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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Une édition électronique réalisée à partir du texte de Paul Henri Thiry, baron d'Holbach (1723-1789), “L’Abbé et le Rabin”. Extrait de la «Correspondance littéraire» de Grimm et Diderot, Septembre 1764. Paris, F. Buisson, libraire, 1813, p. 57 à 59. Une édition numérique réalisée par M. Jean-Marc Simonet, bénévole, professeur retraité de l'enseignement, Université de Paris XI-Orsay.

L’Abbé et le Rabin

par M. le baron d’Holbach 

 

 Un abbé vénitien, disputant avec un rabbin de Ferrare, prétendit lui prouver la vérité de la religion chrétienne et la certitude de la venue du Messie. Il se fondait, suivant l’usage, sur l’accomplissement des prophéties qui annonçaient la dispersion des Juifs et les malheurs dont cette nation est accablée. Le rabbin lui répondit d’abord que le Messie annoncé par les Écritures n’était ni un dieu, ni un libérateur, ni un monarque, comme on l’avait cru vulgairement mais que c’était un période fortuné qui était arrivé, et dont les Hébreux jouissaient déjà depuis un grand nombre de siècles. Il alla même jusqu’à prouver à l’abbé que le peuple juif était incomparablement plus heureux que les chrétiens et qu’aucun des peuples qui sont actuellement sur la terre. Voici sur quoi il fondait ce paradoxe: « 1o, dit-il, de votre aveu même, nous adorons le vrai Dieu ; mais il ne nous en coûte rien aujourd’hui pour son entretien. Nous n’avons plus ni temples, ni autels, ni sacrifices ; nous n’avons ni pape, ni évêques, ni prêtres à payer chèrement ; nous ne sommes point obligés de pensionner une foule de moines qui dévorent la substance des nations sans leur être d’aucune utilité.... 2o L’Éternel n’exige point de nous que nous nous fassions du mal. Les Juifs ne se condamnent point à un célibat volontaire ; les filles de Sion ne pensent point que la Divinité soit flattée de les voir gémir dans des prisons perpétuelles, où elles meurent inutiles après avoir été malheureuses toute leur vie. Elles ne se reprochent point de donner des descendans à Abraham, et de multiplier sa race comme les étoiles du ciel.... 3o Nous n’avons point de monarque à maintenir, de courtisans à rassasier, de troupes à soudoyer, de patrie à défendre ; nous ne sommes les sujets de vos princes qu’autant et aussi long-temps que cela nous convient. Dès qu’un pays nous déplaît, nous passons dans un autre ; et, à l’aide des lettres-de-change, dont nous sommes les inventeurs, notre fortune nous suit. Privés du droit d’acquérir des biens-fonds, nous sommes, Dieu merci, étrangers dans tous les pays de la terre.... 4o Descendus également d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, on ne connaît point parmi nous la distinction fâcheuse du noble et du roturier. La naissance de tout Juif est illustre, et nous ne méprisons aucun de nos frères.... 5o Si les autres nations nous méprisent, nous le leur rendons bien ; il n’est point de Juif qui n’ait pour les autres peuples le plus profond mépris. Nul homme, parmi nous, n’est ni esclave comme les nègres, ni serf, comme les chrétiens ; on ne nous condamne point aux mines ni aux travaux publics. Jamais nous ne servons ni comme soldats, ni comme matelots ; on ne nous fit jamais tirer à la milice. Les chrétiens se battent entre eux pour que notre commerce fleurisse.... 6o Les récompenses qui nous sont promises par le Dieu d’Abraham sont purement temporelles, et nous en jouissons depuis long-temps. Ou nous a fait espérer que nous aurions la graisse de la terre ; cette graisse, c’est l’argent. Nous avons le bénéfice , et d’autres ont les charges. N’avons-nous pas dans nos mains une grande partie des richesses du monde ? On nous a promis que nous prêterions à usure ; ne sommes-nous pas les plus grands usuriers de la terre ? On nous a promis aussi que les autres n’exerceraient point L’usure contre nous ; est-il un chrétien qui puisse se vanter d’avoir prêté à un Juif à usure ?... 7o On nous accuse de friponnerie et de mauvaise foi envers les étrangers ; mais ces étrangers ne sont-ils pas nos ennemis ? Nous sommes doux, humains, compatissans envers nos frères. Nous observons entre nous la plus exacte justice ; nous sommes très-fidèles à nos engagemens. Notre Dieu nous a dispensés de ces devoirs envers les autres ; et pour le bien qu’ils nous veulent ou qu’ils nous font, vous conviendrez que nous ne leur devons pas grand’chose. 8o Nous ne nous mêlons point avec les femmes des chrétiens et de tous les peuples modernes ; nous sommes les moins infectés du mal que les pieux Espagnols ont apporté des extrémités de la terre. S’il arrive quelque accident de ce genre, il ne retombe guère que sur quelque Juif portugais, qui transgresse sa loi en portant son hommage à la fille d’un incirconcis.

« Pesez, dit le rabbin, ces avantages, et voyez si les Juifs sont aussi malheureux qu’on le pense. Doutez-vous que notre nation ne soit aujourd’hui plus nombreuse que lorsqu’elle était confinée dans l’aride Judée ? Ne la croyez-vous pas plus riche que sous David et Salomon ? Par sa dispersion même, l’univers entier n’est-il pas devenu son héritage ? Ne recueillons-nous pas où d’autres ont semé ? Les chrétiens ne vont-ils pas au bout du monde amasser des richesses et s’égorger pour nous ? »

L’abbé demeura interdit. Il fut obligé de convenir que les Hébreux, tout réprouvés qu’ils sont, ne sont pas les hommes les moins favorisés en ce monde.


Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mardi 29 avril 2008 6:56
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cegep de Chicoutimi.
 
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