livre lui revient. Qu'il veuille bien trouver ici l'hommage de ma profonde et respectueuse gratitude.



[1] M. Symphor vient d'être élu conseiller de la République.

[2] Depuis lors, les souscriptions promises sont parvenues ou ont été annoncées. Je tiens à exprimer de nouveau ma gratitude pour l'aide généreuse qui m'est accordée.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mercredi 16 décembre 2009 11:46
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cegep de Chicoutimi.
 
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