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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Étienne De Greeff, L'HOMME ET SON JUGE. (1962).
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre d'Étienne De Greeff, L'HOMME ET SON JUGE. (1962). Belgique: Desclée de Brouwer, 1962, 186 pp. Collection: Textes et études anthropologiques. Une édition réalisée par Réjeanne Toussaint, bénévole, Chomedey, Ville Laval, Québec.

[7]

Introduction


I

À mesure que nous avançons dans la vie, nous prenons conscience de la manière dont nous restons inconnus et même inconnaissables à la plupart de ceux qui nous entourent. Ceux-ci connaissent de nous ce qu'ils appellent notre caractère. Ce qu'ils entendent par là représente peu de chose. Ils nous décrivent comme droits ou fourbes, intelligents ou bornés, cultivés ou ignares, patients ou impatients, pleins de volonté ou dépourvus de résistance, généreux ou égoïstes, et la liste d'antithèses s'allonge plus ou moins modérément, se renouvelle selon les modes.

C'est par ce « caractère », qu'ils expliquent votre comportement passé, présent et à venir et vous apprenez ainsi comment et pourquoi vous avez agi et la manière dont on prévoit que vous agirez. Même lorsqu'on a voulu quelque chose de scientifique, qu'il s'agisse d'une analyse graphologique ou d'une analyse systématique, vous reconnaissez sous les nouvelles formes de langage, cet éternel schéma. Et celui qui vous juge ainsi, d'après une page d'écriture ou un protocole d'examen n'a même généralement pas jugé bon de vous connaître ou de vous rencontrer. Il est bien plus certain de ce qu'il avance lorsqu'il ne vous a pas vu.

Il est curieux d'observer à quoi se réduit, à mesure qu'elle se généralise, une interprétation psychanalytique. Et à quoi ressemble de plus en plus ce personnage nouveau des sociétés modernes : l'inconscient.

Peut-être, la vie n'est-elle pas possible sans cette représentation [8] sommaire et préalable que nous nous faisons des autres.

Il faut un événement inattendu, un éclairage inaccoutumé pour percevoir ce qu'un tel jugement peut avoir d'effrayant. Il faut par exemple que vous appreniez brusquement comment certains de vos collaborateurs, certains membres de votre entourage vous voient ; il suffit que, par inadvertance, une analyse graphologique faite à votre sujet, vous tombe sous la main, élogieuse, rien qu'élogieuse même et approuvée par la plupart, pour que vous saisissiez avec épouvante combien vous êtes absent de cette image ; comment, si vous mourrez à cet instant-là, vous êtes passé inconnu, absent, ignoré, dans ce monde où votre effort vous a conduit.

Ce qui manque à cette image, aux blâmes et surtout aux louanges, c'est votre effort, c'est le décalage entre le chemin parcouru et celui que vous estimiez devoir parcourir, c'est le visage intérieur de ce caractère qu'on vous prête, c'est la conscience que vous avez de n'être pas d'accord avec ces faiblesses, de n'être pas satisfait de vos réussites, c'est la complexité de vos fautes, le caractère provisoire et ambivalent de vos moments de bon équilibre, la précarité de votre vertu, c'est, en un mot, tout ce qui vous reste à atteindre et à dépasser.

Un peu plus âgé encore et vous savez que jamais on ne vous connaîtra, sauf quelques êtres qui pourront vous assurer ce privilège ; que jamais vous ne dépasserez l'imparfait et que les réussites qu'on vous prête, palpables et authentiques, n'ont de loin pas touché le seuil que vous exigiez. Vous savez dès lors que vous n'aurez pas de juge, que personne ne vous décernera le dernier bulletin.

Quelques-uns d'entre nous seulement apprennent que cette solitude n'est pas seulement la leur, qu'elle est celle [9] d'un grand nombre d'hommes et que, précisément, c'est cette compétition indéfinie avec l'hôte mystérieux qu'ils prennent pour eux-mêmes, qui fait le poids de la vie, qui installe la présence consciente et vigilante parmi les jours, qui crée le drame ininterrompu de l'existence.

Nous croyons ne rencontrer que des caractères, des personnalités, des « prochains », nantis de plus ou moins de qualités et de défauts, et nous avons rencontré toute notre vie, sans les voir, des porteurs de flambeaux, à la flamme parfois précocement éteinte, mais souvent protégée et entretenue avec ténacité et héroïsme.

À l'heure des techniques psychologiques, bientôt toutes-puissantes, appliquées la plupart du temps par des gens qui sont encore aveugles et parfois le resteront, je propose au lecteur, ces pages qui décrivent un moment du visage intérieur de l'homme de la rue, le visage de ce prochain que notre infirmité précipite chaque jour un peu plus bas dans les ténèbres.

II

Les fardeaux de l'homme sont innombrables. Parmi eux, il en est un qui prend une place prédominante dans son existence, c'est son besoin de perfection, son aspiration à un mieux inaccessible, lesquels, dans les cas heureux, deviennent un des motifs secrets et tout-puissants de son action intérieure, créant une situation d'autant plus dramatique qu'à mesure qu'il évolue, grandit et vieillit, il lui devient plus difficile d'en parler à d'autres et que même, elles constituent une sorte de tare inavouable. Il porte en son être, secrètement et comme une bouée clandestine, cette volonté de perfection à laquelle il s'accroche désespérément, [10] et sans laquelle il s'engloutirait vivant. Souvent aussi, il lui arrive de négliger sa condition humaine et de surnager, sans le savoir, jusqu'au moment où un nouvel incident, une nouvelle occasion lui rappelle la nécessitée de son sauvetage, de l'indispensable effort de survivance.

Quand on touche au problème de l'échec, on pénètre dans ce domaine des normes intérieures que la conscience claire, normalement, réussit parfois à oublier sans cesser jamais de savoir qu'elle ne peut les abandonner. L'on se trouve placé au centre du drame humain incommunicable et inextinguible, aux sources de l'angoisse, devant le seuil fuyant de l'inconnu.

Je regardais, il y a quelque temps, une enfant de neuf mois environ, jouant dans son parc. Elle ne pouvait pas encore se tenir debout, mais pouvait s'asseoir, saisir les objets. Elle jouait avec une boule informe et, à un moment donné, elle la passa par les barreaux. Il lui fallut un effort pour la reprendre et je la regardais faire, croyant avoir à juger de son intelligence dans la manière de ressaisir son jouet. Mais elle le fit facilement et ce qui lui avait été une surprise désagréable devint tout de suite un jeu : perdre la balle et la reprendre. Puis elle envoya la balle un peu plus loin et trouva plus de peine à la reprendre. Après cette alerte, le jeu se compliqua : éloigner la boule chaque fois un peu plus, et chaque fois, éprouver plus de difficulté à la reconquérir. Le jeu était l'effort, la performance, solutionner chaque fois quelque chose de plus difficile, éprouver la joie de vaincre. Il est évident que l'enfant n'était pas consciente de ce qu'elle faisait, elle ne faisait qu'obéir à un schéma inscrit en elle, inscrit dans ses neurones, dans les mécanismes élémentaires de sa propre structuration. À l'heure où cette enfant prendra conscience de ce qu'elle vit, elle trouvera déjà créé, déjà puissant, ce besoin de se dépasser, ce besoin d'atteindre une [11] difficulté plus grande, cette exigence, inutile sur le plan purement matériel, et sans lequel, pourtant, elle ne peut ni s'achever, ni se survivre.

Ce besoin de se dépasser, cette aspiration à une perfection croissante, est liée aux structures essentielles de l'être. Parmi celles-là et dont ne parlent guère les psychologues, si même ils en soupçonnent l'existence ou l'importance, il y a le sentiment vécu d'avoir une signification, d'être destiné à quelque chose, d'être attendu par le monde. Il est bien certain qu'objectivement parlant, personne n'est attendu et personne n'arrive sur terre chargé d'une mission par l'Univers ou par Dieu ; mais il n'est pas certain que la croissance, la réussite d'une vie serait possible sans l'existence de cette signification profonde enfouie au fond de la conscience et cachée avec pudeur à ses propres regards et à ceux d'autrui. Nous voyons bien que ceux qui construisent le monde d'aujourd'hui sont ceux qui croient avoir un rôle à jouer, qui croient être attendus puisqu'ils acceptent un devoir. À côté d'eux, vous voyez disparaître chacune à leur tour, les collectivités désafférentées de tout idéal, réduites à un immense syndicat d'ayants droit.

Tous les jeunes gens et même beaucoup d'hommes mûrs, à l'heure des confidences, vous parlent de ce sens de leur vie, de l'impression qu'ils vivent d'avoir un rôle à jouer. Nous savons bien que par là même, ces jeunes gens et ces hommes, sont faciles à tromper et qu'on peut aisément s'emparer d'eux en donnant une illusion à cette aspiration puissante de leur être. Mais cela ne change rien au fait fondamental et de ce qu'on ait pu tromper ainsi indéfiniment les générations et les générations, ne prouve qu'une chose, l'existence généralisée de cette signification profonde, sa puissance et la place éminente qu'elle tient dans le développement de l'être. Or cette croyance à une destinée personnelle, à un rôle à jouer, ne peut qu'aller de pair avec la certitude [12] d'un certain ordre, d'une certaine organisation des choses, dans lesquelles votre destinée vient s'insérer.

Et du même coup, nous soupçonnons dans quelle mesure extraordinaire l'appréciation d'un homme sur sa propre vie peut être indépendante de celle de son milieu. C'est lui, et lui seul, qui va juger, qui va apprécier s'il a rencontré le but qu'il devait atteindre. Et nous comprenons que, si le problème de l'échec comporte inéluctablement un aspect purement social, aspect selon lequel une vie, un comportement sont jugés par le milieu, il en comporte un autre, bien plus considérable, aspect purement subjectif, individuel, incommunicable, le seul qui compte vraiment pour l'individu, et par lequel, se comparant dans l'absolu, il apprécie son être même, loin des regards des autres.

La seule réussite possible, réussite complète et indiscutable serait celle où, nous le verrons, dans son jugement intime, l'homme aurait pu atteindre ses propres dimensions et pour laquelle le jugement social serait absolument d'accord. Aucune de ces conditions ne pouvant se réaliser, et moins encore les deux ensemble, toute vie est nécessairement un échec, échec apprécié dans une mesure plus ou moins complète. C'est pourquoi l'étude de l'échec est liée indissolublement au sens de la vie.

III

Je sais bien qu'on peut donner à l'échec le sens du dictionnaire, quelque chose dans le genre de : « ne pas réussir à atteindre ce qu'on s'était proposé ». La définition est sans doute très bonne. La plupart des gens doivent la comprendre facilement, notamment dans le sens d'un dessein ou d'un projet non exécuté selon le plan, non réussi selon les prévisions ou les espoirs. Il s'agit d'événements variés, momentanément [13] grands ou petits selon les incidences de l'instant, mais que le temps réduit toujours aux dimensions les plus infimes. Il y a sans doute les grands événements de l'histoire, le plus souvent inconnus d'un continent à l'autre et discutés dans cette histoire qui, elle-même, n'a pas encore de dimension sur la courbe de la durée. C'est par rapport à ces normes-là, que nous parlons de l'œuvre des autres, de leurs réussites, de leurs défaites, de leurs erreurs. On peut toujours les ramener à d'infinitésimales ondulations. Mais celui qui a vécu ces événements, celui pour qui ils étaient sa décision, son désir, sa crainte ou sa vie, celui-là, les a vécus selon de tout autres dimensions, selon les dimensions humaines, incommensurables à l'importance que leur accorde le groupe. Pour celui qui écrit l'histoire, qui regarde agir les autres, tous les événements sont mineurs, mais pour celui qui fait l'histoire, pour celui qui fait sa vie, en sachant qu'il la fait et la voulant marquée de perfection ou soustraite à toute discipline, ses actes sont importants et ne se laissent exprimer par aucun mot du langage humain. La démesure devient indispensable pour qualifier ces minuscules cataclysmes qui se déroulent en l'âme, face à l'infini.

Le problème de l'échec commence là où, tout-à-coup, l'on s'aperçoit que les hommes, interrogés dans ce domaine, possèdent des normes internes, des normes irréductibles et que d'importantes différences se marquent entre les êtres selon le sort qu'ils font ou veulent faire à ces normes incorruptibles.

Art de vivre, art de se protéger, art de mourir, art de vieillir ou de ne pas vieillir, ce sont là de véritables disciplines liées à la psychologie de l'échec et qui dessinent, de l'intérieur, l'image de nos âmes. Même ceux qui ne lisent pas l'Imitation et se soucient peu de Marc-Aurèle, possèdent un art de vivre. Quelques-uns en sont conscients ; ils le cultivent ; ils en parlent ; ils en écrivent. Mais le plus souvent, [14] cet art qu'ils possèdent n'est pas celui qu'ils imaginent. Pour le plus grand nombre des hommes, l'art de vivre c'est l'art de se protéger. Se protéger de quoi ? se protéger comment ?

L'homme d'aujourd'hui vient de vivre une expérience définitive : il n'est pas près d'établir sa sécurité. L'apparition de l'ère scientifique l'avait enivré. Il faut relire, car on l'oublie, la littérature libératrice de 1900. L'obscurantisme était fini : la science libérait de la famine, de la maladie, de la faim, des spectres affolants qui avaient trop longtemps tenu l'homme agenouillé, en proie aux exploitants de la peur. C'était fini. On le crut encore après 1914 puisqu'il y avait une explication : les criminels de guerre, les marchands de canons, et quelques peuples retardés, empêtrés dans leur technique. L'humanité continuait à croire à la science et à sa toute-puissance, continuait à croire au triomphe de la raison ; il y eut malgré tout 1940. Sans doute, ici encore il y eut des responsables ; on en pendit un certain nombre, après jugement. Ces jugements ne rassurèrent personne, car ils ne furent pas faciles à libeller ; on profita surtout du moment. Repris aujourd'hui, ces jugements n'aboutiraient à rien. Chacun le pressent : ces événements, ces catastrophes surgissent du fond même des âmes, émanent de chacun de nous. Il n'y aura jamais de mécanisme qui nous assurera du lendemain sans que nous acceptions sa discipline. Nous n'aboutirons pas sans effort, c'est-à-dire, sans responsabilité. Nous ne nous libérerons pas de la faim, ni de la maladie, ni du froid, ni de la misère, sans rencontrer de nouveaux murs, de nouvelles frontières, de nouvelles étendues dangereuses. A mesure que nous conquérons la victoire sur les derniers ennemis de notre vie, nous devenons plus nombreux sur terre, nous nous survivons plus longtemps et les difficultés s'amoncellent. Voici qu'il faut se subordonner à cette surpopulation ou la supprimer. Mais déjà on ne sait plus si ceux qui ont faim et qui sont les plus nombreux ne seront [15] pas finalement les plus forts. Et sans doute, un jour, même ces affamés n'auront plus faim ; ils auront les médicaments, les calories, les cliniques. Mais ils seront tout étonnés de n'être pas apaisés, quoique bien portants, n'ayant ni faim, ni soif, d'éprouver l'indéfinissable besoin de sécurité. Ils auront leurs conceptions des choses ; ils se croiront, comme nous, rationnels et agiront en conséquence : leurs inquiétudes commenceront là où nous imaginions il y a cinquante ans, que les nôtres seraient supprimées.

Les faces de notre âme, que nous exposons aux atteintes funestes dès que nous nous tenons silencieux, immobiles et attentifs, sont infiniment plus nombreuses que les protections et les sécurités conquises que nous voudrions emporter dans notre paradis terrestre, celui que nous pensions aménager pour nous. Quand nous en croyons la liste achevée, l'hydre au visage d'angoisse renaît des poussières de nos maquettes et de nos plans quinquennaux : elle se masque parfois sous la dénomination d'un nouveau plan, décennal cette fois, camouflant ainsi les formules par lesquelles les siècles s'avancent vers nous.

Mais qui nous défend de plonger un regard vers ces régions de notre âme où nous serions épouvantés de vivre ? Ces régions ? Sont-ce des régions ? Sont-ce des puissances ? Existent-elles très loin, très en dehors de nous ? Inaccessibles ou inhabitables, lieux dangereux ou inconnus ? Divinités perspicaces et maléfiques ? Ou bien existent-elles en nous-mêmes, ces régions recouvertes de nuit presque transparente, ces divinités qui exigeraient notre mort s'il leur arrivait de nous remarquer ? Ou bien ne sont-elles pas en même temps en dehors de nous et en nous, à la fois dans le mystérieux univers de notre cerveau, dans les premiers plis de notre âme ?

Ainsi, la question de l'échec est une de celles qui nous amène à essayer de déchiffrer l'une ou l'autre de nos énigmes ; [16] qui nous amène aussi à nous demander si toute notre vie, à travers ses vicissitudes et ses difficultés, ses problèmes, ses solutions, ses triomphes et ses défaites, ne se passe pas malgré tout, à éviter la rencontre du Sphinx, et pas seulement de celui qui interrogeait les autres, et pourrait nous interroger, mais de celui qui habite en nous. Incapable de parler, ses questions sont inépuisables ; incapable d'écouter, aucune réponse ne le satisfait. Il est la vie, avant qu'elle ne soit consciente et après qu'elle le fut.

La question de l'échec est une de celles qui nous montre à quel point le problème de l'homme vis-à-vis de soi-même reste identique, à travers le temps, au sein des civilisations les plus diverses, à chaque niveau de la vie sociale. La question de l'échec est une de celles qui nous apprennent que le témoin de l'homme est lui-même et qu'il ne peut échapper à ce témoin même quand les conditions favorables de la vie rendraient pour lui si souhaitable, que le témoin fût autrui.

Le témoin que nous rencontrerons n'est pas une divinité mystérieuse. Il est l'incarnation de ce que j'ai appelé ailleurs, provisoirement, les fonctions incorruptibles. Ces fonctions, en partie seulement perceptibles par la conscience, sont l'expression des noyaux centraux liés à notre vie affective profonde, dont l'action se développe en dehors de l'atteinte directe de nos désirs ou de nos intentions, et sont en rapport avec le psychisme profond et indifférencié, là même où il se distingue à peine de son support neuro-végétatif. Ainsi, cet idéal intérieur dont vivent les meilleurs, l'idéal collectif des sociétés en croissance ne répondent nullement à des créations artificielles ; ils sont accrochés à la vie même des êtres.

C'est assez dire que cette étude comportera deux aspects bien précis, encore que très souvent intimement mêlés : une étude de l'échec en tant qu'événement vécu et un effort d'intégration de cette notion d'échec dans une psychologie [17] qui tienne compte à la fois des réalités psychiques expérimentées par l'homme, on devrait dire phénomé-nologiques, et des réalités biologiques, en tant que tombant sous le coup de l'expérience et de la neurologie.

L'étude de l'échec nous apprendra aussi que non seulement l'homme n'arrive pas à la fin de l'effort au delà duquel enfin, ce serait le repos, mais que, même lorsque sa tâche est accomplie d'une manière telle que tous applaudissent et complimentent, lui seul, reste insatisfait, anxieux, mesurant ce qui manque à son œuvre et à son travail pour qu'il puisse accepter ces hommages des autres.


Retour à l'auteur: Guillaume De Greef Dernière mise à jour de cette page le samedi 19 octobre 2013 9:49
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cégep de Chicoutimi.
 
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