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Collection « Les auteur(e)s classiques »

La philosophie de M. Bergson, professeur au Collège de France (1912)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Mgr Albert Farges, La philosophie de M. Bergson, professeur au Collège de France. Paris: juin 1912, Imprimatur Alfred Baudrillart. Une édition électronique réalisée par Marc D'Hooghe pour le Projet Gutenberg.

La philosophie de M. Bergson [6]

 

 
Introduction générale

Suivant une formule chère à son école : M. Bergson est en train de se faire [7]. Nous ne parlons pas ici de sa réputation qui est déjà faite—non seulement en France, mais dans les deux hémisphères—et ne saurait guère s'amplifier davantage. A peu près dès le début de son enseignement à Paris, elle a retenti bruyamment et elle est devenue rapidement mondiale, grâce à une certaine presse et à cette unanimité de réclame mutuelle dont nos adversaires ont le secret,—et qui devraient être pour nous une leçon plus profitable d'union.

 

Sur la foi de sa renommée, bien des gens se pâment d'admiration à tout ce qui tombe aujourd'hui de ses lèvres ou sort de sa plume. Et je ne parle pas seulement du public féminin qui assiège sa chaire du Collège de France, ni des admirateurs par snobisme, incapables de comprendre le premier mot de théories si subtiles et si obscures,—mais aussi d'hommes de talent et de penseurs sérieux qu'on est surpris de rencontrer dans ce concert d'adulation universelle.

 

Nous pourrions en citer plusieurs parmi ses collègues de l'Université ou de l'Ecole normale, dont les éloges enthousiastes atteignent à un degré de lyrisme déconcertant.

 

L'un d'eux, dans un volume que nous avons sous les yeux, écrit qu'il faut classer M. Henri Bergson, non seulement « parmi les très grands philosophes de tous les pays et de tous les temps »,—mais encore le proclamer « comme le seul philosophe de premier ordre qu'aient eu la France depuis Descartes, et l'Europe depuis Kant ». Il ajoute expressément que Leibnitz, Malebranche, Spinosa, sont facilement éclipsés, ainsi que Fichte, Schelling et Hegel. Enfin, il conclut pompeusement : « Tel est le rythme de l'histoire des systèmes : de loin en loin, un héros heureux de la pensée s'étant enfoncé très avant dans les profondeurs du réel en ramène au jour de l'intelligence des intuitions merveilleuses, richesse brute que lui-même et des générations après lui s'emploient à élaborer. Avec un Descartes, avec un Kant, M. Bergson, sans aucun doute, est de ces héros-là. »

 

Après ces dithyrambes, on peut tirer l'échelle et redire avec assurance que la réputation du maître est déjà faite et qu'elle n'est plus à faire.

 

Le secret de ce succès inouï serait peut-être curieux à rechercher mais il n'est pas temps encore. Attendons la fin de ce travail pour le mieux comprendre.

 

En disant que M. Bergson est en train de se faire, je n'ai donc voulu parler que de sa philosophie, qu'il n'a révélée au monde que peu à peu, à travers les hésitations, on, comme il l'avoue lui-même, « les zigzags d'une doctrine qui se développe, c'est-à-dire qui se perd, se retrouve et se corrige indéfiniment elle-même » [8].

 

Encore aujourd'hui est-elle loin d'être complète. Comportera-t-elle une Théodicée, une Morale ? et lesquelles ?... Bien des doutes sont encore permis sur de si graves sujets, et quoiqu'il soit bien délicat et presque téméraire de vouloir décrire le tracé de cette seconde courbe, de la pensée bergsonienne, avant qu'elle ait été formée, nous essayerons, à la fin de ce volume, d'en indiquer l'orientation probable—sous toutes réserves,—les effets de l'Evolution créatrice étant toujours « imprévisibles » et sans aucune proportion avec leurs antécédents, d'après M. Bergson. Au demeurant, ce qui a paru jusqu'à ce jour du nouveau système est déjà considérable, quoique restreint aux faibles dimensions de trois volumes de moyenne étendue [9] et de quelques articles de revues [10],—sans parler d'un opuscule artistique sur le Rire ou la Signification du comique, que notre point de vue nous permettra de négliger. 


 

Le premier de ces trois volumes, Essai sur les données immédiates de la Conscience, fut sa thèse de doctorat soutenue à la Sorbonne en 1889. Nous assistions à cette soutenance avec le regretté Mgr d'Hulst et quelques amis, philosophes de profession, aux yeux desquels le nouveau Docteur se révéla du premier coup comme un penseur original, d'une subtilité infiniment compliquée et nuageuse à la manière de Kant. La seule différence, nous semblait-il, c'est que, dans cette pénombre habituelle de la pensée, brillait parfois, comme un feu d'artifice, l'image, la métaphore à effet, et même le trait d'esprit français : choses inouïes chez le philosophe de Kœnigsberg et tous ses compatriotes.

 

L'auditoire en était à la fois charmé et déconcerté, lorsqu'un des membres du jury, le vénérable M. Ravaisson—si j'ai bonne mémoire,—interprète peut-être inconscient de cette impression générale, se laissa aller—pour terminer le compliment d'usage—à adresser, avec son fin sourire, cet éloge significatif au candidat : « Je n'ai pas toujours pu vous saisir, mais j'aime à croire, Monsieur, que vous vous êtes compris ! » Aussitôt un murmure unanime d'approbation souligna ce trait qui portait au vif.

 

La difficulté de comprendre cet ouvrage—comme tous les suivants, du reste—vient sans doute du fond et de la forme, de ce qui est dit, mais encore plus peut-être de ce qui n'est point dit, de ce qui est sous-entendu ou dit seulement à demi-mot et au passage, alors que ce serait le plus intéressant et le plus important à connaître.

 

C'est le cadre et l'orientation qui font défaut. L'auteur semble nous conduire dans une nuit noire, à travers des chemins de traverse étroits et compliqués, sans nous dire où il veut nous mener. Sans doute, notre guide a son secret—du moins on doit lui supposer un secret,—car on ne peut admettre qu'il nous conduise à l'aventure. Mais ce secret, il ne le révèle que peu à peu, et par doses fragmentaires insuffisantes à nous rassurer.

 

Ainsi, par exemple, dans ce premier volume, son avant-propos nous avertit qu'il va traiter de la liberté psychologique et résoudre—grâce à une nouvelle méthode vaguement indiquée—les difficultés insurmontables soulevées contre elle.

 

Or, cette « nouvelle méthode » n'est pas sans nous inquiéter quelque peu, car on pressent déjà qu'elle pourrait bien devenir le principal, au lieu d'être l'accessoire, et déborder le sujet annoncé au point de le transformer en un simple épisode.

 

De fait, après avoir lu et refermé le volume, cette impression persiste et, loin de s'atténuer, redouble. Le malaise produit par l'incertitude du but que l'on poursuit devient plus aigu. La liberté elle-même, annoncée comme sujet principal de cette étude, a passé au second plan. Ce qui domine, c'est la théorie nouvelle du Temps ou de la Durée, qui serait plus exactement le titre de l'ouvrage, car la Liberté n'est plus qu'un simple corollaire. Cette théorie elle-même semble si grosse des conséquences les plus redoutables et les plus imprévues, qu'on pressent qu'elle va devenir la base infiniment subtile et comme la pointe d'aiguille sur laquelle devra se tenir en équilibre la masse imposante de l'édifice futur.

 

Avant d'examiner la solidité d'un tel fondement, faisons tout de suite connaître au lecteur l'édifice lui-même—au moins dans son plan général et ses plus grandes lignes,—telles qu'elles nous seront exposées par les volumes suivants. Et puisque l'auteur a cru si utile à son jeu de ne le démasquer pleinement qu'à la fin—semblable à ces prestidigitateurs qui n'annoncent leurs tours d'adresse que lorsqu'ils ont réussi,—la critique doit user de la tactique contraire et révéler du premier coup où l'on veut en venir. 


 

Tout d'abord l'auteur a—comme on dit vulgairement—une idée de derrière la tête, qui est sa préoccupation dominante, quoiqu'il n'en dise rien ni dans son avant-propos ni dans le corps de l'ouvrage. C'est à peine s'il nous la laisse entrevoir discrètement dans une allusion finale.

 

Il s'agit pour lui, comme pour tous ceux qui aspirent à devenir chefs d'école, de faire une grande révolution en philosophie. Et cette révolution, il la fera d'abord contre la tyrannie devenue insupportable du kantisme. Plus tard, lorsqu'il se sentira plus de force et d'audace, ce sera contre la philosophie tout entière, des Eléates et de Platon jusqu'à nos jours, qu'il partira en guerre. Tous les penseurs de l'humanité avant lui avaient, paraît il, ignoré la méthode à suivre pour découvrir la vérité ; aucun n'avait encore su se placer au véritable point de vue ; aussi n'avaient-ils posé que des « pseudo-problèmes ». En un mot, ils étaient tous intellectualistes, et M. Bergson se proclamera antiintellectualiste.

 

Cette prétention de supprimer d'un trait de plume l'expérience séculaire de l'humanité, lentement accumulée à travers les âges par les plus grands génies, est d'ailleurs une audace indispensable pour quiconque veut désormais devenir chef d'école. Descartes et Kant avaient donné le ton et agi de même, en faisant table rase du passé, et en ignorant de parti pris « qu'il y eût avant eux des hommes qui aient pensé ». 

Le procédé est donc classique : tout novateur commence par renverser ; et c'est le genre où il excelle.

 

Pour le moment, le nouveau docteur ne rêve encore que de détrôner Kant, en terrassant le kantisme. Kant fut pourtant le maître de sa formation intellectuelle. Aux environs de 1880, lorsqu'il était sur les bancs du lycée Condorcet ou bien sur ceux de l'Ecole normale, la doctrine officielle de l'Alma mater était un kantisme rigoureux, s'en tenant à la Critique de la Raison pure et affectant de dédaigner les amendements et les restaurations de la Raison pratique.

 

Or, ce joug commençait à peser sur les esprits. Les plus jeunes et les plus indépendants aspiraient à le briser, et M. Bergson conçut alors son plan de destruction. Certes, il fallait du courage et de l'audace pour renverser l'idole. M. Bergson aura l'un et l'autre, mais il saura les allier à une prudence consommée. Il gardera fidèlement le secret du complot et n'en fera l'aveu que le jour où l'idole vermoulue sera remplacée par une autre, car—suivant un mot célèbre—on ne détruit que ce que l'on remplace.

 

Dans le cours de ce premier volume, on trouvera bien des traits acérés contre le kantisme, mais ils ne visent guère que des détails du système. A l'avant-dernière page de la conclusion seulement, il laisse entendre son dessein de s'attaquer au fondement lui-même de ce système qui interdit à l'esprit humain l'entrée dans le domaine du réel et de l'absolu.

 

« Kant, déclare M. Bergson, a mieux aimé ... élever une barrière infranchissable entre le monde des phénomènes, qu'il livre tout entier à notre entendement, et celui des choses en soi, dont il interdit l'entrée. Mais peut-être cette distinction est-elle trop tranchée et cette barrière plus aisée à franchir qu'on ne le suppose. » [11]

 

Nous verrons bientôt comment M. Bergson espère la franchir aisément, grâce à sa théorie de l'Intuition supra-intellectuelle. Et lorsqu'il aura réussi, ou cru réussir sa savante manœuvre, nous l'entendrons faire triomphalement cette profession de foi anti-kantiste : « Dans l'absolu nous sommes, nous circulons et vivons. La connaissance, que nous en avons est incomplète, sans doute, mais non pas extérieure ou relative. C'est l'être même, dans ses profondeurs, que nous atteignons par le développement combiné et progressif de la science et de la philosophie. » [12]

 

De l'autre côté de l'Océan, fera écho W. James, en traitant dédaigneusement la Critique de la raison pure comme « le plus rare et le plus compliqué de tous les vieux musées de bric-à-brac ». Et cette irrévérence à l'égard du vieux maître déchu ne soulèvera pas, même en France, la moindre protestation indignée. Au contraire, la Revue philosophique avouera, en gémissant, que c'est là « une conclusion à laquelle la presque totalité des philosophes est déjà venue avec éclat » [13].

 

Quoi qu'il en soit, dès le début, M. Bergson refuse de respecter l'interdiction fondamentale du maître. Il n'accepte plus sa consigne, et passe outre à ses défenses. Au fond de son cœur, le kantisme a vécu.

 

Déjà, les premiers disciples de Kant avaient agi de même. Les écoles de Schelling, de Fichte, de Hegel, au lieu de s'abstenir de toute spéculation sur l'absolu, comme d'un fruit défendu, en firent, au contraire, comme on le sait, de véritables débauches.

 

M. Bergson n'aura qu'à les imiter, à sa manière, dans leur révolte, et il sera applaudi par tous ceux—ils sont nombreux—qui sont fatigués d'entendre répéter que tout n'est pour nous qu'apparence et illusion, et qui ont enfin senti s'aiguiser en eux la faim et la soif du réel et de l'absolu, pendant ces trop longs jours d'abstinence kantienne. Malheureusement, comme la raison pure, si peu comprise et si critiquée par Kant, lui inspire encore la même défiance, il fera la gageure de s'en passer dans ses spéculations, de ne se servir que d'une prétendue intuition esthétique supra-intellectuelle, qui lui permettra de retourner à l'envers les notions les plus essentielles de la raison humaine. Son antiintellectualisme convaincu l'acculera à nous inventer une métaphysique nouvelle à rebours des évidences fondamentales du sens commun.

 

Ce sens commun lui-même deviendra un organe gênant qu'on finira par amputer. Après s'être incliné devant lui très respectueusement dans une Préface [14], on ne s'occupera plus de ses perpétuelles protestations, et les enfants terribles de la nouvelle école ne cesseront de nous « mettre en garde contre les illusions de l'évidence vulgaire [15] », contre les notions communes d'intelligibilité, de raison, de vérité, en proclamant audacieusement qu'il n'en faut plus ! Pour eux, le sens commun ne fournit que des recettes pratiques, sans aucune valeur intellectuelle.

 

L'édifice métaphysique bergsonien sera donc nettement antiintellectualiste, et voici ses principales thèses que nous allons essayer de formuler,—autant toutefois qu'il est possible de préciser et de réduire en formules des assertions extrêmement vagues et fuyantes, ennemies-nées de la précision et de la clarté didactiques. 


 

L'idée mère et la pensée maîtresse de tout le nouveau système est celle du vieil Héraclite : L'être n'est pas, tout est devenir pur, c'est-à-dire perpétuel et intégral changement, en sorte que rien ne demeure le même dans cette fuite perpétuelle de la réalité : Πάντα ᾽ρει καί ούδεν μένει [16]. Il en donnait la comparaison célèbre : On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve ni même une seule fois, puisque tout change sans cesse et dans le fleuve et dans le baigneur, qui ne sont jamais les mêmes.

 

Or, cette fluidité universelle des êtres, dont la vie est le type premier, d'après M. Bergson, c'est ce qu'il a appelé le Temps ou la Durée pure, et dont il a fait la « substance résistante » ou « l'étoffe » même des choses, s'il est permis toutefois d'appeler de ce nom ce qui est l'inconsistance et la fluidité même.

 

De cette première négation de l'être, on va voir découler les plus graves conséquences, soit métaphysiques, soit logiques, soit critériologiques.

 

Au point de vue métaphysique, la catégorie de substance est biffée. 

Il n'y a plus que des modes d'être sans être, des attributs sans sujet, des actions sans agent ou des passions sans patient ; ce qui est radicalement inintelligible. Bien plus, les catégories d'accidents ou de modes sont réduites à une seule : le mouvement perpétuel. Qualité, quantité, etc., ne sont et ne peuvent être que des modes de mouvements : ce qui n'est pas moins inintelligible.

 

Au point de vue logique, si l'être n'est pas, il ne saurait être identique à lui-même, et le principe d'identité ou de non-contradiction est ruiné, entraînant à sa suite la ruine de tous les autres principes de la raison, qui, en dernière analyse, s'appuient tous sur le premier, sur l'impossibilité que l'être et le non-être, le oui et le non soient identiques. Pour la nouvelle école, au contraire, le contradictoire est sans doute impensable—vu la constitution actuelle de notre esprit,—mais nullement impossible. Bien plus, il est le fond même de toute réalité dans la nature, où tout est à la fois lui-même et autre que lui-même, puisque tout y est devenir pur, c'est-à-dire l'hétérogénéité même et la contradiction perpétuelle de l'être et du non-être simultanés.

 

Cependant nos nouveaux philosophes veulent bien conserver à ces premiers principes de la raison un rôle pratique et tout provisoire. Ainsi, la formule deux et deux font quatre n'exprime aucune vérité absolue et définitive, mais elle reste « commode » et « utile », puisqu'elle réussit [17],—comme si son utilité pour régler avec mon débiteur n'était pas précisément le fruit de sa vérité mathématique et absolue !

 

Au point de vue critériologique, les conséquences ne sont pas moins révolutionnaires. Puisque tout est fluent, et qu'il n'y a rien de stable ni en moi ni hors de moi, la pensée abstraite qui nous montre des types fixes, des notions éternelles, des principes immuables et nécessaires, en un mot, des vérités absolues, ne saurait être qu'une faculté mensongère à laquelle nous ne pouvons plus nous fier.

 

La nouvelle école se proclame donc anti-intellectualiste ; elle fulmine contre « les concepts figés, cristallisés et morts, d'où la vie s'est retirée », et contre toutes les combinaisons par induction ou déduction de ces « entités conceptuelles », désormais « vieux jeu » ; elle proclame qu'il faut « renoncer tout à fait au rationnel », suivant la maxime favorite de W. James,—et son moyen consisterait à remplacer l'autorité « périmée » de l'intelligence, soit intuitive, soit discursive, par une autre faculté qu'elle appelle l'intuition, mais qu'elle n'a jamais pu clairement définir. Cette faculté serait comme un sentiment esthétique, une sympathie divinatrice, entièrement libéré du joug de la raison et de la logique. « Au delà et au-dessus de la logique ! » ou bien : « Vers les profondeurs supra-logiques ! » Telle serait, d'après M. Le Roy, sa véritable devise [18].

 

Voilà en quelques traits synthétiques—sur lesquels nous aurons à revenir en détail très longuement [19]—l'esprit de la philosophie nouvelle. Tout son développement futur tient en germe dans ces quelques principes,—si toutefois l'on peut encore parler de principes, après la suppression des premiers principes.

 

C'est à leur lumière qu'il faut lire les ouvrages de M. Bergson, où tout s'éclaire, si on ne les perd jamais de vue. Tout, disons-nous, ou plutôt presque tout, car il reste encore un petit nombre de paragraphes dans tels et tels chapitres qui semblent des énigmes mystérieuses ou presque indéchiffrables, même pour les plus vieux professeurs de métaphysique. Mais on peut ouvrir le secret des autres et pénétrer leur synthèse, avec un peu de patience, grâce à cette merveilleuse clé.

 

Nous allons en faire l'expérience, en parcourant ensemble les principaux passages de ces trois volumes. Mais auparavant, une autre remarque générale s'impose. Après avoir parlé du fond, il faut encore parler de la forme dont cette philosophie nouvelle aime à se parer. 


 

Si le lecteur a bien compris combien cette nouvelle métaphysique est au rebours de celle du sens commun, ou, si l'on veut, de celle que M. Bergson lui-même a appelée « la métaphysique naturelle de l'intelligence humaine » [20], il n'aura pas de peine à pressentir que pour la faire accepter de ses lecteurs ou de ses auditeurs, un professeur doit avoir à son service, non seulement un grand talent littéraire, mais encore certains procédés spéciaux, dont il importe de dévoiler les secrets.

 

D'abord, c'est l'usage constant et l'abus de la métaphore et des images qu'un artiste, un poète, comme lui, sait manier avec une adresse et une originalité consommées, dignes du plus séduisant des prestidigitateurs.

 

Nous sommes loin du temps où Aristote proscrivait de tout langage philosophique et s'interdisait sévèrement à lui-même l'emploi de la métaphore, cette « maîtresse d'erreur », comme il l'appelait, cette grande et incomparable magicienne qui sait donner au faux un si grand prestige [21]. La vérité n'en a nul besoin et doit savoir s'en passer. Seule, elle peut montrer son visage à découvert, tandis que le faux a toujours besoin d'une parure étrangère et d'un déguisement pour se faire accepter.

 

Or, si nous assistons aujourd'hui aux cours publics les plus réputés de la nouvelle école, si nous feuilletons ses ouvrages philosophiques à grand succès, nous nous surprenons comme enveloppés par un tourbillon ininterrompu d'images qui rivalisent d'éclat et de charme imprévu. La métaphore a tout envahi, si bien qu'il ne reste plus de place pour la démonstration des thèses. C'est elle qui a remplacé la preuve. On a même érigé en principe que seule elle prouve, en nous donnant l'intuition du réel.

 

« Qu'on ne s'étonne pas, écrit M. Le Roy, de me voir donner plus de métaphores que de raisonnements : la métaphore est le langage naturel de la métaphysique, pour autant que celle-ci consiste en une vivification de l'inexprimable, en une saisie du supra-logique par le dynamisme créateur de l'esprit. » [22]—Eh bien ! Aristote et Platon ont déjà appelé tout cela : σοϕίζεσται.

 

Les exemples abondent. Il suffit d'ouvrir au hasard le volume de l'Evolution créatrice et d'en lire une page pour constater que le culte de la métaphore y est élevé à la hauteur d'un procédé réfléchi d'exposition philosophique.

 

Ici, c'est la comparaison du cinématographe qui fait paraître continus et fluents des instantanés disjoints et immobiles. Là, c'est l'image du kaleïdoscope qui, dans le continu morcelé et fragmenté, met un ordre enchanteur mais illusoire. Ailleurs, ce sont les brillantes fusées du feu d'artifice, qui figurent l'Evolution créatrice s'élevant en pensée étincelante pour retomber en matière, etc.

 

Ce procédé a plusieurs avantages, en outre de la vie et du charme dont, il pare les théories les plus abstruses. D'abord, il joue le rôle d'un prisme qui redresse et met d'aplomb les thèses de sens commun renversées par nos antiintellectualistes, rassurant ainsi les légitimes inquiétudes des auditeurs. 

Expliquons notre pensée : 

Pour nous faire comprendre la formule d'Héraclite : tout passe et rien ne demeure dans un être, en sorte qu'il n'est jamais le même, ni dans sa forme ni dans son fonds,—on emploie la comparaison célèbre du courant d'eau vive ou du fleuve. Or, le fleuve, au contraire, demeure le même dans son être substantiel, son eau restant la même, tant qu'elle coule de la source à l'embouchure. Ainsi, au lieu de nous présenter une image de la mobilité perpétuelle et totale de l'être, on nous offre celle d'un simple voyage, qui est la permanence même de l'être dont la position seule varie. Au lieu de nous offrir un exemple de changement total et perpétuel, on choisit celui de la plus faible et plus superficielle mutation. En sorte que la théorie du mobilisme absolu, qui renversait la raison, se trouve comme redressée et rendue acceptable par le mirage d'une métaphore qui a fait paraître droit ce qui était à l'envers.

 

Autre exemple : Si j'avance que la substance est une notion inutile et périmée ; qu'il y a des modes d'être sans être, des attributs sans sujet, des actions sans agent, il faudra, pour ne pas trop effaroucher mon auditoire, que je lui trouve un équivalent ou un semblant d'équivalent. Pour cela, j'aurai recours à une image. Je dirai, par exemple, qu'il y a sous les phénomènes « un centre de jaillissement » [23], et je répéterai la comparaison du feu d'artifice si familière à M. Bergson ; je comparerai donc l'Evolution créatrice à ces milliers de fusées qui s'élèvent dans les airs en éventail, après être parties d'un centre unique de jaillissement—et mon auditoire, qui, avec son bon sens naturel, a déjà mis un artificier derrière ce centre de jaillissement, acceptera et applaudira la brillante image, très facile à saisir parce qu'elle a naturellement redressé une théorie à rebours et inintelligible.

 

De même, pour expliquer la mémoire que la suppression de la substance permanente ou de l'identité de la personne rendrait absurde—eh ! comment revoir, par exemple, si l'on n'est plus resté le même ?—on supposera que « dans chaque cellule cérébrale, partout où quelque chose vit, il y a ouvert quelque part un registre où le temps s'inscrit » [24].—Mais aux yeux du simple bon sens, qu'est-ce qu' « un registre ouvert », où peuvent s'inscrire le passé, le présent et l'avenir, sinon une chose qui demeure, une substance, où s'enregistrent en passant les phénomènes qui se déroulent et disparaissent ? Interprétée dans son sens naturel, la métaphore fait donc réapparaître aux yeux de tous la substance qu'on croyait disparue, et l'esprit se déclare satisfait. Encore une fois, l'image a joué le rôle du prisme redresseur de la pensée renversée, ou, si l'on préfère ; une autre comparaison, nous dirons que ces images sont des pièces vraies destinées à suggérer une impression fausse, puisqu'elles laissent entendre qu'elles sont l'expression fidèle des théories : ce qui n'est pas. Elles donnent l'illusion que l'auteur respecte précisément ce qu'il condamne.

 

Mais le procédé que nous critiquons ne consiste pas seulement en abus d'images et de métaphores, il y ajoute une terminologie nouvelle, où les liens consacrés par l'usage qui rattachaient les mots aux idées correspondantes sont volontairement disloqués et brisés. On fait même parfois signifier aux mots exactement le contraire du sens universellement reçu.

 

Par exemple, le mot durer, dans toutes les langues, signifie demeurer le même, au moins quant au fonds de son être et malgré des changements accidentels de forme. Or, dans le vocabulaire nouveau, durer signifie ne jamais demeurer le même, en sorte qu'une chose qui cesserait de changer totalement et perpétuellement cesserait par là même de durer [25].

 

De là, un idiome mystérieux et étrange, ou plutôt une multitude d'idiomes, car, dans la nouvelle école, chacun se forge le sien, à son gré, comme pour étourdir le lecteur par des obscurités systématiques et par le flou des idées. On dirait qu'ils ont adopté la devise de Renan : « Le vague est seul vrai », parce qu'il peut seul rendre la fluidité insaisissable et protéiforme de toute chose. Oh ! combien ils sont loin de vouloir mériter l'éloge que Barthélémy Saint-Hilaire adressait à la scolastique, d'être par sa précision et sa clarté « toute française et toute parisienne » [26]. Et ne croyez pas qu'ils cherchent à s'excuser de leur obscurité ; au contraire, ils s'en vantent : « Ce qui est clair n'est plus intéressant, écrit M. Le Roy, puisque c'est ce à propos de quoi tout travail de genèse est achevé.... La philosophie a le droit d'être obscure, elle en a le devoir pour autant qu'elle doit toujours ou s'approfondir ou s'élever.... Le discours est subordonné à l'action et le clair à l'obscur. » [27]

 

Encore une fois, dirons-nous avec Aristote et Platon, cela s'appelle tout simplement σοϕίζεσται [28]. Aussi bien le divin Platon ajoutait-il cette jolie définition du sophiste : « C'est un animal changeant qui ne se laisse pas prendre, comme on dit, d'une seule main ... une espèce bien difficile à saisir. » [29]

 

Cette impression, du reste, ne nous est, pas personnelle, et nous n'avons encore rencontré aucun lecteur des ouvrages de cette, école qui n'en ait facilement convenu. Voici, par exemple, ce qu'écrivait l'un d'eux, philosophe de profession :

 

« Grisé de métaphores, ravi par les mouvements audacieux de sa phrase, comme l'aéronaute téméraire qui s'abandonne avec ivresse aux bonds imprévus de sa nacelle, il (le philosophe bergsonien) croit s'élever vers une réalité plus pure, alors qu'il monte dans les nuages en attendant la chute.... C'est l'image d'une nef délestée, désemparée, qui s'élève, s'abaisse, se précipite, se ralentit, tourbillonne, suivant les méandres les plus fantaisistes et les plus inquiétants, au gré du talent, à la vitesse de l'inspiration, à la merci de la passion ou du sentiment. Le lien qui rattache les mots aux idées a été brisé.... Affranchis des lois de l'usage, comme d'autant de conventions tyranniques, tantôt les mots disloqués se détachent de leur contexte naturel, tantôt ils forment des groupements révolutionnaires ; la plupart du temps ils se soustraient à toute association normale.... Les mots nous apparaissaient chargés de souvenirs et de liens multiples, avec une physionomie caractéristique, accompagnés d'un cortège régulier d'idées, d'images et de sentiments, incorporés enfin et étroitement subordonnés au monde réel. Dans le vocabulaire nouveau, ils se présentent sans aïeux, sans histoire, sans tradition, disposés à tout signifier, comme dans une société anarchique ou jacobine tous les individus sont prêts à remplir toutes les fonctions, sans être préparés à aucune.... Il suffit de saisir une bonne fois le procédé.... On tire ainsi du langage de prestigieux effets, dissociant les alliances d'idées ou de choses apparemment les plus infrangibles, réconciliant les termes les plus opposés, formant d'éblouissantes synthèses, résolvant les problèmes les plus compliqués.... » [30]

 

Si telle est l'impression d'un professionnel de la philosophie, celle des « Philistins », et des plus savants d'entre eux, ne sera que pire. Le rêve de ce grand homme, écrivait M. Le Dantec, serait « d'être plongé dans un in pace parfaitement noir, et de s'y trouver suspendu sans contact avec les parois du cachot. Là, sans être troublé dans sa méditation par la vue, l'audition ou le contact, qui donnent des objets externes une notion fausse ou superficielle, le philosophe, enfin dégagé de toutes les entraves de la nature, vivrait dans sa pensée profonde la vie totale de l'Univers » [31].

 

Cette ironie, un peu lourde, il est vrai, indique bien l'impression de noir parfait que la lecture de M. Bergson a dû laisser à ce savant, ami des méthodes positives et de la clarté.

 

Ainsi, pour l'un, c'est le vertige ; pour l'autre, la nuit noire.... Et cependant, nombreuses sont les âmes simples ou insuffisamment instruites des premiers principes d'une saine philosophie qui se laissent prendre aux prestigieux effets produits par de nouvelles associations de mots et d'images. Noua en avons rencontré, par exemple, qui se pâmaient d'admiration devant le seul titre de l'Evolution créatrice. En apparence, en effet, le mot est heureux et n'a rien de choquant. On y trouve un sujet, un attribut, un verbe sous-entendu, et l'esprit est satisfait : l'Evolution est créatice. Mais si l'on va au delà des mots, jusqu'au fond de la pensée de l'auteur, et si l'on demande : 1º Qui est créateur ?—Personne. C'est l'évolution qui se fait elle-même ; c'est donc une création sans aucun créateur.

 

Si l'on demande en outre : 2° De quoi est-elle créatrice ?—De rien, sinon d'elle-même ! puisqu'il n'y a plus d'être, de chose ! créée, et que tout est devenir, c'est-à-dire évolution pure. En sorte que c'est une création sans aucun créateur et sans aucune chose créée ! [32]—Alors, après cette découverte, tout s'obscurcit et devient incohérent : c'est le chaos des idées pour le simple bon sens. Mais l'étiquette, avec sa brillante métaphore, a su masquer parfaitement l'opposition des idées avec le sens commun. Tant est grande la magie des mots ! Nos farouches contempteurs des idées « cristallisées et mortes », nos iconoclastes de toutes les idoles du langage et de la tradition, sont les premiers à se payer de mots et les seuls à adorer des métaphores !

 

Nous voici donc bien avertis sur les procédés littéraires et méthodiques de notre auteur, ainsi que sur l'esprit et la portée philosophique du nouveau système. Nous pouvons désormais entreprendre l'analyse des écrits de M. Bergson, en commençant par son premier-né, sa fameuse thèse sur la théorie nouvelle du Temps ou de la Durée pure, qui sera comme le leit-motiv de toutes ses autres théories. Nous nous bornerons toutefois aux grandes lignes et à une vue synthétique, évitant de les obscurcir par la critique, d'ailleurs facile, d'innombrables détails. 


 Note.

 

Si la nébulosité systématique de la nouvelle école a des avantages incontestables pour ses auteurs, elle a aussi des inconvénients, car elle permet à l'imagination de chacun de découvrir dans chaque nuée tout ce qui lui plaît, voire même les figures les plus opposées aux intentions de l'inventeur. M. Bergson ne pouvait manquer d'en être la première victime et de s'en plaindre amèrement. Il sera pour le moins curieux et très suggestif d'entendre ses protestations indignées contre les multiples défigurations de sa pensée que se sont permises MM. les professeurs des Lycées, auprès desquels M. Binet avait ouvert une enquête pour connaître l'influence de la philosophie bergsonienne sur leur enseignement. A ce sujet, le lecteur lira avec intérêt l'extrait suivant de la séance de la Société française de Philosophie, qui, le 28 nov. 1907, a mis aux prises M. Binet et M. Bergson. 

« M. BINET.—Ma seconde question s'adresse spécialement à notre savant collègue M. Bergson, que nous avons la bonne fortune de compter aujourd'hui parmi nous. Il a vu (par l'enquête) quelle influence sa philosophie exerce sur l'enseignement secondaire. Il a vu aussi les doutes, les hésitations de certains maîtres, qui avouent très franchement qu'il ne sont pas encore parvenus à trouver la formule d'adaptation de ses idées à l'état d'intelligence de leurs l'élèves. Il me semble bien que M. Bergson doit être intéressé par le renseignement si curieux et si sincère que nos correspondants lui apportent. Nous serions heureux de connaître d'abord, si ce n'est pas indiscret, son impression de séance. Nous souhaitons aussi qu'après réflexion il puisse trouver les indications et les conseils qui aplaniront les difficultés que rencontre la propagation de ses idées. 

« M. BERGSON.—J'avoue ne rien comprendre à certaines observations (des professeurs de lycée) dont M. Binet vient de donner lecture. M. Binet paraît désirer que je m'explique sur les questions qu'elles soulèvent. C'est de lui ou de ses correspondants que je réclame cette explication. Dans les théories qu'ils m'attribuent, je ne reconnais rien de moi, rien que j'aie jamais pensé, enseigné, écrit.... Où, quand, sous quelque forme ai-je dit quelque chose de tout cela ? Qu'on me montre dans ce que j'ai écrit une ligne, un mot, qui puisse s'interpréter de cette manière, etc. » (Bulletin de la Société française de philosophie, numéro de janvier, 1908, p. 20, 21.)


Notes de bas de page

[7] Nous verrons plus loin cette formule appliquée à Dieu lui-même qui serait en train de se faire ! 

[8] Discours au Congrès de Bologne, 10 avril 1911, dans la Revue de Méta. et de Morale, nov. 1911, p. 812.—On voit par là combien exagère le thuriféraire cité plus haut, lorsqu'il nous représente cette philosophie sortie d'un seul jet et toute armée, comme Minerve du cerveau de Jupiter. 

[9] Essai sur les données immédiates de la conscience (1889) ;—(Matière et Mémoire 1896) ;—l'Evolution créatrice (1907, Alcan.) Plusieurs éditions avec de légères variantes dans la pagination. 

[10] Notons dans la Revue de Méta. et de Morale : Le Paralogisme psychophysique, l'Introduction à la Métaphysique et l'Intuition.—Dans la Revue philosophique (1908) : La paramnésie ou fausse reconnaissance.—Deux conférences à Oxford, la Perception du changement (1911), etc. 

[11] BERGSON, les Données immédiates de la conscience, p. 178. Nous citons d'après la deuxième édition. 

[12] BERGSON, l'Evolution créatrice, p. 217. Cf. p. 52, 216, 225, 251, 387, 389. 

[13] Revue philosophique, 1906, vol. LXI, p. 143. 

[14] « Elle (la philosophie) doit nous ramener, par l'analyse des faits et à comparaison des doctrines, aux conclusions du sens commun. » (Bergson, Matière et Mémoire, Avant-propos, p. iii.) 

[15] Le Roy, Revue de Méta. et de Morale, 1901, p. 141, 142.—« Le sens commun nous masque la nature. » (Rev. des Deux Mondes, 1er fév. 1912, p. 558.)—Il ajoute, il est vrai (p. 559) : « Du sens commun le fond est sûr et la forme suspecte ». Mais, pour lui, le fond n'est qu'un commandement pratique : Agis comme si.... Seule la forme a un sens intellectuel et partant suspect. D'où la fameuse question : Qu'est-ce qu'un Dogme ? Réponse : c'est un commandement pratique : Agis comme si ... sans aucun sens intellectuel acceptable.—« La philosophie nouvelle s'ouvre par une analyse critique du sens commun. » (Revue de Méta. et de Morale 1901, p. 407.) C'est la décapitation préalable du sens commun. 

[16] Cf. PLATON, Cratyle, 402 A ; 404 D ; Théat., 152 D ; 160 D. 

[17] Ces premiers principes ont été traités d'hypothèses à succès extraordinaire ! 

[18] De même pour W. James : « Je me suis vu contraint de renoncer à la Logique, carrément, franchement, irrévocablement ! » A Pluralistic Universe (London, 1909). 

[19] Nous donnerons alors citations et références. 

[20] BERGSON, l'Evolution créatrice, p. 352. 

[21] Rappelons sa sentence fameuse : Τοϋτ έστι μυθολογεϊν καί μεταφορας ποιεϊν ποιητικας. 

[22] LE ROY, Revue de Méta. et de Morale, 1901, p. 310. C'est nous qui soulignons. 

[23] BERGSON, l'Evolution créatrice, p. 270. « Toutefois, ajoute-t-il, je ne donne pas ce centre pour une chose, mais pour une continuité de jaillissement. » (Ibid. p. 270.) 

[24] BERGSON, l'Evolution créatrice, p. 17. 

[25] « Exister consiste à changer.... L'état lui-même est déjà du changement.... Si un état d'âme cessait de varier, sa durée cesserait de couler. » (BERGSON, l'Evolution créatrice, p. 1, 2, 3, 8, 251, 260, etc.) 

[26] B. SAINT-HILAIRE, trad. d'Aristote, Logiq. Préf. t. III, p. v. 

[27] Le Roy, Revue de Méta. et de Morale, 1901, p. 304, 305, 306. 

[28] M. Fouillée lui-même ne se gêne plus pour parler de « la renaissance de la sophistique grecque ».—D'autres, encore moins respectueux, rapprochent ce besoin d'obscurité de celui qu'éprouvent les médiums spirites, tels qu'Eusapia qui réclame toujours moins de lumière : Meno luce ! C'est la condition indispensable de leurs succès.—M. Gaudeau l'a fort bien dit : « L'obscurité est précisément le contraire de la profondeur. La profondeur de la pensée, chez un écrivain, doit être une puissance d'éclairement qui nous permet de voir ou même nous force à voir le fond des choses. Or, l'obscurité, d'où qu'elle vienne, est un voile qui s'interpose entre notre regard et le fond des choses, entre nous et la profondeur.... La pensée qui est un regard et qui doit être une lumière, n'est profonde que si elle est claire parfaitement. » (La foi catholique, avril 1910, p. 172.) 

[29] PLATON, Sophiste, p. 191, 300 (Ed. Cousin). 

[30] MOISANT, dans les Etudes du 5 mai 1908. 

[31] Réflexions d'un Philistin, Grande Revue, 10 juill. 1910, p. 16, par M. LE DANTEC. 

[32] « Tout est obscur( !) dans l'idée de création, si l'on pense à des choses qui seraient créées et à une chose qui crée, comme on le fait d'habitude et comme l'entendement ne peut s'empêcher de le faire. » (L'Evolution créatrice, p. 269.)—Une création sans aucun agent qui crée ni sans chose créée est-elle donc plus claire ?... Nous reviendrons plus tard sur cet étrange paradoxe.


Retour au livre de l'auteur: Jacques Bainville, historien Dernière mise à jour de cette page le samedi 7 octobre 2006 12:43
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cegep de Chicoutimi.
 
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