Teilhard de Chardin, LETTRES D'ÉGYPTE, 1905-1908


 

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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Pierre Teilhard de Chardin, LETTRES D'ÉGYPTE, 1905-1908. (1963)
Avant-propos


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Pierre Teilhard de Chardin, LETTRES D'ÉGYPTE, 1905-1908. Paris: Aubier, Les Éditions Montaigne, 1963, 287 pages. Une édition numérique en voie de réalisation par Nina Gospodinova, bénévole, Québécoise d'adoption, Montréal, Québec.

[7]

LETTRES D’ÉGYPTE 1905-1908

Avant-propos


Né le 1er mai 1881, Pierre Teilhard de Chardin était entré le 20 mars 1899 au noviciat des jésuites (province de Lyon), à Aix-en-Provence, après de bonnes études secondaires faites au collège de Mongré (Villefranche-sur-Saône) et continuées par quelques mois de mathématiques à Clermont-Ferrand. Le noviciat achevé, il avait été envoyé à Laval, en octobre 1900, pour deux années de « juvénat », c'est-à-dire de perfectionnement dans les études classiques. De 1902 à 1905, il fit trois années de philosophie dans l'île de Jersey, où le scolasticat venait de se réfugier, à la suite des lois d'expulsion portées par le ministère Combes. Dans l'été de 1905, il recevait sa destination pour Le Caire.

La Compagnie de Jésus est un ordre missionnaire. Les quatre Provinces des jésuites de France avaient alors (elles ont toujours) la charge d'importantes missions dans diverses parties du globe. Celles qui étaient confiées à la province de Lyon étaient trois missions au Proche-Orient : Arménie, Syrie, Égypte. Il y avait dans la mission d'Égypte deux grands collèges secondaires, le collège Saint-François-Xavier à Alexandrie (qui fut fermé après la [8] guerre de 1914-1918, au moment où s'ouvrait le collège d'Alger), et le collège de la Sainte-Famille au Caire. Pierre Teilhard était nommé professeur de physique et de chimie au collège du Caire.

Il devait y rester trois ans. La plupart des jeunes jésuites font de la sorte un stage de « régence », dans une maison de l'Ordre, entre le temps de la philosophie et celui de la théologie. Les lettres que Pierre écrivait régulièrement à ses parents au cours de ces trois années ont été conservées dans sa famille, – comme nombre d'autres, plus anciennes ou plus récentes. Elles forment un tout homogène, qui permet de suivre le jeune religieux pour ainsi dire au jour le jour, dans sa double activité de professeur et de chercheur : car sa vocation de chercheur est déjà manifeste, et les environs du Caire lui offrent à cet égard maintes ressources.

Cette correspondance d'Égypte comprend soixante-huit lettres. Elles nous ont été remises par M. Joseph Teilhard de Chardin, frère cadet de Pierre, et par ses deux neveux, MM. Régis et Bernard Teilhard de Chardin, que nous sommes heureux de. remercier ici. Elles ont été dactylographiées par les soins du R. P. Auguste Demoment, qui a collationné soigneusement cette copie avec les originaux. Plutôt que d'y faire un choix, il nous a semblé préférable d'en procurer la publication intégrale [1]. « La publication des lettres, a écrit Newman, est la vraie méthode, non seulement pour l'intérêt d'une biographie, mais pour pénétrer jusqu'au fond des choses. » Nous sommes assurés d'avance que le lecteur sera de l'avis de Newman ; avide de mieux connaître celui dont l’œuvre est aujourd'hui l'objet de tant d'études et de discussions, il ne nous reprochera pas d'avoir abusé de sa patience. Sans doute, pour faire « pénétrer jusqu'au fond des choses », ces seules lettres sont loin de [9] suffire. C'est un homme encore tout jeune qui tient la plume : Pierre a de vingt-trois à vingt-cinq ans ; et s'il parle à son père et à sa mère avec toute la confiance d'un fils aimant, son ton a néanmoins, comme il est normal, quelque chose de plus retenu qu'il n'aurait dans des épanchements fraternels. Il n'en est pas moins d'une justesse et d'une simplicité parfaites.

Les dons d'écrivain que l'on a remarqués dans les Lettres de guerre et dans les Lettres de voyage commencent déjà de s'affirmer dans ces Lettres d'Égypte. Scènes de la vie de collège, ou de la vie musulmane, tableaux de la ville ou du désert, récits d'excursions géologiques, descriptions d'histoire naturelle, - quel que soit le sujet abordé, les traits sont toujours fermes, les notations toujours précises, venant d'une curiosité toujours en éveil, que sert la merveilleuse acuité du regard. De même que chez le Claudel de Connaissance de l'Est, grâce à l'exactitude minutieuse de la description, la poésie acquiert une sorte de précision scientifique,  –  le porc, le pin, – de même, chez Teilhard, et quelquefois dès cette première période, la description scientifique, par un procédé semblable, éclot en poésie. Une autre comparaison s'impose, pour l'ensemble de ce recueil : c'est là une digne suite, et plus parfaitement authentique, aux célèbres Lettres édifiantes et curieuses des anciens missionnaires jésuites ; le renouvellement spontané d'un genre littéraire dont le succès ne s'est guère démenti au cours de trois siècles.

Le jeune « lecteur de physique et de chimie », « conservateur du musée » et « adjoint au préfet d'église » – ce sont là ses titres dans le catalogue du collège de la Sainte Famille – mit dès le premier jour toute son application à la tâche qu'on lui confiait. Il aima ses élèves égyptiens, [10] et ses élèves l'aimèrent ; plusieurs s'attachèrent à lui et surent dans la suite, en diverses circonstances, lui montrer leur fidélité. À travers ses lettres, rédigées sans apprêt mais non sans soin, il nous apparaît infiniment plus curieux de science que de littérature ; les petites réalités quotidiennes de la vie de collège occupent son esprit plus que les problèmes de la politique mondiale, et il prend un intérêt plus vif à l'observation de la nature qu'à celle de la société. Beaucoup plus tard, il rappellera ce que furent pour lui « les émerveillements de lÉgypte » : «  L'Orient entrevu et « bu » avidement, non point du tout dans ses peuples et leur histoire (encore sans intérêt pour moi), mais dans sa lumière, sa végétation, sa faune et ses déserts. »

Déjà, cependant, sa physionomie se dessine. Déjà se fait nettement jour cet « amour passionné de l'Univers » qui le caractérise et que des critiques chagrins lui reprocheront, sans en comprendre la nature. Au Caire, Pierre Teilhard de Chardin ne s'est pourtant pas encore pleinement trouvé. Ce n'est pas encore ici la Genèse d'une pensée. Mais, outre la fraîcheur de jeunesse qu'on y respire, ces lettres à ses parents nous montrent certaines qualités qui seront chez lui permanentes : un sérieux sans affectation, une objectivité souriante, et cette « gentillesse » d'un être aussi modeste et bon que magnifiquement doué.

Henri de Lubac, s.j.


[1] Nous avons seulement, pour satisfaire comme nous le devions à un désir de discrétion, supprimé quelques phrases concernant des tiers : le tout, pour l'ensemble du volume, équivaut à deux pages environ, et ne concerne en rien le Père Teilhard. Avec le concours du R. P. Demoment, nous avons ajouté quelques notes brèves, qui nous ont paru utiles à l'intelligence du texte.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le vendredi 26 juin 2015 15:33
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 



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