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Collection « Les auteur(e)s classiques »

L'Homme et les sociétés. Leurs origines et leur histoire.
Première partie: L'homme. Développement physique et intellectuel. (1881)
Préface


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Gustave Le Bon, Gustave Le Bon, L'Homme et les sociétés. Leurs origines et leur histoire. Première partie: L'homme. Développement physique et intellectuel. (1881). Ouvrage orné de 90 gravures. Réimpression de l'Édition J. Rothschild de 1881. Paris: réimpression, Éditions Jean-Michel Place, 1987, 520 pages. Collection: Les Cahiers du GrandHiva, no 5. Une édition numérique réalisée par Réjeanne Toussaint, bénévole, Chomedey, Ville Laval, Québec.

Préface (1881)

L'étude scientifique du développement de l'homme et des sociétés, depuis leurs origines les plus lointaines jusqu'à nos jours, forme le but de cet ouvrage. 

L'humanité et l'homme y sont envisagés comme un simple fragment de ce vaste ensemble nommé l'univers, et les causes sous l'influence desquelles ils se développent, comme identiques à celles qui régissent tous les êtres. Nous sommes parti de ce principe fondamental, que la formation des organes, la genèse de l'intelligence, le développement des sociétés, la succession de tous les événements qu'embrasse l'histoire, sont placés sous l'action de lois nécessaires et invariables. Il y a de ces lois, pour l'évolution de l'homme et des sociétés, comme il y en a pour les combinaisons chimiques, la propagation de la lumière, les révolutions des astres, la chute des corps. 

Toutes les choses de la nature y sont considérées comme étant dans un perpétuel changement et portant en elles un éternel avenir. La science moderne a trouvé les lois de ces changements. Elle a montré que chaque chose se développe toujours, en passant graduellement par une série d'états de complexité croissante, se continuant par des transitions insensibles. Appliquée aux sciences naturelles, cette loi fondamentale les a profondément transformées. Appliquée à l'étude des phénomènes sociaux, elle tend à changer entièrement les idées que, jusqu'ici, nous nous faisions des origines et des modifications de nos institutions et de nos croyances. 

L'embryologie nous apprend qu'au début de son existence l'homme et tous les êtres vivants sont constitués par une simple cellule extrêmement petite, et que, par suite de changements insensibles, cette cellule devient bientôt un être complet. Ce n'est qu'en suivant toutes les transformations qui séparent les deux termes extrêmes de la série, la cellule et l'homme, qu'on arrive à comprendre comment l'un a pu dériver de l'autre. 

C'est d'une façon identique que doit être abordée l'étude de toutes choses, qu'il s'agisse de notre planète, d'un être vivant ou d'un peuple. Pour concevoir clairement leur état présent, il faut toujours les étudier dans la série de leurs états antérieurs en remontant à leurs origines, et les suivre pas à pas dans leurs développements successifs. L'état actuel du monde est le résultat de son état passé, comme la fleur est le résultat de l'évolution de la graine ; et c'est en vain qu'en examinant seulement la fleur et la graine on chercherait à connaître la série des changements qui permettront à l'une de revêtir un jour les formes de l'autre. 

Après avoir étudié les hypothèses que la science peut former sur l'origine des mondes, décrit les éléments constitutifs des choses, et examiné les lois de leurs changements, nous aborderons l'étude de la matière organisée et des formes vivantes. Nous élevant ensuite dans la série des êtres, nous montrerons l'action des lois qui président à la naissance et à la transformation des espèces. 

Remontant bien au-delà des âges récents où commence l'histoire, nous chercherons les origines de l'homme dans les profondeurs ténébreuses d'un passé dont aucune tradition n'a gardé la mémoire, mais dont les débris épargnés par le temps permettent aujourd'hui de reconstituer la trame. Nous le prendrons à ses premiers débuts. Suivant pas à pas son développement, nous verrons comment naquirent l'industrie et les arts, la famille et la société, l'idée du bien et du mal ; comment se formèrent ses institutions, ses religions et ses lois, et quelles furent, dans la suite des temps, les causes de leurs transformations. Nous montrerons que chaque époque et chaque peuple eurent leur façon spéciale de penser, comme ils eurent leurs croyances, leur morale et leur droit ; qu'il n'y eut jamais de principes universels et absolus, mais seulement des principes d'une valeur relative. 

Ce n'est qu'en suivant ainsi le développement de l'humanité dans toutes ses phases, et tenant soigneusement compte de l'influence des milieux, de la race, de l'hérédité, de l'éducation, en un mot de tous les modificateurs de l'homme, qu'on peut arriver à concevoir clairement comment se sont formées les idées et les aptitudes d'un peuple, comment il a graduellement acquis sa structure et ses fonctions, et embrasser ainsi dans leur succession et leurs causes la série des événements qui constituent l'histoire. 

Je n'ai pas à justifier la méthode adoptée dans cet ouvrage pour l'étude de tout ce qui se rattache à l'homme ; c'est celle que suit le savant dans son laboratoire, celle qui ne reconnaît que l'expérience et l'observation pour maîtres. Quels que soient les sujets auxquels on l'applique, la valeur de cette méthode reste toujours la même. Ce n'est qu'en la prenant pour guide et en ne se mettant jamais à la suite d'une doctrine, par cela seul que cette doctrine plaît aux foules et est défendue par d'illustres noms, qu'on arrive à voir le plus juste et le plus loin possible. Alors on ne se croit plus obligé de répéter les banalités creuses des rhéteurs, les opinions toutes faites que chacun se transmet sans les discuter, ces vaines formules par lesquelles l'homme remplace la vérité quand il la croit dangereuse. 

C'est là, dis-je, le seul moyen d'arriver à juger sainement de la valeur des choses ; ce n'est pas celui qu'il faudrait recommander à qui voudrait faire son chemin dans le monde. Heureusement pour eux, les philosophes n'ont guère de tels soucis. Les choses leur appartiennent comme sujet d'étude, et cela leur suffit. La vie est trop courte, le but qu'on leur propose trop vain, l'influence de l'homme sur les événements trop minime, pour qu'ils consentent volontiers à quitter ces régions sereines où l'ambition vient mourir, et d'où l'on suit d'un oeil tranquille le spectacle des évolutions de la fourmilière humaine et l'action des lois inflexibles qui en guident le cours. 

En essayant de refaire aux clartés de la science moderne une large synthèse de l'univers et de l'homme, je ne me suis pas fait illusion touchant les difficultés d'une si vaste tâche. Dans l'état actuel de nos connaissances, une oeuvre semblable ne peut être qu'une simple ébauche, et il est impossible aujourd'hui de prévoir le jour, de dire même s'il y aura jamais un jour, où la science sera assez avancée pour permettre d'en finir les contours. Il faut abandonner aux cosmogonies des anciens temps la prétention de nous faire connaître la raison première des choses. La science est obligée d'avouer que cette raison première, non seulement elle ne la connaît pas, mais qu'elle n'entrevoit même aucun moyen de la connaître. Aussi la synthèse qu'elle propose n'est-elle que l'exposé des changements de l'univers et des causes immédiates qui président à ces changements. 

Dans l'état inachevé où elle se trouve aujourd'hui, la science de l'homme est cependant assez avancée sur bien des points pour qu'il soit possible d'en tirer des applications nombreuses. Aucune, peut-être, n'est plus utile, aucune n'est plus ignorée. Elle est actuellement la seule base sur laquelle on puisse faire reposer deux de nos connaissances les plus essentielles : l'éducation, qui est l'art de former les hommes ; la politique, qui est celui de les gouverner.


Retour au texte de l'auteur: Gustave Le Bon Dernière mise à jour de cette page le Mercredi 10 août 2005 15:28
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
 
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