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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Étienne Parent (1802-1874).
Textes choisis et présentés par Paul-Eugène Gosselin
(1964)
Avant-propos


Une édition électronique réalisée à partir du livre Étienne Parent (1802-1874). Textes choisis et présentés par Paul-Eugène Gosselin. Montréal: Les Éditions Fides, 1964, 95 pp. Collection: Classiques canadiens. Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, bénévole, professeure retraitée de l'enseignement à l'École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi, Ville de Saguenay.


Avant-propos


Au nombre des écrivains qui ont marqué les débuts de notre littérature, il en est un qui s'impose à notre attention à la fois par la valeur de son œuvre et par l'influence qu'il a exercée à son époque : Étienne Parent, notre premier grand journaliste canadien. Laissée longtemps dans l'ombre, cette noble figure mérite d'être remise en lumière et de prendre place parmi les pionniers à côté de celles de Louis-Joseph Papineau, notre premier grand orateur politique, et de François-Xavier Garneau, notre premier historien national. Deux traits communs permettent d'ailleurs de rapprocher ces trois noms, ce sont l'intensité du sentiment patriotique qui les a animés et le désir qu'ils ont eu de servir la cause de leurs compatriotes. Ainsi les luttes qu'ont dû livrer les Canadiens français pour conquérir leurs libertés politiques dans la première moitié du XIXe siècle, en plus d'avoir permis à l'éloquence politique de s'épanouir et à l'histoire du Canada de s'écrire, ont fait naître le journalisme.

* * *

La biographie d'Étienne Parent est très simple : l'histoire de sa vie est pour ainsi dire celle de son œuvre. Originaire de Beauport où ses parents étaient cultivateurs, il fait ses études classiques aux Séminaires de Nicolet et de Québec, et manifeste déjà un goût prononcé pour le journalisme « en écrivant dans les papiers », malgré la défense de ses supérieurs. En 1822, il accepte de remplacer à la rédaction du Canadien son condisciple et ami, Auguste-Norbert Morin. Après la suppression de ce journal en 1825, il entreprend ses études de droit et est admis au barreau en 1829. Entre temps, pour gagner sa vie, il avait dû donner des leçons de français, faire de la traduction à la Chambre et collaborer à la Gazette de Québec. « Doué d'une constitution d’Hercule », nous dit son gendre Benjamin Sulte, « il résistait à l'ouvrage dix-huit heures par jour... Vingt années durant, il a vécu ainsi ».

À la demande d’un groupe de députés et de patriotes, il accepte, en 1831, de faire renaître Le Canadien. La devise qu'il inscrit en tête de son journal « Nos Institutions, notre Langue et nos Lois ! » devient le signe de ralliement de nos parlementaires qui se groupent autour de ce jeune avocat combatif et très versé dans les questions politiques. Au cours des troubles de 1837-38, il est arrêté comme suspect et détenu avec d'autres patriotes à la prison de Québec au cours de l'hiver 1838. Élu député du Saguenay en 1841, il ne siège que pendant un an au Parlement de Kingston. À cause de la surdité contractée au cours de son séjour en prison, il remet son mandat en 1842 ; en même temps, il abandonne la direction de son journal et accepte le poste de Greffier du Conseil exécutif. 

À partir de 1846, il donne à Québec et à Montréal une série de conférences publiques où il révèle l'étendue de son savoir et la pénétration de sa pensée. Nommé Sous-Secrétaire de la Province en 1847, il est promu, sous le régime de la Confédération en 1867, Sous-Secrétaire d’État aux Communes. Il prend sa retraite en 1872 et meurt à Ottawa, le 22 décembre 1874. 

Étienne Parent a joué un rôle de premier plan dans la vie politique et littéraire de son époque. Chef intellectuel des Patriotes, il s'est révélé un très sage et très éclairé défenseur de la cause des Canadiens français à une des périodes les plus critiques et les plus troublées de leur histoire. Homme de lettres très cultivé, il s'est complu dans la discussion des idées philosophiques et sociales et a indiqué les moyens de mettre en valeur notre patrimoine humain et national. 

Les textes que nous présentons ont pour but de mettre en lumière deux aspects de l'œuvre de cet écrivain d'avant-garde : le journaliste et le sociologue.

Considérant que les destinées politiques du Bas-Canada étaient intimement liées à la liberté de la presse, il a réclamé celle-ci avec vigueur. Dès le début de sa carrière comme journaliste, il a exposé son programme d'action qui peut se résumer dans l'épigraphe de son journal : « Nos Institutions, notre Langue et nos Lois. » Dans le combat sans trêve qu'il a livré à « l'oligarchie anglaise », c'est cette idée maîtresse, cette « étoile polaire » — comme il l'a souvent répété — qui l'a toujours guidé. Esprit lucide et pénétrant, il a usé de tous les procédés de la dialectique et fait appel à toutes les ressources de l’écrivain pour éclairer ses compatriotes et suggérer les meilleurs moyens d'action. Comme la lutte engagée entre l'Assemblée législative et le Gouvernement anglais avait pour but ultime la conquête du gouvernement représentatif, il a voulu faire disparaître tous les obstacles qui s'opposaient à l'établissement de ce régime. C'est ainsi qu'il s'est attaqué de façon systématique à la question des subsides, à celle du Conseil législatif nommé par la Couronne et qu'il a réclamé la responsabilité ministérielle. 

Par contre, Étienne Parent n'a pas craint de dénoncer l'appel aux armes et la résistance offensive à l'autorité légitime comme des moyens injustes de revendiquer ses droits : « au-dessus des libertés politiques, dit-il, il y a l'ordre général à sauvegarder et les devoirs moraux à observer ».

Grand citoyen et grand patriote, au milieu de l'agitation et des troubles qui ont marqué les années 1837 et 1838, il eut le rare mérite de ne pas se laisser aveugler par la passion et l'esprit de parti, de garder toujours la lucidité de son esprit et la solidité de son jugement et, contemporain des événements, de parler le langage de l'histoire. En effet, devant l'intransigeance dangereuse manifestée par les « Patriotes » sous l'influence de Papineau, il crut de son devoir de se séparer du grand tribun et de montrer à ses compatriotes que les méthodes violentes de l'insurrection, en plus d'être illégitimes, seraient funestes à leur cause. Aussi les historiens ont-ils rendu hommage à la justesse des vues et à la solidité du jugement dont il fit preuve. Voici le témoignage que lui a rendu, par exemple, Thomas Chapais : « Durant toute cette crise si grave et si redoutable qui aboutit à l'aventure sanglante de 1837, Étienne Parent fit preuve du patriotisme le plus éclairé, de la plus remarquable supériorité de jugement et d'une admirable fermeté de caractère. Conscient des dangers que faisait courir à notre peuple l'outrance passionnée de M. Papineau, il ne craignit pas de se mettre en travers du torrent déchaîné, au risque d'être entraîné et submergé. La série de ses articles pendant ces jours troublés projette une vive lumière sur la situation et nous aide à apprécier plus judicieusement les événements et ceux qui joueront alors les rôles décisifs » [1].

Ce grand journaliste s'était acquis une si grande autorité que ses confrères l'ont appelé le « Nestor de la Presse ».

* * *

Lorsqu'il abandonne la direction du Canadien en 1842, Étienne Parent, encore dans la force de l'âge, se plonge avec goût dans l'étude des questions philosophiques et sociales vers lesquelles le portait son esprit avide de connaissance et de raisonnement. Trois grands problèmes occupent sa pensée : le problème économique et le problème intellectuel, tous deux subordonnés au problème national.

Désireux de parachever l'œuvre d'éducation populaire qu'il a entreprise au cours de sa carrière de journaliste, il prononcera au cours d'une période de six ans une série de neuf conférences publiques à Québec et à Montréal.

Étienne Parent rêvait pour le peuple canadien d’un avenir brillant basé sur une forte éducation dans tous les secteurs de la vie nationale. Considérant que « ce qu'il y a de plus menacé avant tout pour nous, c'est notre nationalité », il a voulu étudier les principaux moyens de relever le niveau intellectuel, social et économique de ses compatriotes. Les titres qu'il a donnés à ses conférences, comme chacun des thèmes qu'il a abordés, nous révèlent cette préoccupation constante.

Les extraits que nous donnerons permettront au lecteur d'apprécier en même temps l'originalité et la valeur des réformes qu'il a préconisées. Si on peut lui reprocher d'avoir fait parfois des rêves relevant d'une idéologie chimérique — en voulant créer, par exemple, une classe des Lettrés — l'on doit reconnaître qu'il s'est révélé très souvent comme un génial précurseur : beaucoup de ce qu'il a écrit il y a plus d'un siècle touchant l'éducation, ainsi que les questions économiques et sociales, demeure encore pour nous d'une grande actualité.

Les principes de sociologie sur lesquels il appuie ses réformes sont d'inspiration catholique. En parcourant son œuvre, on trouve bien ça et là quelques traces du philosophisme de Rousseau, mais ce ne sont là que des exceptions. L'on constate, par contre, que ce penseur éclairé a eu des vues très justes sur les conditions sociales du travail chrétien, sur les rapports entre patron et ouvriers ; il a fait l'éloge du catholicisme, du clergé canadien-français et il a condamné la doctrine de la souveraineté du peuple.

Ses contemporains l'ont appelé le « Victor Cousin du Canada », et l'auteur du Panthéon Canadien, Maximilien Bibaud, le considérait comme « l’un des esprits les plus distingués d’Amérique ».

En parcourant les articles du Canadien, comme le texte de ses Conférences, on se rend compte qu'Étienne Parent a fait usage d'une langue forte, parfois un peu lourde, mais toujours très vigoureuse. Sa phrase adopte tous les tons, son style, qui emprunte généralement les formules de l'argumentation philosophique, se colore parfois d'images vives, d'ornements amenés par la pensée elle-même, et s'agrémente de souvenirs classiques. Il se complaît aux synthèses historiques et aux vastes tableaux qui témoignent de son érudition mais l'exposent à des développements parfois trop longs.

Dans le domaine des lettres, aussi bien que dans celui de la politique, il a été un chef de file. On l'a appelé avec raison le directeur littéraire de son temps. Il a voulu attirer les jeunes vers la carrière des lettres et c'est dans les colonnes du Canadien que l'on trouve le premier texte en faveur de la nationalisation de la littérature. Esprit très averti et conseiller recherché, il a exercé une influence considérable auprès de sa génération. Selon le mot d’Hector Fabre, à cette époque, « nul n'osait se croire écrivain, s'il n'en tenait de sa main le brevet ».

Créateur du journalisme en notre pays, penseur original et profond, écrivain et homme de lettres distingué, Étienne Parent mérite une place d'honneur dans la liste des classiques canadiens.



[1]  Thomas Chapais, Cours d'Histoire du Canada, Tome IV, pp. 175-176.


Retour au livre de l'auteur: Jacques Bainville, historien Dernière mise à jour de cette page le mercredi 30 novembre 2011 11:24
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cegep de Chicoutimi.
 
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