RECHERCHE SUR LE SITE

Références
bibliographiques
avec le catalogue


En plein texte
avec Google

Recherche avancée
 

Tous les ouvrages
numérisés de cette
bibliothèque sont
disponibles en trois
formats de fichiers :
Word (.doc),
PDF et RTF

Pour une liste
complète des auteurs
de la bibliothèque,
en fichier Excel,
cliquer ici.
 

Collection « Les auteur(e)s classiques »

Mélanges posthumes. Quatre études historiques sur la Chine (1950)
Extraits


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Henri MASPERO (1883-1945), Mélanges posthumes. Quatre études historiques sur la Chine. Source: Mélanges posthumes sur les religions et la Chine. III. Études historiques, pp. 35-92. Paris: Les Presses universitaires de France, 1950. Collection: Bibliothèque de diffusion, vol. LIX. Une édition numérique réalisée par Pierre Palpant, bénévole, Paris.

C32. — Henri MASPERO: Mélanges posthumes. Quatre études historiques sur la Chine.

Extrait de « La vie courante dans la Chine des Han »

Chez ce peuple d’agriculteurs, le type normal de l’habitation a toujours été celui de la ferme. Et cela à la ville comme à la campagne, car ce n’est qu’au cours du dernier millénaire que les villes se sont assez développées pour qu’un type de maison urbaine ait fini par se créer. La maison riche est une grande ferme, construite autour d’une cour carrée, l’entrée au Sud avec la loge du portier, les communs à gauche et à droite, l’habitation du maître au fond sur une terrasse allongée orientée vers le midi, avec un jardin derrière (l’an-cien clos de mûriers et verger-potager de la ferme primitive) et, dans ce jardin, des pavillons d’habitation et d’agrément. Le palais impérial lui-même est bâti sur ce modèle : la seule différence est qu’il présente une enfilade de cours, et que dans le jardin de derrière les pavillons se multiplient en un véritable village pour loger une immense population, plusieurs milliers de femmes et quelques centaines d’eunuques, de même qu’à l’entrée la loge du portier s’agrandit démesurément pour loger les compagnies des gardes.

Tel est le principe. Mais, dès l’époque des Han, il n’y a plus que les pauvres gens qui fassent réellement du bâtiment du fond de la cour le logis du maître : c’est alors ce qu’on appelle un logement d’« une salle avec deux appartements privés ». Les particuliers riches ont (comme l’empereur) renoncé à en faire autre chose qu’une salle de réception cérémonielle, et leur vraie demeure est dans un ou plusieurs pavillons à étages construits dans le jardin. C’est pourquoi les dessins qui représentent des fêtes et des cérémonies officielles figurent la salle à colonnes qui sert aux réceptions, tandis que les terres-cuites, destinées à être habitées par le mort dans l’autre monde, reproduisent les pavillons d’habitation et d’agrément.

La grande salle de réception occupait la terrasse entière, sauf une sorte de chemin circulaire ; on y accédait non par un escalier médian, mais par deux escaliers parallèles placés symétriquement sur la façade méridionale : dans les réceptions, le maître de la maison et son hôte ne montent jamais à cette salle par le même escalier. C’est une sorte de hall à colonnes, plus large que profond, couvert d’un toit de tuiles ou de chaume, et divisé dans le sens de la largeur en trois parties inégales, l’une très grande, au milieu, réservée à la réception, et les autres, à chacune des extrémités de droite et de gauche, plus petites et encore subdivisées en chambrettes. Les chambrettes de l’Est, mal exposées, jouissaient de peu de considération ; elles servaient de débarras : l’angle Nord-Est est généralement une sorte de réserve à provisions, ou d’office pour les banquets. A l’opposé, la chambrette de l’angle Sud-Ouest contient les tablettes des ancêtres ; elle a été à l’origine la chambre du maître de la maison, et c’est encore là qu’il va revêtir son vêtement de cérémonie les jours de réception ; c’est le côté honorable, c’est là que repose le « bonheur » de la maison : aussi y touche-t-on le moins possible, même pour la réparer, de peur de chasser le bonheur et de ruiner la famille. Toutes les colonnes, aussi bien celles des chambrettes que celles du salon central, étaient peintes en rouge, et les poutres apparentes du toit ou de plafond étaient sculptées et peintes :

Les portes ornées de nuages, les têtes de poutres agrémentées de plantes, les acrotères surmontés de dragons, sont sculptés en creux et en relief,

dit un écrivain de la fin du IIe siècle avant notre ère, traduit par Chavannes.

Des oiseaux qui volent et des quadrupèdes qui marchent, suivant la forme du bois prennent naissance et beauté. Un tigre bondissant va saisir sa proie sur le sommet d’une porte transversale ; il dresse la tête, il a beaucoup de force et les poils de son dos se hérissent. Un dragon se crispe en contorsions ; son menton semble remuer et tenter de saisir. Des singes sans queue et des singes à queue s’accrochent aux têtes des poutres et se poursuivent ; un ours noir tire la langue en montrant ses crocs, il se tient bossu comme un homme qui  porte un fardeau et est accroupi avec ses deux pattes de devant posées par terre.

Le sol en terre battue était recouvert de nattes ; les tapis du Cachemire ou des pays presque fabuleux de l’Orient gréco-romain qu’on appelait Ta-ts’in, aux laines de couleurs vives, étaient très appréciés ; mais la distance et la difficulté des communications les rendaient rares et coûteux. Les murs étaient ornés de peintures dont les dalles gravées des temples funéraires peuvent donner une idée : registre sur registre de petites scènes, les unes mythologiques montrant des cortèges de divinités, les autres tirées de la légende et de l’histoire (les Saints Rois de l’antiquité, ou l’entrevue de Confucius et de Lao-tseu, etc.), ou de la vie journalière, par exemple un ban-quet avec deux jongleurs et des musiciens, ou des processions de chars, peut-être même scènes de la vie du défunt, combats auxquels il a pris part, etc. Quelquefois les murs étaient simplement blanchis à la chaux et, les jours de réception, on les couvrait de tentures en soie blanche bordée de haches stylisées.

Les pavillons d’habitation, placés derrière, dans le jardin, étaient des constructions légères sans colonnes, de simples pans de bois : la charpente extérieure, apparente dans les murs en pisé ou en briques, montrait des dispositifs de poutres en croix de Saint-André, analogues à ceux de nos maisons en bois du Moyen-Age. Les appartements des hommes étaient au premier étage, ceux des femmes au second ; et quelquefois on élevait encore sur le toit un ou deux petits kiosques d’agrément. Tout l’intérieur, murs, plancher, plafond, était en bois : de lourdes planches bien polies et posées côte à côte ; si l’on en juge par certains tombeaux coréens, les planchers étaient laqués noir, et les murs ornés de peintures aux couleurs vives (par exemple un défilé de chevaux en noir et bleu, rehaussé de jaune et de rouge) ; analogues à celles du hall à colonnes. Peut-être cependant les scènes intimes ou les sujets moraux étaient-ils préférés pour les chambres d’habitation : au milieu du 1er  siècle de notre ère, une impératrice avait fait décorer son appartement, dans le palais, d’une frise représentant les fils pieux ; et elle devait être toute pareille, en plus grand, aux peintures sur laque, traitant le même sujet, de la corbeille trouvée récemment dans une tombe de Lo-lang en Corée.

Dans ces pavillons, le rez-de-chaussée n’était pas habité, sauf peut-être par des esclaves. Il servait de magasin ; il comprenait peut-être (comme celui des maisons japonaises actuelles) la salle de bains, c’est-à-dire une chambre contenant une grande cuve de bois : la règle était alors pour les gens comme il faut de prendre un bain tous les cinq jours ; on accordait pour cela un congé aux fonctionnaires. Là était aussi la cuisine, que les dessins gravés sur les dalles funéraires représentent souvent, avec son fourneau couvert de pots, et toutes ses victuailles, quartiers de viande, poulets, canards, poissons, suspendus à des crocs ; les domestiques s’affairent, qui à entretenir le feu, qui à surveiller la bouilloire, qui à disposer les plats et les bols pour le repas ou à laver la vaisselle, qui à puiser de l’eau au puits tout proche ; des oies s’y promènent sans se douter du sort qui les attend ; et le chien couché au milieu surveille du coin de l’œil les plats qui vont et viennent dans l’espoir d’attraper quelque morceau. On peut comparer ces dessins aux terres-cuites qui remplissent les musées et les collections privées : modèles de fourneaux avec les bouillottes et les plats, les couteaux, les aliments préparés ; ailleurs un cuisinier assis devant une petite table écaillant un poisson ; le puits avec la cruche ; et aussi la basse-cour, la bergerie, la porche-rie ; les meules à écraser le grain, etc.



Retour au livre de l'auteur: Henri Maspero (1883-1945) Dernière mise à jour de cette page le Samedi 29 octobre 2005 11:06
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
 
Commanditaires




Saguenay - Lac-Saint-Jean, Québec
La vie des Classiques des sciences sociales
dans Facebook.
Membre Crossref