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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Étienne Bonnot de Condillac, Traité des animaux. [1746] (1798)
Préface


Une édition électronique réalisée à partir du livre d'Étienne Bonnot de Condillac, Traité des animaux. Tiré des Œuvres de Condillac, revues et corrigées par l’auteur. Paris : Ch. Houel, Imprimeur, 1798. Paris: Librairie Arthème Fayard, 1984. Corpus des œuvres de philosophie en langue française. Une édition numérique réalisée par Jean-Marc Simonet, professeur retraité de l'enseignement, Université de Paris XI-Orsay, bénévole.

Préface




Il serait peu curieux de savoir ce que sont les bêtes, si ce n’était pas un moyen de connaître mieux ce que nous sommes. C’est dans ce point de vue qu’il est permis de faire des conjectures sur un tel sujet. S’il n’existait point d’animaux, dit M. de Buffon, la nature de l’homme serait encore plus incompréhensible. Cependant il ne faut pas s’imaginer qu’en nous comparant avec eux, nous puissions jamais comprendre la nature de notre être : nous n’en pouvons découvrir que les facultés, et la voie de comparaison peut être un artifice pour les soumettre à nos observations.

Je n’ai formé le projet de cet ouvrage, que depuis que le Traité des Sensations a paru, et j’avoue que je n’y aurais peut-être jamais pensé si M. de Buffon n’avait pas écrit sur le même sujet. Mais il a voulu répandre qu’il avait rempli l’objet du Traité des Sensations ; et que j’ai eu tort de ne l’avoir pas cité.

Pour me justifier d’un reproche qui certainement ne peut pas m’être fait par ceux qui auront lu ce que nous avons écrit l’un et l’autre, il me suffira d’exposer ses opinions sur la nature des animaux, et sur les sens [1]. Ce sera presque le seul objet de la première partie de cet ouvrage.

Dans la seconde je fais un système auquel je me suis bien gardé de donner pour titre, De la Nature des Animaux. J’avoue à cet égard toute mon ignorance, et je me contente d’observer les facultés de l’homme d’après ce que je sens, et de juger de celles des bêtes par analogie.

Cet objet est très différent de celui du Traité des Sensations. On peut indifféremment lire avant ou après, ce Traité que je donne aujourd’hui, et ces deux ouvrages s’éclaireront mutuellement.



[1] Je conviens qu’il y a des choses, dans le Traité des Sensations, qui ont pu servir de prétexte à ce reproche. La première, c’est que M. de B. dit, comme moi, que le toucher ne donne des idées que parce qu’il est formé d’organes mobiles et flexibles : mais je l’ai cité, puisque j’ai combattu une conséquence qu’il tire de ce principe. La seconde et la dernière, c’est qu’il croit que la vue a besoin des leçons du toucher : pensée que Molineux, Locke, Bardai, ont eue avant lui. Or je n’ai pas dû parler de tous ceux qui ont pu répéter ce qu’ils ont dit. Le seul tort que j’aie eu a été de ne pas citer M. de Voltaire ; car il a mieux fait que répéter : je réparerai cet oubli. D’ailleurs M. de B. n’a pas jugé à propos d’adopter entièrement le sentiment de Barclai. Il ne dit pas, comme cet Anglais, que le toucher nous est nécessaire pour apprendre à voir des grandeurs, des figures, des objets, en un mot. Il assure, au contraire, que l’œil voit naturellement et par lui-même des objets, et qu’il ne consulte le toucher que pour se corriger de deux erreurs, dont l’une consiste à voir les objets doubles, et l’autre à les voir renversés. Il n’a donc pas connu, aussi bien que Barclai, l’étendue des secours que les yeux retirent du toucher. C’était une raison de plus pour ne pas parler de lui : je n’aurais pu que le critiquer, comme je ferai bientôt. Enfin, il n’a pas vu que le toucher veille à l’instruction de chaque sens ; découverte qui est due au Traité des Sensations. Il ne doute pas, par exemple, que dans les animaux l’odorat ne montre de lui-même, et dès le premier instant, les objets et le lieu où ils sont. Il est persuadé que ce sens, quand il serait seul, pourrait leur tenir lieu de tous les autres. J’établis précisément le contraire ; mais la lecture de cet ouvrage démontrera qu’il n’est pas possible que j’aie rien pris dans ceux de M. de B.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mardi 11 janvier 2011 12:58
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cegep de Chicoutimi.
 
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