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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Les Mémoires historiques de Se-ma Ts'ien, tome VI
Extraits


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Se-ma Ts’ien, Les Mémoires historiques: tome sixième, pages 5 à 73. Traduction et annotations d’Édouard CHAVANNES (1865-1918). Paris : Librairie d’Amérique et d’Orient Adrien Maisonneuve, 1967. Une édition réalisée par Pierre Palpant, bénévole, Paris.

Extraits

L’IMPÉRATRICE DOUAIRIÈRE POUO. 

 

Le père de l’impératrice douairière Pouo était un homme du pays de Ou ; son nom de famille était Pouo. À l’époque des Ts’in, il eut des relations avec la dame Wei qui était de la famille de l’ex‑roi de Wei et qui enfanta (celle qui fut plus tard) la femme d’empereur Pouo. Puis le père de (la femme d’empereur) Pouo mourut à Chan‑yn et fut enterré là. Lorsque les seigneurs se révoltèrent contre Ts’in, Wei Pao devint roi de Wei (entre le 26 sept. et le 25 oct. 208). Alors la dame Wei fit entrer sa fille dans le harem (du roi) de Wei ; la dame (Wei) se rendit auprès de Hiu Fou pour lui demander un examen physiognomonique ; il prédit au sujet de la (future) femme d’empereur Pouo qu’elle donnerait le jour à un Fils du Ciel. En ce temps, Hiang Yu et le roi de Han se tenaient en échec à Yong‑yang (205-204) ; le sort de l’empire n’était point encore décidé ; (Wei) Pao avait commencé par s’unir à Han pour combattre Tch’ou ; mais, quand il apprit ce qu’avait dit Hiu ou, il se réjouit à part lui et, se révoltant contre Han, il se proclama indépendant ; puis il fit alliance avec Tch’ou. Han chargea Ts’ao Ts’an et d’autres d’attaquer et de faire prisonnier Pao, roi de Wei (entre le 23 sept. et le 22 oct. 209) ; de son royaume, il fit des commanderies ; alors on transporta la (future) femme d’empereur Pouo dans l’atelier de tissage. Après la mort de (Wei) Pao (entre le 13 sept. et le 11 oct. 204), le roi de Han, étant entré dans l’atelier de tissage, remarqua la beauté de la (future) femme d’empereur Pouo et ordonna qu’on la fît entrer dans son harem ; mais pendant plus d’un an elle n’obtint pas les faveurs impériales. Autrefois, quand la (future) femme d’empereur (Pouo) était jeune, elle était liée d’amitié avec la fou-jen Koan et avec Tchao Tse‑eul ; entre elles, elles avaient fait un pacte aux termes duquel celle qui serait la première élevée à une haute position n’oublierait pas ses compagnes. Plus tard, la fou-jen Koan et Tchao Tse‑eul furent les premières à jouir des faveurs du roi de Han. Un jour que le roi de Han était assis sur le belvédère de Tch’eng‑kao dans la commanderie de Ho‑nan, ces deux concubines plaisantaient entre elles au sujet du pacte qu’elles avaient fait auparavant avec la (future) femme d’empereur Pouo ; le roi de Han leur demanda ce qui en était, et les deux femmes lui racontèrent exactement tout ce qui s’était passé. Le roi de Han éprouva quelque regret et fut touché de compassion pour la (future) femme d’empereur Pouo ; et, ce jour même, il l’appela pour lui accorder ses faveurs. Elle lui dit :

— Hier au soir, pendant la nuit, j’ai rêvé qu’un dragon vert se posait sur mon ventre.

L’empereur Kao répliqua :

— C’est là un présage de haute fortune ; je vais en faire pour vous une réalité.

Il eut des rapports avec elle une seule fois, et elle enfanta un fils qui fut le roi de Tai. Par la suite, la femme impériale Pouo fut rarement admise en présence de Kao-tsou.

Après la mort de Kao-tsou (1er juin 199), toutes les femmes d’empereur qui, telles que la fou-jen Ts’i, avaient été en faveur, furent en butte à la haine de l’impératrice douairière Lu, qui les tint toutes prisonnières et ne leur permit pas de sortir du palais. Mais la femme d’empereur Pouo, parce qu’elle avait été rarement admise en présence du souverain, put sortir et se rendit à Tai à la suite de son fils ; elle devint la reine‑mère du roi de Tai. Pouo Tchao, frère cadet de la reine‑mère, se rendit avec elle dans le pays de Tai. Dix‑sept ans après que le roi de Tai eut été nommé roi, l’impératrice (femme de) Kao(‑tsou) mourut (21 juill. 180). Les principaux ministres délibérèrent pour avoir à qui donner la succession impériale. Ils étaient inquiets de la puissance acquise par les membres de la famille Lu, parents de l’empereur par les femmes ; tous (au contraire) louaient la bonté et les vertus de la famille Pouo ; c’est pourquoi ils allèrent chercher le roi de Tai pour le mettre sur le trône : ce fut l’empereur Hiao‑wen. Alors la reine‑mère changea de titre et s’appela impératrice douairière. Son frère cadet, Pouo Tchao, fut anobli sous le nom de marquis de Tche (10 mars 179).

La mère de l’impératrice douairière Pouo était elle‑même morte avant ces événements et avait été enterrée au nord de Yo‑yang. Alors on conféra par un honneur posthume à Pouo, qui avait été le père (de l’impératrice douairière), le titre de marquis de Ling‑wen, dans la commanderie de Koei-ki ; on assigna un groupe de trois cents familles à l’entretien de sa chambre funéraire ; un vice‑préfet et les officiers qui lui étaient subordonnés furent chargés de garder sa tombe ; dans la chambre funéraire et dans le temple funéraire, on offrit de la nourriture et des sacrifices conformément à la règle. Puis, au nord de Yo‑yang, on établit aussi une chambre funéraire pour la fou-jen, femme du marquis de Ling‑wen, (et on l’édifia) sur le modèle de la chambre funéraire du marquis de Ling‑wen.

L’impératrice douairière Pouo, considérant que les membres de la famille de sa mère étaient des descendants des rois de Wei, (et considérant aussi) que, lorsqu’elle avait perdu jeune son père et sa mère, c’étaient les membres influents de la famille qui l’avaient entretenue, elle l’impératrice douairière Pouo, appela donc pour les payer de retour les membres de la famille Wei (et les combla d’honneurs et de présents) ; chacun d’eux fut gratifié plus ou moins selon que sa parenté (avec l’impératrice douairière) était proche ou éloignée.

De la famille Pouo, il n’y eut en tout qu’un seul homme qui fut nommé marquis.

L’impératrice douairière mourut deux ans après l’empereur Wen, en la deuxième année (155) de la première période du règne de l’empereur King. On l’enterra au Nan ling. C’est parce que l’impératrice Lu avait été enterrée conjointement (avec Kao-tsou) dans le Tch’ang ling, que l’impératrice douairière Pouo se fit élever une sépulture spéciale qu’elle mit près du Pa ling, sépulture de l’empereur Hiao‑wen.


Retour au livre de l'auteur: Se-ma Ts'ien Dernière mise à jour de cette page le mercredi 17 janvier 2007 18:20
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cegep de Chicoutimi.
 
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