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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Les argonautes du Pacifique occidental (1922)
Avant-propos de Bronislaw Malinowski


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Bronislaw Malinowski, Les Argonautes du Pacifique occidental. Traduction française: 1963. Paris : Éditions Gallimard, 1963, 606 pages, Traduit de l’Anglais et présenté par André et Simone Devyver. Préface de Sir James Frazer. Collection nrf.

Avant-propos de l'auteur

L'ethnologie se trouve dans une situation à la fois ridicule et déplorable, pour ne pas dire tragique, car à l'heure même où elle commence à s'organiser, à forger ses propres outils et à être en état d'accomplir la tâche qui est sienne, voilà que le matériau sur lequel porte son étude disparaît avec une rapidité désespérante. Juste au moment où les méthodes et les buts de la recherche ethnologique sur le terrain sont mis au point, où des chercheurs parfaitement formés pour ce genre de travail ont commencé à parcourir les pays non civilisés et à étudier leurs habitants, ceux-ci s'éteignent en quelque sorte sous nos yeux. 

Les enquêtes qui ont été faites sur les races indigènes par des universitaires qualifiés ont établi de façon incontestable que l'investigation scientifique et méthodique est capable de donner des informations beaucoup plus abondantes et de bien meilleure qualité que celles relatées par un amateur, fût-il très sagace. Non pas la totalité, mais du moins la majeure partie des rapports scientifiques modernes nous ont révélé des aspects tout à fait nouveaux et inattendus de la vie tribale. Ils nous ont brossé, à traits sûrs, le tableau d'institutions sociales souvent étonnamment vastes et complexes. Ils nous ont montré l'indigène tel qu'il est, avec ses croyances, ses pratiques religieuses et magiques. Ils nous ont permis de pénétrer sa psychologie mieux que nous ne le faisions auparavant. Grâce à ces matériaux inédits, marqués au coin de la science, ceux qui étudient l'ethnologie comparée ont déjà pu tirer des conclusions très importantes sur l'origine des coutumes, des croyances et des institutions humaines; sur l'histoire des cultures, leur diffusion et leurs contacts; sur les lois du comportement de l'homme en société et de l'esprit humain. 

Cet espoir d'acquérir une vision nouvelle de l'humanité sauvage grâce aux travaux des savants spécialisés ressemble au mirage qui s'évanouit presque dans l'instant où on le voit. Car s'il y a encore à présent un grand nombre de communautés indigènes passionnantes à étudier du point de vue scientifique, elles auront, elles et leurs cultures, pratiquement disparu dans une ou deux générations. Il est urgent de se mettre à la tâche et de travailler vite, car le temps dont on dispose est court. Hélas, le public n'a pas pris jusqu'ici un intérêt suffisant à ces études. Peu d'hommes s'y consacrent, et on ne les encourage guère. Je n'éprouve donc aucun besoin de justifier une contribution à l'ethnographie qui résulte de recherches sur le terrain. 

Dans ce volume, en décrivant certaines formes de relations d'échange entre tribus indigènes de la Nouvelle-Guinée, je ne parle que d'une partie de la vie des sauvages. Pour servir de monographie préliminaire, ce compte rendu a été détaché d'un ensemble de matériaux ethnographiques qui embrasse toutes les faces de la culture tribale d'un district. En cette matière, l'un des impératifs du travail scientifique bien conçu est certainement de s'occuper à la fois de tous les aspects sociaux, culturels et psychologiques d'une communauté, car ceux-ci s'imbriquent de telle sorte que chacun ne peut être compris qu'à la lumière des autres. Le lecteur de cette monographie se rendra vite compte que si le thème essentiel est d'ordre économique - il s'agit en effet de l'étude d'une entreprise commerciale comportant des échanges et du négoce - il n'en a pas moins fallu se reporter sans cesse à l'organisation sociale, à l'empire de la magie, à la mythologie, au folklore, et, en fait, parler de ces autres domaines culturels autant que de celui qui constitue le sujet principal. 

L'aire géographique où se déroule l'action de cet ouvrage se limite aux archipels situés dans les parages de l'extrémité orientale de la Nouvelle-Guinée. Et à l'intérieur de ce cadre restreint, nous nous sommes particulièrement attaché à l'étude d'un district, celui des îles Trobriand. Là, les recherches ont été faites avec minutie. Rien que dans ce seul archipel, j'ai passé environ deux ans de ma vie, au cours de trois expéditions en Nouvelle-Guinée, ce qui m'a donné le temps d'acquérir une parfaite connaissance de la langue des autochtones. J'ai travaillé entièrement seul, séjournant presque toujours dans les villages mêmes, mêlé aux habitants. J'ai eu sans cesse sous les yeux le spectacle de leur vie journalière, si bien que les événements fortuits et dramatiques, tels que les décès, les disputes, les rixes villageoises, les réunions publiques et les cérémonies, ne pouvaient échapper à mon attention. 

Dans l'état présent de l'ethnographie, alors que tant reste à faire pour ouvrir la voie aux futures recherches et préciser leur champ d'action, il importe que toute nouvelle contribution justifie son utilité par un apport effectif sur trois points essentiels. Il faut qu'elle améliore la méthode; qu'elle approfondisse ou élargisse - voire les deux à la fois - les études antérieures qui reçoivent ainsi une impulsion nouvelle; qu'elle s'efforce enfin de présenter les résultats d'une manière rigoureuse quoique dépourvue d'aridité. Le spécialiste, que préoccupent les problèmes méthodologiques, trouvera dans l'Introduction, divisions II-IX, et dans le chapitre XVIII, mes théories à ce sujet ainsi que l'exposé de la manière dont j'ai essayé de les appliquer. Le lecteur plus soucieux des résultats que des moyens employés pour les obtenir, trouvera du chapitre IV au chapitre XXI la narration complète des expéditions Kula ainsi que l'analyse des diverses croyances et coutumes qui leur sont associées. L'étudiant enfin, qui non seulement s'intéresse au récit, mais aussi à son côté de rapport ethnographique, et qui souhaite donc avoir une claire définition de l'institution envisagée, trouvera cette dernière au chapitre III et la description du pays et des ethnies aux chapitres I et II. 

A M. Robert Mond, j'adresse mes remerciements les plus sincères. C'est à sa dotation généreuse que je dois d'avoir pu me consacrer plusieurs années durant aux recherches dont les résultats ne sont qu'en partie consignés dans le présent volume. Mr. Atlee Hunt, C.M.G., secrétaire du Home and Territories Department of the Commonwealth of Australia, m'a permis de bénéficier de l'assistance financière de son Département et il m'a aussi beaucoup aidé sur place. Aux Trobriands, mon travail fut grandement facilité par l'accueil de Mr. B. Hancock, marchand de perles, qui non seulement me rendit de nombreux services, mais me témoigna aussi maintes fois une amitié agissante. 

Plusieurs thèses développées dans cet ouvrage ont été examinées et amendées par l'esprit critique de mon ami, M. Paul Khuner, de Vienne, expert en matière d'industrie moderne et penseur très averti pour tout ce qui touche à l'économie. Le professeur L.T. Hobhouse a eu la bonté de relire mes épreuves et m'a très utilement conseillé sur de nombreux points. 

Par sa préface, sir James Frazer a donné à ce livre une importance qui dépasse de loin son mérite. C'est pour moi un grand honneur et un avantage certain que d'être introduit par lui, mais cela me fait aussi un plaisir tout particulier, car je dois à la lecture du Rameau d'or - qui, à cette époque, en était à sa seconde édition - mon coup de foudre pour l'ethnologie. 

Last, not least, je désire mentionner le professeur C. G.Seligman, à qui cet ouvrage est dédié. C'est lui qui a pris l'initiative de mon expédition, et ma dette à son égard est plus grande que je ne puis l'exprimer pour tous les encouragements et les conseils scientifiques qu'il m'a si généreusement prodigués au cours de mes travaux en Nouvelle-Guinée. 

B. M. 

El Boquin
Icod de los Vinos,
Tenerife.

 

Avril 1921.



Retour à l'auteur: Bronislaw Malinowski Dernière mise à jour de cette page le lundi 22 septembre 2008 20:44
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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