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Collection « Les auteur(e)s classiques »

La vocation de l'élite. Précédée d'une notice biographique, littéraire, politique et sociale (1919) [2013]
Préface


Une édition électronique réalisée à partir du livre du Dr Jean PRICE-MARS, La vocation de l'élite. Précédée d'une notice biographique, littéraire, politique et sociale. Première édition, 1919. Port-au-Prince, Haïti: Les Éditions Fardin, 2013, 356 pp. Une édition en voie de réalisation par Rency Inson Michel, bénévole, étudiant en sociologie à la Faculté d'ethnologie de l'Université d'État d'Haïti et coordonnateur du Réseau des jeunes bénévoles des Classiques des sciences sociales en Haïti.

[ix]

Préface


L’une des choses qui m'oint le plus vivement f impressionné, au retour de ma mission en France, il y a deux ans, c'est le désarroi dans lequel j'ai trouvé l'élite de ce pays depuis l'intervention américaine dans les affaires d'Haïti.

On était en droit de croire qu'après le vote de la Convention haïtiano-américaine dont l'âpre discussion avait aggravé la division des hommes de pensée, « l'ère nouvelle » eut amené la quiétude et la paix dans la conscience de ceux au moins qui en ont été les partisans sincères et désintéressés. Chez beaucoup de ceux-là comme chez leurs adversaires d'hier, j'ai été stupéfait de rencontrer la même note de lamentations et de scepticisme. Chez les uns et les autres, j'ai recueilli, combien de fois hélas ! le même propos amer qui revenait sur leurs lèvres tel qu'un leitmotiv : « il n'y a plus rien à faire. »

En outre, j'ai cru remarquer dans l'attitude de la plupart des gens, en même temps que ce renoncement à l'effort, un fléchissement de la volonté de vivre, une sorte d'aspiration vers la mort pour se délivrer des craintes de l'avenir. Même parmi les rarissimes bénéficiaires de la situation présente, j'ai cru déceler quelquefois des [x] inquiétudes, des malaises à peine fardés d'une assurance toute extérieure. Il m'a semblé que cet état d'âme était gros de conséquences pour l'existence du peuple haïtien et j'ai résoluble le combattre par une campagne du relèvement moral dans la presse et à la tribune des salles de conférences.

De cette préoccupation est né le petit ouvrage que je livre aujourd'hui au public grâce à la générosité de ceux qui ont bien voulu m'honorer de leurs sympathies en souscrivant à sa publication. Je les en remercie vivement. Il est également né de la collaboration de ceux qui m'ont aidé à bâtir mes enquêtes sociales. S'il pouvait avoir quelque mérite, je le reporterais à leur bienveillante assistance. Mais je sais qu'il est très insuffisant et très inférieur à la haute ambition dont je me suis nourri. La faute en est moins à l'intérêt des sujets que j'ai essayé de traiter qu'à l'indigence de mes moyens. Du moins, s'il ne peut pas se réclamer de l'autorité d'un grand talent, j'y ai mis l'ardente sincérité de mon cœur. J'aurais été heureux qu'on y retrouvât, entre autres choses, ma profonde conviction que notre salut dans la crise que nous traversons ne se trouve nulle part ailleurs qu'en nous-mêmes.

Sans doute, quelques unes des idées sur lesquelles nous avons vécu jusqu'ici ont été violemment heurtées par les faits. Dans ce sens, je signalerai notamment l'idée que nous nous sommes faite de l'État. Nous l'avons conçu comme une très haute abstraction en y incarnant des attributs de la Divinité elle-même : la toute puissance et l'omniscience. Sentant d'instinct, cependant, que l'Etat, ne vaut en définitive, que ce que valent les hommes qui détiennent le Pouvoir, et malgré des déceptions répétées, [xi] nous mettions, tout de même, notre ultime espérance dans l'attente de Celui qui viendrait, un jour, réaliser nos - espérances les plus chimériques et nos aspirations les plus extravagantes. C'est tout cela que nous renfermions dans les formules : l'ère nouvelle, adaptation au progrès, à la civilisation moderne etc. dont est saturée notre spécieuse phraséologie politique et qui se retrouve périodiquement avec une déconcertante persistance dans les programmes, les discours, les proclamations, les décrets et les lois depuis 1804

Or l'aventure dramatique de 1915 a eu pour résultat immédiat de nous mettre face à face avec une autre conception de l'État : c'est celle qui, poussée dans ses conséquences extrêmes et idéales, réfrène et limite l'action du Pouvoir en des conditions et en des domaines déterminés et laisse à l'activité de l'individu le plus complet épanouissement. Elle est particulièrement en1 "honneur dans quelques unes des sociétés anglo-saxonnes...

Il est évident que l'intervention américaine dans nos affaires devrait fatalement amener une confrontation des deux doctrines et opérer la substitution de l'une à l'autre. C'est ce dont beaucoup d'Haïtiens ne se rendent pas un compte exact. Cependant, comme il est malaisé, en pratique, de changer en un tour de main les habitudes et les mœurs d'un peuple, comme il est également difficile à la nature humaine d'opérer sur soi des réformes radicales, il se trouve que le moins que l'on puisse dire de la situation actuelle c'est que les nouveaux principes de gouvernement ont fait un curieux mariage avec les méthodes anciennes.

[xii]

L'État n'a rien perdu ni de son antique prestige, ni de sa redoutable toute puissance, les citoyens, eux, ont trop l’occasion de se souvenir de l'ancienne manière saris même qu'ils puissent escompter que les hasards de la politique peuvent, le cas échéant, leur laisser le bénéfice éventuel de quelques grosses prébendes. Là réside Tune des principales causes de l'incertitude et du désarroi qui règnent dans les esprits.

La campagne que j'ai entreprise n'a d'autre but que de demander à l'élite de se ressaisir et de ne compter que sur elle-même si elle veut garder son rôle de représentation et de commandement.

Pour atteindre ce résultat, il lui faut notamment renoncer aux antagonismes factices de classes et départis politiques et s'associer selon toutes les modalités de l'activité humaine. Certes, on peut différer d'opinion sur telles ou telles doctrines, sur l'opportunité ou l'inopportunité de leur application. Ces divergences de vue doivent-elles nécessairement amener à leur suite des haines, des partis pris, des campagnes humiliantes de dénigrement et de calomnies ? Ne peut-on point ne pas partager les sentiments de telle ou telle personnalité sans incriminer l'honnêteté de ses intentions, sans la vouer à l'exécration publique ?

Que si la vie haïtienne offre à l'observateur le triste témoignage de mœurs d'apaches, c'est précisément quand elle montre le spectacle des lâchetés auxquelles l'élite se prête pour la possession de l'assiette au beurre. Toute mon ambition serait de rappeler cette élite à la dignité simple de sa vocation en lui conseillant un meilleur usage de sa valeur morale, sociale et intellectuelle.

[xiii]

Je souhaiterais donc que les études publiées dans ce volume contribuera à réaliser un si noble dessein. Si je pouvais convertir un seul homme à mes idées, j'estimerais que mon effort n'a pas été vain.

Quoiqu'il en soit, cependant, je tiens à dire que rien n'a été plus loin de ma pensée que de ravaler la v discussion des idées que j'ai essayé de faire valoir à des soucis de polémique.

Je serais flatté qu'elles fussent ainsi comprises. Je me suis peut-être souvent trompé. On excuserait mes erreurs en considération de ma bonne foi...

D'autre part, j'ai joint aux cinq premières Conférences deux autres que j'ai jadis prononcées aux réunions post-scolaires de l'alliance française.

Encore qu'elles ne dérivent point de la même préoccupation que les premières, elles ne concernent pas moins notre devenir de peuple étant donné qu'elles ont eu pour but de vulgariser les recherches scientifiques sur le problème des races et qu'elles ont essayé de déterminer la position que la race haïtienne occupe dans les solutions proposées.

S'il faut rappeler l'expression ambitieuse de Janvier, à savoir que nous représentons dans l'histoire universelle une curieuse « expérience sociologique », et bien qu'il soit de très bon ton, en ce moment, de bafouer la générosité de pareilles idées, j'espère qu'on en voudra pas tout de même aux hommes de pensée qui, de temps à autre, essaient de faire la mise au point des doctrines scientifiques dans lesquelles l'exemple de notre peuple est signalé comme une preuve de l'aptitude ou de l'inaptitude de la race noire à progresser.

[xiv]



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 6 mai 2017 8:23
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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