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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Moeurs, institutions et cérémonies des peuples de l’Inde. Tome I. (1825)
Extrait


Une édition numérique réalisée à partir du livre de l'Abbé Jean-Antoine Dubois, Moeurs, institutions et cérémonies des peuples de l’Inde. Tome I. Imprimé avec l'autorisation du Roi à l'Imprimerie royale, 1825, 491 pp. Paris: Librairie J.S. Merlin. Une édition numérique réalisée par Diane Brunet, bénévole, guide, Musée de La Pulperie, Chicoutimi.


[iii]

Mœurs, institutions et cérémonies des peuples de l’Inde

TOME PREMIER

EXTRAIT

de l’avertissement qui précède
la traduction anglaise imprimée
à Londres en 1816.

Le manuscrit français dont on offre ici la traduction, a été conçu et composé au milieu même du peuple qui y est décrit. L’éloignement absolu où l'auteur, pendant une longue suite d'années, s'est trouvé de toute société européenne, l'a mis dans une position favorable pour scruter les replis obscurs et jusqu'alors inconnus du caractère indien; mais il l'a aussi dérobé lui-même à la curiosité de ses lecteurs. Tout ce qu'on sait de lui, dans ce pays, se réduit à ce qu'a pu en apprendre la dépêche suivante, écrite par le gouverneur en son conseil au fort Saint-George, du 24 décembre 1807, à l'honorable cour des directeurs de la compagnie des Indes-Orientales, et qu'elle a bien voulu permettre au traducteur (le rendre publique :

The french manuscript of which a tranlation is here offered to the public, was meditated and composed in the midst of the people whom it describes. The absolute retirement of the author from europeau society, for a series of years, well qualified him for penetrating into the dark and unexplored recesses of the indian character; but it has aiso veiled himself in an equal degree from the curiositv of his readers. The little that is known of him in this country may be collected from the following dispatch of the governor in council at fort Saint-George, of the 24.th december 1807, to the honorable the court of directors of the East India conipany, which they have been pleased to allow the translator to publish :

« Nous appelons votre attention sur les pièces notées en [iv] marge, relatives à un ouvrage nouvellement composé par l'abbé Dubois, homme de mœurs irréprochables, qui, ayant échappé aux massacres de la révolution française, se réfugia dans l'Inde, où, depuis cette époque, il s'est livré avec zèle aux pieuses fonctions de missionnaire, et s'y est acquis, tant de la part des Européens que de celle des naturels du pays, un degré d'estime auquel, selon nous, sont parvenues peu de personnes de sa profession. C'est néanmoins au milieu des indigènes que ce missionnaire a principalement vécu, et il a mis à profit la longue durée de ses communications avec eux, pour écrire une relation détaillée des coutumes et mœurs indiennes. Afin de vous donner une idée particulière du mérite de son ouvrage, nous insérons l'extrait suivant d'une lettre que le major Wilks, qui remplissait dernièrement les fonctions de résident dans le Meissour, contrée que l'abbé Dubois a le plus longtemps habitée, écrivit au secrétaire de notre ci-devant président.

« We request your reference to the minutes noted in the margin [iv] relative to a work which has been lately compiled by the abbé Dubois, a gentleman of irreprochable character, who, having escaped from the massacres of the french revolution, sought a refuge in India, and has since been engaged in the zealous and pious duty of a missionary, in the performance of which he has acquired a degree of respect among both the european and Dative inhabitants, that we believe to have been rarely equalled in persons of his sphere. It is among natives, however, that the time of this missionary has been chiefly passed, and he has availed himself of the long intercourse to compile a distinct account of the hindoo customs and manners. In order that you may be particularly formed of the character of the work, we have inserted the following extract of a letter from major Wilks, late acting resident at Mysore, in which country the abbé Dubois has chiefly resided, addressed to the military secretary of our late president.

« Le manuscrit de l'abbé Dubois, dit-il, me fut remis par [v] lui-même au commencement de l'année 1806. Autant que mes connaissances acquises avant cette époque et les recherches auxquelles je me suis livré depuis me permettent d'en juger, ce manuscrit renferme, sur les coutumes et les mœurs des Indiens, les notions les plus exactes et les plus complètes qui existent dans aucune langue de l'Europe; d'où je conclus qu'on ne peut élever le moindre doute sur l'utilité générale d'un ouvrage de ce genre. Tous les Anglais qui résident dans l'Inde ont intérêt à acquérir, concernant les usages particuliers aux castes indiennes, des connaissances qui les mettent en état d'entretenir avec les naturels des rapports journaliers d'affaires ou de politesse, en évitant de blesser leurs préjugés. Les Européens ne connaissent guère ces préjugés que comme des l'airs isolés; et un ouvrage qui nous fournirait les moyens de généraliser les idées que nous en avons, en indiquant les sources d'où ces préjugés dérivent, serait, sur tout entre les mains des jeunes employés de la compagnie, un manuel dont les avantages pour l'intérêt [vi] public n'ont pas besoin d'être développés. Desirant obtenir, sur le mérite de cet ouvrage, un témoignage de plus grand poids que le mien, je le soumis à l'examen d'une personne distinguée par ses hautes connaissances littéraires, qui me le renvoya accompagné d'un éloge qui justifiait et au-delà la bonne opinion que j'en avais conçue d'avance; mais (et c'était là le principal objet de ma communication) je ne pus obtenir d'elle la permission de faire publiquement usage de son nom. »

Ce manuscrit fut remis à lord William Bentinck avant son départ (de Madras), et M. Petrie (son successeur), après avoir, dans une note particulière, exposé les raisons qui avaient empêché qu'on ne s'en occupât plutôt, ajoute :

The manuscript of the abbé Dubois on indian casts (says major [v] Wilks) was put into my hands by the author early in the year 1806, and, so far as my previous information and subsequent inquiry have enabled me to judge, it contains the most correct, comprehensive and minute account extant in any european language, of the customs and manners of the Hindoos. Of the general utility of a work of this nature I conclude that no doubt can be entertained, Every Englishman residing in India is interested in the knowledge of those peculiarities in the indian casts, which may enable him to conduct with the natives the ordinary intercourse of civility or business, without offending theirs prejudices. These prejudices are chiefly known to Europeans as insulated facts; and a work which should enable us to generalise our knowledge, by unfolding the sources from which those prejudices are derived, would, as a manual for the younger servants of the company in particular, be productive of public advantages on wich it seems to be quite superfluous to enlarge. Being desirous [vi] of obtaining for the work the advantage of a testimony to its merits of greater weight than any which I could presume to offer, I submitted it to the perusal of a gentleman of high literary eminence, who returned it to me with an eulogium which more than justified the opinion I had previously formed; but without the permission (which bad been the chief object of my communication ) to make a public use of his name. »

The manuscript was communicated to lord William Bentinck previously to his lordship's departure, and M.r Petrie has explained in a separate minute the reasons which prevented the subject from being earlier noticed.

« L'abbé Dubois n'ayant pas les moyens de faire imprimer son ouvrage à ses frais, et l’intérêt public exigeant qu'un travail si utile ne demeurât pas inconnu, on jugea nécessaire d'aviser au parti le plus convenable à prendre pour en effectuer la publication.


« Après une mûre délibération, il fut décidé que l’ouvrage [vii] serait acheté au compte de la compagnie, moyennant deux mille pagodes [environ vingt mille francs]. Quelque modique que fût cette somme pour un travail qui a dû coûter beaucoup de peines à l'auteur, on eut l'assurance qu'il s'en contenterait. Il convient de faire remarquer en même temps qu’il est probable que cette somme sera pleinement couverte par la vente d'un ouvrage qui ne saurait manquer de piquer vivement la curiosité. »

Les premières délibérations du gouvernement de Madras à ce sujet ont pareillement été communiquées au traducteur, et lui ont fait voir l'importance qu'on attachait à l’ouvrage, ainsi que la protection active dont il avait été l'objet. Lord William Bentinck, après qu'il se fut retiré du gouvernement, dit à son successeur, en conseil, en lui remettant le manuscrit : « Cet ouvrage est regardé par sir James Mackintosh comme le tableau des mœurs des Indous le plus ample et le plus détaillé qui existe en aucune langue de l'Europe. »

« The abbé Dubois (adds M.r Petrie) having no means of editing the work at his own charge, and it being obviously of public importance that so useful a compilation should not be withhold, it became necessary to decide on the most proper mode, of effecting the publication of it.

After a full cansideration, we decided to purchase it on account of the company for the sum of two thousand pagodas, which, though a moderate sum for a work which must have been attended with considerable labour, it was ascertained would be acceptable to the author. We beg at the same time to observe that it is probable that this sum will be fully repaid by the sale of a publication which may be expected to excite considerable interest. »



The prior consultations of the Madras government on this subject have been also communicated to the translator, and shew the importance that was attached to the work, and the active zeal with which it was patronised. Lord William Bentinck, after his retirement from government, in laying the manuscript before the governor in council, thus speaks of it : « It is described by sir James Mackintosh as being the most comprehensive and minute account extant in any curopean language, of the manners of the Hindoos. »

Le sentiment de sir James Mackintosh à ce sujet a été [viii] confirmé par celui de M. William Erskine de Bombay, homme d'un mérite distingué, et également versé dans la connaissance de la mythologie, de la littérature, des mœurs; et des institutions de l'Inde.

It was generally understood that sir James Mackintosh felt his [viii] own judgement, on this occasion, confirmed by its coincidence with that of M.r W. Erskine of Bombay, a gentleman of distinguished talents, and equally conversant with the mythology, literature, manners and institutions of India.

Voici comment lord William Bentinck résume son opinion :

Mylord William Bentinck sums up his opinion as follows :

« Le résultat de mes observations pendant ma résidence dans l'Inde, est qu'en général les Européens ne savent rien ou du moins que peu de chose des coutumes et des mœurs des Indous. Nous connaissons tous, à la vérité, quelques traits saillans, quelques particularités remarquables que chacun petit saisir en passant; mais nous manquons de documens exacts sur leur manière de penser, leurs cérémonies et leurs habitudes domestiques, enfin sur ce qui constitue la véritable physionomie d'un peuple. Nous entendons très imparfaitement leur langage, peut-être le nôtre leur est-il plus familier; mais leur instruction sur ce point n'est pas assez étendue pour qu'ils puissent exprimer des idées que les mots isolés dont ils font habituellement usage, ne représentent que difficilement. Nous n'avons et [ix] ne pouvons avoir aucun commerce suivi avec les naturels; nous ne les voyons point chez eux et au sein; et au sein de leurs familles. La chaleur nous force de vivre confinés dans nos demeures : ne pouvant pourvoir à nos besoins ni conduire nos affaires par nous-mêmes, ce qui établirait entre nous et les indigènes des liaisons plus fréquentes, nous sommes obligés de charger d’autres personnes de ces soins; et nous sommes par le fait étrangers dans le pays. J’ai senti personnellement le besoin d’un ouvrage qu’on pût consulter pour se former une idée juste des opinions et des mœurs plus naturels; et je pense que, sous un point de vue politique, les renseignemens que renferme celui de l'abbé Dubois seraient de la plus grande utilité pour les employés du gouvernement, en ce qu'ils les aideraient à régler leur conduite sur les coutumes et les préjugés des habitans. »

«The result of my own observation during my residence in India is that the Europeans generally know little or nothing of the customs and manners of the Hindoos. We are all acquainted with some prominent marks and facts which of who run may read; but their manner of thinking, their domestic habits and ceremonies, in which circumstances a knowledge of the people consists, is, I fear, in great part wanting to us. We understand very imperfectly their language. They perhaps know more of ours; but their knowledge is by no means sufficiently extensive to give a description of subjects not easily represented by the insulated words in daily use. We do not, we cannot associate with natives; we cannot see [ix] them in their houses, and with their families. We are necessarily much confined to our houses by the heat; all our wants and business, which woold create a greater intercourse with the natives, are done for us , and we are in fact strangers in the land. I have personally found the want of a work to wich reference could be made for a just description of the native opinions and manners. I am of opinion that, in a political point of view, the information which the work of' the abbé Dubois has to impart, might be of the greatest benefit in aiding the servants of the government in conducting themselves more in unison with the custonis and prejudices of the natives ......

L'auteur se montre rarement en personne dans son ouvrage; mais une seule anecdote que nous tenons de source authentique, suffira pour laisser dans l'esprit des [x] lecteurs une impression favorable sur son compte. « Tout ce que je sais de l'histoire et du caractère de l'auteur, dit le major Wilks dans sa lettre au gouvernement de Madras, c'est qu'il échappa aux fusillades de la révolution française [1] et que depuis il a vécu au milieu des Indiens comme un Indien même. Quant à la considération qu'inspire sa conduite irréprochable, il suffit de dire que, dans ses excursions, quand il approche d'un village, les brahmes, par un sentiment spontané de déférence et de respect, nettoient et disposent tout dans leurs maisons pour le recevoir, sans l'intervention et ordinairement sans prendre avis des agens du gouvernement.

The author rarely appears in, his own person tbroughout the book; but a single anecdote, which we have before us from another authentic source, will suffice to leave a pleasant impression off him on the rnind. « Of the history an charactcr of the author  (major Wilks subjoins in his letter to the  Madras government) I only know that he [x] escaped from the fusillades of the french revolution, and bas since lived among the Hindoos as one of themselves; and of the respect which, his irreprochable conduct inspires, it may be sufficient to state that, when travelling, on his approach to a village, the house of a brahman is uniformly cleared for his reception, without interference, and generally without communication to the officers of government, as a spontaneous mark of deference and respect.

Londres 2 décembre 1816.

London, 2.d december 1816.




[1] Ce fait n'est pas précisément exact. Il est bien vrai que le fuyais les horreurs de la révolution, de laquelle j'aurais été probablement victime en commun avec les personnes dont je partageais les sentimens religieux et politiques; mais je m’embarquai pour l'Asie environ deux ans avant qu'il fût question des fusillades. (Note de  l'auteur)



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mardi 13 septembre 2011 7:44
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cegep de Chicoutimi.
 
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