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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Essai sur l'inégalité des races humaines. (1853-1855)
Avant-propos de la 2e édition


Une édition électronique sera réalisée à partir du texte de Joseph-Arthur (Comte de) Gobineau (1816-1882), Essai sur l'inégalité des races humaines (1853-1855). Paris: Éditions Pierre Belfond, 1967, 878 pages. Une édition numérique réalisée par mon amie Marcelle Bergeron, bénévole, professeure à la retraite de l'École polyvalente Dominique-Racine, qui a consacré des mois d'un minutieux travail à cette édition numérique. [Thèmes abordés: antisémitisme, civilisation, être humain, histoire, humanité, inégalité, juif, peuple, philosophie, race, société.]

Avant-propos de la 2e édition, 1855


Ce livre a été publié pour la première fois en 1853 (tome I et tome II) les deux derniers volumes (tome III et tome IV) sont de 1855. L'édition actuelle n'y a pas changé une ligne, non pas que, dans l'intervalle, des travaux considérables n'aient déterminé bien des progrès de détail. Mais aucune des vérités que j'ai émises n'a été ébranlée, et j'ai trouvé nécessaire de maintenir la vérité telle que je l'ai trouvée. Jadis, on n'avait sur les Races humaines que des doutes très timides. On sentait vaguement qu'il fallait fouiller de ce côté si l'on voulait mettre à découvert la base encore inaperçue de l'histoire et on pressentait que dans cet ordre de notions si peu dégrossies, sous ces mystères si obscurs, devaient se rencontrer à de certaines profondeurs les vastes substructions sur lesquelles se sont graduellement élevées les assises, puis les murs, bref tous les développements sociaux des multitudes si variées dont l'ensemble compose la marqueterie de nos peuples. Mais on ne voyait pas la marche à suivre pour rien conclure.

Depuis la seconde moitié du dernier siècle, on raisonnait sur les annales générales et on prétendait, pourtant, à ramener tous ces phénomènes dont ils présentent les séries, à des lois fixes. Cette nouvelle manière de tout classer, de tout expliquer, de louer, de condamner, au moyen de formules abstraites dont on s'efforçait de démontrer la rigueur, conduisait naturellement à soupçonner, sous l'éclosion des faits, une force dont on n'avait encore jamais reconnu la nature. La prospérité ou l'infortune d'une nation, sa grandeur et sa décadence, on s'était longtemps contenté de les faire résulter des vertus et des vices éclatant sur le point spécial qu'on examinait. Un peuple honnête devait être nécessairement un peuple illustre, et, au rebours, une société qui pratiquait trop librement le recrutement actif des consciences relâchées, amenait sans merci la ruine de Suse, d’Athènes, de Rome, tout comme une situation analogue avait attiré le châtiment final sur les cités décriées de la Mer Morte.

En faisant tourner de pareilles clefs, on avait cru ouvrir tous les mystères; mais, en réalité, tout restait clos. Les vertus utiles aux grandes agglomérations doivent avoir un caractère bien particulier d'égoïsme collectif qui ne les rend pas pareilles à ce qu'on appelle vertu chez les particuliers. Le bandit spartiate, l'usurier romain ont été des personnages publics d'une rare efficacité, bien qu'à en juger au point de vue moral, et Lysandre et Caton fussent d'assez méchantes gens; il fallut en convenir après réflexion et, en conséquence, si on s'avisait de louer la vertu chez un peuple et de dénoncer avec indignation le vice chez un autre, on se vit obligé de reconnaître et d'avouer tout haut qu'il ne s'agissait pas là de mérites et de démérites intéressant la conscience chrétienne, mais bien de certaines aptitudes, de certaines puissances actives de l'âme et même du corps, déterminant ou paralysant le développement de la vie dans les nations, ce qui conduisit à se demander pourquoi l'une de celles-ci pouvait ce que l'autre ne pouvait pas, et ainsi on se trouva induit à avouer que c'était un fait résultant de la race.

Pendant quelque temps on se contenta de cette déclaration à laquelle on ne savait comment donner la précision nécessaire. C'était un mot creux, c'était une phrase, et aucune époque ne s'est jamais payée de phrases et n'en a eu le goût comme celle d'à présent. Une sorte d'obscurité translucide qui émane ordinairement des mots inexpliqués était projetée ici par les études physiologiques et suffisait, ou, du moins, on voulut quelque temps encore s'en contenter. D'ailleurs, on avait un peu peur de ce qui allait suivre. On sentait que si la valeur intrinsèque d'un peuple dérive de son origine, il fallait restreindre, peut-être supprimer tout ce qu'on appelle Égalité et, en outre, un peuple grand ou misérable ne serait donc ni à louer, ni à blâmer. Il en serait comme de la valeur relative de l'or et du cuivre. On reculait devant de tels aveux.

Fallait-il admettre, en ces jours de passion enfantine pour l'égalité, qu'une hiérarchie si peu démocratique existât parmi les fils d'Adam ? combien de dogmes, aussi bien philosophiques que religieux, se déclaraient prêts à réclamer !

Tandis qu'on hésitait, on marchait pourtant; les découvertes s'accumulaient et leurs voix se haussaient et exigeaient qu'on parlât raison. La géographie racontait ce qui s'étalait à sa vue; les collections regorgeaient de nouveaux types humains. L'histoire antique mieux étudiée, les secrets asiatiques plus révélés, les traditions américaines devenues accessibles comme elles ne l'étaient pas auparavant, tout proclamait l'importance de la race. Il fallait se décider à entrer dans la question telle qu'elle est.

Sur ces entrefaites, se présenta un physiologiste, M. Pritchard, historien médiocre, théologien plus médiocre encore, qui, voulant surtout prouver que toutes les races se valaient, soutint qu'on avait tort d'avoir peur et se donna peur à lui-même. Il se proposa non pas de savoir et de dire la vérité des choses, mais de rassurer la philanthropie. Dans cette intention, il cousu les uns aux autres un certain nombre de faits isolés, observés plus ou moins bien et qui ne demandaient pas mieux que de prouver l'aptitude innée du nègre de Mozambique, et du Malais des îles Mariannes à devenir de fort grands personnages pour peu que l'occasion s'en présentât. M. Pritchard fut néanmoins grandement à estimer par cela seul qu'il toucha réellement à la difficulté. Ce fut, il est vrai, par le petit côté, mais ce fut pourtant et on ne saurait trop lui en savoir gré.

J'écrivis alors le livre dont je présente ici la seconde édition. Depuis qu'il a paru, des discussions nombreuses ont eu lieu à son sujet. Les principes en ont été moins combattus que les applications et surtout que les conclusions. Les partisans du progrès illimité ne lui ont pas été favorables. Le savant Ewald émettait l'avis que c'était une inspiration des catholiques extrêmes; l'école positiviste l'a déclaré dangereux. Cependant des écrivains qui ne sont ni catholiques ni positivistes, mais qui possèdent aujourd'hui une grande réputation, en ont fait entrer incognito, sans l'avouer, les principes et même des parties entières dans leurs œuvres et, en somme, Fallmereyer n'a pas eu tort de dire qu'on s'en servait plus souvent et plus largement qu'on n'était disposé à en convenir.

Une des idées maîtresses de cet ouvrage, c'est la grande influence des mélanges ethniques, autrement dit des mariages entre les races diverses. Ce fut la première fois qu'on posa cette observation et qu'en en faisant ressortir les résultats au point de vue social, on présenta cet axiome que tant valait le mélange obtenu, tant valait la variété humaine produit de ce mélange et que les progrès et les reculs des sociétés ne sont autre chose que les effets de ce rapprochement. De là fut tirée la théorie de la sélection devenue si célèbre entre les mains de Darwin et plus encore de ses élèves. Il en est résulté, entre autres, le système de Buckle, et par l'écart considérable que les opinions de ce philosophe présentent avec les miennes, on peut mesurer l'éloignement relatif des routes que savent se frayer deux pensées hostiles parties d'un point commun. Buckle a été interrompu dans son travail par la mort, mais la saveur démocratique de ses sentiments lui a assuré, dans ces temps-ci, un succès que la rigueur de ses déductions ne justifie pas plus que la solidité de ses connaissances.

Darwin et Buckle ont créé ainsi les dérivations principales du ruisseau que j'ai ouvert. Beaucoup d'autres ont simplement donné comme des vérités trouvées par eux-mêmes ce qu'ils copiaient chez moi en y mêlant tant bien que mal les idées aujourd'hui de mode.

Je laisse donc mon livre tel que je l'ai fait et je n'y changerai absolument rien. C'est l'exposé d'un système, c'est l'expression d'une vérité qui m'est aussi claire et aussi indubitable aujourd'hui qu'elle me l'était au temps où je l'ai professée pour la première fois. Les progrès des connaissances historiques ne m'ont fait changer d'opinion en aucune sorte ni dans aucune mesure. Mes convictions d'autrefois sont celles d'aujourd'hui, qui n'ont incliné ni à droite ni à gauche, mais qui sont restées telles qu'elles avaient poussé dès le premier moment où je les ai connues. Les acquisitions survenues dans le domaine des faits ne leur nuisent pas. Les détails se sont multipliés, j'en suis aise. Ils n'ont rien altéré des constatations acquises. Je suis satisfait que les témoignages fournis par l'expérience aient encore plus démontré la réalité de l'inégalité des Races.

J'avoue que j'aurais pu être tenté de joindre ma protestation à tant d'autres qui s'élèvent contre le darwinisme. Heureusement, je n'ai pu oublier que mon livre n'est pas une œuvre de polémique. Son but est de professer une vérité et non de faire la guerre aux erreurs. Je dois donc résister à une tentation belliqueuse. C'est pourquoi je me garderai également de disputer contre ce prétendu approfondissement de l'érudition qui, sous le nom d'études préhistoriques, ne laisse pas que d'avoir fait dans le monde un bruit assez sonore. Se dispenser de connaître et surtout d'examiner les documents les plus anciens de tous les peuples, c'est comme une règle, toujours facile, de ce prétendu genre de travaux. C'est une manière de se supposer libre de tous renseignements; on déclare ainsi la table rase, et l'on se trouve parfaitement autorisé à l'encombrer à son choix de telles hypothèses qui peuvent convenir et que l'on peut mettre oit l'on suppose le vide. Alors, on dispose tout à son gré et, au moyen d'une phraséologie spéciale, en supputant les temps, par âges de pierre, de bronze, de fer, en substituant le vague géologique à des approximations de chronologie qui ne seraient pas assez surprenantes, on parvient à se mettre l'esprit dans un état de surexcitation aiguë, qui permet de tout imaginer et de tout trouver admissible. Alors au milieu des incohérences les plus fantasques, on ouvre tout à coup, dans tous les coins du globe terrestre, des trous, des caves, des cavernes de l'aspect le plus sauvage, et on en fait sortir des amoncellements épouvantables de crânes et de tibias fossiles, de détritus comestibles, d'écailles d'huîtres et d'ossements de tous les animaux possibles et impossibles, taillés, gravés, éraflés, polis et non polis, de haches, de têtes de flèches, d'outils sans noms; et le tout s'écroulant sur les imaginations troublées, aux fanfares retentissantes d'une pédanterie sans pareille, les ahurit d'une manière si irrésistible que les adeptes peuvent sans scrupule, avec sir John Lubbock et M. Evans, héros de ces rudes labeurs, assigner à toutes ces belles choses une antiquité, tantôt de cent mille années, tantôt une autre de cinq cent mille, et ce sont des différences d'avis dont on ne s'explique pas le moins du monde le motif.

Il faut savoir respecter les congrès préhistoriques et leurs amusements. Le goût en passera quand de pareils excès auront été poussés encore un peu plus loin, et que les esprits rebutés réduiront simplement à rien toutes ces folies. À dater de cette réforme indispensable on enlèvera enfin les haches de silex et les couteaux d'obsidienne aux mains des anthropoïdes de M. le professeur Haeckel, gens qui en font un si mauvais usage.

Ces rêveries, dis-je, passeront d'elles-mêmes. On les voit déjà passer. L'ethnologie a besoin de jeter ses gourmes avant de se trouver sage. Il fut un temps, et il n'est pas loin, où les préjugés contre les mariages consanguins étaient devenus tels qu'il fut question de leur donner la consécration de la loi. Épouser une cousine germaine équivalait à frapper à l'avance tous ses enfants de surdité et d'autres affections héréditaires. Personne ne semblait réfléchir que les générations qui ont précédé la nôtre, fort adonnées aux mariages consanguins, n'ont rien connu des conséquences morbides qu'on prétend leur attribuer; que les Séleucides, les Ptolémées, les Incas, époux de leurs sœurs, étaient, les uns et les autres, de très bonne santé et d’intelligence fort acceptable, sans parler de leur beauté, généralement hors ligne. Des faits si concluants, si irréfutables, ne pouvaient convaincre personne, parce qu'on prétendait utiliser, bon gré mal gré, les fantaisies d'un libéralisme qui, n'aimant pas l'exclusivité chapitrale, était contraire à toute pureté du sang, et l'on voulait autant que possible célébrer l'union du nègre et du blanc d'où provient le mulâtre. Ce qu'il fallait démontrer dangereux, inadmissible, c'était une race qui ne s'unissait et ne se perpétuait qu'avec elle-même. Quand on eut suffisamment déraisonné, les expériences tout à fait concluantes du docteur Broca ont rejeté pour toujours un paradoxe que les fantasmagories du même genre iront rejoindre quand leur fin sera arrivée.

Encore une fois, je laisse ces pages telles que je les ai écrites à l'époque où la doctrine qu'elles contiennent sortait de mon esprit, comme un oiseau met la tête hors du nid et cherche sa route dans l'espace où il n'y a pas de limites. Ma théorie a été ce qu'elle était, avec ses faiblesses et sa force, son exactitude et sa part d'erreurs, pareille à toutes les divinations de l'homme. Elle a pris son essor, elle le continue. Je n'essaierai ni de raccourcir, ni d'allonger ses ailes, ni moins encore de rectifier son vol. Qui me prouverait qu'aujourd'hui je le dirigerais mieux et surtout que j'atteindrais plus haut dans les parages de la vérité ? Ce que je pensais exact, je le pense toujours tel et n'ai, par conséquent, aucun motif d'y rien changer.

Aussi bien ce livre est la base de tout ce que j'ai pu faire et ferai par la suite. Je l'ai, en quelque sorte, commencé dès mon enfance. C'est l'expression des instincts apportés par moi en naissant. J'ai été avide, dès le premier jour où j'ai réfléchi, et j'ai réfléchi de bonne heure, de me rendre compte de ma propre nature, parce que fortement saisi par cette maxime: «Connais-toi toi-même», je n'ai pas estimé que je pusse me connaître, sans savoir ce qu'était le milieu dans lequel je venais vivre et qui, en partie, m'attirait à lui par la sympathie la plus passionnée et la plus tendre, en partie me dégoûtait et me remplissait de haine, de mépris et d'horreur. J'ai donc fait mon possible pour pénétrer de mon mieux dans l'analyse de ce qu'on appelle, d'une façon un peu plus générale qu'il ne faudrait, l'espèce humaine, et c'est cette étude qui m'a appris ce que je raconte ici.

Peu à peu est sortie, pour moi, de cette théorie, l'observation plus détaillée et plus minutieuse des lois que j'avais posées. J'ai comparé les races entre elles. J'en ai choisi une au milieu de ce que je voyais de meilleur et j'ai écrit l'Histoire des Perses, pour montrer par l'exemple de la nation aryane la plus isolée de toutes ses congénères, combien sont impuissantes, pour changer ou brider le génie d'une race, les différences de climat, de voisinage et les circonstances des temps.

C'est après avoir mis fin à cette seconde partie de ma tâche que j'ai pu aborder les difficultés de la troisième, cause et but de mon intérêt J'ai fait l'histoire d'une famille, de ses facultés reçues dès soit origine, de ses aptitudes, de ses défauts, des fluctuations qui ont agi sur ses destinées, et j'ai écrit l'histoire d'Ottar Jarl, pirate norvégien, et de sa descendance, C'est ainsi qu'après avoir enlevé l'enveloppe verte, épineuse, épaisse de la noix, puis l'écorce ligneuse, j'ai mis à découvert le noyau. Le chemin que j'ai parcouru ne mène pas à un de ces promontoires escarpés où la terre s'arrête, mais bien à une de ces étroites prairies, où la route restant ouverte, l'individu hérite des résultats suprêmes de la race, de ses instincts bons ou mauvais, forts ou faibles, et se développe librement dans sa personnalité.

Aujourd'hui on aime les grandes unités, les vastes amas où les entités isolées disparaissent. C'est ce qu'on suppose être le produit de la science À chaque époque, celle-ci voudrait dévorer une vérité qui la gêne. Il ne faut pas s'en effrayer. Jupiter échappe toujours à la voracité de Saturne, et l'époux et le fils de Rhée, dieux, l'un comme l'autre, règnent, sans pouvoir s'entredétruire, sur la majesté de l'univers.

Revenir à l'oeuvre de l'auteur: Joseph-Arthur de Gobineau, 1816-1882 Dernière mise à jour de cette page le Dimanche 30 octobre 2005 08:27
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
 
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