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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1936):
Préface de la première édition anglaise, 1936


Une édition électronique réalisée à partir du livre de John Maynard Keynes, Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie. (1936) Traduction de l'Anglais par Jean De Largentaye en 1942. Paris : Éditions Payot, 1942. Réimpression, 1968, 407 pages.


Préface de la première édition anglaise

par John Maynard Keynes (1936)


Ce livre s'adresse surtout à nos confrères économistes. Nous souhaitons qu'il puisse être intelligible à d'autres personnes. Mais il a pour objet principal l'étude de questions théoriques difficiles et il ne traite qu'à titre subsidiaire l'application de la théorie aux faits. Car, s'il y a des erreurs dans l'économie orthodoxe, elles doivent être cherchées non dans sa superstructure qui a été édifiée avec un grand souci de cohérence logique, mais dans ses prémisses qui manquent de clarté et de généralité. Nous ne pouvons donc atteindre notre but, qui est de persuader les économistes de procéder à un nouvel examen critique de leurs hypothèses fondamentales, qu'au prix d'un raisonnement très abstrait et aussi de controverses multiples. Nous aurions souhaité que celles-ci fussent moins nombreuses. Nous avons jugé cependant qu'il n'importait pas seulement d'expliquer notre propre manière de voir, mais encore de montrer en quoi elle se sépare de la théorie dominante. Les personnes qui sont ferme-ment attachées à ce que nous appelons « la théorie classique » estimeront probable-ment tour à tour que nous nous trompons complètement et que nous ne disons rien de nouveau. C'est à d'autres qu'il appartient de décider si l'une ou l'autre de ces opinions - ou une troisième - est exacte. Les parties de controverse sont destinées à fournir des éléments de réponse et, si en recherchant des distinctions nettes nous avons donné à nos propres controverses un ton trop acerbe, nous prions qu'on veuille bien le pardonner. De nombreuses années durant, nous avons nous-mêmes défendu avec con-viction les théories que nous attaquons aujourd'hui et nous croyons ne pas ignorer quelles en sont les parties solides.

La question en jeu est d'une importance qu'on ne saurait exagérer. Mais, si nos explications sont justes, ce sont nos confrères économistes et non le grand public qu'il nous faut d'abord convaincre. Au stade actuel de la discussion le grand publie, encore qu'il soit le bienvenu au débat, ne peut qu'assister aux efforts par lesquels un écono-miste tente de mettre fin aux profondes divergences de vue qui séparent ses confrères, divergences qui ont actuellement enlevé à la théorie économique presque toute son influence pratique et qui continueront à le faire jusqu'à ce qu'on leur ait apporté une solution.

Le rapport existant entre ce livre et le Treatise on Money sera sans doute moins clair pour les lecteurs qu'il ne l'est pour nous même ; ce que nous considérons comme une évolution naturelle de la pensée dans la voie que nous suivons depuis plusieurs années apparaîtra parfois au lecteur comme un changement d'opinion déconcertant. Cette difficulté sera encore accrue par les changements que nous avons cru nécessaire d'introduire dans le vocabulaire. Ces changements sont indiqués dans le cours de l'ou-vra-ge ; quant à la relation générale existant entre les deux livres, elle peut s'exprimer de la façon suivante. Lorsque nous avons commencé la rédaction du Treatise on Money, nous évoluions encore dans la conception traditionnelle qui considère l'action de la monnaie comme un facteur pour ainsi dire indépendant de la théorie générale de l'offre et de la demande. Lorsque nous eûmes terminé ledit ouvrage, nous avions déjà réalisé certains progrès dans la transformation de la théorie monétaire en une théorie de la production dans son ensemble. Mais nous n'avions pas réussi à nous affranchir suffisamment de certaines idées préconçues ; et notre défaut d'émancipation se manifeste dans ce qui nous apparaît maintenant comme la faiblesse essentielle des par-ties théoriques de l'ouvrage (les Livres III et IV), c'est-à-dire dans notre impuis-sance à fournir une explication complète des effets produits par les variations du vo-lu-me de la production. Nos « équations fondamentales », comme nous les appe-lions, étaient une image instantanée, tracée dans l'hypothèse d'un volume de production don-né. Elles étaient destinées à montrer comment, dans cette hypothèse, certaines forces pouvaient se développer qui rompaient l'équilibre du profit et par suite requéraient un changement de volume de la production. Mais la description dynami-que, en tant qu'elle se distingue de l'image instantanée, demeurait incomplète et extrê-mement confuse. Le présent ouvrage a fini par devenir au contraire une étude portant principalement sur les forces qui gouvernent les variations de volume de la pro-duction et de l'emploi dans leur ensemble ; et comme il apparaît que la monnaie joue dans le mécanisme économique un rôle primordial et d'ailleurs très particulier, les détails de la technique monétaire se situent à l'arrière plan du sujet. Une économie monétaire est essentiellement, comme nous le verrons, une économie où la variation des vues sur l'avenir peut influer sur le volume actuel de l'emploi, et non sur sa seule orientation. Mais la méthode que nous employons pour analyser le rapport entre la variation des vues sur l'avenir et la situation économique actuelle fait intervenir l'action combinée de l'offre et de la demande, et c'est par là qu'elle se rattache à la théorie fondamentale de la valeur. Nous sommes ainsi parvenu à une théorie plus générale, dans laquelle la théorie classique qui nous est familière constitue un cas spécial.

L'auteur d'un livre comme celui-ci étant obligé de cheminer en des sentiers incon-nus, la critique et l'échange d'idées lui sont d'une utilité extrême, s'il désire ne pas commettre un nombre excessif d'erreurs. On est surpris des absurdités qu'on peut admettre temporairement lorsqu'on réfléchit trop longtemps seul; surtout dans le domaine économique (de même que dans les autres sciences morales) où l'on n'a pas souvent l'occasion de vérifier ses idées par une épreuve concluante dans l'ordre du raisonnement ou de l'expérience. En rédigeant ce livre, plus encore peut-être que lors-que nous écrivions le Treatise oit Money, nous nous sommes appuyé sur les conseils continuels et sur la critique constructive de M. Kahn. De nombreuses parties de cet ouvrage ne doivent qu'à ses suggestions la forme qu'elles ont reçue. Nous avons été aussi très utilement secondé par Mme Joan Robinson, par M. R. G. Hawtrey et par M. R. F. Harrod, qui a corrigé toutes les épreuves.

La composition de cet ouvrage a été pour l'auteur un long effort d'évasion, une lutte pour échapper aux formes habituelles de pensée et d'expression ; et la plupart des lecteurs devront s'imposer un effort analogue pour que l'auteur parvienne à les convaincre. Les idées si laborieusement exprimées ici sont extrêmement simples et devraient être évidentes. La difficulté n'est pas de comprendre les idées nouvelles, elle est d'échapper aux idées anciennes qui ont poussé leurs ramifications dans tous les recoins de l'esprit des personnes ayant reçu la même formation que la plupart d'entre nous.


J. M. Keynes, 1936.

Retour au texte de l'auteur: John Maynard Keynes Dernière mise à jour de cette page le Lundi 02 décembre 2002 18:41
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
 
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