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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Frantz Fanon, PEAU NOIRE. MASQUES BLANCS. (1952)
Préface


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Frantz Fanon, PEAU NOIRE. MASQUES BLANCS. Paris: Les Éditions du Seuil, 1952, 239 pp. Collection: la condition humaine. Une édition numérique réalisée par ma fille cadette, Émilie Tremblay, doctorante en sociologie à l'Université de Montréal.

[7]

Préface


Par Francis Jeanson
[1952]

Né en 1925 à Fort-de-France, docteur en médecine, Frantz Fanon, qui a entrepris de se spécialiser dans l’exercice de la psychiatrie, se trouve, par ailleurs, être un Noir. Naturellement, certaines de ces caractéristiques sont accidentelles, et sans doute aurait-il pu se produire — tout aussi bien  qu’il naquît jaune ou blanc, à Tchoung-King ou à Cherbourg, un peu plus tard ou un peu plus tôt. Mais enfin c’est ainsi : Fanon a vingt-sept ans, il est Martiniquais et il a la peau noire. Et si j’insiste en particulier sur ce dernier point, c’est qu’il constitue justement le thème de son livre... « Quoi ! sa propre noirceur ? » Oui : son expérience d’homme noir plongé dans un monde blanc.

Mais les bons esprits voient d’un mauvais œil ces sortes de descriptions concrètes, qui touchent à la chair même des consciences et compromettent le sang-froid des idées dans la trouble épaisseur du vécu. On imagine ici quelques-unes de leurs protestations. « Qu’importe, diront-ils, que votre auteur soit lui-même noir ou blanc ? Ces questions, désormais, peuvent être posées par n’importe qui. Le problème noir, d’ailleurs, est un problème blanc : sa solution aussi est blanche. Sans doute les protestations des Noirs n’en sont-elles pas moins émouvantes, mais elles ne peuvent plus rien nous apprendre... Et c’est bien tout de même à la science occidentale qu’on doit la véritable dénonciation objective du mythe raciste ! Quel honnête homme, au reste, pourrait encore ignorer qu’on ne conclut pas d’une différence de pigmentation à une différence de valeur humaine, et que la couleur de la peau ne révèle rien sur les ressources de la conscience ? L’UNESCO, justetent, [8] diffuse à ce sujet de très remarquables brochures, où les plus grands savants et ethnologues démontrent de la façon la plus irréfutable... » Bon. Mais Fanon les a lues... Et s’il vous dit que malgré tout ça compte, pour lui, d’avoir la peau noire, et que ce fait — en lui-même privé de sens — retombe cependant sur lui, comme sur ses frères noirs, chargé d’une très lourde et insupportable signification ? « Ainsi, ce docteur en médecine, ce psychiatre, trébucherait sur un simple préjugé ? Sa culture et son titre ne lui prouvent-ils pas assez qu’il est maintenant un homme comme nous, et qu’il n’y a plus pour lui de monde « blanc », puisque ce monde est devenu le sien ? N’est-il pas désormais, quant à l’essentiel, un Blanc parmi les Blancs ? »

Bien sûr, bien sûr... Mais, au fait, pourquoi ne voulez-vous point qu’il soit noir ? Pourquoi tenez-vous tellement à omettre ce détail ? Ne serait-ce pas que, d’une certaine façon, vous en demeurez gêné pour lui ? Vous pensez qu’il devrait lui-même faire abstraction de sa couleur : donner l’exemple, en quelque sorte... Mais peut-être a-t-il précisément tenté d’y parvenir ! Et si le monde, alors, pour prix de son audace, l’a rejeté, condamné à sa noirceur, identifié à elle au point de le séparer presque de lui-même et de le réduire à pousser jusqu’au bout, sans espoir, cette séparation ? On aurait tort, je crois, de se méprendre sur la façon discrète dont il évoque ce moment de sa vie : « Il y a trois ans que ce livre aurait dû être écrit... Mais alors les vérités nous brûlaient. Aujourd’hui, elles peuvent être dites sans fièvre. » Voici d’ailleurs le cruel itinéraire de son expérience vécue :


... Et puis il nous fut donné d’affronter le regard blanc...

« Tiens, un nègre ! » C’était vrai. Je m’amusai.

« Tiens, un nègre ! » Le cercle peu à peu se resserrait. Je m’amusai ouvertement.

« Maman, regarde le nègre, j’ai peur ! » Peur ! Peur ! Voilà qu’on se mettait à me craindre. Je voulus m’amuser jusqu’à m’étouffer, mais cela m’était devenu impossible.

Je ne pouvais plus, car je savais déjà qu’existaient des légendes, des histoires, l’histoire...

... Je promenai sur moi un regard objectif, découvris ma noirceur, mes caractères ethniques, — et me défoncèrent [9] le tympan, l’anthropophagie, l’arriération mentale, le fétichisme, les tares raciales, les négriers, et surtout, et surtout : « Y a bon banania »...

... Qu’était-ce pour moi, sinon un décollement, un arrachement, une hémorragie qui caillait du sang noir sur tout mon corps ?


On l’aura noté : ce n’est encore ici que la première phase, la première « station », mais déjà le Noir s’est vu délogé de son précaire équilibre. Déjà, l’on a requis de lui plus que le simple assentiment à ce fait brutal, et plus que le simple constat de sa traduction en langage blanc : « Tiens, un nègre ! »... Il était un « nègre », et il l’admettait. « C’était vrai », dit-il. Oui, seulement ça ne suffisait pas, et l’on attendait de lui davantage encore. Bien sûr, c’était « vrai » ! Mais il fallait en plus qu’il reconnût que c’était mal. Il fallait qu’il en fît l’aveu : il avait tort d’être noir ; aux lumières du monde, ce fait devenait une malédiction, ce « donné » un destin, cette noirceur contingente une tare essentielle.

Allait-il se laisser condamner, paralyser, réduire à son être-noir — simple objet, mais coupable pourtant d’être cet objet ? « Je voulais tout simplement être un homme parmi d’autres hommes... être homme, rien qu’homme. D’aucuns me reliaient aux ancêtres miens, esclavagisés, lynchés : je décidai d’assumer... J’étais petit-fils d’esclaves au même titre que le président Lebrun l’était de paysans corvéables et taillables. Au fond, l’alerte se dissipait rapidement. » Pas pour longtemps... Responsable ? Quelle prétention ! Non, le Noir est et demeure coupable : coupable de n’être pas blanc. Et peut-être, ici ou là, le lui pardonne-t-on, mais le malheur est que justement on ne cesse pas de le lui pardonner, — ce qui montre bien qu’il est indéfiniment coupable : en faute, en défaut, et, dans tous les cas, marqué à jamais.

Quand on m’aime, on me dit que c’est malgré ma couleur. Quand on me déteste, on ajoute que ce n’est pas à cause de ma couleur...


— Regarde, il est beau ce nègre...

— Voyez-vous, monsieur, je suis l’un des plus négrophiles de Lyon...

... Le linge du nègre sent le nègre — les dents du nègre [10] sont blanches — les pieds du nègre sont grands — la large poitrine du nègre...

« Nous avons un professeur d’histoire sénégalais. Il est très intelligent... Notre médecin est un Noir. Il est très doux... »

... Je sens, je vois dans ces regards blancs que ce n’est pas un nouvel homme qui entre, mais un nouveau type d’homme, un nouveau genre. Un nègre, quoi !


Prisonnier de ce cercle infernal, si le Noir se révolte au nom de la raison et de la science, il se heurte à l’irrationnel, à la passion et peut-être à la haine. « Je réclamai, j’exigeai des explications. Doucement, comme on parle à un enfant, on me révéla l’existence d’une certaine opinion qu’adoptaient certaines personnes, mais, ajoutait-on, « il fallait en espérer la rapide disparition ». Qu’était-ce ? Le préjugé de couleur... Je voulus rationaliser le monde, montrer au Blanc qu’il était dans l’erreur... Les scientifiques, après beaucoup de réticences, avaient admis que le nègre était un être humain ; in vivo et in vitro le nègre s’était révélé analogue au Blanc : même morphologie, même histologie. La raison s’assurait la victoire sur tous les plans... Mais je dus déchanter...

Car les victoires de la raison ne résolvent pas les problèmes d’existence. Certes, le nègre, rationnellement, est devenu un homme ; le nègre idéal est un être humain. Mais le nègre réel est demeuré, avec sa peau noire, parmi des Blancs réels... Et les problèmes — résolus par la science blanche — n’ont pas cessé de se poser à vif, en pleine chair nègre.

« Ne seront-ils donc jamais contents ? Quoi qu’on fasse pour eux, et quoi qu’on leur dise, ils le prennent toujours en mauvaise part ! Si vous les aimez, ils croient que vous avez pitié d’eux parce qu’ils sont noirs ; si vous leur faites un reproche, c’est encore à leur noirceur que vous aurez l’air de vous en prendre... Et les plus exigeants sont toujours les plus évolués, ceux qui partagent notre vie et participent à toutes nos activités, ceux précisément à qui nous avons déjà tout accordé ! À tout moment, même quand nous n’y pensons plus, ce sont eux qui nous rappellent qu’ils sont noirs, — comme s’ils voulaient nous en [11] faire porter la faute. Bientôt, c’est nous qui serons les coupables ! »

Un comble, évidemment.

Et je crois bien, en effet, qu’il y a dans le livre de Fanon quelque obstination intolérable aux esprits distingués, une véhémence fort propre à dresser contre lui (outre la très banale espèce des trafiquants du racisme) le front commun des hommes de bon sens, des honnêtes gens, des spiritualistes, des rationalistes, des idéologues objectifs, dialecticiens brevetés, instructeurs diplômés, responsables au recrutement, fonctionnaires de l’Histoire et autres belles âmes, — tous installés dans leur rôle, bien calés dans leur personnage, sachant ce qui doit être su, détenant les vraies réponses, assurés enfin contre l’incertitude du présent par leur fixation au Passé, leurs relations avec l’Éternel, ou leur connaissance de l’Avenir...

Il faut, dit Fanon, lâcher l’homme. Une telle formule, on le voit bien, ne peut qu’être absolument subversive. Si c’est une réclamation, elle manifeste une ignorance totale des usages administratifs, puisqu’on ne pourrait même jamais savoir, l’ayant par distraction prise au sérieux, à quel moment on la devrait tenir pour satisfaite. Et si c’est un mot d’ordre, il est clair que seul en peut surgir le désordre le plus radical : car il ne repose sur aucune doctrine, sur aucune science, il défie toute juridiction, conteste toute autorité, ne détermine aucun programme et ne se prête à aucune planification. En un mot, cette formule révèle chez son auteur une déplorable tendance à l’anarchisme, — dont ne sauraient s’accommoder ni les réactionnaires-en-place, ni les révolutionnaires-à-l’alignement, ni les satisfaits-de-peu, ni les profiteurs-de-n’importe-quoi. Osons le dire, enfin : en s’exprimant de la sorte, Fanon présente une exigence qui n’est pas « présentable », une exigence qui n’a pas pris le temps de s’habiller, de se farder ni de se donner une contenance pour venir figurer dans le monde. Une exigence toute nue, brute, et qui se refuse à jouer le jeu, — quelque jeu que ce soit. Un scandale.

Pas « sortable », inconvenante, inadaptée, presque indicible, non-objectivable, telle est la revendication maîtresse qui parcourt d’un ample et constant frémissement les [12] pages qu’on va lire. De là, très souvent, ce surgissement brutal, inattendu, d’un mode d’expression quasi poétique, et qui va du cri le plus spontané, si quelque image ou quelque mot vient raviver les brûlures anciennes, jusqu’à la tentative consciente pour atteindre le lecteur malgré tous ses systèmes défensifs, au défaut de chacune de ses cuirasses pour lui communiquer en deçà des idées la plus incommunicable part d’une expérience qui ne sera jamais la sienne.

Ayant un jour écrit à Fanon afin d’obtenir quelques précisions sur un passage qui, dans son texte, m’avait semblé un peu obscur, je m’aperçus en lisant sa réponse, fort détaillée, que le passage en question me l’avait déjà totalement fournie, comme en contrebande, — bien qu’il fût en effet obscur si, refusant de s’abandonner à son mouvement, on commettait l’erreur d’y chercher un système de concepts. À la suite de son explication, d’ailleurs, Fanon ajoutait lui-même : « Cette phrase est inexplicable. Je cherche, quand j’écris de telles choses, à toucher affectivement mon lecteur... c’est-à-dire irrationnellement, presque sensuellement. » Plus loin, il avouait aussi combien il est lui-même sensible à la magie des mots, et quelle sorte de ressource ultime constitue pour lui le langage, une fois libéré de ses conventions et de cette exsangue sagesse qui est besoin de se tranquilliser, terreur de se trouver soudain face à face avec soi-même : « Les mots ont pour moi une charge. Je me sens incapable d’échapper à la morsure d’un mot, au vertige d’un point d’interrogation. » Faisant allusion à Césaire, il souhaitait également pouvoir « couler, comme lui, s’il le fallait, sous la lave ahurissante des mots couleur de chair trépidante ».

C’est que la parole — créatrice d’équivoques, dissimulatrice, mystificatrice, et d’autant plus, sans doute, qu’elle prétend à une plus parfaite transparence — peut aussi devenir un moyen de provoquer autrui et de se provoquer soi-même à d’authentiques surgissements. L’expérience vécue par le Noir est une expérience-limite ; s’il tente de la ressaisir pour en dégager le sens, il lui faut avant tout en reproduire, d’une manière ou d’une autre, la phase de désintégration : passage par le néant, descente aux véritables [14] Enfers. Ainsi arrive-t-il que Fanon jette soudain au cœur d’une idée, en plein milieu d’une argumentation, cette charge des mots, cette dynamite qui se révèle en eux dès qu’ils ne sont plus neutralisés par leur sage enrôlement dans un discours suivi. À ces moments où il fait exploser le contexte, Fanon désorganise d’un coup nos assurances intellectuelles et reproduit en nous, magiquement, l’explosion même à laquelle il fut soumis pour s’être trop brutalement cogné à l’absurde, télescopé aux limites de la condition humaine. Ainsi, parvient-il assez fréquemment à nous faire quitter l’étage réflexif, à nous précipiter de cette hauteur illusoire d’où nous pensions être en mesure de considérer la question, de nous « pencher » sur le cas du Noir : nous voici alors contraints d’aborder l’expérience d’un homme au niveau même où elle est effectivement vécue et soufferte avant d’être objective, désincarnée, stérilisée.

Cela ne signifie point que Fanon se cantonne dans la pure subjectivité. Il n’imagine aucunement que tout se passe « à l’intérieur » et qu’un simple malentendu, un simple défaut de compréhension entre Blancs et Noirs, constitue la racine de ce Mal d’être un Noir. Cette question est même assez importante à ses yeux pour que soient centrées sur elle la plupart des critiques qu’il adresse à l’ouvrage de Mannoni, Psychologie de la colonisation. Ces critiques, d’ailleurs, ne me semblent pas absolument décisives, dans la mesure où elles considèrent la thèse soutenue par l’auteur comme une explication totale, — alors que cette thèse se donne elle-même pour une description relative et partielle, visant à éclairer la question sous un angle inusité. Mais, quoi qu’il en soit de leur portée immédiate, les remarques formulées par Fanon à cette occasion sont précieuses dans la mesure où elles permettent de rejeter toute interprétation subjectiviste de son attitude. « Les conséquences de (l’)irruption européenne à Madagascar, écrit-il, ne sont pas seulement psychologiques, puisque, tout le monde l’a dit, il y a des rapports internes entre la conscience et le contexte social. » — Étudiant sur le plan psychanalytique le cas d’un malade nègre qui rêve qu’il devient blanc, il conclut que ce rêve réalise un désir [14] inconscient, dont on doit libérer le malade pour lui éviter une dissolution de sa structure psychique ; mais il ajoute aussitôt que « si ce nègre se trouve à ce point submergé par le désir d’être blanc, c’est qu’il vit dans une société qui rend possible son complexe d’infériorité, dans une société qui tire sa consistance du maintien de ce complexe, dans une société qui affirme la supériorité d’une race ; c’est dans l’exacte mesure où cette société lui fait des difficultés, qu’il se trouve placé dans une situation névrotique. Ce qui apparaît alors, c’est la nécessité d’une action couplée sur l’individu et sur le groupe. En tant que psychanalyste, je dois aider mon client à « conscienciser » son inconscient, à ne plus tenter une lactification hallucinatoire, mais bien à agir dans le sens d’un changement des structures sociales ». Un peu plus loin, il observe qu’ « à certains moments le « socius » est plus important que l’homme », et cite un passage de Psychologie, marxisme, matérialisme, où Pierre Naville énonce que « ce sont les conditions économiques et sociales des luttes de classe qui expliquent et déterminent les conditions réelles dans lesquelles s’exprime la sexualité individuelle ».

L’attitude de Frantz Fanon n’est donc pas subjectiviste. Elle n’est pas davantage anarchiste ou « révoltée ». C’est une attitude révolutionnaire, et dont le rapport à l’actuelle orthodoxie semble devoir impliquer non point un état de rupture et d’hostilité mais la plus féconde des tensions. Bien sûr, il n’est pas très orthodoxe, après avoir rejeté tout idéalisme, — « Nous ne poussons pas la naïveté jusqu’à croire que les appels à la raison ou au respect de l’homme puissent changer le réel. Pour le nègre qui travaille dans les plantations de canne du Robert, il n’y a qu’une solution : la lutte... », — de préciser aussitôt : « ... Cette lutte, il l’entreprendra non pas après une analyse marxiste ou idéaliste, mais parce que, tout simplement, il ne pourra concevoir son existence que sous les espèces d’un combat mené contre l’exploitation, la misère et la faim. » Et peut-être y a-t-il quelque hérésie à estimer que « seule une interprétation psychanalytique du problème noir peut révéler » la morbidité psychique et les anomalies affectives qui enferment le Blanc dans sa blancheur, le Noir dans sa noirceur, et les rendent l’un [15] comme l’autre incapable de tout passage à l’universel.

Et cependant... De quoi s’agit-il donc pour lui, sinon justement d’aboutir à cette même société, sans distinctions de classes ni de races, que la conscience communiste se propose comme but suprême dans son entreprise révolutionnaire ? En pareil cas, il est vrai, les communistes — qui ont d’assez bonnes raisons de se montrer sceptiques — peuvent aisément protester qu’il ne suffit pas d’invoquer ce but, et d’en rêver, comme n’importe qui est en mesure de le faire. Mais, d’abord, il n’est pas du tout sûr, précisément, que n’importe qui soit en mesure de le faire : à vrai dire, on serait même tenté de tenir le contraire pour une évidence, — et pas seulement en milieu blanc, et pas seulement en milieu bourgeois. Or, s’il est manifeste que les rêves des hommes ne suffisent pas à transformer le monde, sans doute serait-il malgré tout préférable que ces rêves fussent à tendance humaine plutôt qu’inhumaine. En d’autres termes, sans doute serait-il préférable que toutes les consciences noires, par exemple, conçoivent et désirent l’établissement d’un rapport de reconnaissance entre elles et les consciences blanches : bien qu’un tel désir soit par lui-même incapable de détruire les structures objectives d’oppression et d’exploitation, du moins mettrait-il ces consciences en meilleure posture pour contribuer tôt ou tard, de façon valable, à cette destruction.

« Le Noir, constate Fanon, n’est pas un homme... le Noir est un homme noir » ; dans de trop nombreux cas, en effet, il s’est laissé prendre au piège, il a implicitement admis la valorisation des différences de fait et l’essentielle blessure qu’elle maintient au cœur de ce monde. C’est alors qu’il adopte une attitude tout entière négative, — soit qu’il mette son ambition à devenir blanc, soit qu’il s’efforce au contraire d’exalter sa « négritude » et de démontrer, dans le refus total de la civilisation blanche, la suprématie des valeurs noires. Ces deux voies sont également sans issue. Mais il n’est pas indifférent de distinguer pour chacune les raisons particulières qui font d’elle une impasse.

Nier sa noirceur, ou tout au moins en faire abstraction, la mettre entre parenthèses, est pour le Noir, dans le [16] monde actuel, une entreprise insensée. Car il ne peut oublier sa noirceur qu’au prix d’ignorer que les autres la voient et qu’elle est encore pour beaucoup d’entre eux le signe d’une infériorité, d’un mal, de quelque indéfinissable défaut d’humanité : et comment y parviendrait-il sans fausser radicalement son rapport à autrui, sans avoir à réfugier dans la plus dérisoire abstraction sa propre présence à lui-même, sans condamner toute son existence au porte-à-faux, au refoulement, à la fuite ? Ce cas est, à vrai dire, celui du Noir vivant en milieu blanc : pour lui, note Fanon, « l’aliénation est de nature presque intellectuelle. C’est en tant qu’il conçoit la culture européenne comme moyen de se déprendre de sa race, qu’il se pose comme aliéné ». Mais la tentative devient cette fois tout à fait impensable dans le cas du nègre qui travaille à la construction du port d’Abidjan. L’aliénation, ici, n’est certes pas du tout intellectuelle : d’ordre essentiellement économique, la violence qui est faite à ce nègre se trouve de surcroît garantie par la constante éventualité d’une violence policière. Il est donc bien vrai que la lutte constitue son unique recours, et que cette lutte, menée contre tout un système d’exploitation et contre tout un appareil de répression, n’a aucune chance d’aboutir si elle n’est largement collective. Or, comment le deviendrait-elle, sinon par la prise de conscience d’un destin commun : celui d’un groupe d’hommes si commodément désignables par la couleur de leur peau, et qui sont exploités par le Blanc dans le cadre de la colonisation, à titre de Noirs, en tant que race « inférieure » ? En d’autres termes, la prise de conscience de l’aliénation économique se confond ici plus ou moins, dans la phase actuelle, avec une prise de conscience de l’aliénation raciale ; la lutte libératrice implique pour le travailleur noir des pays colonisés la conscience de son être-nègre. Seuls, par suite, des Noirs privilégiés peuvent, en se ralliant aux oppresseurs de leurs frères, tenter de se prendre eux-mêmes pour des Blancs : mais il est clair que leur cas s’identifie dès lors à celui du Noir vivant en milieu blanc, et que leur tentative est d’emblée promise à la même sorte d’échec.

L’exaltation de la négritude, à l’inverse, ne semble pas devoir conduire à de meilleurs résultats. Et Fanon se [17] montre assez impitoyable pour les Noirs qui, esclaves de leur passé d’esclaves, ne pensent pas pouvoir se libérer autrement qu’en se perdant à la recherche d’un plus ancien passé : un passé de grandeur, qui leur appartiendrait en propre ; une véritable civilisation nègre, comparable ou supérieure aux civilisations blanches. Le Noir, dit-il, croit avoir « un passé à valoriser, une revanche à prendre ; en face du Noir, le Blanc contemporain ressent la nécessité de rappeler la période anthropophagique... Je suis un homme, et c’est tout le passé du monde que j’ai à reprendre. En aucune façon je ne dois tirer du passé des peuples de couleur ma vocation originelle. En aucune façon je ne dois m’attacher à faire revivre une civilisation nègre injustement méconnue... Je ne veux pas chanter le passé aux dépens de mon présent et de mon avenir... Je ne veux pas être victime de la Ruse d’un monde noir. Ma vie ne doit pas être consacrée à faire le bilan des valeurs nègres... »

Il y a eu, dans l’expérience de Fanon, un moment — dont son livre rend compte — au cours duquel cette « culture » de la négritude lui apparut cependant comme l’unique solution qui lui restât possible. Il a subi, lui aussi, le vertige du « grand trou noir ». Et il en a quelque peu voulu à Sartre de l’avoir désillusionné en lui faisant apparaître la négritude, dans Orphée noir, comme un « passage », un « moyen », un « moment négatif », « le temps faible d’une progression dialectique », un « mythe », « un absolu qui se sait transitoire » : n’était-ce pas, justement, retirer au Noir toute possibilité d’y recourir ? Lorsque Sartre écrivait : « ce moment négatif [posé comme valeur antithétique contre l’affirmation de la suprématie blanche] n’a pas de suffisance par lui-même, et les Noirs qui en usent le savent fort bien ; ils savent qu’il vise à préparer la synthèse ou réalisation de l’humain dans une société sans races... », — ne se débarrassait-il pas un peu légèrement des questions qu’il venait lui-même de se poser, une page plus haut : « Est-ce une conquête de la réflexion ? Ou si la réflexion l’empoisonne ? Si elle n’est jamais authentique que dans l’irréfléchi et dans l’immédiat ? » C’est, en tout cas, le reproche que Fanon lui adressait alors, avec une insistance émouvante : Sartre avait oublié [18] que la négativité dialectique, ruse de l’Esprit pour parvenir à soi, doit être historiquement vécue en tant que positivité par les consciences individuelles. Dès lors que le Noir cessait de croire à la négritude comme à un absolu, dès lors qu’elle devenait à ses yeux relative et transitoire, dès lors enfin qu’elle se présentait à sa réflexion comme une ruse, il ne pouvait plus se perdre en elle, se faire posséder par elle, elle lui devenait inaccessible, étrangère et peut-être hostile.

Car la recherche de la négritude, c’est en quelque façon, pour le Noir, la tentative de faire l’amour avec sa race. « J’avais besoin de me perdre dans la négritude absolument... » Et Fanon se plaint d’avoir été, « au paroxysme du vécu et de la fureur, expulsé »... de lui-même : ce qui n’est pas sans évoquer l’espèce de traumatisme et le sentiment de mutilation que peut éprouver l’homme, de façon plus ou moins vive, avec une conscience plus ou moins claire, à l’issue de son union charnelle avec la femme, — lorsqu’il lui faut sans transition réassumer sa solitude subjective et son autonomie corporelle, et qu’il se découvre soudain frustré, chassé, exposé aux rigueurs du monde, jeté à vif à quelque châtiment...

En réalité, Fanon n’avait pas été expulsé de lui-même, mais renvoyé, rendu à lui-même. Expulsé, il ne l’avait été que d’un rêve, — celui d’une irréalisable communion, d’une sorte d’annihilation de soi que ses propres exigences et son entraînement réflexif le condamnaient d’avance à tenir pour fictive. Tel était le véritable sens de sa protestation : il avait cru pouvoir fuir et se fuir, oublier le monde réel, s’oublier lui-même, s’abandonner dans une extase mystique, — mais voici qu’on le réveillait, qu’on lui rappelait ce que déjà lui-même il savait bien, voici qu’on le contraignait de nouveau à exister dans ce monde, à en affronter les tensions, à s’y frayer, parmi tant d’embûches et de pièges, un chemin de liberté. « Pas encore blanc, plus tout à fait noir, j’étais un damné... » Damné, certes pas : mais condamné — oui, sans doute — à demeurer conscient de soi, présent à soi, présent aux autres, au centre même de son drame et du leur.

« Mais on a oublié, ajoutait Fanon dans un dernier sursaut de révolte, la constance de mon amour. » Non, on ne [19] l’avait pas oubliée, et Sartre moins que tout autre : « La négritude n’est pas un état, elle est pur dépassement d’elle-même, elle est amour. C’est au moment où elle se renonce qu’elle se trouve ; c’est au moment où elle accepte de perdre qu’elle a gagné : à l’homme de couleur et à lui seul il peut être demandé de renoncer à la fierté de sa couleur. »

Fanon, d’ailleurs, — passé le moment de la pire détresse, — ne tarda pas à comprendre que cet amour lui-même n’est rien s’il n’est un amour militant, soucieux de se réaliser dans le monde, et qu’il ne peut s’incarner de la sorte qu’au prix de se faire toujours plus conscient de ses propres ressources et des conditions effectives de la lutte. Or ce qu’il y a peut-être de plus remarquable dans ce livre, c’est justement le soin mis par l’auteur à n’y point trahir la réalité humaine, à ne lui infliger aucune mutilation, à lui maintenir sa valeur de totalité, — quels que soient les points de vue particuliers qu’il faut bien tour à tour qu’elle adopte sur elle-même pour parvenir à se connaître. « L’analyse que nous entreprenons est psychologique. Il demeure toutefois évident que, pour nous, la véritable désaliénation du Noir implique une prise de conscience abrupte des réalités économiques et sociales... L’aliénation du Noir n’est pas une question individuelle. A côté de la phylogénie et de l’ontogénie, il y a la sociogénie... Disons qu’il s’agit ici d’un sociodiagnostic... La réalité, pour une fois, réclame une compréhension totale. » D’où cette conclusion d’ordre pratique : « Sur le plan objectif comme sur le plan subjectif, une solution doit être apportée... Le Noir doit mener la lutte sur les deux plans : attendu que, historiquement, ils se conditionnent, toute libération unilatérale est imparfaite, et la pire erreur serait de croire en leur dépendance mécanique. »

Pourquoi dès lors Fanon a-t-il choisi de mettre l’accent, tout au long de son livre, sur l’aspect psychologique du problème ? Il me semble découvrir à ce choix une assez profonde et complexe raison, — que je veux tenter de dégager en terminant.

Dès la seconde page, on trouve cette importante notation : « Nous ne tendons à rien de moins qu’à libérer [20] l’homme de couleur de lui-même. » Ainsi Fanon nous suggère-t-il d’emblée que le Noir s’aliène dans le temps même où il est aliéné : selon l’expression de Sartre, « à moitié victime, à moitié complice, comme tout le monde », — il s’établit, « à la faveur d’une série d’aberrations affectives, au sein d’un univers d’où il faudra bien le sortir ». Autrement dit, si les structures sociales créent les conditions de la névrose, elles ne suffisent à expliquer ni son apparition ni son mode de développement : « Le destin du névrosé demeure entre ses mains. » Fanon vise donc à la destruction d’un « complexus psycho-existentiel » : « Cet ouvrage est une étude clinique. Ceux qui s’y reconnaîtront auront, je crois, avancé d’un pas. Je veux vraiment amener mon frère, Noir ou Blanc, à secouer le plus énergiquement la lamentable livrée édifiée par des siècles d’incompréhension. »

Or il semble assez normal de craindre que l’individu névrosé ne constitue un mauvais appoint pour une entreprise collective de libération, et qu’il ne soit chimérique de prétendre édifier un monde humain avec des hommes perpétuellement en fuite vis-à-vis d’eux-mêmes : pour entreprendre de se libérer, il faut déjà, d’une certaine manière, être libre. Chez le « sauvage de la brousse », collectivement et anonymement exploité, cette liberté première demeure en général intacte : les rapports avec le Blanc étant nuls ou très rudimentaires, elle n’a pas été réduite à se renier, elle est seulement assoupie. Mais chez le Noir qui vit en milieu blanc, il est fréquent qu’elle s’emploie contre elle-même et cause sa propre impuissance, en se précipitant par désespoir dans les plus impraticables bourbiers. « J’ai constamment essayé de révéler au Noir qu’en un sens il s’anormalise... Avant de s’engager dans la voie positive, il y a pour la liberté un effort de désaliénation. »

Je ne crois pas cependant que le souci principal de Fanon, lorsqu’il propose au Noir de devenir un homme psychiquement « sain », « normal », équilibré, soit d’alimenter les forces révolutionnaires en combattants de la meilleure qualité possible. Et s’il lui importe tant que la conscience de leur aliénation objective n’entraîne pas chez ses frères de couleur le sacrifice de leurs exigences et de [21] leurs ressources humaines, c’est avant tout, me semble-t-il, parce qu’il aime trop profondément les hommes pour se sentir apaisé par les certitudes que lui propose, quant à l’avenir, l’optimisme d’une philosophie marxiste de l’histoire. Je ne dis point que Fanon se moque de l’avenir : la structure temporelle de l’existence est bien trop fondamentale pour lui. « L’architecture du présent travail se situe dans la temporalité. Tout problème humain demande à être considéré à partir du temps. » Mais si la liberté consiste à ne pas se faire victime du passé afin de pouvoir construire un avenir, c’est dans le présent seul que cette liberté peut s’exercer, et cet avenir risque de perdre toute signification réelle dès qu’il cesse d’être à l’échelle d’une existence humaine : « ... Cet avenir n’est pas celui du cosmos, mais bien celui de mon siècle, de mon pays, de mon existence. En aucune façon, je ne dois me proposer de préparer le monde qui suivra. J’appartiens irréductiblement à mon époque. Et c’est pour elle que je dois vivre. »

Car l’homme, ce n’est jamais l’Homme, l’histoire, ce n’est jamais l’Histoire : je puis former ces deux grands concepts, mais non pas oublier qu’ils désignent tous deux une limite inaccessible, et qu’il serait absurde, au nom même de l’idéal qu’on se propose, d’en différer toujours, d’en rejeter à jamais toute réalisation partielle. La postulation d’un salut futur des sociétés humaines n’apporte aucun remède aux malheurs des hommes de ce temps. Que l’humanité doive un jour parvenir à se réaliser, c’est une piètre consolation pour celui qui crève, aujourd’hui, de ce qu’elle n’y est point encore parvenue ; le salut éternel que peut lui offrir la foi le concerne après tout bien davantage : car la foi lui assure l’éternité, mais ce triomphe purement terrestre ne sera jamais pour lui. L’homme qu’il s’agit de sauver, ce n’est pas cette abstraction de nulle époque, dont on livre volontiers le destin à l’accomplissement d’une dialectique indéfinie : c’est ce nègre arraché à son village, traité comme un forçat, battu et méprisé ; c’est ce jeune gynécologue noir incapable d’exercer sa profession pour avoir un jour, à l’hôpital, reçu en pleine chair cette exclamation d’une consultante [22] blanche : « S’il me touche, je le gifle. Avec eux, on ne sait jamais... » ; c’est ce tirailleur sénégalais contraint de se battre au Viet-Nam dans un conflit qui lui demeure étranger ; c’est ce détenu politique malgache ; ce sont toutes ces existences actuellement en question, et dont chacune est unique, irremplaçable, vécue sans espoir de retour...

C’est Pour eux que parle Fanon, pour tous ses frères réels, pour toutes ses sœurs vivantes, — comme pour tous ceux qui, les méconnaissant et contestant leur appartenance à l’humanité, du même coup se méconnaissent et s’excluent eux aussi de l’humain. En est-il moins révolutionnaire ? J’avouerai qu’il me paraît l’être, au contraire, d’autant plus véritablement. Ecoutez-le : « Moi, l’homme de couleur, je ne veux qu’une chose : que cesse à jamais l’asservissement de l’homme par l’homme. C’est-à-dire de moi par un autre... » Il n’ignore point que la lutte doit aussi être collective, il en désigne expressément la fin dernière : mais ce terme irréel n’a pas cessé pour lui d’être un thème vivant, et Fanon avoue — il proclame — que sa propre existence est en jeu en même temps que celle de ses contemporains. Sa revendication en faveur de l’humain est d’emblée totale, parce qu’elle le concerne lui-même autant qu’elle concerne les autres, et parce qu’il n’a, comme tous les autres, que cette vie pour se rejoindre ou pour se perdre. Supprimez cette protestation absolue au cœur du révolutionnaire, supprimez en lui cette exigence totale et totalement irréductible à l’Histoire, ce déraisonnable besoin d’une réussite immédiate, ici et maintenant, — et vous ne tiendrez plus qu’un dérisoire mannequin, vainement agité par une cause dont on a égaré le sens.

L’entreprise révolutionnaire n’atteindra peut-être jamais son but, mais la seule chance qu’elle ait de tendre réellement vers lui réside dans ces hommes trop impatients pour se contenter du rythme de l’Histoire, trop exigeants pour admettre qu’il n’y ait rien d’autre à faire dans ce monde — par hasard le leur — que d’y préparer, dans la résignation à leur propre échec, le triomphe de quelque lointaine humanité. Si la reconnaissance réciproque des consciences est le véritable but, c’est tout de suite qu’elle doit être tentée, c’est dans le cours même de la lutte pour [23] édifier les structures qui lui seront le plus favorables, et si grande soit la résistance que lui opposent les structures actuelles. Sans cette impatience, la lutte se dégrade en vaine rhétorique, et chaque génération se sacrifie pour rien, — ayant cessé d’éprouver en elle-même l’appel de cette liberté qu’elle prétend élaborer pour les générations suivantes.

Ainsi la démarche de Fanon est-elle d’un homme qui sait que le terme de sa route est à la fois très loin, de l’autre côté du monde, à l’autre bout du temps, et tout près de lui, comme indiscernable de lui-même. Ainsi a-t-il entrepris de nous affronter, Noirs ou Blancs, à la simple générosité d’une conscience qui se refuse à toute haine et ne s’en prend qu’aux ténèbres de l’âme : « Il faudra bien que le soleil que je transhume éclaire les moindres recoins... Celui qui cherchera dans mes yeux autre chose qu’une interrogation perpétuelle devra perdre la vue... »

Comment ne pas reconnaître dans cette ardente et tenace et capitale interrogation, à travers toutes ces pages bousculées, sous ces paroles véhémentes et fraternelles, une exigence sans égale, — qui nous concerne tous ?

Francis Jeanson.

1952.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mercredi 16 novembre 2011 19:19
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cegep de Chicoutimi.
 
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