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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Prosper-Olivier Lissagaray, HISTOIRE DE LA COMMUNE DE 1871. (1876)
Comment les Prussiens eurent Paris et les ruraux la France


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Prosper-Olivier Lissagaray, HISTOIRE DE LA COMMUNE DE 1871. Avant-propos de Jean Maitron, 1957. Paris: Petite collection Maspero, 1970, 500 pp. Une édition numérique réalisée par Claude Ovtcharenko, bénévole, journaliste à la retraite, France.

Comment les Prussiens eurent Paris et les ruraux la France

Comment les Prussiens eurent Paris
et les ruraux la France

« Osons ! ce mot renferme toute la politique de cette heure. »

(Rapport de Saint-Just à la Convention.)


Le 12, on ne peut refuser la lumière, ignorer les mensonges de Rouher, de Le Bœuf révoqué par la force, l’idiotie du commandement général transmis par l’Empereur à Bazaine, à la joie du public qui n’a cessé de dire : « C’est Bazaine qu’il nous faut ! Le 13, quelques députés demandent la nomination d’un comité de défense. A quoi bon : « Le pays est rassuré », dit M. Barthélemy-Saint-Hilaire, homme très sagace, alter ego de M. Thiers.

Les acharnés du 9, point rassurés du tout, s’arment de tant de malheurs pour remuer les courages. Au Rappel se rencontrent les hommes d’action qui ont échappé à Sainte-Pélagie ; on convoque chez Nestor les députés de la Gauche. Ces messieurs, aussi abasourdis que le 9, paraissent beaucoup plus préoccupés d’un coup d’Etat que des victoires prussiennes. Crémieux lâcha très naturellement : « Attendons quelque nouveau désastre, la prise de Strasbourg, par exemple. »

Il fallait bien attendre. Sans ces ombres on ne pouvait rien. La petite bourgeoisie parisienne croyait à l’Extrême-Gauche comme elle avait cru aux armées de Le Bœuf. Ceux qui voulurent passer outre s’y brisèrent. Le 14, un dimanche, le petit groupe blanquiste, qui n’a jamais voulu sous l’Empire se mêler aux groupements ouvriers, et ne croit qu’aux coups de main, essaye un soulèvement. Malgré Blanqui consulté, Eudes, Brideau et leurs amis attaquent à La Villette le poste des sapeurs-pompiers qui renferme quelques armes, blessent la sentinelle et tuent un des sergents de ville accourus. Restés maîtres du terrain, les blanquistes parcourent le boulevard extérieur jusqu’à Belleville, criant : « Vive la République ! Mort aux Prussiens ! » Loin de faire traînée de poudre, ils font le vide. La foule les regarde de loin, étonnée, immobile, poussée au soupçon par les policiers qui la détournaient de l’ennemi véritable, l’Empire. Gambetta, très mal instruit des milieux révolutionnaires, demanda la mise en jugement des personnes arrêtées. Le conseil de guerre prononça quatre condamnations à mort. Pour empêcher ces supplices, quelques hommes de cœur allèrent chez George Sand et chez Michelet qui donna une lettre touchante : l’Empire n’eut pas le temps de faire les exécutions.

Le général Trochu écrivit aussi son mot : « Je demande aux hommes de tous les partis de faire justice par leurs propres mains de ces hommes qui n’aperçoivent dans les malheurs publics que l’occasion de satisfaire des appétits détestables. » Napoléon III venait de le nommer gouverneur de Paris et commandant en chef des forces réunies pour sa défense. Ce militaire, dont toute la gloire tenait à quelques brochures, était l’idole des libéraux pour avoir boudé quelque peu l’empire. Il plut aux parisiens, parce qu’il portait beau, parlait bien et n’avait fusillé sur aucun boulevard. Avec Trochu à Paris et Bazaine eu dehors, on pouvait tout espérer.

Le 20, Palikao annonce à la tribune que, le 18, Bazaine a rejeté trois corps d’armée dans les carrières de Jaumont. C’était la bataille de Gravelotte, dont le résultat final fut de couper Bazaine de Paris et de le refouler vers Metz. La vérité perce vite : Bazaine est bloqué. Le Corps législatif ne bronche pas. Il reste encore une armée libre, celle Mac-Mahon, mélange de soldats vaincus et de jeunes troupes, un peu plus de cent mille hommes. Elle occupe Châlons, peut couvrir Paris. Mac-Mahon lui-même l’a compris, dit-on, et veut rétrograder. Palikao, l’impératrice, Rouher le lui défendent, télégraphient à l’empereur : « Si vous abandonnez Bazaine, la révolution est dans Paris. » La peur de la révolution hante les Tuileries plus que celle de la Prusse, au point d’expédier sur Beauvais, en wagon cellulaire, presque tous les détenus politiques de Sainte-Pélagie.

Mac-Mahon obéit ; pour parer la Révolution, il découvre la France. Le 25, on connaît au Corps législatif cette marche insensée qui achemine l’armée incohérente à travers deux cent mille Allemands victorieux. Thiers, revenu en faveur depuis les désastres, dit, démontre dans les couloirs que c’est folie. Personne ne monte à la tribune. Stupides, ils attendent l’inévitable ; l’impératrice continue d’expédier ses malles à l’étranger.

Le 30 au matin, nous sommes surpris, écrasés à Beaumont et pendant la nuit, Mac-Mahon pousse l’armée débandée dans le creux de Sedan. Le 1er septembre au matin, elle est cernée par deux cent mille Allemands, sept cents canons qui couronnent toutes les hauteurs. Napoléon III ne sait tirer son épée que pour la remettre au roi de Prusse. Le 2, est prisonnière. L’Europe entière le sut le soir même. Les députés ne bougèrent pas. Dans la journée du 3, quelques hommes énergiques essayèrent de soulever les boulevards ; ils furent repoussés par les sergents de ville ; le soir, une foule immense se pressait aux grilles du Corps législatif. A minuit seulement, la Gauche se décide. Jules Favre demande une commission de défense, la déchéance de Napoléon III, point celle des députés. Au dehors, on crie : Vive la République ! Gambetta accourt aux grilles et dit : « Vous avez tort, il faut rester unis, ne pas faire de révolution. » Jules Favre, entouré à sa sortie, s’efforça de calmer le peuple.

Si Paris eût écouté la Gauche, la France capitulait. Le 7 août, ils l’ont avoué plus tard, Jules Favre, Jules Simon, Pelletan étaient venus dire au président Schneider : « Nous ne pouvons plus tenir, nous n’avons plus qu’à traiter au plus vite (1) », mais le 4 au matin, Paris a lu cette proclamation mensongère : « Quarante mille hommes seulement ont été faits prisonniers ; on aura avant peu de jours deux nouvelles armées ; l’empereur a été fait prisonnier pendant la lutte. » Paris accourt. Des bourgeois se souvenant qu’ils sont gardes nationaux ont endossé l’uniforme, pris le fusil et veulent forcer le pont de la Concorde. Les gendarmes, étonnés de voir des gens si bien livrent le passage ; la foule suit et envahit le Palais-Bourbon. A une heure, malgré les efforts désespérés de la Gauche, le peuple engorge les tribunes. Il est temps. Les députés, en travail de ministère, essaient de saisir le Gouvernement. La Gauche seconde de toutes ses forces cette combinaison, s’indigne qu’on ose parler de République. Le cri éclate dans les tribunes, Gambetta fait des efforts inouïs, conjure le peuple d’attendre le résultat des délibérations. Ce résultat, on le connaît d’avance. C’est une commission de gouvernement nommée par l’Assemblée ; C’est la paix demandée, acceptée à tout prix ; c’est, au bout de la honte, la monarchie plus ou moins parlementaire ; une vague nouvelle enfonce les portes, remplit la salle, chasse ou noie les députés. Gambetta, jeté à la tribune doit prononcer la déchéance. Le peuple veut plus : la République ! emporte les députés de la Gauche pour l’aller proclamer à l’Hôtel-de-Ville.

Il appartient déjà au peuple. Dans la cour d’honneur, le drapeau tricolore et le drapeau rouge se disputaient la place, applaudis par les uns, hués par les autres. Salle du trône, de nombreux orateurs haranguent la foule ; Gambetta, Jules Favre et plusieurs de la Gauche arrivent acclamés. Millière cède la place à Jules Favre en disant : « Il ne s’agit aujourd’hui que d’une chose : chasser les Prussiens. » Jules Favre, Jules Simon, Jules Ferry, Gambetta, Crémieux, Emmanuel Arago, Glais-Bizoin, Pelletan, Garnier-Pagès, Picard, se déclarèrent Gouvernement, lurent leurs noms à la foule. Il y eut bien des réclamations. On leur cria des noms révolutionnaires : Delescluze, Ledru-Rollin, Blanqui ; Gambetta très applaudi, démontra que seuls les députés de Paris étaient aptes à gouverner. Cette théorie fit entrer au Gouvernement Rochefort ramené de Sainte-Pélagie et qui apportait de la popularité.

Ils envoyèrent au général Trochu, pour le supplier de diriger la défense. Le général avait promis, sur sa parole de Breton, catholique et soldat « de se faire tuer sur les marches des Tuileries pour défendre la dynastie ». Les Tuileries n’ayant pas été attaquées, — le peuple les dédaigna, — Trochu, délesté de son triple serment, monta les marches de l’Hôtel-de-Ville. Il exigea qu’on lui garantît Dieu et il voulut la présidence. On lui donna la présidence et le reste.

Douze citoyens entrèrent ainsi en possession de la France. Ils se déclarèrent légitimés par l’acclamation populaire. Ils prirent le grand nom de Gouvernement de la Défense nationale. Cinq de ces douze-là avaient perdu la République de 1848.

La France était bien à eux. Au premier murmure de la concorde, l’impératrice avait ramassé ses jupes et dégringolé par un escalier de service. Le belliqueux Sénat, Rouher en tête, avait filé à l’anglaise. Quelques députés ayant fait mine de se réunir au Palais-Bourbon, il suffit de leur détacher un commissaire armé de scellés. Grands dignitaires, gros fonctionnaires, féroces mamelucks, impérieux ministres, chambellans solennels, généraux moustachus, s’esquivèrent piteusement le 4 septembre, comme une bande de cabotins sifflés.

Les délégués des Chambres syndicales et de l’Internationale vinrent, le soir à l’Hôtel-de-Ville. Dans la journée, ils avaient envoyé une nouvelle adresse aux travailleurs d’Allemagne, les adjurant de s’abstenir dans cette lutte fratricide. Leur devoir de fraternité rempli, les travailleurs français n’étaient plus qu’à la défense et ils demandaient au gouvernement de l’organiser ; Gambetta les reçut fort bien et répondit à leurs questions. Le 7, dans le premier numéro de son journal la Patrie en danger, Blanqui et ses amis, remis en liberté comme tous les détenus politiques, vinrent « offrir au Gouvernement leur concours le plus énergique et le plus absolu ».

Paris entier se livra à ces députés de la Gauche, oublia leurs défaillances dernières, les grandit de toute la hauteur du péril. Prendre, accaparer le pouvoir en un pareil moment, parut un de ces coups d’audace dont le génie seul est capable. Ce Paris, affamé depuis quatre-vingts ans de libertés municipales, se laissa donner pour maire le vieux postier de 48, Etienne Arago, frère d’Emmanuel et qui piaulait contre toute audace révolutionnaire. Il nomma aux vingt arrondissements les maires qu’il voulut, lesquels se donnèrent les adjoints qui leur plurent. Mais Arago annonçait des élections prochaines et parlait de faire revivre les grands jours de 92 ; mais Jules Favre, aussi fier que Danton, criait à la Prusse, à l’Europe : « Nous ne céderons ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses. » Et Paris acceptait d’entrain cette dictature au verbe héroïque. Le 14, quand Trochu passa la revue de la garde nationale, trois cent mille hommes échelonnés sur les boulevards, la place de la Concorde et les Champs-Elysées firent une acclamation immense, un acte de foi pareil à celui de leurs pères au matin de Valmy.

Oui, Paris se livra sans réserves à cette Gauche qu’il avait dû violer pour faire sa révolution. Son élan de vouloir ne dura qu’une heure. L’Empire à terre, il crut tout fini, réabdiqua. Vainement, des patriotes clairvoyants essayèrent de le tenir debout ; vainement, Blanqui écrivit : « Paris n’est pas plus imprenable que nous n’étions invincibles ; Paris mystifié par la presse vantarde, ignore les grandeurs du péril ; Paris abuse de la confiance » ; Paris s’abandonna à ses nouveaux maîtres, ferma obstinément les yeux. Pourtant chaque jour apportait un symptôme. L’ombre du siège approchait et la Défense, loin d’éloigner les bouches inutiles, engorgeait la ville de deux cent mille habitants de la banlieue. Les travaux extérieurs n’avançaient pas. Au lieu de jeter tout Paris sur les pioches et, clairons en tête, drapeau eau vent, de conduire hors l’enceinte, par troupes de cent mille, les petits-fils des niveleurs du Champ de Mars, Trochu livrait les terrassements aux entrepreneurs ordinaires qui ne trouvaient pas de bras, disaient-ils. La hauteur de Châtillon, clef de nos forts du Sud, est à peine étudiée quand le 19 l’ennemi se présente, balaie du plateau une troupe affolée de zouaves et de soldats qui n’ont pas voulu se battre. Le lendemain, ce Paris, que les journaux déclaraient incernable, est enveloppé par l’armée allemande, coupé de la province.

Cette impéritie alarma très vite les hommes d’avant-garde. Ils avaient promis leur concours, non la foi aveugle. Le 5 septembre, voulant centraliser pour la défense et le maintien de la république les forces du parti d’action, ils avaient invité les réunions publiques à nommer dans chaque arrondissement un comité de vigilance chargé de contrôler les maires et d’accueillir les réclamations. Chaque comité devaient nommer quatre délégués ; l’ensemble des délégués serait un Comité central des vingt arrondissements. Ce mode d’élection tumultuaire avait donné un Comité composé d’ouvriers, d’employés, d’écrivains connus dans les mouvements révolutionnaires et les réunions de ces dernières années. Il s’était installé à la salle de la rue de la Corderie, prêtée par l’Internationale et la Fédération des Chambres syndicales.

Elles avaient suspendu leurs travaux, la guerre et le service de la garde nationale absorbant toutes les activités. Quelques-uns des syndicaux et des internationalistes devaient se retrouver aux Comités de vigilance et au Comité Central des vingt arrondissements, ce qui fit attribuer, très à tort, ce Comité à l’Internationale. Le 15, il afficha un manifeste demandant : l’élection des municipalités, la police remise en leurs mains, l’élection et la responsabilité de tous les magistrats, le droit absolu de presse, de réunion, d’association, l’expropriation de toutes les denrées de première nécessité, le rationnement, l’armement de tous les citoyens, l’envoi de commissaires pour faire lever la province. Il n’y avait rien là que de très légitime. Mais Paris entamait à peine sa provision de confiance ; les journaux bourgeois crièrent au Prussien, la grande ressource de qui ne voulait pas raisonner. Les noms de quelques signataires étaient cependant connus de la presse : Germain Casse, Ch.-L. Chassin, Lanjalley, Lefrançais, Longuet, Leverdays, Millière, Malon, Pindy, Ranvier, Vaillant, Jules Vallès.

Le 20, Jules Favre revient de Ferrières où il a demandé à Bismarck ses conditions de paix. Il y était allé en amateur, à l’insu de ses collègues, dit-il dans le compte rendu de son entrevue coupée de larmes. « Il n’en versa pas une seule, bien qu’il s’efforçât de pleurer », s’il faut en croire le secrétaire de Bismarck. Aussitôt, le Comité des vont arrondissements se réunit en masse, envoie demander à l’Hôtel-de-Ville la lutte à outrance et l’élection municipale ordonnée par décret quatre jours auparavant. « Nous avons besoin, avait écrit le ministre de l’Intérieur Gambetta, d’être appuyés et secondés par des assemblées directement issues du suffrage universel. » Jules Ferry reçut la délégation, donna sa parole d’honneur que le gouvernement ne traiterait à aucun prix et annonça les élections municipales pour la fin du mois. Trois jours après, un décret les ajournait indéfiniment.

Ainsi, ce pouvoir à peine installé, renie ses engagements, refuse le conseil qu’il a demandé. A-t-il donc le secret de la victoire ? Mais Trochu vient de dire : « La résistance est une héroïque folie Picard : « On se défendra pour l’honneur, mais tout espoir est chimérique. » L’élégant Crémieux : « Les prussiens entreront dans Paris comme un couteau dans du beurre (2). » Le chef d’état-major de Trochu : « Nous ne pouvons pas nous défendre. » Et au lieu d’avertir loyalement paris, de lui dire : « Capitule sur l’heure ou conduis toi-même ta lutte », ces hommes qui déclarent la défense impossible, en réclamant la direction sans partage.

Quel est donc leur but ? Leur but est de traiter. Depuis les premières défaites, ils n’en ont pas d’autre. Les revers qui exaltaient leurs pères avaient mis les hommes de la gauche au ras des députés impériaux. Devenus Gouvernement, ils battent la même chamade, expédient M. Thiers quêter la paix par toute l’Europe, et Jules Favre à Bismarck. Quant tout Paris leur crie : « Défendez-nous, chassons l’ennemi », ils applaudissent, acceptent, et tout bas ils disent : « Tu vas traiter. » Il n’y a pas dans l’histoire de trahison plus haute. Les hommes du 4 Septembre ont-ils oui ou non, détourné le mandat qu’ils avaient reçu ? « Oui », sera le verdict des siècles.

Mandat tacite, il est vrai, mais tellement formel que tout Paris tressaillit au récit de Ferrières. La seule idée de capituler bouleverserait les bonnetiers les plus calmes. Paris d’un bout à l’autre avait pris son parti de lutte à outrance. Les Défenseurs durent ajourner, céder à ce qu’ils commèrent la « folie du siège », s’estimant les seuls dans Paris qui n’eussent pas perdu la tête. On se battrait, puisque ces Parisiens n’en voulaient point démordre, mais uniquement pour leur faire jeter leur gourme. Le 14, lorsque Trochu revint de voir ce que « jamais, dit-il, général d’armée n’a eu sous les yeux, trois cents bataillons organisés, armés, encadrés par la population tout entière, acclamant la défense de Paris », Il fut ému, dit-on, annonça qu’il pourrait tenir les remparts (3). Ce fut le maximum de son enthousiasme. Tenir, ne pas ouvrir les portes. Quant à instruire à fond ces trois cent mille soldats mobiles et marins amoncelés dans Paris et, de toutes ces forces, faire un puissant fléau dont on chasserait l’ennemi jusqu’au Rhin, il n’y songea jamais. Ses collègues n’y pensèrent pas davantage, ne disputèrent avec lui que sur le plus ou moins de chicanes à faire aux généraux prussiens.

Il était pour les moyens doux, en dévot qui n’aime pas les éclats inutiles. Puisque la grande ville devait tomber, de par tous les manuels militaires, il lui ferait une chute aussi peu sanglante que possible. Laissant donc l’ennemi s’établir à son aise autour de Paris, Trochu organisa pour s’établir à son aise autour de Paris, Trochu organisa pour la galerie quelques escarmouches. Un seul engagement sérieux eut lieu le 30 à Chevilly où, après un avantage, nous reculâmes abandonnant une batterie faute de renforts et d’attelages.

Le public crut à un succès, toujours mystifié par cette presse qui avait crié : « A Berlin ! » mais deux tocsins sonnent : Toul et Strasbourg ont capitulé. Flourens, très populaire à Belleville, donne le branle. N’écoutant que sa fièvre, il appelle les bataillons du quartier et descend, le 5 octobre, à l’Hôtel-de-Ville, réclame la levée en masse, la sortie, les élections municipales, le rationnement. Trochu qui, pour l’amuser, l’avait affublé du titre de major de rempart, lui fit une belle conférence et parvint à l’éconduire. Comme des députations affluaient, demandant que Paris eût voix à la défense, nommât son conseil, sa commune, le Gouvernement finit par dire que sa dignité lui défendait de céder. Cette morgue fit le mouvement du 8. Le Comité des vingt arrondissements protesta par une affiche énergique. Sept à huit cents personnes vinrent crier ; Vive la Commune ! sous les fenêtres de l’Hôtel-de-Ville. La masse n’en était pas encore à perdre la foi. Un grand nombre de bataillons trochéens accoururent. Le Gouvernement les passa en revue et déclara les élections impossibles, attendu, raison irréfutable, que tout le monde devait être au rempart.

Le gros public gobait avidement ces bourdes. le 16, Trochu ayant écrit au compère Etienne : « Je suivrai jusqu’au bout le plan que je me suis tracé », les badauds reprirent le refrain d’août sur Bazaine : « Laissons-le faire, il a son plan. » Les agitateurs furent pour le gogo couramment des prussiens, car Trochu, en bon jésuite, n’avait pas manqué de dire, répétant sa proclamation d’ouverture : « Un petit nombre d’hommes dont les vues coupables servent les projets de l’ennemi. » Paris se laissa bercer tout le mois d’octobre au bruit d’expéditions commencées en succès et terminées en retraites. Le 13, nous prenons Bagneux et une attaque un peu vive nous rendrait Châtillon ; Trochu n’a pas de réserves. Le 21, une pointe sur la Malmaison perce la faiblesse de l’investissement, jette la panique jusque dans Versailles ; au lieu de pousser à fond, le général Ducrot n’engage que six mille hommes et les Prussiens le ramènent en lui prenant deux canons. Le Gouvernement tournait ces refoulées en reconnaissances heureuses, grisait Paris de la belle défense de Châteaudun, battait monnaie avec les dépêches de Gambetta, délégué le 8 en province ; il les gênait à Paris, croyant, lui, à la défense.

Les maires entretenaient cette douce confiance. Ils siégeaient à l’Hôtel-de-Ville avec leurs adjoints, à deux pas du Gouvernement et ces soixante-quatre n’avaient qu’à regarder pour voir clair. Mais ils étaient en très grande majorité de ces libéraux et républicains doctrinaires si bien représentés par la Gauche (4). Parfois, ils guettaient à la porte des Défenseurs, les interrogeaient timidement, recevaient de vagues assurance, n’y croyaient pas et voulaient que Paris y crût. « En rapport, a dit l’un des plus importants, Corbon, avec une population anxieuse qui nous demandait ce que pensait le gouvernement, nous étions obligé de le couvrir, de dire qu’il était tout à la défense, que les chefs de l’armée étaient pleins de dévouement et travaillaient avec ardeur. Nous disions cela, sans le savoir, sans y croire ; nous ne savions rien (5). »

A la corderie, dans les clubs, au journal de Blanqui, au Réveil de Delescluze, au Combat de Félix Pyat, on éventre le plan de l’Hôtel-de-Ville. Que signifient ces sorties partielles, jamais soutenues ? Pourquoi laisse-t-on la garde nationale à peine armée, inorganisée, hors de toute action militaire ? Où en est la fonte des canons ? Six semaines de bavardages, d’oisiveté, ne laissent plus aucun doute sur l’incapacité, sinon sur le mauvais vouloir de la défense. La même pensée naît dans les cerveaux. Que les septiques laissaient place aux croyants. Que Paris se reprenne. Que la maison commune de 92 sauve encore une fois la cité et la France. Chaque jour enfonce plus profondément cette résolution dans les âmes viriles. Le Combat, qui prêchait la Commune en apostrophes boursouflées dont le clinquant attirait plus la foule que la dialectique nerveuse de Blanqui, lança le 27 une bombe effroyable : « Bazaine va livrer Metz, traiter de la paix au nom de Napoléon III ; son aide de camp est à Versailles. » L’Hôtel-de-Ville dément cette nouvelle « aussi infâme, dit-il, qu’elle est fausse. Bazaine, le glorieux soldat, n’a cessé de harceler l’armée assiégeante par de brillante sorties ». Le Gouvernement appelle sur le journaliste le « châtiment de l’opinion publique ». A ce lancé, l’opinion, sous forme de hurleurs, accourt, brûla le journal et eût écharpé le journaliste s’il n’eût décampé. Le lendemain, le Combat déclara tenir la nouvelle de Flourens, qui l’avait reçut de Rochefort au mieux avec son collègue Trochu.

Ce jour-là un coup de main heureux nous livrait Le Bourget au nord-est de Paris et, le 29, l’état-major claironna un triomphe. Toute la journée, il laissa nos soldats sans vivres, sans renforts, sous le feu des Prussiens qui revinrent le 30 avec quinze mille hommes et reprirent le village à ses seize cents défenseurs. Le 31 octobre, à son réveil, Paris reçut trois coups dans la poitrine : la perte du Bourget, la capitulation de Metz et de toute l’armée du « glorieux Bazaine », l’arrivée de M. Thiers venant négocier un armistice.

Les défenseurs, très convaincus que Paris irait à la paix, affichèrent côte à côte l’armistice espéré et la capitulation certaine, une « bonne et une mauvaise nouvelle », a dit Jules Ferry, qui appelait l’armistice « une compensation » (6).

Paris n’eut qu’un bond, comme à la même heure Marseille, Toulouse, Saint-Etienne. Une heure après l’affichage sous la pluie, la foule crie devant l’Hôtel-de-Ville : « Pas d’armistice ! » et, malgré la résistance des mobiles, envahit le vestibule. Etienne Arago, ses adjoints Floquet et Henri Brisson accourent, jurent que le Gouvernement s’épuise pour le salut. Le premier flot se retire : un autre bat la porte. A midi, Trochu apparaît au bas de l’escalier, croit en finir par une harangue. On répond : « A bas Trochu ! » Jules Simon le relaie et va jusque sur la place détailler les douceurs de l’armistice. On crie : « Pas d’armistice !» Il ne s’en tire qu’en priant la foule de désigner dix délégués qui l’accompagnent à l’Hôtel-de-Ville. Trochu, Jules Favre, Jules Ferry et Picard les reçoivent dans la salle du Trône. Trochu démontre cicéroniquement l’inutilité du Bourget, prétend qu’il vient d’apprendre la capitulation de Metz. Une voix : « Vous avez menti ! » C’est une députation du Comité des vingt arrondissements et des comités de vigilance qui a pénétré dans la salle. D’autres, pour vider Trochu, veulent qu’il continue ; un coup de feu part sur la place, coupe le monologue et fait envoler l’orateur. Jules Favre le remplace, reprend le fil de sa démonstration.

Pendant qu’il pérore, les maires délibèrent dans la salle du conseil municipal. Pour fondre l’émeute, ils proposent l’élection des municipalités, la formation des bataillons de la garde nationale et leur adjonction à l’armée. Le bêlant Etienne va porter ces emplâtres au Gouvernement.

Il est deux heures et demie ; une foule énorme houle sur la place, mal contenue par les mobiles, crie : « A bas Trochu ! vive la Commune ! » agite des drapeaux avec : pas d’armistice ! Les délégations entrées à l’Hôtel-de-Ville ne revenant pas, cette foule perd patience, enfonce les mobiles, jette dans la salle des maires Félix Pyat, venu en amateur. Il se débat, proteste que cela ne se passe pas dans les règles, qu’il veut entrer dans la place « par élection, non par irruption ! » Les maires l’appuient de leur mieux, annoncent qu’ils ont demandé l’élection des municipalités, que le décret est à la signature. La foule pousse toujours, monte jusqu’à la salle du Trône, où elle termine l’oraison de Jules Favre qui va rejoindre ses collègues ; ils votent la proposition des maires, en principe, sauf à fixer la date des élections.

Vers quatre heures, le salon est envahi. Rochefort promet les élections municipales. La foule l’assimile aux autres Défenseurs. Un des délégués du Comité des vingt arrondissements monte sur la table, proclame la déchéance du Gouvernement, demande qu’une commission soit chargée de faire les élections dans les quarante-huit heures. Les noms de Dorian, le seul ministre qui ait pris la défense au sérieux, de Louis Blanc, Ledru-Rollin, Victor Hugo, Raspail, Delescluze, Blanqui, Félix Pyat, Millière sont acclamés.

Si cette commission avait pu faire évacuer et garder l’Hôtel-de-Ville, afficher une proclamation, la journée était finie, salutaire. Mais Dorian refusa ; Louis Blanc, Victor Hugo, Ledru-Rollin, Raspail, Félix Pyat se tinrent cois ou tournèrent les talons. Flourens a le temps d’arriver. Il fait irruption avec ses tirailleurs de Belleville, monte sur la table autour de laquelle se tiennent les membres du Gouvernement, les déclare prisonniers et propose un Comité de salut public. Les uns applaudissent, d’autres protestent, déclarent qu’il ne s’agit pas de substituer une dictature à une autre. Flourens l’emporte, lit des noms, le sien d’abord, ensuite Blanqui, Delescluze, Millière, Ranvier, Félix Pyat, Mottu. D’interminables discussions s’engagent. Les hommes du 4 Septembre se sentent sauvés malgré les gardes nationaux qui les tiennent, et sourient de ces vainqueurs qui laissent fuser leur victoire.

Dès lors on se perd dans un dédale d’imbroglios. Chaque salle a son gouvernement, ses orateurs, ses tarentules. Si noire est la tourmente que, vers huit heures, des gardes nationaux réactionnaires peuvent, sous le nez de Flourens, enlever Trochu et Ferry. D’autres, à côté, emportent Blanqui que des francs-tireurs délivrent. Dans le cabinet du maire, Etienne Arago et ses adjoints convoquent pour le lendemain les électeurs sous la présidence de Dorian et de Schœlcher. Vers dix heures leur affiche est placardée dans Paris.

Paris, toute la journée, avait regardé faire. « Le 31 octobre au matin », a dit Jules Ferry, « la population parisienne nous était, du haut en bas de l’échelle, absolument hostile (7). Tout le monde trouvait que nous méritions d’être destitués. » Un des meilleurs bataillons trochéens, conduit au secours du Gouvernement par le général Tamisier, commandant supérieur de la garde nationale, leva la crosse en l’air en arrivant sur la place. Tout changea quand on sut le Gouvernement prisonnier, surtout les noms de ses remplaçants. La leçon parut trop forte. Tel qui aurait admis Ledru-Rollin, Victor Hugo, ne put avaler Flourens et Blanqui. Le rappel avait battu inutilement toute la journée ; le soir la générale rendit. Les bataillons réfractaires le matin, arrivèrent place Vendôme, la plupart, il est vrai, croyant les élections accordées ; une assemblée d’officiers réunis à la Bourse ne consentit à attendre le vote régulier que sur la foi de l’affiche Dorian-Schœlcher. Trochu et les évadés de l’Hôtel-de-Ville retrouvèrent leurs fidèles. L’Hôtel-de-Ville, au contraire, se dégarnissait.

La plupart des bataillons pour la Commune, croyant les élections accordées, avaient regagné leurs quartiers. Il restait à peine un millier d’hommes sans armes et les ingouvernables tirailleurs de Flourens qui vagabondaient dans cette cohue. Blanqui signait, signait. Delescluze essaya de sauver quelque épave de ce mouvement. Il joignit Dorian, reçut l’assurance formelle que les élections de la Commune auraient lieu le lendemain, celles du Gouvernement provisoire le jour suivant, enregistra ces promesses dans une note où le pouvoir insurrectionnel déclarait qu’il attendrait les élections, la fit signer par Millière, Flourens et Blanqui. Millière et Dorian allèrent communiquer cette pièce aux membres de la Défense. Millière leur proposait de sortir ensemble de l’Hôtel-de-Ville, laissant Dorian et Schœlcher procéder aux élections, à la condition expresse qu’aucune poursuite ne serait exercée. Les membres de la Défense acceptaient et Millière leur disait : « Messieurs, vous êtes libres », quand les gardes nationaux voulurent des engagements écrits. Les prisonniers s’indignèrent qu’on doutât de leur parole. Millière et Flourens ne purent faire comprendre aux gardes l’inutilité des signatures.

Tout à coup Jules Ferry attaque la porte de la place Lobau. Il a mis sa liberté à profit, réuni quelques bataillons, un surtout de mobiles bretons qui n’entendent guère le français. Delescluze et Dorian vont au-devant, annoncent l’arrangement qu’ils croient conclu, décident Ferry à attendre. A trois heures du matin, comme le tournis persiste, les tambours de Trochu battent sur la place ; le bataillon breton débouche en plein Hôtel-de-Ville par le souterrain de la caserne Napoléon, surprend et désarme beaucoup de tirailleurs ; Jules Ferry envahit la salle du Gouvernement. Les indisciplinables ne firent point de résistance. Jules Favre et ses collègues furent délivrés. Aux Bretons qui menaçaient, le général Tamisier rappela les conventions débattues dans la soirée et, pour gage d’un oubli réciproque, sortit de l’Hôtel-de-Ville, entre Blanqui et Flourens. Trochu parcourut les rues et les quais dans une gloire de bataillons.

Ainsi s’évanouit en fumée cette journée qui aurait pu revivifier la défense. L’incohérence des hommes d’avant-garde refit au Gouvernement sa virginité de Septembre. Il l’exploita cette nuit même, arracha les affiches Dorian-Schœlcher, accorda des élections municipales pour le 5, mais les fit payer d’un plébiciste, posa la question impérialement : « Ceux qui voudront maintenir le Gouvernement voteront oui. » Le Comité des vingt arrondissements eut beau lancer un manifeste, le Réveil, la Patrie en danger, le Combat dire les cent raisons pour lesquelles il fallait dire non, Paris, par peur de deux ou trois hommes, ouvrit un nouveau crédit à ce Gouvernement qui accumulait inepties sur insolences, lui dit : « Je te veux » 322 900 fois. L’armée, les mobiles donnèrent 237 000 oui. Il n’y eut que 54 000 civils et 9 000 militaires pour dire non.

Comment ces soixante mille clairvoyants, si prompts, si énergiques, ne purent-ils jamais gouverner l’opinion ? C’est qu’ils se fractionnèrent en cent courants. La fièvre du siège n’était pas pour discipliner le parti révolutionnaire, si divisé quelques semaines auparavant, et personne ne s’y essayait. Delescluze et Blanqui vivaient dans un cercle exclusif d’amis ou de partisans. Félix Pyat, offrant un fusil d’honneur à qui tuerait le roi de Prusse, patronnant un feu grégeois qui devait rôtir l’armée allemande, ne devenait pratique que pour sauver sa peau. Les autres, Ledru-Rollin, Louis Blanc, Schœlcher, etc., l’espoir des républicains sous l’Empire, étaient rentrés d’exil poussifs, cariés de vanité et d’égoïsme, irrités contre la nouvelle génération socialiste qui ne se payait plus de leurs systèmes. Les radicaux, soucieux de leur avenir, n’allaient pas se compromettre au Comité des vingt arrondissements. Il ne put être jamais qu’un foyer d’impressions, non un centre directeur, la section des Gravilliers de 1870-71, et comme celle de 1793, traitant tout par manifestations.

C’est là au moins la vie, une lampe fumeuse mais toujours vigilante. Que donnent les petits bourgeois ? Où sont leurs Jacobins, leurs Cordeliers ? Je vois bien à la Corderie les enfants perdus de la petite bourgeoisie qui tiennent la plume ou prennent la parole, où le gros de l’armée ?

Tout se tait. Sauf les faubourgs, Paris est une chambre de malade où personne n’ose dire un mot. Cette abdication morale est le vrai phénomène psychologique du siège, d’autant plus extraordinaire qu’elle coexiste avec une admirable ardeur de résistance. Des hommes qui disent : « Nous aimons mieux brûler nos maisons que de les rendre à l’ennemi », s’indignent qu’on ose disputer le pouvoir aux trembleurs de l’Hôtel-de-Ville. S’ils redoutent les étourdis, les fiévreux, les collaborations compromettantes, que ne prennent-ils eux-mêmes la direction du mouvement ? Et ils se bornent à crier : « Pas d’émeutes devant l’ennemi ! Pas d’exaltés ! » comme si la capitulation vaut mieux que l’émeute, comme si le 10 Août, le 31 Mai ne furent pas des émeutes devant l’ennemi, comme s’il n’y a pas de terme entre l’abdication et le délire.

Le 5 et le 7, ils refirent leur vote plébiscitaire, nommant pour maires douze sur vingt des créatures d’Etienne Arago. Quatre parmi les nouveaux, Dubail, Vautrain, Desmarest, Vacherot, démocrate irréconciliable sous l’Empire, étaient d’intraitables bourgeois. La plupart des adjoints du type libéral ; à peine quelques internationalistes très radoucis : Tolain, Murat, Héligon, et quelques militants : Malon, Jaclard, Dereure, Oudet, Léo Meillet.

Les faubourgs, fidèles, élurent Delescluze au XIXe et, dans le XXe, Ranvier, Millière, Flourens, qui ne purent siéger ; les gens de l’Hôtel-de-Ville, violant la convention Dorian-Tamisier, avaient lancé des mandats d’arrêt contre les manifestants du 31 octobre (8). Naturellement ils les accusèrent d’avoir été à la solde de la police impériale, dirent qu’on venait de découvrir leurs dossiers à la Préfecture. A la Mairie centrale, Jules Ferry remplaça Etienne Arago, trop chiffonné le 31 octobre ; et l’on mit au commandement de la garde nationale Clément Thomas, le chargeur des prolétaires en juin 48, Tamisier indigné de la violation du traité ayant donné sa démission.

Rien n’était perdu au commencement de novembre. L’armée, les mobiles, les marins donnaient, d’après le plébiscite, 246 000 hommes et 7 500 officiers. On pouvait aisément trier dans Paris 125 000 gardes nationaux capables de faire campagne, et en laisser autant à la défense intérieure. Les transformations d’armes, les canons devaient s’enlever en quelques semaines ; les canons surtout, chacun donnant de son pain pour doter le bataillon de belles pièces, l’orgueil traditionnel des Parisiens. Où trouver mille artilleurs ? disait Trochu ; or il y a dans tout mécanicien de Paris l’étoffe d’un canonnier, la Commune le fit bien voir. Partout même surabondance. Paris fourmillait d’ingénieurs, de contremaîtres, de chefs d’ateliers, d’équipes, dont on pouvait faire les cadres de tout. Il y avait là, gisant à terre, tous les matériaux d’une victoire.

Les podagres de l’armée régulière n’y voyaient que barbarie. Ce Paris pour qui Hoche, Marceau, Kléber n’eussent été ni trop jeunes, ni trop croyants, ni trop purs, avait comme généraux les plus mauvais résidus de l’Empire et de l’Orléanisme, Vinoy de Décembre, Ducrot, Suzanne, Leflô. Tel prétentieux fossile comme Chabaud-Latour commandait en chef le génie. Dans l’aimable intimité, ils s’amusaient beaucoup de cette défense (9), trouvaient la plaisanterie bien longue. Le 31 octobre les exaspéra contre la garde nationale, et, jusqu’à la dernière heure, ils refusèrent de l’utiliser.

Au lieu d’amalgamer les forces de Paris, de donner à tous, mêmes cadres, même enseigne, le beau nom de garde nationale, Trochu avait laissé subsister les trois divisions : armée, mobiles, civils. C’était la suite naturelle de son opinion sur la défense. L’armée, ameutée par les états-majors, prit en haine ce Paris qui lui imposait, disait-on, des fatigues inutiles. Les mobiles de province, poussés par leurs officiers, fine fleur de hobereaux, s’aigrirent aussi. Tous, voyant les gardes nationaux méprisés, les méprisèrent, les appelant : « les À outrance ! les Trente sous ! » (Depuis le siège, les Parisiens recevaient un franc cinquante d’indemnité.) On put craindre des collisions tous les jours.

Le 31 octobre ne changea rien au fond des choses. Le Gouvernement rompit les négociations qu’il n’eût pu, malgré sa victoire, poursuivre sans sombrer, décréta la création de compagnies de marche dans la garde nationale, activa la fonte des canons ; il ne crut pas davantage à la défense, conserva le cap à la paix. Sa grande préoccupation, il l’a écrit, fut l’émeute. Ce n’était plus seulement de la folie du siège qu’il voulut sauver Paris, mais avant tout des révolutionnaires. Les hauts bourgeois attisèrent ce beau zèle. Avant le 4 septembre, ils avaient déclaré, dit Jules Simon, qu’ils « ne se battraient point si la classe ouvrière était armée et si elle avait quelque chance de prévaloir », et le soir du 4 septembre Jules Favre et Jules Simon étaient venus au Corps législatif, les rassurer, leur dire que les défenseurs n’endommageraient pas la maison. L’irrésistible force des événements avait armé les ouvriers ; il fallait au moins immobiliser leurs fusils ; depuis deux mois, la haute bourgeoisie guettait l’heure. Le plébiscite lui dit qu’elle avait sonné. Trochu tenait Paris et, par le clergé, elle tenait Trochu, d’autant mieux qu’il ne croyait relever que de sa conscience. Conscience curieuse, à dessous infinis, plus machinés que ceux d’un théâtre. Il croyait aux miracles et ne croyait pas aux prodiges, aux sainte Geneviève et non aux Jeanne d’Arc, aux légions d’en haut nullement aux armées qui sortent de terre. Aussi, depuis le 4 septembre, il mettait son devoir à tromper Paris, pensait : « Je vais te rendre, mais c’est pour ton bien. » Après le 31 octobre, il crut sa mission doublée, se vit l’archange, le saint Michel de la société menacée. C’est la seconde période de la Défense. Elle tient peut-être dans un cabinet de la rue des Postes, car les chefs du clergé virent plus nettement que personne le danger d’un avènement de travailleurs. Leurs menées furent très souples. Une sorte d’évêque à la Turpin, botté, barbu, jovial, grand videur de bouteilles et retrousseur de cotillons, main large et langue hâbleuse, Bauer, ne quittait pas Trochu, activait son antipathie de la garde nationale. Partout ils surent mettre le grain de sable à l’endroit vital, pénétrant les états-majors, les ambulances, les mairies. Comme le pêcheur aux prises avec une proie trop grosse, ils noyèrent Paris, dans son fluide, lui soutirèrent ses forces par secousses. Le 28 novembre, Trochu donna la première : une sortie à grand orchestre. Le général Ducrot qui commandait s’annonça en Léonidas. « J’en fais le serment devant vous, devant la nation entière, je ne rentrerai dans Paris que mort ou victorieux. Vous pourrez me voir tomber, mais vous ne me verrez pas reculer. » Cette proclamation enfiévra tout Paris. Il se crut à la veille de Jemmapes où les volontaires parisiens escaladèrent les crêtes garnies d’artillerie, car cette fois la garde nationale allait donner.

Nous devions faire trouée par la Marne pour aller rejoindre les armées de province et passer la rivière à Nogent. L’ingénieur de Ducrot avait mal pris ses mesures ; les ponts n’étaient pas en état. Il fallut attendre jusqu’au lendemain. L’ennemi, au lieu d’être surpris, put se mettre sur la défensive. Le 30, d’un bel entrain, nous emportâmes Champigny. Le lendemain, Ducrot resta inactif pendant que l’ennemi, dégarnissant Versailles, accumulait ses forces sur Champigny. Le 2, il reprit une partie du village. Toute la journée on se battit durement. Les membres du Gouvernement, que leur grandeur retenait à l’Hôtel-de-Ville, se firent représenter sur le champ de bataille par une lettre à leur « bien cher président ». Le soir, nous campions sur nos positions, mais gelés. Le cher président avait ordonné de laisser les couvertures à Paris et nous étions partis sans tentes ni ambulances. Le lendemain, Ducrot déclara que nous devions nous retirer et, devant Paris, devant la nation entière, ce fanfaron déshonoré rentra à reculons. Nous avions huit mille morts ou blessés sur cent mille hommes sortis et cinquante mille engagés.

Trochu se reposa vingt jours sur ces lauriers. Clément Thomas profita du loisir pour dissoudre et flétrir le bataillon des tirailleurs de Belleville, peu discipliné sans doute, mais qui avait eu des morts et des blessés. Sur le simple rapport du général commandant à Vincennes, il flétrissait aussi le 200e bataillon. On mettait la main sur Flourens. Le 21 décembre, ces acharnés épurateurs voulurent bien songer un peu au Prussien. Les mobiles de la Seine furent lancés sans canons contre les murailles de Stains et à l’attaque du Bourget. L’ennemi les reçut avec une artillerie écrasante. Un avantage remporté sur la droite, à La Ville-Evrard, ne fut pas poursuivi. Les soldats rentrèrent démoralisés. Quelques-uns crièrent : « Vive la paix ! » Chaque entreprise nouvelle accusait le plan Trochu, énervait les troupes, mais ne pouvait rien sur le courage des gardes nationaux engagés. Pendant deux jours, au plateau d’Avron, presque à découvert, ils soutinrent le feu de soixante pièces. Quand il y eut beaucoup de morts, Trochu découvrit que la position n’avait pas d’importance et la fit évacuer.

Ces échecs commencèrent d’user la crédulité parisienne. La faim piquait plus dur d’heure en heure. La viande de cheval devenait une délicatesse. On dévorait les chiens, les chats et les rats. Les ménagères, au froid par 17 degrés, ou dans la boue du dégel, quêtaient des heures entières une ration de naufragé. Pour pain, un mortier noir qui tordait les entrailles. Les petits mouraient sur le sein épuisé. Le bois pesait de l’or. Le pauvre n’avait pour se réchauffer que les dépêches de Gambetta annonçant des succès en province. A la fin de décembre, les yeux agrandis par les privations s’allumèrent. Allait-on se laisser sombrer armes intactes ?

Les maires continuaient de ne pas bouger, se cantonnaient dans un rôle de cambusiers, s’interdisant toute question indiscrète, évitant de dresser des procès-verbaux pour fuir même l’apparence d’une municipalité (10). Jules Favre leur donnait de petites réceptions hebdomadaires où l’on bavardait amicalement sur la cuisine du siège. Un seul fit son devoir, Delescluze. Il avait acquis beaucoup d’autorité par ses articles du Réveil implacables contre la Défense. Le 30 décembre, il interpella Jules Favre, dit aux maires et adjoints : « Vous êtes responsables », demanda que le conseil fût adjoint à la Défense. La plus grande partie de ses collègues protestèrent, Dubail et Vacherot surtout. Il revint à la charge le 4 janvier, déposa une proposition radicale : démission de Trochu et de Clément Thomas ; mobilisation de la garde nationale ; institution d’un conseil de Défense ; renouvellement des comités de la guerre. On ne l’écouta pas davantage.

Le Comité des vingt arrondissements appuya Delescluze, fit paraître le 6 une affiche rouge rédigée par Tridon et Jules Vallès : « Le Gouvernement, qui s’est chargé de la défense nationale, a-t-il rempli sa mission ? Non… Par leur lenteur, leur indécision, leur inertie… ceux qui nous gouvernent nous ont conduits jusqu’aux bords de l’abîme… Ils n’ont su ni administrer, ni combattre… On meurt de froid, déjà presque de faim… Sorties sans but, luttes meurtrières sans résultats, insuccès répétés… Le Gouvernement a donné sa mesure, il nous tue… La perpétuation de ce régime, c’est la capitulation… La politique, la stratégie, l’administration du 4 Septembre, continuées de l’Empire sont jugées. Place au peuple ! Place à la Commune ! » Quelque impuissant pour l’action que fût le Comité, sa pensée était juste et il resta jusqu’à la fin du siège le moniteur sagace de Paris.

La masse qui voulait des noms illustres se détourna des affiches. Quelques-uns des signataires furent arrêtés. Pourtant Trochu se sentit atteint et le soir il fit écrire sur tous les murs : « Le gouverneur de Paris ne capitulera pas. »

Paris d’applaudir encore — quatre mois après le 4 Septembre. On trouva fort étrange que, malgré le bon billet de Trochu, Delescluze et ses adjoints donnassent leur démission.

Il fallait cependant se boucher les yeux pour ne pas voir le trou sédantesque où la Défense acheminait Paris. Les Prussiens bombardaient les maisons par-dessus les forts d’Issy et de Vanves, leurs obus marquaient de cadavres certaines rues ; le 30 décembre, Trochu déclarait toute action nouvelle impossible, invoquait l’opinion de tous les généraux, concluait à son remplacement ; le 2, le 3, le 4 janvier 71, les défenseurs discutèrent l’élection de l’Assemblée qui survivrait à la catastrophe. Paris n’en avait pas jusqu’au 15 sans l’indignation des patriotes.

Les faubourgs n’appelaient plus les hommes de la Défense que la bande à Judas. Les grands lamas démocratiques qui s’étaient retirés du 31 octobre revenaient à la Commune. L’Alliance républicaine, où l’antique Ledru-Rollin officiait devant une demi-douzaine de thuriféraires, l’Union républicaine et les autres chapelles en venaient à demander très énergiquement une Assemblée parisienne qui organisât la défense. Le Gouvernement se sentit fort pressé. Si la petite et la moyenne bourgeoisie joignaient le peuple, il devenait impossible de capituler sans une formidable émeute. Cette population qui poussait des hourras sous les obus ne se laisserait pas livrer comme un bétail. Il fallait auparavant la mortifier, la guérir de son « infatuation », selon le mot de Jules Ferry, la purger de sa fièvre. « La garde nationale ne sera satisfaite que lorsqu’il y aura dix mille gardes nationaux par terre », disait-on à l’Hôtel-de-Ville. Pressé par Jules Favre et Picard d’un côté, de l’autre par les simples, Emmanuel Arago, Garnier-Pagès, Pelletan, l’émollient Trochu consentit à donner une dernière représentation.

Elle fut résolue comme une farce, préparée parallèlement à la capitulation. Dans la nuit du 18 au 19 janvier les Défenseurs reconnaissent qu’un nouvel échec entraînera la catastrophe ; Trochu veut s’adjoindre les maires pour les questions de capitulation et de ravitaillement ; Jules Simon, Garnier-Pagès acceptent de rendre Paris, ne font de réserves que pour la France ; Garnier-Pagès propose de faire nommer par des élections spéciales des mandataires chargés de capituler. Telle fut leur veillée des armes (11).

Le 18, ils mettent Paris sur pied et les Prussiens sur le qui-vive, à grand renfort de trompettes et de tambours. Pour cet effort suprême, Trochu n’a su réunir que 84 000 hommes, dont 19 régiments de garde nationale et il leur fait passer la nuit qui est pluvieuse et froide, dans la boue des champs du mont Valérien.

On s’attaquait aux défenses qui couvraient Versailles du côté de la Bergerie. Le 19, à dix heures du matin, d’un élan de vieilles troupes, — Trochu l’avoua à la tribune versaillaise — les gardes nationaux et les mobiles qui formaient la majorité de l’aile gauche et du centre avaient emporté la redoute de Montretout, le parc de Buzenval, une partie de Saint-Cloud, poussé jusqu’à Garches, occupé en un mot tous les postes désignés. Le général Ducrot, commandant l’aile gauche, était arrivé en retard de deux heures et, bien que son armée fût surtout de troupes de ligne, il n’avançait pas.

Nous avions conquis des hauteurs capitales. Les généraux ne les armèrent pas. Les Prussiens purent tout à leur aise balayer ces crêtes. A quatre heures, ils lancèrent des colonnes d’assaut. Les nôtres fléchirent d’abord, puis se redressèrent et arrêtèrent leur mouvement. Vers six heures le feu de l’ennemi diminua ; Trochu ordonna la retraite. Il y avait cependant intacts quarante mille hommes de réserve entre le mont Valérien et Buzenval. Sur cent cinquante pièces d’artillerie, trente au plus avaient parlé. Les généraux qui avaient à peine daigné communiquer avec la garde nationale, déclarèrent qu’elle ne supporterait pas une seconde nuit et Trochu fit évacuer Montre-tout et toutes les positions conquises. Des bataillons en revenant criaient de rage. Tous comprirent qu’on les avait fait sortir pour les sacrifier (12).

Paris qui s’était cru à la victoire, se réveilla au glas de Trochu. Le général demandait un armistice de deux jours pour enlever les blessés, ensevelir les morts et en plus « du temps, des voitures et beaucoup de brancardiers ». Morts et blessés ne dépassaient pas trois mille hommes.

Cette fois enfin, Paris vit l’abîme. Les Défenseurs dédaignant de dissimuler plus longtemps, réunirent les maires et leur dirent que toute résistance était impossible. Trochu ajouta pour les consoler que, « dès le 4 septembre au soir, il avait déclaré que ce serait folie d’entreprendre de soutenir un siège contre l’armée prussienne (13) ». La sinistre nouvelle courut bientôt la ville.

Pendant quatre mois de siège, Paris avait tout accepté d’avance, la famine, la peste, l’assaut, tout, sauf la capitulation. Là-dessus, le 20 janvier 71, il était, malgré sa crédulité, sa faiblesse, le Paris de septembre 70. Quand le mot éclata, il y eut d’abord un ébahissement énorme comme devant les crimes monstrueux, contre nature. Les plaies de ces quatre mois s’avivèrent criant vengeance. Le froid, la faim, le bombardement, les longues nuits aux tranchées, les petits enfants s’éteignant par milliers, les morts semés dans les sorties, tout cela pour entrer dans la honte, faire escorte à Bazaine, devenir Metz seconde. On crut entendre le ricanement prussien. Chez quelques-uns, l’éblouissement devint fureur. Ceux-là mêmes qui soupiraient après la reddition prirent des attitudes. Le blême troupeau des maires se cabra. Le 21 au soir Trochu les reçut encore, dit que tous les généraux consultés et même des officiers de moindre grade avaient, le matin même, conclu à l’impossibilité d’une nouvelle sortie. Debout, le dos au feu, de beau geste, il leur démontra mathématiquement l’absolue nécessité de démarches auprès de l’ennemi, déclara ne pas vouloir s’en mêler, et, de cette langue aux révolutions incomparables, insinua aux maires de capituler pour lui. Ils firent la grimace, se montèrent même jusqu’à protester, s’imaginant qu’ils n’étaient pas responsables de l’issue.

Après leur départ les Défenseurs délibérèrent. Jules Favre demandait à Trochu sa démission. L’apôtre prétendait qu’on le destituât, voulant paraître incapitulable devant l’histoire ; leur offrant du reste un mot digne d’Escobar : « S’arrêter devant la faim c’est mourir, ce n’est pas capituler (14). » Ils s’échauffaient un peu lorsque, à trois heures du matin, on annonce que la prison de Mazas vient d’être forcée ; Flourens et plusieurs autres détenus politiques ont été enlevés par une troupe de gardes nationaux. Nos Défenseurs, qui flairent un 31 octobre, précipitent leurs résolutions, remplacent Trochu par le général Vinoy. Le bonapartiste se fit prier. Jules Favre et Le Flô, ministre de la Guerre, lui montrèrent le peuple debout, l’insurrection imminente, le préfet de police qui apportait sa démission. Les hommes du 4 septembre 70 en étaient à supplier ceux du 2 décembre 51. Vinoy daigna céder. Il débuta en vrai bonapartiste par s’armer contre Paris, dégarnit ses lignes devant les Prussiens, rappela les troupes de Suresnes, Gentilly, Les Lilas, mit la cavalerie et la gendarmerie sur pied. Un bataillon de mobiles du Finistère se fortifia dans l’Hôtel-de-Ville commandé par un colonel de la garde nationale, Vabre, réactionnaire fort cruel. Clément Thomas, dans une proclamation furibonde : « Les factieux s’unissent à l’ennemi… », adjura la garde nationale de « se lever tout entière pour les frapper ». Il ne l’avait pas levée tout entière contre les Prussiens.

Il y avait en l’air des signes de colère, non pas d’une journée sérieuse. Beaucoup de révolutionnaires, dont Blanqui, sentant que tout était à bout, n’admettaient pas un mouvement qui, victorieux, eût sauvé les hommes de la Défense et pris leur place pour capituler. D’autres, dont la raison n’éclairait pas le patriotisme, chauds encore des ardeurs de Buzenval, croyaient à la sortie en masse, disaient : il faut sauver l’honneur. Quelques réunions avaient voté la veille qu’on s’opposerait par les armes à la capitulation et s’étaient donné rendez-vous devant l’Hôtel-de-Ville.

A midi, le tambour rappelle aux Batignolles. A une heure et demie, quelques groupes armés paraissent sur la place de l’Hôtel-de-Ville. La foule s’amasse. Une députation est reçue par l’adjoint au maire, G. Chaudey, — le Gouvernement siégeait au Louvre depuis le 31 octobre. L’orateur dit les griefs de Paris, réclame la Commune. Chaudey répond que l’idée de la Commune est une idée fausse, qu’il l’a combattue et qu’il la combattra énergiquement. Il était de nature très violente, et terriblement ergoteur. Une nouvelle députation survient plus ardente. Chaudey se fâche même injurieusement. L’émotion gagnait ; le 101e arrivant de la rive gauche criait : « Mort aux traîtres ! ». Le 207e, des Batignolles, qui a parcouru les boulevards, débouche sur la place par la rue du Temple et se range devant l’Hôtel-de-Ville dont toutes les issues sont fermées.

Des coups de feu éclatent ; les croisées de l’Hôtel se voilent de fumée. Abrités derrière les candélabres et des monticules de sable, quelques gardes nationaux, commandés par Sapia et Raoul Rigault, soutiennent le feu des mobiles. D’autres font le coup de feu dans les maisons de l’avenue Victoria. La fusillade roulait depuis une demi-heure, quand les gendarmes parurent au coin de l’avenue. Vinoy suivait. Les insurgés firent retraite. Une douzaine furent saisis et menés à l’Hôtel-de-Ville où Vinoy voulait les fusiller. Jules Ferry les fit réserver pour les conseils de guerre. Les manifestants, la foule inoffensive perdirent trente morts ou blessés, l’Hôtel-de-Ville n’eut qu’un mort et deux blessés.

Le Gouvernement ferma les clubs et lança de nombreux mandats d’arrêt. Quatre-vingt-trois personnes, la plupart innocentes, a dit le général Soumain, furent arrêtées. On saisit cette occasion pour envoyer Delescluze, malgré ses soixante-cinq ans et la bronchite aiguë qui le minait, rejoindre à Vincennes les détenus du 31 octobre jetés pêle-mêle dans le donjon humide. Le Réveil et le Combat furent supprimés.

Une proclamation indignée dénonça les insurgés comme « les partisans de l’étranger », seule ressource des hommes du 4 Septembre dans leurs crises honteuses. Par là seulement, ils furent Jacobins. Qui servit l’étranger, du Gouvernement toujours prêt à traiter, ou des Parisiens toujours acharnés pour la résistance ? L’histoire dira qu’à Metz une armée immense, encadrée, instruite, de vieux soldats, se laissa livrer sans qu’un maréchal, un chef de corps, se levât pour la sauver de Bazaine, tandis que les Parisiens sans guides, sans organisation, devant deux cent quarante mille soldats et mobiles acquis à la paix, firent reculer de trois mois la capitulation et la vengèrent de leur sang.

Cette indignation de traîtres écœura. Aucun des bataillons jadis trochéens ne s’était levé à l’appel de Clément Thomas. Ce Gouvernement défendu tant qu’on l’avait cru de défense puait pour tous la capitulation. Le jour même de l’échauffourée, il fit sa dernière jésuiterie. Jules Simon, ayant réuni les maires et une douzaine d’officiers supérieurs, offrit le commandement suprême au militaire qui proposerait un plan. Ce Paris qu’ils avaient reçu exubérant de vie, les hommes du 4 Septembre l’abandonnaient à d’autres, maintenant qu’ils l’avaient fait exsangue. Aucun des assistants ne releva l’ironie. Ils se bornèrent à refuser cet héritage désespéré. Jules Simon les attendait là. Quelqu’un dit : « Il faut capituler », le général Lecomte. Les maires comprirent enfin pourquoi on les avait convoqués et quelques-uns étanchèrent un pleur.

Dès lors Paris vécut comme le malade qui attend l’amputation. Les forts tonnaient toujours, les morts et les blessés continuaient de rentrer, mais on savait Jules Favre à Versailles. Le 27, à minuit, le canon se tut. Bismarck et Jules Favre s’était entendus d’honneur. Paris était livré.

Le lendemain, la Défense fit connaître les bases des négociations : armistice de quinze jours, réunion immédiate d’une Assemblée, occupation des forts, tous les soldats et mobiles moins une division désarmés. La ville resta morne. Ces longues journées d’émoi avaient affaissé les colères. Quelques éclairs seulement traversèrent Paris. Un bataillon de la garde nationale vint devant l’Hôtel-de-Ville crier : « A bas les traîtres ! ». Le soir, quatre cents officiers signèrent un pacte de résistance, se donnèrent pour chef le commandant du 107e, Brunel, ancien officier expulsé de l’armée sous l’Empire pour ses opinions républicaines, et résolurent de marcher sur les forts de l’Est commandés par l’amiral Saisset à qui les journaux faisaient une réputation de Beaurepaire. A minuit, le rappel et le tocsin appelèrent les Xe, XIIIe et XXe arrondissements. Mais la nuit était glaciale, la garde nationale trop énervée pour un coup de désespoir. Deux ou trois bataillons vinrent seuls au rendez-vous. Brunel fut arrêté deux jours après.

Le 29 janvier 71, le drapeau allemand monta sur les forts. Le pacte était signé de la veille. Quatre cent mille hommes armés de fusils, de canons, capitulaient devant deux cents mille. Les forts, l’enceinte étaient désarmés. Toute l’armée, deux cent quarante mille soldats, marins et mobiles, devenait prisonnière. Paris devait payer deux cents millions sous quinze jours. Le Gouvernement se faisait honneur d’avoir conservé ses armes à la garde nationale, mais chacun savait qu’il aurait fallu saccager Paris pour les lui ravir. Enfin, non content de livrer Paris, le Gouvernement de la Défense nationale livrait la France entière ; l’armistice s’appliquait à toutes les armées de province, sauf celle de Bourbaki à peu près cernée, la seule qui en aurait bénéficié. Quand il vint un peu d’air frais de province, on sut que Bourbaki, poussé par les Allemands, avait dû, après une comédie de suicide, jeter son armée en Suisse.

La fièvre électorale remplaça la fièvre du siège. Le 8 février devait enrichir la France d’une nouvelle Assemblée nationale et Paris s’y prépara. Des hommes de la Défense, Gambetta fut le seul inscrit sur la plupart des listes pour n’avoir pas désespéré de la patrie, surtout quand on connut sa proclamation flétrissant la paix honteuse et son explosion de décrets radicaux.

Quelques journaux portaient Jules Favre et Picard qui avaient eu l’adresse de se faire croire les outranciers du Gouvernement ; aucun n’osa pousser jusqu’à Trochu, Jules Simon, Jules Ferry. Le parti d’avant-garde multiplia des listes qui expliquaient son impuissance pendant le siège. Les gens de 48 refusèrent d’admettre Blanqui, mais acceptèrent pour se teinter plusieurs membres de l’Internationale, et leur liste bigarrée de néo-jacobins et de socialistes s’intitula des quatre Comités. Les clubs et des groupes ouvriers firent des listes tranchées : l’une avait le socialiste allemand Liebknecht. La plus nette vint de la Corderie.

L’Internationale et la Chambre fédérale des sociétés ouvrières, muettes pendant le siège, reprirent leur programme : « Il faut des travailleurs parmi les gens du pouvoir. » Elles s’entendirent avec le Comité des vingt arrondissements et les trois groupes publièrent un même manifeste. « Ceci, disait-il, est la liste des candidats présentés au nom d’un monde nouveau, par le parti des déshérités… La France va se reconstituer à nouveau ; les travailleurs ont le droit de trouver et de prendre leur place dans l’ordre qui se prépare. Les candidatures socialistes révolutionnaires signifient : dénégation à qui que ce soit de mettre la République en discussion : affirmation de la nécessité de l’avènement politique des travailleurs ; chute de l’oligarchie gouvernementale et de la féodalité industrielle. » Pour quelques noms familiers au public : Blanqui, Gambon, Garibaldi, Félix Pyat, Ranvier, Tridon, Malon, Lefrançais, Vallès, Tolain, ces candidats socialistes n’étaient connus que des milieux populaires : employés, mécaniciens, cordonniers, ouvriers du fer, tailleurs, menuisiers, cuisiniers, ébénistes, ciseleurs. Rares furent les affiches. Presque pas de journaux pour faire concurrence aux trompettes bourgeoises. Leur moment viendra dans quelques semaines quand les deux tiers seront élus à la Commune. Aujourd’hui, ceux-là seuls recevront un mandat que les journaux bourgeois accepteront, cinq en tout : Garibaldi, Gambon, Félix Pyat, Tolain, Malon.

La liste qui sortit le 8 février fut un arlequin de toutes les nuances républicaines et de toutes les fantaisies politiques. Louis Blanc, bonne femme pendant le siège et que tous les comités portaient, sauf la Corderie, ouvrit la marche avec 216 000 votes, suivi de Victor Hugo, Gambetta, Garibaldi. Delescluze, qu’il eût fallu rallier plus tôt, réunit 154 000 suffrages. Puis un lot de friperies jacobines, de radicaux, d’officiers, de maires, de journalistes, d’excentriques. Tel fut élu pour avoir inventé une canonnière ; tel autre comme mystique. Un seul membre du Gouvernement s’y glissa. Jules Favre, que Millière venait de convaincre, pièces authentiques en mains, de faux, de bigamie, de suppression d’Etat. Millière, il est vrai, fut élu. Par une injustice cruelle, la sentinelle vigilante, qui pendant tout le siège avait toujours montré de la sagacité, Blanqui, ne trouva que 52 000 votes — à peu près les opposants du plébiscite — tandis que Félix Pyat en recevait 145 000 pour ses fifreries du Combat.

Ce scrutin confus, disparate, attestait au moins l’idée républicaine. Paris, jeté bas par l’Empire et les libéraux, se reprenait à la République qui lui rouvrirait l’avenir. Mais voilà qu’avant même d’avoir vu proclamer son vote, il entend sortir des urnes de province un cri sauvage de réaction. Avant qu’un seul de ses élus ait quitté la ville, il voit s’acheminer vers Bordeaux une troupe de campagnards, de Pourceaugnac, de sombres cléricaux, revenants de 1815, de 1830, de 1849 qui viennent dindonnant, furieux, de par le suffrage universel, prendre possession de la France. Quelle était cette mascarade sinistre ? Comment cette végétation souterraine avait-elle pu monter à la surface et s’épanouir au sommet du pays ?

Il a fallu que Paris et la province fussent terrassés, que le Shylock prussien drainât nos milliards et taillât deux lambeaux dans notre flanc, que l’état de siège s’abattît quatre années sur quarante-deux départements, que cent mille Français fussent rayés de la vie ou du sol natal, que les cancrelats conduisissent leurs processions par toute la France, pour qu’on ait voulu l’admettre cette grande machination réactionnaire que, dès la première heure jusqu’à l’explosion finale, les républicains de Paris et de la province dénoncèrent, infatigables, aux pouvoirs traîtres ou languissants.

En province, le champ, la tactique ne furent pas les mêmes. Au lieu d’être dans le Gouvernement, la conspiration fut autour. Pendant tout le mois de septembre les réactionnaires se blottirent dans leurs trous. Les gens de l’Hôtel-de-Ville, se croyant sûrs de traiter, n’avaient envoyé en province qu’un général quelconque, pour les paperasses administratives. Mais la province prenait la Défense comme la République au sérieux. Lyon avait même compris son devoir avant Paris, proclamé la République le 4 septembre au matin, nommé un Comité de salut public. Marseille, Toulouse, organisaient des commissions régionales. Les Défenseurs, très alarmés de cette fièvre patriotique qui contrariait leur plan, dirent que la France se disloquait, déléguèrent pour la remonter les deux plus goutteux de leur troupe, Crémieux et Glais-Bizoin, plus un ancien gouverneur de Cayenne, barbare aux déportés de 52, l’amiral bonapartiste Fourichon.

Ils arrivèrent à Tours le 18 septembre, avec les bureaux des ministères, tout ce qu’on appela depuis la Délégation. Les patriotes accoururent. A l’ouest et au midi, ils avaient organisé des ligues d’union pour masser les départements contre l’ennemi, suppléer au défaut d’impulsion centrale. Ils entourèrent les délégués de Paris, demandèrent le mot d’ordre, des mesures vigoureuses, l’envoi des commissaires, promirent un concours absolu. Les goutteux répondirent : « Nous sommes entre nous ; parlons vrai. Eh bien, nous n’avons plus d’armée ; toute résistance est impossible. Nous ne résistons que pour obtenir des conditions meilleures. » Celui qui raconte l’entendit. Il n’y eut qu’un haut-le-cœur : « Quoi ! c’est là votre réponse, quand des milliers de Français s’offrent à vous, bras et fortune ! »

Le 28, les Lyonnais éclatèrent. Quatre départements les séparaient à peine de l’ennemi qui pouvait d’un moment à l’autre occuper leur ville et, depuis le 4 septembre, ils demandaient des armes. La municipalité élue le 16, en remplacement du Comité de salut public, ne faisait que disputailler avec le préfet Challemel-Lacour, jacobin très épineux. Le 27, pour toute défense, le conseil avait réduit de 50 centimes la paye des ouvriers employés aux fortifications et nommé certain Cluseret général d’une armée de volontaires à créer.

Cet inpartibus était un ancien officier décoré par Cavaignac pour sa belle conduite aux journées de Juin. Chassé de l’armée il démissionna, se fit journaliste dans la guerre de la sécession américaine et se décora du titre de général. Incompris par la bourgeoisie des deux mondes, il se reprit à la politique par l’autre bout, s’offrit aux fenians d’Irlande, débarqua chez eux, les poussa au soulèvement, une nuit les abandonna. L’Internationale naissante le vit accourir. Il brochura beaucoup, dit aux fils de ses fusillés de Juin : « Nous ou le Néant ! » se prétendit le glaive du socialisme. Le Gouvernement du 4 Septembre ayant refusé de lui confier une armée, il traita Gambetta de Prussien, se fit déléguer à Lyon par la Corderie où Varlin qu’il abusa longtemps l’avait introduit. Ce louche hurluberlu avait persuadé au conseil municipal de Lyon qu’il lui organiserait une armée. Rien ne marchait quand les comités républicains des Brotteaux, de la Guillotière, de la Croix-Rousse et le comité central de la garde nationale décidèrent, le 28, de porter à l’hôtel de ville un programme énergique de défense. Les ouvriers des fortifications, amenés par Saigne, appuyèrent d’une démonstration, remplirent la place des Terreaux et, les discours, l’émotion aidant, envahirent l’hôtel de ville. Saigne proposa de nommer une commission révolutionnaire et apercevant Cluseret, le nomma commandant de la garde nationale. Cluseret, fort soucieux de ses étoiles futures, ne parut au balcon que pour exposer son plan et recommander le calme. La commission se constituant, il n’osa pas résister et partit à la recherche de ses troupes. A la porte, le maire Hénon et le préfet le prirent au collet : ils avaient pénétré dans l’hôtel de ville par la place de la Comédie. Saigne s’élança au balcon, jeta la nouvelle à la foule qui, se ruant de nouveau dans l’hôtel, délivra Cluseret, arrêta à leur tour le maire et le préfet.

Les bataillons bourgeois arrivèrent sur la place des Terreaux. Peu après, ceux de la Croix-Rousse et de la Guillotière débouchèrent. De grands malheurs pouvaient suivre le premier coup de feu. On parlementa. La commission disparut ; Cluseret prit le train de Genève.

C’était un avertissement. D’autres symptômes apparurent dans plusieurs villes. Les préfets présidaient des Ligues, se convoquaient entre eux. Au commencement d’octobre, l’amiral de Cayenne n’avait ramassé de-ci de-là que quelques milliers d’hommes des dépôts ; aucun mot d’ordre ne venait de Tours.

Le chef du triumcuistrat, l’israélite Crémieux, siégeait à l’archevêché où Guibert, pape des ultramontains français, lui donnait le vivre et le couvert en échange de toutes sortes de services réclamés par le clergé. Crémieux faillit un jour être mis à la porte. Garibaldi, trompant la surveillance de l’Italie, perclus, les mains tordues par les rhumatismes, arriva à Tours mettre au service de la République ce qui restait de lui, le cœur et le nom. Guibert crut voir arriver le diable, se fâcha contre Crémieux qui confina Garibaldi à la préfecture et l’expédia au plus tôt en province.

Désespérant de se tirer d’affaire, les Délégués convoquèrent les électeurs. Ce fut leur seule pensée honnête. Le 16 octobre la France va nommer ses représentants, quand le 9 un coup de vent amène à Tours Gambetta que Clément Laurier avait appelé.

Les hommes de l’Hôtel-de-Ville l’avaient vu partir avec joie, tellement sûrs qu’il se buterait à l’impossible que « personne dans le Gouvernement, ni le général Trochu, ni le général Leflô, personne n’avait levé la langue d’une opération militaire quelconque (15) ». Lui aussi avait son plan ; ne pas croire à la nation morte. Un instant, il désespéra, trouvant une province sans soldats, sans officiers, sans armes, sans munitions, sans équipements, sans intendance, sans trésor, mais il se reconquit, entrevit les ressources immenses, les hommes innombrables : Bourges, Brest, Lorient, Rochefort, Toulon pour arsenaux ; les ateliers de Lille, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Marseille, Lyon ; les mers libres ; cent fois plus que 93 luttant à la fois contre l’étranger et les Vendée ; une belle flamme dans les centres ; des conseils municipaux, des conseils généraux qui s’imposaient, votaient des emprunts ; des campagnes sans un chouan. A son appel admirable la France répondit par l’enthousiasme de Paris le 14 septembre. Les réactionnaires se refoulèrent dans leur trou ; Gambetta tint l’âme du pays, il put tout.

Même ajourner les élections comme voulait un décret de l’Hôtel-de-Ville. Elles s’annonçaient républicaines, belliqueuses. Bismarck avait dit à Jules Favre qu’il ne voulait pas d’Assemblée parce que cette Assemblée serait pour la guerre. Raison de plus pour la vouloir. Des circulaires énergiques, quelques mesures contre les intrigants, des instructions précises eussent dégagé victorieuse cette flamme de résistance. Une Assemblée forte de toutes les énergies républicaines, siégeant dans une ville populeuse, pouvait centupler l’énergie nationale, tout exiger du pays, sang et or. Elle proclamait la République et, en cas de malheur, obligée de traiter, la sauvait du naufrage, nous garait de la réaction. Mais les instructions de Gambetta étaient formelles. « Des élections à Paris amèneraient des journées de Juin », ajoutait-il. « On se passera de Paris », répondait-on. Tout fut inutile, même l’adjuration de ses familiers les moins révolutionnaires, tel Laurier. Plusieurs préfets incapables d’enlever leur milieu faisant pressentir des élections douteuses, Gambetta s’autorisa de leur timidité et, par défaut d’audace, prit la dictature.

Sa devise, il l’a dite : « Maintenir l’ordre et la liberté et pousser à la guerre. » Personne ne troublait l’ordre, et tous les patriotes voulaient marcher. Les Ligues contenaient de très bons éléments capables de donner des cadres et chaque département possédait des groupes de républicains éprouvés auxquels on pouvait confier l’administration de la défense sous la direction de commissaires. Malheureusement ce jeune homme si grand agitateur croyait aux vieilles formes. Ces Ligues lui parurent sécessionnisme ; il lia étroitement les rares commissaires qu’il accorda, remit tout pouvoir aux préfets, pour la plupart chicots de 48, ou ses collègues de la conférence Molé, mous, timides, préoccupés de tout ménager, quelques-uns de se tailler un collège. Dans certaines préfectures on garda les mêmes employés qui avaient dressé les listes de proscription du 2 Décembre. Crémieux n’avait-il pas appelé les bonapartistes des « républicains égarés ». Aux Finances, forteresse des réactionnaires, à l’Instruction publique, bourrée de bonapartistes, il fut interdit de destituer un titulaire, presque impossible de le déplacer. Le mot d’ordre des goutteux fut maintenu : conserver. Sauf quelques juges de paix et un petit nombre de magistrats, il n’y eut de changé que le haut personnel politique.

A la Guerre même on toléra des adversaires. Les bureaux, longtemps sous la direction du bonapartiste Loverdo, minèrent sourdement la Délégation ; l’amiral Fourichon put disputer les troupes de marine ; les Compagnies de chemins de fer furent maîtresses des transports. On alla jusqu’à supplier le représentant de la Banque de France qui ne donna que ce qu’il voulut. Certains départements votèrent un emprunt forcé et dans des proportions où le recouvrement était possible ; Gambetta refusa d’homologuer leurs décisions ; la France eut l’humiliation d’aller faire un emprunt de guerre à Londres.

La Défense en province partit sur ces deux béquilles : un personnel sans ressort, la conciliation énervante. Malgré tout les bataillons se levaient. A la voix du croyant, sous l’active impulsion de Freycinet, son délégué technique, les débris de troupes se rejoignaient, les dépôts vidaient leur réservoir, les mobiles accouraient ; vers la fin d’octobre, une véritable armée était en formation à Salbris, non loin de Vierzon, munie de bonnes armes, sous le commandement, hélas ! du général d’Aurelles de Paladine, ex-sénateur et bigot, qui passait pour un capitaine.

A la fin d’octobre, si rien n’était perdu à Paris, la victoire s’offrait en province. Pour effectuer le blocus de Paris, les Allemands avaient employé toutes leurs troupes, sauf trois divisions, trente mille hommes d’infanterie et la plupart de leur cavalerie. Il ne leur restait aucune réserve. Ces trois divisions à Orléans et Châteaudun étaient immobilisées par nos forces de la Loire. A l’ouest, au nord, à l’est, la cavalerie, — 1re et 2e bavaroise, 22e prussienne — tout en parcourant et observant une grande étendue de terrain était incapable de le tenir contre de l’infanterie. A la fin d’octobre, la ligne allemande qui cernait Paris, très bien fortifiée du côté de la ville, était découverte du côté de la province. L’apparition de cinquante mille hommes, même de jeunes troupes comme celles dont disposait d’Aurelles de Paladine aurait suffi pour rompre le blocus.

Paris débloqué, même momentanément, ce pouvait être la pression de l’Europe et une paix honorable ; c’était sûrement d’un effet moral immense, Paris ravitaillé par les chemins de fer du Midi et de l’Ouest, du temps gagné pour l’organisation des armées de province.

Notre armée de la Loire, le 15e corps à Salbris, le 16e à Blois, comptait 70 000 hommes. Le 26 octobre, d’Aurelles de Paladine reçoit l’ordre d’aller reprendre Orléans aux Bavarois ; le 28, il est à Blois avec 40 000 hommes au moins. Le soir, à neuf heures, le commandant des troupes allemandes lui fait dire que Metz a capitulé. Passe M. Thiers qui se rend à Paris et lui conseille d’attendre. D’Aurelles aussitôt télégraphie à Tours qu’il ajourne son mouvement.

Un général de quelque lueur eût, au contraire, tout précipité. Puisque l’armée allemande de Metz allait être libre d’agir et de se rabattre sur le centre de la France, il n’y avait pas un jour à perdre pour la devancer. Chaque heure portait. C’était le moment critique de la guerre.

La Délégation de Tours, au lieu de destituer d’Aurelles, se contenta de lui dire de concentrer ses forces. Cette concentration était terminée le 3 novembre et d’Aurelles disposait de 70 000 hommes établis de Mer à Marchenoir. Les événements le secondaient. Ce jour-là, la cavalerie prussienne — une brigade — fut obligée d’abandonner Mantes et de se replier sur Vert intimidée par de fortes bandes de francs-tireurs ; des forces considérables françaises composées de toutes les armes étaient observées en marche de Courville dans la direction de Chartres. Si l’armée de la Loire eût attaqué le 4, poussé entre les Bavarois à Orléans et la 22e division prussienne à Châteaudun, et, forte de sa grande supériorité numérique, battu les Allemands les uns après les autres, la route de Paris demeurait libre, il est presque certain que Paris était délivré.

Moltke était loin de méconnaître le danger. Il était décidé, en cas de besoin, d’agir comme Bonaparte devant Mantoue, de lever le blocus, de sacrifier le parc de siège en formation à Villacoublay, de concentrer son armée pour l’action en rase campagne et de ne rétablir le blocus qu’après la victoire, c’est-à-dire après l’arrivée de l’armée de Metz. Les bagages du quartier général de Versailles étaient déjà sur les voitures ; il ne restait plus qu’à « atteler les chevaux », a dit un témoin oculaire, le colonel suisse d’Erlach.

D’Aurelles ne remue pas. La Délégation aussi paralytique que lui se contente d’échanger des lettres de délégué à ministre : « Monsieur le ministre, écrit le 4 novembre Freycinet, depuis quelques jours, l’armée et moi-même ignorons si le Gouvernement veut la paix ou la guerre… Au moment où nous nous disposons à accomplir des projets laborieusement préparés, des bruits d’armistice jettent le trouble dans l’âme de nos généraux ; moi-même, si je cherche à remonter leur moral et à les pousser en avant, j’ignore si, demain, je ne serai pas désavoué. » Gambetta répond : « Monsieur le délégué, je constate avec vous la détestable influence des hésitations politiques du Gouvernement… Il faut arrêter dès aujourd’hui notre marche en avant » et le 7, d’Aurelles est encore immobile. Le 8, il s’ébranle, fait une quinzaine de kilomètres, le soir parle de s’arrêter. Ses forces réunies dépassent cent mille hommes. Le 9, il se décide à attaquer les Bavarois à Coulmiers. Les Bavarois évacuent immédiatement Orléans et se retirent sur Toury. Loin de les poursuivre, d’Aurelles annonce qu’il va se fortifier devant la ville. La Délégation le laisse faire et Gambetta, qui vient au quartier général, approuve son plan. En attendant, deux divisions prussiennes (3e et 4e), expédiées de Metz par chemin de fer, étaient déjà arrivées devant Paris, ce qui permit à de Moltke de diriger la 17e division prussienne sur Toury où elle arriva le 12. En outre, trois corps de l’armée de Metz s’approchaient de la Seine à marche forcée. Grâce à l’inaction voulue de d’Aurelles, à la mollesse de la Délégation, l’armée de la Loire cessait de donner de l’inquiétude aux Allemands.

Il fallut bien enfin le destituer ce d’Aurelles, mais l’occasion unique était perdue ; l’armée de la Loire, coupée en deux, lutta avec Chanzy, seulement pour conserver l’honneur. La Délégation dut se transporter à Bordeaux.

A la fin de novembre, il fut évident qu’on pataugeait. Les préfets, chargés d’organiser les mobiles et les mobilisés, de faire lever les campagnes, étaient en lutte perpétuelle avec les généraux et se perdaient dans l’équipement. Les pauvres généraux de l’ancienne armée, ne sachant rien tirer de ces contingents sans éducation militaire, n’agissaient, a dit Gambetta, « que lorsqu’il n’y avait pas moyen de faire autrement ».

La faiblesse de la Délégation encourageait leur malveillance. Gambetta demandait à des généraux s’ils accepteraient de servir sous Garibaldi, admettait qu’ils refusassent, faisait relâcher un curé qui, du haut de sa chaire, mettait à prix la tête du général ; aux officiers de Charette il condescendait à fournir des explications et il permettait aux zouaves pontificaux d’arborer un autre drapeau que celui de la France. A Bourbaki, entièrement fourbu, et qui venait de porter à l’impératrice une lettre de Bazaine, il confiait l’armée de l’Est.

Manquait-il d’autorité ? Ses collègues de la Délégation n’osaient même pas lever les yeux, les préfets ne connaissaient que lui, les généraux prenaient des airs d’écoliers en sa présence. Le pays obéissait, fournissait à tout avec une passivité aveugle. Les contingents se levaient sans difficulté. Les campagnes n’avaient pas de réfractaires bien que toute la gendarmerie fût à l’armée. Les ligues les plus ardentes avaient cédé à la première observation. Il n’y eut de mouvement qu’au 31 octobre. Les révolutionnaires marseillais, indignés de la mollesse du conseil municipal, proclamèrent la Commune. Cluseret qui, de Genève, avait redemandé au « prussien » Gambetta le commandement d’un corps d’armée, apparut à Marseille, se fit nommer général, disparut de nouveau et rentra en Suisse, sa dignité lui défendant de servir comme simple soldat. A Toulouse, la population chassa le général, un sanguinaire de Juin 48. A Saint-Etienne, on eut une heure la Commune. Partout il suffit d’une parole pour remettre l’autorité aux mains de la Délégation, tant on redoutait partout de lui créer la moindre difficulté.

Cette abnégation ne servit que les réactionnaires. Les jésuites purent nouer leurs intrigues, abrités derrière Gambetta qui les avait réintégrés à Marseille d’où l’indignation du peuple les avait chassés ; le clergé refuser aux troupes ses bâtiments, séminaires ou autres ; les anciens juges des commissions mixtes continuer d’insulter aux républicains, — pour avoir suspendu un de ces honorables magistrats, le préfet de la Haute-Garonne fut un moment destitué ; les journaux publier des adresses de prétendants. Des conseils municipaux, perdant tout patriotisme, votèrent la soumission aux Prussiens : pour tout châtiment Gambetta les accabla d’une semonce.

Les bonapartistes se réunirent ouvertement. Le préfet de Bordeaux, républicain ultra modéré, ayant demandé l’autorisation d’arrêter quelques-uns de ces meneurs : « Ce sont là, dit Gambetta, des pratiques de l’Empire, non de la République. »

Alors, la Vendée conservatrice se leva. Monarchistes, cléricaux, spéculateurs attendaient le moment, tapis dans les châteaux, les séminaires intacts, les magistratures, les conseils généraux que la Délégation refusa longtemps de dissoudre en masse. Assez habiles pour se faire quelque peu représenter sur les champs de bataille afin de conserver les apparences du patriotisme. En quelques semaines ils avaient percé à jour Gambetta, déchiffré l’irrésolu derrière le tribun.

Leur campagne fut tracée, conduite dès l’origine par les seuls tacticiens de quelque suite qu’il y ait en France, les jésuites maîtres du clergé. M. Thiers fournit le chef politique.

Les hommes du 4 Septembre en avaient, on le sait, fait leur ambassadeur. La France, à court de diplomates depuis Talleyrand, n’en a pas eu de plus facile à jouer que ce petit homme. Il était allé à Londres, à Saint-Pétersbourg, à Vienne, dans cette Italie dont il fut l’ennemi acharné, chercher, pour la France vaincue, des alliances qu’on lui avait refusées, intacte. Il se fit moquer partout, n’obtint qu’une introduction auprès de Bismarck, négocia l’armistice refoulé par le 31 octobre. Quand il arriva à Tours, aux premiers jours de novembre, il savait que désormais la lutte était à mort. Au lieu d’en prendre courageusement son parti, de mettre son expérience au service de la Délégation, il n’eut qu’un objectif : enterrer la Défense.

Elle ne pouvait avoir d’ennemi plus redoutable. La fortune de cet homme, sans principe de gouvernement, sans vue de progrès, sans courage, eût été impossible partout ailleurs qu’en bourgeoisie française. Mais il fut toujours là quand il fallut un libéral pour mitrailler le peuple et rarement on vit plus merveilleux artiste en intrigues parlementaires. Nul ne sut comme lui attaquer, isoler un gouvernement, grouper les préjugés, les haines, les intérêts, masquer son intrigue de patriotisme et de bon sens. La campagne de 1870-71 sera certainement son chef-d’œuvre. Il avait fait, dans sa pensée, la part des Prussiens et ne s’en occupait pas plus que s’ils eussent repassé la Moselle. L’ennemi, pour lui, c’était le Défenseur. Quand nos pauvres mobiles tourbillonnaient sous un froid de vingt degrés, M. Thiers triomphait de leurs désastres. Pendant qu’à Bruxelles et à Londres les mamelucks fidèles aux traditions de Coblentz, les Cassagnac, les Amigues, travaillaient à discréditer la France, faire échouer ses emprunts, expédiaient aux prisonniers d’Allemagne des insultes contre la République et des appels à une restauration impériale, M. Thiers groupait à Bordeaux contre la République et la Défense toutes les réactions de province.

La presse conservatrice avait, dès la première heure, dénigré la Délégation. Après l’arrivée de M. Thiers, elle lui fit une guerre ouverte, ne cessant de harceler, d’accuser, de calomnier. Gambetta est un « fou furieux », c’est le mot de M. Thiers. Conclusion : la lutte est folie, la désobéissance légitime. Au mois de décembre ce mot d’ordre, répété par tous les journaux du parti, courut la campagne.

Pour la première fois, les hobereaux trouvèrent l’oreille du paysan. Après les mobiles, la guerre allait drainer les mobilisés, des camps se préparaient pour les recevoir. L’Allemagne tenait 260 000 Français ; Paris, la Loire, l’armée de l’Est plus de 350 000 ; 30 000 étaient morts et des milliers remplissaient les hôpitaux. Depuis le mois d’août, la France avait rendu 700 000 hommes au moins. Où allait-on s’arrêter ? Ce cri fut jeté dans toutes les chaumières : C’est la République qui veut la guerre ! Paris est aux mains des partageux ! Que savait alors le paysan français et combien pouvaient dire où se trouvait l’Alsace ? C’est lui surtout que visait la bourgeoisie hostile à l’instruction obligatoire. Tous ses efforts pendant quatre-vingts ans n’ont-ils pas été de transformer en coolie le petit-fils des volontaires de 92 ?

Un souffle de révolte passa sur les mobiles trop souvent commandés par des réactionnaires de marque. Tels disaient à l’armée de la Loire : « Nous ne voulons pas nous battre pour M. Gambetta. » Des officiers se vantèrent de n’avoir jamais exposé la vie de leurs hommes.

Au commencement de 1871, la province était taraudée de part en part. Des conseils généraux dissous se réunissaient. La Délégation suivait les cheminements de l’ennemi intérieur, maudissait M. Thiers, se gardait bien de l’arrêter. Les hommes d’avant-garde qui vinrent dire jusqu’où le flot montait furent vivement reconduits. Gambetta surmené, découragé, regardait tristement se désagréger la défense. A ses objurgations de sortie des gens de l’Hôtel-de-Ville répondaient par des pigeons déclamatoires. En janvier ses dépêches allaient à l’invective. La capitulation, Vinoy, la livraison de l’armée de l’Est, la convocation d’une Assemblée furent le coup final. Gambetta, hors de lui, songea à refuser les élections et, devant l’inévitable, il proclama inéligibles les grands fonctionnaires et députés officiels de l’Empire, les conseils généraux dissous, révoqua quelques magistrats des commissions mixtes. Bismarck protesta ; les gens de l’Hôtel-de-Ville s’épouvantèrent, Jules Simon accourut à Bordeaux. Gambetta le reçut à la pointe du pied et, devant un groupe de républicains, lui cracha son mépris des gens de la Défense. Sous ses imprécations, le jésuite courba le dos, perdit sa langue, ne put que répondre : « Prenez ma tête !» — « Que voulez-vous que j’en foute ! lui cria Gambetta ; des breloques ! » Chassé de la préfecture le Défenseur se réfugia chez M. Thiers, appela les journalistes réactionnaires et leur dicta une protestation collective. Gambetta eut la fugitive pensée de le faire arrêter ; mais, voyant l’impasse, il se retira.

Au coup de sifflet des élections, le décor si laborieusement préparé apparut tout d’une pièce, montrant les conservateurs enrégimentés, debout, leurs listes à la main. Qu’il était loin le mois d’octobre où, dans beaucoup de départements, ils n’avaient osé avancer leurs candidats. Le décret sur les inéligibles ne frappa que des naufragés. La coalition n’avait nul besoin des fourbus de l’Empire, s’étant soigneusement formé un personnel de nobles à queue, gros bouviers, loups-cerviers de l’industrie, gens à cogner dur au premier signe. Le clergé, très habilement, avait réuni sur ses listes les légitimistes et les orléanistes, posé des bases de fusion. Le vote s’enleva comme un plébiscite. Les républicains essayèrent de parler de paix honorable ; le paysan n’eut d’oreille que pour la paix à tout prix. Les villes se préservèrent à peine, choisirent tout au plus des libéraux. Quelques points seulement surnagèrent dans l’océan de réaction. Sur 750 membres, l’Assemblée eut 450 monarchistes de naissance. Le chef apparent de la campagne, le roi des libéraux, M. Thiers, fut nommé dans vingt-trois départements.

La conciliation à outrance pouvait s’égaler à Trochu. L’une avait éreinté Paris, l’autre, la République.



1. Enquête parlementaire sur le 4 septembre. Jules Fabre.

2. Enquête parlementaire sur le 4 septembre : Petetin, de Lareinty.

3. Enquête sur le 4 Septembre. Garnier-Pagès.

4. Tenaille-Saligny, Tirard, Bonvalet, Greppo, Bertillon, Hérisson, Ribeaucourt, Carnot, Ranc, O’Reilly, Mottu, Grivot, Pernolet, Asseline, Corbon, Henri Martin, F. Fabre, Clemenceau, Richard, Braleret.

5. Enquête sur le 4 Septembre.

6. Enquête sur le 4 Septembre, Jules Ferry.

7. Enquête sur le 4 Septembre, Jules Ferry.

8. Jaclard, Vermorel, G. Lefrançais, Félix Pyat, Eudes, Levrault, Tridon, Ranvier, Razoua, Tibaldi, Goupil, Vésinier, Regère, Maurice Joly, Blanqui, Millière, Flourens. Ces trois derniers purent échapper. Félix Pyat s’en tira par une pantalonnade, écrivant à Emmanuel Arago : « Quel dommage que je sois ton prisonnier ! tu aurais été mon avocat ! »

9. Appendice I.

10. J. Ferry, Enquête sur le 4 Septembre.

11. Voir les procès-verbaux de la Défense, arrangés par Me Drèo, gendre de Garnier-Pagès.

12. « Nous allons donc faire écrabouiller un peu la garde nationale, puisqu’elle en veut » disait un colonel d’infanterie, très ennuyé de cette affaire. — Enquête sur le 4 Septembre, colonel Chaper.

13. Enquête sur le 4 Septembre. Corbon, t. IV, p. 389.

14. Jules Simon, Souvenirs du 4 Septembre.

15. Gambetta. Enquête sur le 4 Septembre, t. I, p. 561. 86



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 18 juin 2011 6:49
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cegep de Chicoutimi.
 
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