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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Les Mémoires historiques de Se-ma Ts'ien
tome II, première section, Les annales principales (chap. V à XII), appendices
Extraits


Une édition électronique sera réalisée à partir du texte de Se-ma Ts’ien, Les Mémoires historiques: tome II, première section, Les annales principales (chap. V à XII), appendices, 570 pp. Traduction et annotations d’Édouard CHAVANNES (1865-1918). Paris : Librairie d’Amérique et d’Orient Adrien Maisonneuve, 1967. Une édition réalisée par Pierre Palpant, bénévole, Paris.

Extraits

B19. — Les Mémoires historiques de Se-ma Ts’ien,
traduits et annotés par Édouard CHAVANNES. Tome deuxième.
 

Le roi Hiang avait établi son camp et élevé des retranchements à Kai-hia : ses soldats étaient mal nour­ris et épuisés. L’armée de Han et les troupes des seigneurs l’enfermèrent dans un cercle de plusieurs rangs d’épaisseur. De nuit, le roi Hiang entendit que de toutes parts, dans l’armée de Han, on chantait des chants de Tch’ou ; il en fut fort effrayé et dit :

— Han a-t-il gagné à lui toute la population de Tch’ou ? Comment a-t-il tant de gens de Tch’ou ?

Le roi Hiang se leva alors pendant la nuit pour boire dans sa tente ; il avait une belle femme, nommée Yu, qui toujours l’accompagnait, et un excellent cheval nommé Tchoei, que toujours il montait ; le roi Hiang chanta donc tristement ses généreux regrets ; il fit sur lui-même ces vers :

Ma force déracinait les montagnes ; mon énergie dominait le monde ;
Les temps ne me sont plus favorables ; Tchoei ne court plus ;
Si Tchoei ne court plus, que puis-je faire ?
Yu ! Yu ! Qu’allez-vous devenir ?

Il chanta plusieurs stances et sa belle femme chantait avec lui. Le roi Hiang versait d’abondantes larmes ; tous les assistants pleuraient et aucun d’eux ne pouvait lever la tête pour le regarder.

Puis le roi Hiang monta à cheval, et, avec une escorte d’environ huit cents cavaliers excellents de sa garde, il rompit, à la tombée de la nuit, le cercle qui l’enserrait, sortit du côté du sud, et galopa jusqu’au jour ; l’armée de Han s’en aperçut alors ; le commandant de la cava­lerie, Koan Yng, reçut l’ordre de le poursuivre avec cinq mille cavaliers. Le roi Hiang traversa (la rivière) Hoai ; (il n’y eut plus qu’)une centaine de cavaliers qui purent rester avec lui. Arrivé à Yn-Ling, le roi Hiang perdit son chemin ; il le demanda à un paysan qui lui ré-pondit, pour le tromper :

— Prenez à gauche.

A gauche, il tomba dans de grands marécages et c’est pourquoi Han le poursuivit et l’atteignit. Le roi Hiang ramena ses soldats du côté de l’est ; arrivé à Tong-tch’eng, il n’avait plus que vingt-huit cavaliers. Les cavaliers de Han qui le poursuivaient étaient au nombre de plusieurs milliers. Le roi Hiang estima qu’il ne pouvait plus échapper ; il dit à ses cavaliers :

— Huit années se sont écoulées depuis le moment où j’ai commencé la guerre jusqu’à maintenant ; j’ai livré en personne plus de soixante-dix batailles ; ceux qui m’ont résisté, je les ai écrasés ; ceux qui m’ont attaqué, je les ai soumis ; je n’ai jamais été battu ; j’ai donc possédé l’empire en m’en faisant le chef. Cependant voici maintenant en définitive à quelle extrémité je suis réduit ; c’est le Ciel qui me perd ; ce n’est point que j’aie commis quelque faute militaire. Aujourd’hui, je suis résolu à mourir ; en votre honneur, Messieurs, je combattrai en désespéré ; je les vaincrai certainement trois fois ; en votre honneur, je romprai leur cercle, je leur décapiterai un général, je leur couperai un étendard ; je vous ferai ainsi savoir, Messieurs, que c’est le Ciel qui me perd, mais que je n’ai commis aucune faute militaire.

Alors il divisa ses cavaliers en quatre bandes qu’il disposa sur quatre fronts ; l’armée de Han le tenait enfermé dans un cercle de plusieurs rangs d’épaisseur ; le roi Hiang dit à ses cavaliers :

— Je vais, en votre honneur, m’emparer de ce général que voilà.

Il ordonna à ses cavaliers sur les quatre fronts de descendre à fond de train et leur fixa trois lieux de rendez-vous à l’est de la montagne. Puis le roi Hiang descendit au galop en poussant de grands cris ; l’armée de Han se mit en déroute et il coupa aussitôt la tête à un général de Han. Le marquis de Tch’e-ts’iuen était alors commandant de la cavalerie ; il s’élança à la poursuite du roi Hiang ; celui-ci le regarda avec des yeux dilatés par la colère et l’injuria, le marquis de Tch’e-ts’iuen et son cheval eurent tous deux si peur que l’homme et la bête s’enfuirent à plusieurs li de là. (Le roi Hiang) et ses cavaliers se réunirent en trois endroits différents ; les soldats de Han ne savaient pas dans lequel se trouvaient le roi Hiang ; ils divisèrent donc leur armée en trois pour les cerner de nouveau. Le roi Hiang s’élança alors au galop, décapita encore un tou-wei de Han et tua près d’une centaine d’hommes ; il réunit de nouveau ses cavaliers ; il avait perdu deux d’entre eux ; il dit alors à ses cavaliers :

— Que ferez-vous ?

Tous se prosternèrent et lui répondirent :

— Nous ferons ce que dira Votre Majesté.

Alors le roi Hiang voulut traverser, à l’est, le fleuve Ou ; le chef du ting du fleuve Ou rangea son ba­teau le long du bord et l’attendit ; il dit au roi Hiang :

— Quoique le pays à l’est du Kiang soit petit, c’est une contrée qui a mille li de côté et qui compte plusieurs centaines de mille hommes ; il est suffisant, lui aussi, pour qu’on y soit roi. Je désire que Votre Majesté passe l’eau en toute hâte. Votre sujet est le seul maintenant à posséder un bateau ; quand l’armée de Han arrivera, elle n’aura aucun moyen de passer.

Le roi Hiang ré-pondit en riant :

— Le Ciel veut ma perte ; à quoi bon passer l’eau ? D’ailleurs, c’est avec huit mille jeunes hommes du pays à l’est du Kiang que j’ai traversé le Kiang et que j’ai été dans l’ouest ; maintenant je reviens sans un seul d’entre eux. Quand bien même les pères et les frères aînés à l’est du Kiang auraient pitié de moi et me nommeraient roi, de quel visage les regarderais-je ? quand bien même ils ne me diraient rien, comment mon cœur ne serait-il pas pénétré de honte ?

Il dit encore au chef du ting :

— Je sais que vous êtes un homme de cœur ; je monte ce cheval depuis cinq ans ; il n’a pas le rival qui l’égale ; il a parcouru mille li en un jour ; je n’ai pas le courage de le tuer ; je vous en fais présent.

Il ordonna donc à ses cavaliers de descendre tous de cheval, de marcher à pied et, prenant en main leurs épées, de combattre corps à corps ; (Hiang) Tsi, à lui seul, tua plusieurs centaines d’hommes de l’armée de Han. Le roi Hiang lui-même avait reçu plus de dix blessures ; en se retournant, il aperçut Lu Ma-­t’ong, capitaine des cavaliers de Han, et lui dit :

— N’êtes-vous pas une de mes anciennes connaissances ?

Ma-t’ong le dévisagea et, le montrant à Wang I, il lui dit :

— Celui-là est le roi Hiang.

Le roi Hiang dit alors :

— J’ai entendu dire que Han avait mis à prix ma tête, (promettant pour elle) un millier d’or et une terre de dix mille foyers ; je vous donne cet avantage.

A ces mots, il se coupa la gorge et mourut. Wang I prit sa tête ; d’autres cavaliers se foulèrent aux pieds les uns les autres en s’arrachant le roi Hiang ; ils furent plusieurs dizaines qui s’entretuèrent ; en fin de compte, le lang-tchong-ki Yang Hi, le capitaine de cavalerie Lu Ma-t’ong, le lang-tchong Lu Cheng et Yang Ou se trouvèrent chacun en possession d’un membre ; ces cinq hommes rassemblèrent ces membres qui étaient bien tous (ceux du roi) ; on partagea en cinq le territoire promis.


Retour au livre de l'auteur: Se-ma Ts'ien Dernière mise à jour de cette page le Mercredi 06 juillet 2005 09:35
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
 
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