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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Charles Gide (1847-1932), Cours d'économie politique. Tome 1 (1919)
Préface de l'auteur


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Charles Gide (1847-1932), Cours d'économie politique. Tome 1. Paris: Librairie de la Société du Recueil Sirey, 5e édition, refondue et augmentée, 1919, 600 pp. Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, bénévole, professeure à la retraite de l'École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi, Ville de Saguenay.

Préface de l'auteur

Depuis la dernière édition de ce livre quatre années seulement ont passé, mais dont chacune compte pour un siècle. Aussi entend-on répéter de partout que rien de ce qui était avant la guerre ne sera semblable après. S'il devait en être ainsi, tous les livres d'Économie politique seraient à refaire. 

Mais nous n'en croyons rien. Certes ! Étant donné le prix dont ils l'auront payée, il est bien naturel que les hommes de ce temps se croient en droit d'attendre une société toute neuve. Pourtant rien, du moins en ce qui concerne la société économique, ne nous autorise à croire que les transformations soient aussi profondes qu'on le prédit. Et ce qui est bien fait pour inspirer des doutes quant à la probabilité de leur réalisation, c'est qu'aux yeux de ceux qui les prédisent elles apparaissent sous des faces précisément opposées. 

Ceux-ci annoncent que « l’Économie libérale est morte et que, si nous pouvons la pleurer, il n'est au pouvoir d'aucun de nous de la ressusciter » ; ceux-là, au contraire, qu'après l’orgie, d'interventionnisme viendra inévitablement une violente réaction individualiste. Ceux-ci déclarent que le socialisme, tout au moins le socialisme international et marxiste, a été tué par la guerre et que la lutte des classes sera abolie grâce au maintien de « l'Union sacrée » ; mais ceux-là croient que lorsque les millions de civils, devenus les vétérans de la Grande Guerre, rentreront à la ferme ou à l'atelier, ils auront quelque peine à reprendre sagement leur place dans les cadres de la vieille hiérarchie sociale. 

Les uns affirment que le libre-échange ne trouvera plus de défenseurs, même en Angleterre, et que la guerre actuelle, en démontrant la nécessité pour chaque nation de se suffire à elle-même, a fondé à jamais le nationalisme économique. Mais les autres saluent déjà la constitution de la Société des nations, laquelle évidemment ne sera réalisable qu'autant qu'elle comportera une union économique plus ou moins complète entre ses membres. 

Pourtant ne faut-il pas reconnaître qu'il y a eu déjà de grands changements accomplis et que depuis trois ans l'Europe vit sous un régime économique tel qu'il dépasse en imprévu les visions de Fourier comme les « anticipations » de Wells ? La liberté du travail, pour les ouvriers aussi bien que pour les patrons, suspendue par la mainmise de l'État sur presque toute l'industrie ; la liberté des échanges supprimée, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, par les taxations, réquisitions, prohibition des importations ou des exportations ; l'équilibre des marchés rompu par l'emprisonnement de l'or, ce grand niveleur des échanges ; la liberté de consommation réglementée par la mise en carte de tous les consommateurs, et même une sorte de régime communiste institué par la mobilisation des civils, par l'invitation adressée à chacun de porter les chaussures nationales et le drap national, par la remise des dettes, par le loyer gratuit, que sais-je encore ? 

Et dans des conditions si contraires à celles que les économistes déclaraient indispensables à la vie économique, les nations ont vécu tant bien que mal, plutôt mal que bien, mais ont vécu tout de même. Toutes les prévisions — soit quant à la durée de la guerre, que l'un de nos économistes les plus éminents fixait à six mois, soit quant à l’interruption et l'inhibition de la vie économique devant résulter de la mobilisation de presque toute la population masculine, soit quant au montant des dépenses compatibles avec les ressources des pays belligérants, ou à la quantité de papier-monnaie que la circulation pourrait tolérer — se sont trouvées infiniment dépassées. Qu'est-ce que cela prouve ? Simplement que les économistes avaient sous-évalué le degré de plasticité des sociétés modernes et les énergies latentes qu'elles recèlent, énergies formidables, inutilisées ou gaspillées en temps de paix mais qui se trouvent déclenchées par l'explosion de la guerre. Et il faut espérer qu'une fois cette révélation faite, on ne laissera plus ces forces se volatiliser ou s'enkyster à nouveau. 

Mais est-ce là une raison pour en conclure, comme certains l'ont déjà fait, que l'Économie politique ait fait faillite ? Le programme de telle ou telle école, oui peut-être, mais la destinée de la science économique n'est pas liée à celle de telle ou telle doctrine. Peu importe que les économistes aient été pris en défaut si l'économie politique ne l'a pas été. Or celle-ci demeure, avec ses lois classiques, telles qu'elles ont été enseignées dans les cours et dans les livres, et nous ne voyons pas que les grands événements, dans lesquels elle aura tenu une si grande place, aient apporté à aucune de ces lois, pas plus celle de l'offre et de la demande que celle de Gresham, des démentis, mais au contraire des vérifications. Jamais les économistes n'auront bénéficié, si j'ose dire, d'une expérimentation sociale telle que celle qui, depuis plus de trois ans, tient couchées douze nations sur la table d'opération. Elles auraient pu en mourir mais elles n'en sont pas mortes. 

La guerre aura, toutefois, mis en lumière avec une intensité nouvelle certains aspects de l'économie politique, à commencer par la puissance de l'organisation. Après la guerre tout sera à l'organisation scientifique, dût-on même pour cela se mettre à l'école allemande. Mais là où la nécessité d'organisation aura été le mieux mise en lumière ce n'est pas tant dans le domaine de la production — on le savait déjà — que dans celui que nous regrettions le plus de voir traité comme négligeable, à savoir la consommation. Il n'est pas exagéré de dire que le mot si souvent répété dans cette guerre : la victoire appartiendra à celui des deux qui saura tenir un quart d'heure de plus que l'autre, a dû être ainsi traduit : à celui qui aura su le mieux durer, c'est-à-dire économiser, en prenant ce mot, non plus dans son vieux sens d'épargne, mais dans celui d'aménagement méthodique, vraiment hédonistique, des ressources du pays. Ici encore il faut espérer que la leçon ne sera pas perdue, d'autant moins qu'elle se trouvera prolongée et intensifiée après la guerre par la double pression des prix et des impôts. Nous verrons se former dorénavant une politique de la consommation. 

Enfin la guerre aura apporté une masse de faits nouveaux qui serviront soit à corroborer les connaissances acquises, soit à revivifier les discussions anciennes (peut-être celle même du bi-métallisme puisqu'elle a relevé presque au pair le métal argent qu'on croyait pour toujours disqualifié), soit aussi à en susciter de nouvelles, et, en tout cas, à fournir pendant un siècle et plus à tous les traités d'économie politique des illustrations appropriées. 

C'est par là que ce livre, réimprimé au cours de la guerre, peut se présenter dans une certaine mesure comme un livre nouveau. Nous n'y avons pas fait de changements essentiels ni comme théories, ni comme présentation des faits, ni comme plan, ni comme opinions personnelles, mais nous avons tâché de l'enrichir en recueillant dans l'immense moisson de faits que le bouleversement du fonds et du tréfonds économique a fait surgir de terre, ceux qui nous ont paru les plus propres à éclairer et à compléter les explications données dans ce Cours. 

Il n'y a qu'un petit nombre de chapitres qui aient été ajoutés, le cadre des anciens suffisant à recevoir les matériaux nouveaux, mais il y en a peu qui n'aient été écrits à nouveau ou au moins en partie. 

Les notes ont dû être encore accrues. Peut-être trouvera-t-on qu'il y a abus. Le lecteur est libre de passer outre, et cela vaut peut-être mieux s'il doit y avoir une seconde lecture — mais elles me paraissent répondre à une nécessité, car elles sont destinées à servir de pièces justificatives et cela sous une triple forme : 1° comme citations d'auteurs et références bibliographiques ; 2° comme chiffres et statistique ; 3° comme faits confirmatifs et illustrations, mais qui, s'ils étaient insérés dans le texte, ralentiraient et obscurciraient l'exposition. 

La conséquence de ces additions et remaniements a été celle que nous faisions prévoir dès la dernière édition : c'est qu'ayant dépassé les dimensions que comportait un seul volume, il a fallu en faire deux. 

La coupure devrait correspondre à celle de l’enseignement de l'Économie Politique dans les Facultés de Droit, qui comporte deux années. Mais pour l'économie politique, à la différence du droit civil, aucun règlement ne fixe la répartition des matières entre les deux années, en sorte que chaque professeur les répartit à son gré. Comme il fallait bien cependant prendre un classement, nous avons suivi celui de la Faculté de Droit de Paris. Il ne diffère d'ailleurs de celui de l'édition précédente que par le déplacement du chapitre sur le Commerce International qui se trouve reporté après le Crédit. On le trouvera donc au second volume. 

Malgré le dédoublement du volume, l'immensité du champ compris dans l'enseignement économique est tel que nous avons dû nous borner pour chaque question, et surtout pour celles d'économie appliquée, à un exposé très succinct et par là trop souvent insuffisant ou à une condensation des matières fatigante à la lecture. Sans doute, comme l'a fait remarquer dans une critique très courtoise le professeur Adams, mieux eût valu, au point de vue scientifique, élaguer beaucoup de matières pour traiter le reste plus à fond, d'autant plus que les lignes simples de la science et sa belle ordonnance risquent d'être masquées sous le fouillis d'une végétation un peu parasitaire. Mais alors le livre n'eût pas atteint le but plus modeste que se proposait l'auteur et qui est de permettre aux étudiants la préparation à leurs examens, en leur présentant un exposé impartial, mais pourtant critique, de chaque question, en s'efforçant surtout de leur montrer ce qu'il y a de vivant et d'émouvant dans cette science qualifiée autrefois de « littérature ennuyeuse », et en leur inspirant d'ailleurs le désir d'aller chercher des explications complémentaires dans les livres indiqués en note. 

Peut-être pensera-t-on que c'eût été l'occasion de modifier le plan de ce livre. Quoique consacrée par J.-B. Say, par Stuart Mill et par beaucoup d'autres, la classification tripartite ou quadripartite paraît aujourd'hui surannée. C'est une vieille coupe d'habit qui n'est plus à la mode. 

J'en aurais pris volontiers un autre si je n'avais eu à suivre que mon goût : c'eût été de commencer précisément par cette partie de l'économie politique à laquelle la guerre, comme nous venons de le dire, a conféré une importance si imprévue, c’est-à-dire par la consommation, et de là, par la répartition et la circulation, de remonter jusqu'à la source des richesses, à la production. Mais cet ordre, qui eût été l'inverse de celui suivi dans tous les enseignements, eût trop dérouté les lecteurs et il serait prématuré tant que l'étude de la consommation n'aura pas pris dans l'enseignement la place à laquelle elle a droit. On a dit que si l'Économie de la production avait trouvé son Adam Smith, l'Économie de la consommation attendait encore le sien. Je laisse à d'autres l'honneur de frayer cette voie. 

Charles GIDE.


Retour au texte de l'auteur: James George Frazer Dernière mise à jour de cette page le mardi 7 mars 2006 19:58
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
 
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