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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Jules César, LA GUERRE DES GAULES. Traduction, préface et notes et Maurice RAT [1893-1963],
Préface, de Maurice Rat


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Jules César, LA GUERRE DES GAULES. Traduction, préface et notes et Maurice RAT [1893-1963], agrégé d’université. Paris: Garnier-Flammarion, Éditeur, 1964, 250 pp. Une édition numérique réalisée par Claude Ovtcharenko, bénévole, journaliste à la retraite, France.

La guerre des Gaules

Préface

par Maurice Rat

Les Commentaires ou « aide-mémoire » qui ont trait aux campagnes de César formaient plusieurs ouvrages, dont deux seulement sont de César lui-même : La Guerre des Gaules (à l’exception du dernier livre qui a été rédigé par Hirtius) et La Guerre civile, demeurée inachevée.

Les Commentaires de la guerre des Gaules ont été écrits, si l’on en croit Hirtius, « avec une grande facilité et une grande célérité » par César, et tout porte à penser qu’ils ont été rédigés en trois mois, à l’automne de l’année 52, au moment où César, venant de vaincre Vercingétorix, voulut faire connaître à l’opinion romaine, avant sa candidature à un second consulat, les épisodes de sa belle conquête. Les adversaires de César répandaient alors mille bruits sur son compte, tantôt racontant qu’il avait perdu sa cavalerie, tantôt disant qu’il avait fait massacrer une légion et avait dû céder devant les Bellovaques. La rédaction de La Guerre des Gaules fut donc avant tout, un acte — celui d’un chef vainqueur, qui rétablit les faits à son profit et coupe court aux intrigues et aux calomnies de ses ennemis politiques.

Aussi peut-on se demander — et l’on n’a point manqué de le faire — jusqu’à quel point César est véridique en narrant ses conquêtes. Il a écrit ses Commentaires en puisant à ses rapports adressés après chaque campagne au Sénat ; aux rapports particuliers que ses lieutenants lui avaient envoyés sur tel ou tel point des campagnes ; à ses souvenirs personnels enfin, que complétaient peut-être certaines notes. Or il va de soi que les rapports de César au sénat présentaient les faits sous un jour qui était favorable à César, que les rapports de ses lieutenants mettaient en évidence leurs mérites, et que des souvenirs, quelque précise que fût la mémoire de César, peuvent comporter des omissions ou des erreurs. Néanmoins il ne semble pas que les récits de César soient entachés de graves inexactitudes historiques et, si les inadvertances géographiques y sont plus nombreuses ou plus importantes c’est que César avait sous les yeux des cartes erronées et qu’il annexait en outre à son récit, pour aller plus vite, des détails préparés à son intention par tel secrétaire, qui compilait sans grand esprit critique, des descriptions de géographes grecs.

Cependant, en dépit de tous les points qu’on a pu contester, il n’y a dans les Commentaires de la guerre des Gaules, ni une omission ni un mensonge. Trop habile pour travestir la vérité, César se contentait de la présenter adroitement, et de passer avec opportunité sur les légers détails qui auraient pu lui nuire.

C’est ainsi qu’il se garde, tout naturellement, d’accorder à ses adversaires que la véritable cause de la conquête des Gaules fut son ambition effrénée. Lui, ambitieux ? Quelle erreur ! S’il est intervenu contre les Helvètes, n’est-ce point à la demande expresse des Éduens et des Allobroges, unis par une longue amitié aux Romains ? S’il a fait campagne contre les Germains, n’est-ce point à la prière de Diviciac, qui les voyait déjà les maîtres de la Gaule ? S’il a pris quelquefois l’offensive, n’est-ce point pare qu’elle est le meilleur procédé de défense. Il a attaqué les Helvètes ? C’était pour protéger « la Province ». La Bretagne ? Parce qu’elle était un foyer de pernicieuse résistance. Et partout et toujours il a eu soin d’agir en se couvrant de l’exemple traditionnel de Rome, et en s’abritant derrière l’autorité du Sénat, dont il est le simple mandataire !

Autant que les causes de la guerre, la façon dont César l’a conduite est indemne de reproche. Après être entré en campagne avec une seule légion, n’a-t-il pas terminé, dès la première année, deux grandes guerres, obtenu, la seconde année, trois « supplications » du Sénat ? A côté de ces glorieux exploits et de ces témoignages magnifiques une discrète allusion à la mort de Clodius établit le contraste entre son œuvre en Gaule et l’anarchie à Rome… S’il ne dissimule pas les heures difficiles de la conquête, c’est pour mieux faire encore ressortir ses mérites, puisqu’à la fin il a triomphé de tant de difficultés. Pour le reste, n’a-t-il pas fait montre de bonté envers ses soldats, de clémence envers les populations ? n’a-t-il point cherché toujours la pacification en faisant la guerre et accepté toutes les ouvertures de l’ennemi, sauf lorsque celui-ci manquait de sincérité ?

Quel habile avocat que César dans La Guerre des Gaules et aussi quel habile narrateur !

Par le style nu, dépouillé, qui lui est habituel, en usant de ce vocabulaire très simple dont il s’est fait une règle, et qui « fuit comme un écueil tout mot nouveau et insolite », en allant toujours droit au but, César donne à ses Commentaires le ton impersonnel, « objectif » d’un communiqué. L’effet devant le lecteur est de tout point merveilleux : on croit lire le langage de la vérité même.

Nulle rhétorique, du moins apparente. Rien que des faits. Les harangues des Commentaires ne sont pas des amplifications ni des hors-d’œuvre littéraires, comme chez la plupart des historiens latins. Ce sont des discours réalistes, où chaque argument porte par sa propre substance. Ce sont des actes ? Lorsque près de Besançon, à l’idée de combattre les germains, la panique s’empare des légionnaires, César ne fait pas de belles phrases à ses soldats : il commence par leur dire qu’ils se mêlent de ce qui ne regarde que lui ; puis, consentant à discuter avec eux, il les rassure par des faits : 1° Rome a déjà vaincu les Germains ; 2° les Helvètes eux-mêmes, très inférieurs aux Germains, les ont vaincus aussi ; 3° l’armée est riche d’approvisionnements, etc. Enfin, et pour conclure, il leur déclare que s’ils ne les suivent pas, il marchera avec la dixième légion seule. Aucun appel au sentiment ; rien que du solide. C’est un chef qui parle à ses hommes, et qui sait ce qui a prise sur eux.

Le plus souvent d’ailleurs, il résume au style indirect ses discours : l’impression de l’objectivité est plus forte. Il ne transcrit ses harangues en style direct que pour traduire un mouvement plus vif de l’orateur. Et, même lorsqu’il insère des discours de chefs Gaulois dans son récit, ces discours donnent l’impression d’être authentiques : n’est-il point renseigné d’ailleurs par des transfuges ? Et si l’on s’étonne que les harangues de Vercingétorix soient si bien composées, c’est qu’on oublie que le chef arverne avait appris à l’école des Druides, et probablement à celle d’un rhéteur grec, les règles de l’éloquence.

La même nudité, le même ton impersonnel se retrouvent dans le récit. Point de digressions, point de dissertations. C’est un général qui écrit, selon le mot juste de Quintilien, « avec le même esprit qu’il fait la guerre ». De là, ce dédain des préambules, chers à Salluste et à Tite-Live, et cette entrée brusque en matière. De là, répandus dans son livre au fur et à mesure des événements, ces détails sur l’origine et le genre de vie des peuples barbares qu’il combat. Delà, dans les descriptions cet absolu mépris du pittoresque. César ne tient pas à être dramatique, sensible, à piquer la curiosité du lecteur ; il expose, avec une clarté lumineuse et tranquille, la situation des lieux, l’itinéraire des troupes, les phases d’un combat ou d’un siège. C’est tout.

Les mérites de ce style, sa nudité, sa rapidité, son élégance directe, ont été justement célébrés par Cicéron, qui écrit dans le Brutus : « Les Commentaires sont dépouillés, comme on fait d’un vêtement, de tout ornement oratoire… Au reste, en se proposant de fournir des matériaux où puiseraient ceux qui voudraient écrire matériaux où puiseraient ceux qui voudraient écrire l’histoire, (César) a fait sans doute quelque chose d’agréable aux sots, qui seront tentés d’y porter leur fer à friser ; mais il a enlevé l’envie d’écrire aux hommes de bon sens : car il n’est rien de plus agréable, en histoire, qu’une concision lumineuse et pure. » On ne saurait mieux dire, et il faut reconnaître que la main de celui qui les écrit double la valeur de pareils éloges, puisque les qualités maîtresses du grand écrivain qu’est Cicéron ne sont point, il convient de l’avouer, la brièveté et l’absence d’ornement oratoire.

La langue de César est pure comme son style. Elle n’emploie que des mots courants. Elle a uns syntaxe des plus nettes. Aussi bien César a-t-il écrit les Commentaires de la guerre des Gaules avec l’élégance naturelle qui le caractérise, mais sans oublier jamais qu’il s’adressait à un vaste public, et qu’il lui fallait, pour être entendu de tous, user des mots de tout le monde. De même que le premier mérite de son style est de faire oublier le style, le premier mérite de sa langue et de sa syntaxe est de ne point dérouter le lecteur par des termes spéciaux et par des constructions compliquées.

D’ailleurs, dans cet instrument de propagande personnelle que sont les Commentaires, et sous cette objectivité apparente, tout concorde à mettre en valeur le génie du grand homme qui a conquis la Gaule. L’action rapide, foudroyante, du chef éclate dans maints passages, tels que la délivrance du camp de Cicéron, le début de la campagne de 52, l’expédition de Litaviccus. Sa promptitude à prendre les décisions utiles se manifeste dans l’organisation des descentes en Bretagne, de ses incursions transrhénanes, dans la mise en état de défense de « la Province », en 58 et en 52. La lecture des Commentaires nous montre continuellement l’ascendant du chef sur ses troupes, la confiance qu’il leur inspire, le dévouement qu’il obtient d’elles, la douceur et la clémence d’un homme qui, s’il fait cruellement la guerre, obéissait en cela aux lois de son époque, et ne faisait que répondre par des horreurs semblables aux horreurs des Gaulois eux-mêmes. Oui, osons le dire, comme le pensaient les contemporains, César, en dépit du carnage des Usipètes et des Tenctères, en dépit du sac d’Orléans et du massacre des quarante mille assiégés de Bourges, en dépit même du supplice infligé aux défenseurs d’Uxellodunum, faisait figure aux yeux des Romains d’un chef plein de mansuétude, parce qu’il ne commettait pas de massacres inutiles, mais faisait ce qu’il fallait pour intimider l’adversaire et marquer aux vaincus sa force.

Croyons-en sur ce point Hirtius, qui ne voit dans l’épisode sanglant d’Uxellodunum qu’un moyen d’intimidation — cet Hirtius, qui fut l’ami et sans doute le secrétaire de César, et qui écrivit le huitième livre de La Guerre des Gaules. Préteur en 46, propréteur en Gaule en 45, consul désigné en 44, Hirtius écrivit ce huitième livre après la mort de César, et avant de trouver lui-même la mort à Modène. Il est loin d’égaler César, dont il n’a ni la clarté ni l’élégance, mais du moins il l’imite, avec une admiration dont témoigne sa préface, une bonne volonté évidente, et il a réussi à n’être pas trop indigne de lui.

Maurice Rat.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mercredi 4 juin 2014 10:41
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cegep de Chicoutimi.
 
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