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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Louis Lavelle, “Le passé ou l’avenir spirituel.” (1945)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Louis Lavelle, “Le passé ou l’avenir spirituel.” In ouvrage collectif L’EXISTENCE, pp. 103-125. Essais par Albert Camus, Benjamin Fondane, M. de Gandillac, Étienne Gilson, J. Grenier, Louis Lavelle, René Le Senne, Brice Parain, A. de Waelhens. Paris : Les Éditions Gallimard, 1945, 186 pp. Collection: Métaphysique, no 1. Une édition numérique réalisée par un bénévole qui souhaite conserver l'anonymat sous le pseudonyme “Antisthène”, un ingénieur à la retraite de Villeneuve sur Cher, en France.

Introduction

[103]

Louis Lavelle (1945)

Le passé ou l’avenir spirituel.”

In ouvrage collectif L’EXISTENCE, pp. 103-125. Essais par Albert Camus, Benjamin Fondane, M. de Gandillac, Étienne Gilson, J. Grenier, Louis Lavelle, René Le Senne, Brice Parain, A. de Waelhens. Paris : Les Éditions Gallimard, 1945, 186 pp. Collection : Métaphysique, no 1.


Introduction

L’EXPÉRIENCE DU TEMPS

1. La caractéristique du temps ce n’est pas, comme on le croit, de créer et de détruire, de produire à chaque instant une forme d’existence nouvelle pour la refouler aussitôt dans le néant. Ce n’est pas d’être un kaléidoscope d’images apparaissantes et disparaissantes. Et l’irréversibilité du temps ne doit pas nous aveugler au point de nous faire imaginer l’être lui-même comme une transition évanouissante entre un pas encore et un jamais plus. Ou du moins la comparaison variable entre ce pas encore et ce jamais plus s’effectue dans un présent d’où rien ne peut nous arracher. Le passé et l’avenir ne sont rien que par la pensée qui les évoque, qui les met en rapport, assiste à leur conversion réciproque et, au moment même où elle reconnaît qu’ils ne sont rien, vit elle-même de ce rien, en fait le champ de ses propres opérations, le témoin de son indépendance à l’égard de la réalité qu’elle devance et à laquelle elle survit.

2. Cela même ne suffit pas. De toute forme d’existence que nous pouvons considérer il faut dire non pas qu’elle réside exclusivement dans l’instant où elle apparaît, mais qu’elle remplit toute l’étendue du temps. Car elle a été dans l’avenir comme un possible avant d’être dans le passé comme un souvenir. Et il n’y a point d’existence qui ne soit tenue ainsi de traverser successivement en changeant de visage les différentes phases du temps afin de nous révéler son essence constitutive. Peut-être même faut-il dire que l’opposition classique de l’essence et de l’existence n’a de sens que si nous opposons à la chose telle qu’elle nous est donnée dans le présent cette sorte de tendance à être ou de possibilité d’être qui est tout ce qu’elle est quand elle est encore dans [104] le futur, et cette sorte de perfection et d’accomplissement qu’elle reçoit dans la pensée lorsqu’elle a achevé d’être et qu’elle n’est plus que dans le passé. C’est au moment où l’esprit, dépassant pour ainsi dire l’existence dans les deux sens, relie directement, à travers sa réalisation, la possibilité d’une chose à son idée qu’il constitue son essence. L’essence échappe donc à l’instant et réunissant en elle la potentialité de l’avenir et l’actualité du passé, elle paraît elle-même au-dessus du temps, non point parce qu’elle exclut la transition temporelle, mais parce qu’elle en exprime la perpétration.

3. Or le présent n’est jamais que traversé, mais afin de permettre à l’avenir de se changer en passé. L’être consiste dans cette épaisseur accumulée du passé et de l’avenir au milieu de laquelle le présent trace la ligne mobile qui modifie indéfiniment leur relation mutuelle. Pourtant, le passé et l’avenir sont compris l’un et l’autre dans une pensée présente sans laquelle ils ne seraient rien. Et l’on peut dire que le propre de la pensée, c’est précisément de s’évader d’un présent matériel qui l’annihile dès qu’elle coïncide avec lui, et d’accéder dans un présent spirituel où elle trouve la disposition d’un non-donné qu’elle se donne pourtant à elle-même par une opération tout intérieure et qui crée la signification du donné. Le présent matériel n’est à son tour pensé comme présent que lorsque la pensée s’en est affranchie, c’est-à-dire est capable de le déborder soit vers le passé, soit vers l’avenir. Nous ne détachons notre pensée de notre propre corps que parce qu’elle se meut dans un avenir qu’elle anticipe ou dans un passé qu’elle ressuscite : elle ne cesse d’aller de l’un à l’autre. Le corps, avec le monde sensible qui en est solidaire, n’est pour elle qu’un point d’attache. Elle y trouve l’occasion qui lui permet de s’exercer et l’épreuve qui la juge.



Retour au livre de l'auteur: Louis Lavelle (1883-1951) Dernière mise à jour de cette page le jeudi 5 octobre 2017 15:50
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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