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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Nicolas Machiavel, L’ART DE LA GUERRE. [1521]
Préface


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Nicolas Machiavel, L’ART DE LA GUERRE. [1521] Paris: Flammarion, Éditeur, 1991, 282 pp. Traduction de Toussaint Guiraudet. Première publication, 1521. Une édition numérique réalisée par Claude Ovtcharenko, bénévole, journaliste à la retraite, France.

L’art de la guerre

Préface

DE NICOLAS MACHIAVEL,

citoyen et secrétaire de Florence,

à L’Art de la guerre

_______

À Lorenzo Strozzi [1], gentilhomme florentin.


On a soutenu, Lorenzo, et l’on soutient encore tous les jours qu’il n’y a rien qui ait moins de rapport, rien qui diffère autant l’un de l’autre que la vie civile de la vie militaire. Aussi, quelqu’un embrasse-t-il le parti des armes, il quitte aussitôt avec l’habit, les mœurs les habitudes, la voix même et le maintien de la ville. Cet extérieur, en effet, ne peut convenir à quiconque veut être rapide et prêt à commettre toute espèce de violence ; on ne saurait garder des usages, des formes que l’on juge être efféminés, peu favorables à ses nouvelles occupations ; et peut-il être convenable de conserver l’extérieur et le langage ordinaire à celui qui, avec des blasphèmes et de la barbe, veut faire peur aux autres hommes ! Ce qui a lieu de nos jours rend cette opinion très vraie et cette conduite très conséquente.

Mais si l’on considère le système politique des Anciens, l’on verra qu’il n’y avait point de conditions plus unies que ces deux-là, plus conformes et plus rapprochées par un mutuel sentiment de bienveillance. Et, en effet, tous les établissements créés pour l’avantage commun de la société, toutes les institutions formées pour inspirer la crainte de Dieu et des lois seraient vaines si une force publique n’était destinée à les faire respecter ; et lorsque celle-ci est bien organisée, elle supplée aux vices mêmes de la constitution. Sans ce secours, l’État le mieux constitué finit par se dissoudre : semblable à ces palais magnifiques qui, brillants dans l’intérieur d’or et de pierreries, manquent d’un toit qui les défende des injures du temps.

Chez les Anciens, dans les républiques comme dans les monarchies, s’il y avait quelque classe de citoyens à qui on cherchât à inspirer de préférence la fidélité aux lois, l’amour de la paix et le respect des dieux, c’était surtout aux citoyens soldats. De qui, en effet, la patrie doit-elle attendre plus de fidélité que de celui qui a promis de mourir pour elle ? Qui doit plus chérir la paix que celui qui peut le plus souffrir de la guerre ? Qui doit enfin plus respecter Dieu que celui qui, en s’exposant chaque jour à une foule de dangers, a le plus besoin des secours du ciel ? Ces vérités avaient été bien senties de leurs législateurs et de leurs généraux ; Aussi, chacun se plaisait à célébrer et s’efforçait de suivre les mœurs austères et pures des camps. Mais la discipline militaire s’étant tout à fait corrompue et entièrement écartée des règles anciennes, il en est résulté ces funestes opinions qui répandent partout la haine pour les militaires et l’aversion pour leur commerce.

Quant à moi, après avoir réfléchi sur ce que j’ai vu et lu, il me semble qu’il ne serait pas impossible de rappeler l’état militaire à sa première institution, et de lui rendre quelque chose de son ancienne vertu. J’ai donc résolu, afin de ne pas passer dans l’inaction ce temps de mon loisir, d’écrire pour les partisans de l’Antiquité, ce que je ne puis savoir de L’Art de la guerre. Je n’ignore pas qu’il est téméraire d’écrire sur un métier que l’on n’a jamais exercé ; je ne crois pas cependant que l’on puisse le faire de grands reproches d’oser occuper, sur le papier seulement, un poste de général, dont beaucoup d’autres se sont chargés en réalité avec une plus forte présomption encore. Les erreurs où je puis tomber en écrivant peuvent être rectifiées, et n’auront nui à personne ; mais les fautes de ceux-là ne sont aperçues que par la ruine des empires.

C’est à vous, Lorenzo, à apprécier mon travail ; vous jugerez qu’il mérite la louange ou le blâme. Je vous l’offre comme un trop faible gage de la reconnaissance que je vous dois pour tous vos bienfaits. Il est d’usage de dédier ces sortes d’ouvrages aux hommes distingués par leur naissance, leurs richesses, leurs talents et leur générosité. Il n’y a pas beaucoup d’hommes qui puissent vous être comparés pour la naissance ou la fortune, bien peu pour les talents et aucun pour les qualités libérales.


[1] Lorenzo di Filippo Strozzi était un puissant banquier, allié des Médicis.


Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mercredi 4 juin 2014 8:58
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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