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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Les Cinq Livres canoniques ou Grands Kings
YI KING (1885)
Introduction


Une édition électronique sera réalisée à partir du texte Les Cinq Livres canoniques ou Grands Kings, YI KING *. Traduction de Paul-Louis-Félix PHILASTRE (1837-1902). Editions Zulma, 1966, 890 pages. Première édition, Ernest LEROUX, Paris, 1885. Une édition numérique réalisée par Pierre Palpant, bénévole, Paris.

Introduction

Yi king, traduit par Paul-Louis-Félix PHILASTRE.

Le Yi king est considéré par les Chinois comme le plus antique monument de leur littérature ; toutes les écoles sont d’accord sur ce point.

D’après un passage des Rites de Tsheou, le magistrat chargé de la surintendance de la divination avait dans ses attributions la surveillance des règles posées par les trois livres appelés Yi, ou des Changements. Le premier de ces trois livres était intitulé Lien shan, Chaîne des montagnes, c’est-à-dire succession ininterrompue de montagnes. Ce titre provenait de la classification adoptée des hexagrammes, dont le premier figurait « la montagne sur la montagne » ; le symbole adopté était les nuages émanant des montagnes. Le second était intitulé Kouei mang, Retour et Concèlement, parce qu’il n’était aucune question qui ne pût y être ramenée et que toutes s’y trouvaient cachées et contenues. Le dernier avait pour titre Tsheou yi, Changements dans la révolution circulaire, ce qui exprimait que la doctrine du livre des changements s’étend à tout et embrasse toutes choses dans son orbe. Cette explication des titres de ces trois ouvrages est personnelle à son auteur et n’est appuyée sur aucun texte faisant autorité ; elle n’est plus admise par personne ; je la crois cependant plus près de la vérité que les autres, qui vont suivre.

On remarque, d’autre part, que Shen Nong, héros anté‑historique, est quelquefois appelé Lien Shan Shi, ou Li Shan Shi ; de même aussi, Hoang Ti, autre héros, est aussi appelé Kouei Tsang Shi ; ces deux expressions Lien shan et Kouei tsang étant donc également des vocables de règnes, on en déduit que ce titre de Tsheou yi vient aussi du vocable de la maison de Tsheou. Cette dernière supposition est officiellement et universellement admise aujourd’hui.

Mais quelques critiques font à ce sujet des objections très plausibles ; il résulte du texte de quelques formules, ou sentences du Yi king, attribuées à Wen Wang, fondateur de la dynastie de Tsheou, que ces sentences auraient forcément dû être écrites postérieurement à la mort de Wen Wang. On en a conclu qu’une partie des formules seulement devait être attribuée à Wen Wang et le reste à Tsheou Kong, son fils.

Du passage des Rites de Tsheou, cité plus haut, on conclut encore que le Lien shan était le livre des Changements, ou Yi king, de la première dynastie (Hia) ; que le Kouei tsang était celui de la seconde dynastie (Sheang), et que le Tsheou yi fut celui de la troisième dynastie (Tsheou). On admet que le fond du livre était le même et que la forme seule différait quelque peu. Les deux premiers ont disparu sans laisser d’autre trace que celle de leurs titres mentionnés dans les Rites de Tsheou.

Le Yi king, tel qu’il nous est parvenu, est l’œuvre de plusieurs personnes.

La substance primitive est une série de soixante-quatre hexagrammes ; ces hexagrammes sont formés avec deux sortes de traits : un trait plein ——— et un trait brisé —    —. La tradition rapporte que Fou Hi contemplant le ciel, puis baissant les yeux vers la terre et en observant les particularités, considérant l’apparence des oiseaux et les productions de la terre, les caractères du corps humain et ceux des êtres et des choses extérieures, commença par tracer huit koua, ou trigrammes, avec les deux lignes en question ; ensuite, combinant ces huit premiers koua simples deux à deux, il en forma soixante-quatre hexa-grammes ; c’est là son œuvre et la trame du Yi king.

Wen Wang, prince feudataire, sujet du dernier empereur de la dynastie des Sheang, exilé et interné comme suspect, rédigea, pendant son bannissement, pour chacun de ces soixante-quatre signes, une formule de quelques mots, en exprimant la valeur générale. Son fils Tsheou Kong composa à son tour une formule pour chaque trait de chaque hexagramme. Plus tard, Khong Tse, reprenant leur œuvre, composa plusieurs commentaires particuliers qu’on désigne ensemble, et assez arbitrairement, sous la rubrique de Dix coups d’aile ; ce sont :

 1. — Les « formules déterminatives », commentaires ou gloses des formules attribuées à Wen Wang ;
2. — Les « formules symboliques », commentaires des formules attribuées à Tsheou Kong ;
3. — L’« expression parlée de la représentation graphique de la forme, ou expressions des représentations », commentaire spécial aux deux premiers koua ;
4. — Les « formules annexées », qu’on désigne généralement sous la rubrique de Grand Commentaire et qui embrassent tout l’ouvrage à un point de vue général en résumant la doctrine de Khong Tse sur cette question ;
5. — La « définition des koua » ;
6. — L’« ordre des koua » expliquant l’ordre de classification des hexagrammes ;
7. — Les « oppositions des koua » autre vue sur leur ordre de classification.

 Les Chinois attachent une haute importance à établir que la tradition orale de l’enseignement de la doctrine contenue dans le Yi king n’a jamais été interrompue ; ils citent les maîtres et leurs disciples et continuateurs depuis Khong Tse jusqu’aux philosophes de la renaissance des lettres, sous la dynastie des Song.

Le Yi king ne fut point condamné par l’Empereur Shi Hoang Ti ; ce prince n’y vit qu’un livre de divination dont la destruction semblait inutile au plan qu’il poursuivait.

Ce résumé très succinct est tiré des premières lignes de l’introduction de l’édition officielle de la dynastie régnante. Nous allons la compléter de quelques renseignements moins orthodoxes.

Fou Hi est un mythe ; la tradition le représente avec de légères protubérances en forme de cornes sur le front. Pour être moins gracieux, le symbole n’en est pas moins le même que le croissant lunaire que Diane porte sur le front. Selon moi, Fou Hi symbolise les phases de la lune, résultant du mouvement apparent du soleil et de la lune autour de la terre considérée comme centre.

Fou Hi assistant à la séparation du Chaos d’où naissaient le Ciel et la Terre en comprit la genèse ; plus tard il vit un cheval-dragon sortant d’un fleuve et prit pour règle les figures apparentes sur son dos. Ces figures, qu’on appelle le « Tableau du fleuve », sont formées de points ronds, noirs ou blancs, groupés dans un certain ordre, et ce fut, dit la tradition, d’après ces signes que Fou Hi traça les huit premiers koua simples (trigrammes). J’avance encore que le dragon symbolise le lever du soleil et le cheval, très probablement, son coucher ; que les figures qui forment ce tableau représentent des astres et des constellations ; qu’enfin les deux traits ——— et —    —, premiers éléments des koua, représentent ou symbolisent deux grands moments dans la marche combinée et apparente du soleil et de la lune et que la base fondamentale du Yi king est essentiellement une observation astronomique. Les koua, ou diagrammes, représentent tous également la série des phases de la lune.

Après Fou Hi, le premier commentateur est Wen Wang. Pour les Chinois ce personnage est indiscutablement historique. Je suis certainement seul contre tous en avançant qu’il est permis de douter. Le brevet d’authenticité historique est délivré par le Shou king ; or, je considère cette autorité comme suspecte et essentiellement sujette à discussion. Très certainement, il a dû exister un personnage appelé Wen Wang ; je n’en doute pas ; mais entre le rôle que le Shou king lui attribue et la réalité il peut y avoir une distance considérable. Tous les peuples qui ont une antiquité attribuent les grandes inventions du génie humain, les grands faits mémorables, à tel ou tel de leurs grands hommes ; le fait rappelé est souvent défiguré mais il a toujours un fond de vérité ; le personnage a presque toujours existé, mais il peut souvent n’y avoir rien de commun entre le héros et l’œuvre qu’on lui attribue. Il est même très probable que souvent, après un certain laps de temps, la tradition transpose le mérite de l’acte sur la tête d’un autre personnage dont la gloire plus récente fait oublier le héros précédent. Je soupçonne que tel est le cas pour Wen Wang ; mais qu’il soit ou non l’auteur de la première glose, je ne crois pas que le titre Tsheou Yi vienne du vocable de la dynastie de Tsheou.

Après Wen Wang et son fils Tsheou Kong, le premier commentateur réellement historique est Khong Tse. À première vue, son œuvre n’est guère moins obscure que celle de ses devanciers.

La persécution des lettrés par Shi Hoang Ti plongea dans un désarroi complet et pour plusieurs siècles toutes les traditions littéraires ; sous les Han il s’agit plus de reconstituer les textes et de les collationner que de les éclaircir. Bien que le Yi king n’eût pas été proscrit, son étude resta stationnaire et il faut franchir d’un bond une période de quinze siècles pour passer de Khong Tse à une école nouvelle qui, sous la dynastie des Song, rele-va un moment la gloire des lettres chinoises. Tsheou Tse, le premier dans les temps modernes, reprit d’une façon originale l’étude du Yi king et en déduisit un système cos-mogonique qui, sans être neuf, résume sous une forme brève et nette les conceptions et la doctrine de tous ses devanciers. Tsheng Tse, son disciple, écrivit un commentaire traditionnel complet du Yi king ; selon moi, c’est le plus remarquable, bien que l’école chinoise moderne donne la préférence à celui de Tshou Hi, un peu postérieur, et intitulé Sens Primitif.

Depuis Tshou Hi, on a encore délayé beaucoup d’encre et noirci énormément de papier, mais on n’a plus rien écrit d’original sur le Yi king ; les taoïstes ont, il est vrai, com­posé un pastiche intitulé Thai huien king qui n’a aucune valeur réelle. La mine semble épuisée, mais, en réalité, c’est le génie d’un peuple qui est engourdi. Les Chinois ne cherchent plus, ils conservent ; ifs se cramponnent à la tradition admise et leur unique souci est de se maintenir toujours d’accord avec elle.

Cependant, la vérité ne perd jamais complètement ses droits, même en Chine. On trouvera dans un ouvrage du P. de Prémare, publié en 1878 par MM. A. Bonnetty et P. Perny, de nombreuses citations d’auteurs chinois d’où résulte que bon nombre des meilleurs esprits qu’ait produit la Chine considèrent que la véritable interprétation du Yi king s’est perdue à la mort de Khong Tse et qu’on n’en connaît plus le vrai sens. Le livre que je cite ici, Vestiges des principaux dogmes chrétiens tirés des anciens livres de la Chine, est une œuvre très remarquable et très digne d’étude, non pour y suivre la pensée et les vues exclusives de l’auteur, dont la grande érudition et le haut sens critique étaient enchaînés par la foi, mais pour y trouver, réunis et groupés, un nombre très considérable d’indices précieux sur la véritable valeur des livres classiques de la Chine. De tels travaux ont certai­nement dû ne pas être étrangers aux persécutions dirigées un peu plus tard contre les jésuites, en Chine, par les catholiques plus orthodoxes ; si la face de la médaille considé­rée par le P. de Prémare était séduisante pour des hommes d’une foi inébranlée, le revers pouvait à bon droit alarmer des esprits plus froids et plus clairvoyants. Pour ce qui nous importe en ce moment, il suffit de citer le « Ve point » discuté p. 30 et suivantes ; la thèse du P. de Prémare, la Connaissance de la véritable doctrine des King est entièrement perdue chez les Chinois, sy trouve surabondamment prouvée, exclusivement par des témoignages chinois. Considéré par les Chinois, le Yi king est avant tout un livre de divination ; telle est sa forme, tel est son usage, et c’est dans ce sens qu’il est commenté et expliqué. Ce n’est ni le lieu ni le moment de rechercher pourquoi cette forme a été choisie par les auteurs du livre ; il suffit de justifier en quelques mots l’utilité de cette tradition et son intérêt. Or :

1. — En chinois, le mot n’a presque jamais de sens absolument défini et limité ; le sens résulte très généralement de la position dans la phrase, mais avant tout de son emploi dans tel ou tel livre plus ancien et de l’interprétation admise dans ce cas. Ici, point de « racines » au-delà desquelles on n’atteint plus et qui justifient le sens des dérivés dans les divers idiomes ou dialectes d’une même famille ; le mot n’a de valeur que par ses accep-tions traditionnelles. On n’a pas, à ma connaissance, tiré tout le parti possible de cette particularité de la langue chinoise, au point de vue de l’étude et de la recherche de la nature réelle du langage humain. Le mot chinois nous apparaît « comme si », expression naturelle et spontanée d’une pensée abstraite étrangère aux circonstances et aux condi-tions de la vie animale de l’homme, celui-ci, saisissant dans cette pensée un rapport avec les circonstances et les conditions de sa vie, avait emprunté le son de cette expression pour créer sa parole raisonnée.

De là, nécessité absolue, pour l’étude de la langue chinoise, de connaître les sources originales de la littérature, et, entre ces sources, la plus antique et la plus importante est incontestablement le Yi king.

2. — Si on ne considérait que les diagrammes, il serait absolument impossible d’y découvrir aucune idée intelligible ; les formules de Wen Wang, de Tsheou Kong, et même celles de Khong Tse ne seraient guère plus compréhensibles sans la Tradition, c’est-à-dire sans les commentaires de Tsheng Tse et de Tshou Tse, qui la résument. Il est donc indispensable de traduire en entier ces deux commentaires qui contiennent, d’une façon complète, toutes les notions des Chinois en fait de naturalisme, de morale et de philosophie. De plus, ces deux commentaires sont des modèles excellents du meilleur style chinois, clair et simple, encore préservé du goût amphigourique des modernes [1].

Donc, le Yi king, considéré dans son ensemble, est encore indispensable à tous ceux qui, dans un but quelconque, veulent connaître les idées chinoises sur toutes ces questions.

3. — Je ne mentionne provisoirement que pour mémoire le côté le plus sérieux et le plus intéressant, à mon point de vue, de l’étude de ce livre ; j’en ai parlé ailleurs, et je lais-se à ceux qui auront la patience d’en lire la traduction, à juger du bien fondé des hypothèses et des opinions que j’ai émises en commençant sur la vraie origine du Yi king.

 Beaujeu, le 21 mars 1881.


[1] Cette appréciation du style ne peut naturellement pas s’étendre à la méthode d’exposition et aux lon­gueurs qui en résultent.


Retour à l'ouvrage Yi King (1885) Dernière mise à jour de cette page le mercredi 15 août 2007 8:19
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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