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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Les chaînes de l'esclavage. (1774)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Jean-Paul Marat (1774), Les chaînes de l'esclavage. Texte de l'édition de 1792 publiée par l'auteur et conservée par la BNF. Paris: Union générale d'Éditions, 1972, 312 pages. Collection 10-18, no 689.

Introduction

Il semble que ce soit le sort inévitable de l'homme, de ne pouvoir être libre nulle part : partout les princes marchent au despotisme et les peuples à la servitude.

C'est un étrange spectacle que celui d'un gouvernement politique. On y voit, d'un côté, les hardis desseins de quelques indignes menées, et les ressorts secrets qu'ils font jouer pour établir leur injuste empire ; de l'autre, on y voit les nations qui se reposaient à l'ombre des lois, mises aux fers ; les vains efforts que fait une multitude d'infortunés pour s'affranchir de l'oppression, et les maux sans nombre que l'esclavage traîne à sa suite. Spectacle, à la fois horrible et magnifique où paraissent, tour à tour, le calme, l'abondance, les jeux, la pompe, les festins, l'adresse, la ruse, les artifices, les trahisons, les exactions, les vexations, la misère, l'exil, les combats, le carnage et la mort.

Quelques fois le despotisme s'établit tout à coup par la force des armes et une nation entière est violemment asservie ; mais ce n'est pas de cette marche de l'autorité légitime au pouvoir arbitraire que j'ai à parler dans cet ouvrage ; c'est des efforts lents et continus qui, courbant peu à peu sous le joug la tête des peuples, leur font perdre à longue et la force et l'envie de le secouer.

A bien considérer l'établissement du despotisme, il parait être la suite nécessaire du temps, des penchants, du cœur humain et de la défectuosité des constitutions politiques. Faisons voir comment, à leur faveur, le chef d'une nation libre usurpe le titre de maître et met enfin ses volontés à la place des lois. Passons en revue cette multiplicité de machines auxquelles le sacrilège audace des princes a recours, pour saper la constitution ; suivons leurs noirs projets, leur basses intrigues, leurs sourdes menées ; entrons dans les détails de leur funeste politique, dévoilons les principes de cet art trompeur, saisissons-en l'esprit général et rassemblons dans un même tableau les atteintes portées en tous lieux à la liberté. Mais en développant ce vaste sujet, ayons moins égard à l'ordre des temps qu'à la connexion des matières.

Dès qu'une fois un peuple a confié à quelques-uns de ses membres le dangereux dépôt de l'autorité publique et qu'il leur a remis le soin de faire observer les lois, toujours enchaîné par elles, il voit tôt ou tard sa liberté, ses biens, sa vie à la merci des chefs qu'il s'est choisi pour le défendre.

Le prince vient-il à jeter les yeux sur le dépôt qui lui est confié ? Il cherche à oublier de quelles mains il les a reçu. Plein de lui même et de ses projets, chaque jour il supporte avec plus d'impatience l'idée de sa dépendance et il ne néglige rien pour s'en affranchir.

Dans un état nouvellement fondé (note 1) ou reformé, porter à découvert des coups à la liberté et vouloir d'abord en ruiner l'édifice, serait une entreprise téméraire. Quand le gouvernement dispute à force ouverte la suprême puissance et que les sujets s'aperçoivent qu'on veut les asservir, ils ont toujours le dessus. Dès ses premières tentatives, réunis contre lui, ils font perdre en un instant le fruit de tous ses efforts (note 2) et c'en est fait de son autorité, s'il ne témoigne la plus grande modération. Aussi n'est-ce point par des entreprises marquées que les princes commencent ordinairement à enchaîner les peuples ; ils prennent leurs mesures de loin, ils ont recours à la lime sourde de la politique ; c'est par des efforts soutenues, par des changements à peine sensibles, par des innovations dont on peut difficilement prévoir les conséquences ; qu'ils marchent en silence à leur but.

Notes:

(1) Les états sont tous fort bornés [limités] à leur naissance ce n'est que par les conquêtes qu'ils étendent leurs limites.

(2) C'est pour avoir voulu dominer trop impérieusement que le sénat de Rome perdit son autorité : car alors le peuple sentit le besoin qu'il avait de protecteurs, et il eut des tribuns : puis les nouvelles violences du sénat mirent les tribuns à portée d'obtenir de nouvelles prérogatives.

Ce furent les audacieux attentats de Charles premier qui ruinèrent son pouvoir. Dans ses éternelles altercations avec le parlement, l'air despotique qu'il affectait alarma ses sujets, et ils anéantirent son autorité.

Retour au texte de l'auteur: Jean-Paul Marat Dernière mise à jour de cette page le Dimanche 18 septembre 2005 08:04
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
 
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