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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Volcan de la production ou marais du marché ? (1954)
Préambule


Une édition électronique réalisée à partir du livre d'Amadeo Bordiga (1954), “Volcan de la production ou marais du marché ?” [Économie marxiste et économie contre-révolutionnaire]. Articles parus en 1954 dans le journal italien Il Programma Communista, du no 13 au no 19, 1954. Traduction de l’Italien achevée le 7 mai 2007. Traduit de l'Italien au français dans la tradition française des traductions anonymes.

Préambule

1. Méthode de travail 

 

Notre méthode de travail tend vers une systématisation générale de la doctrine historique du marxisme, mais pour d’évidentes raisons liées aux moyens limités du mouvement actuel, elle ne peut se faire de manière organique et, d’ores et déjà, en développant harmonieusement toutes les parties ; et encore moins en exposant, chapitre après chapitre, une « matière » définie comme dans un enseignement scolastique ou académique. 

Les brèches à colmater dans le bagage de lutte du mouvement communiste sont tellement larges qu’on travaille sous l’emprise des pires manifestations de désorientation et d’opportunisme, et en un certain sens, sous celle de l’actualité que nous méprisons tant ; il faut aussi de temps à autre se consacrer à remettre sur les bons rails des théories échafaudées par des groupes qui se voudraient extrémistes et « apparentés » à nous. 

Par conséquent, quelques secteurs importants de la théorie, de la méthode et de la tactique prolétariennes ont été tour à tour traités, parfois dans des réunions d’étude et de travail, parfois dans des séries d’articles de ce journal sous la rubrique « sur le fil du temps ». Mais il ne nous est pas possible depuis longtemps de publier un fascicule de notre revue qui, à la suite du recueil Dialogue avec Staline, dut prendre (à son tour) le nom de Fil du temps [1]. 

2. Diffusion du matériel  

Le matériel publié dans le journal ou réuni en fascicule de format-revue a pu être mis à la disposition des camarades qui s’occupent de la diffusion de notre programme dans un cercle moins restreint, sous forme de résumés plus ou moins étendus, de thèses, parfois de thèses et contre-thèses opposées. Mais lorsque les réunions et leur exposé oral, de grande ampleur et portant parfois sur des points théoriques difficiles, n’ont pas été suivis d’une publication adaptée, les difficultés dans le développement ultérieur du travail se sont avérées plus grandes. 

Les réunions précédant celle-ci ont été au nombre de huit (sans y inclure deux autres de nature régionale) à compter du 1er avril 1951. Le compte-rendu intégral des deux premières a été diffusé dans un bulletin de parti polycopié, tandis qu’on a pu donner, dans le fascicule-revue cité le résumé du matériel des réunions passées jusqu’à celle de Gènes (avril 1953) [2]. Tout ce matériel est donc disponible d’une certaine manière, accompagné de références pour s’orienter dans les sujets de théorie, programme, politique et tactique ; et dans les domaines économique, historique, social, philosophique, en s’aidant des publications antérieures dans la revue et le journal.

 

3. La question nationale 

Tandis que l’objectif central du travail était la revendication du programme de parti contre la dégénérescence portée par la vague opportuniste qui ruina la Troisième Internationale, en reliant historiquement cette critique à la vigoureuse opposition tactique de la Gauche italienne de 1919 à 1926, avant la rupture avec le centre de Moscou, il s’avéra nécessaire, du fait des demandes répétées de camarades et de groupes, de clarifier la portée marxiste des grandes questions de la stratégie historique du prolétariat qu’on a coutume d’appeler : question nationale et coloniale et question agraire. 

La réunion de Trieste des 30 et 31 août 1953 fut consacrée à un encadrement complet des « problèmes de race et de nation dans le marxisme » et permit de substituer à une subordination assurément facile de ces rapports à un dualisme de classes simplificateur – dont on nous a toujours accusé – la juste évaluation de l’axe du matérialisme historique qui prend d’abord appui sur le fait reproductif avant même le fait productif pour déduire des données matérielles les superstructures complexes et innombrables de la société humaine. [3] 

Ce matériel a été intégralement publié dans ce journal en une série de « Fils du temps » à la fin de l’année passée et se trouve disponible pour le travail des camarades. 

Cependant on parvint à exposer, à Trieste, la vision marxiste du thème national en Europe jusqu’au XIXème siècle et il restait à traiter le problème des colonies et des peuples de couleur et d’Orient, relié à la période de l’impérialisme capitaliste et des guerres mondiales. 

On n’a jusqu’à présent, dans le journal, qu’un compte-rendu sommaire de l’exposé suivant de Florence qui fait office de pont entre les données du marxisme classique et celles des oeuvres de Lénine et des thèses des deux premiers congrès de l’Internationale de Moscou ; à compter des 6 et 7 décembre, date de la réunion, il n’a été rédigé ni diffusé de compte-rendu plus ample et enrichi par la documentation fournie à cette occasion. Le manque d’un tel texte s’est fait sentir puisque quelques positions n’ont pas été correctement assimilées et acceptées, ne serait-ce que par un petit nombre de camarades. Il faut donc s’en occuper. [4]

 

4. La question agraire 

Les demandes d’autres camarades portant sur la question agraire ont conduit à la traiter dans une série de « Fils du temps » publiés du début de l’année 1954 jusqu’à aujourd’hui et qui forment un ensemble organique avec la série de thèses finales figurant dans le numéro le plus récent. Toutefois, même dans ce domaine, il reste encore, c’est connu, un vaste travail à accomplir. On a présenté exhaustivement la vision marxiste de la question agraire en montrant qu’elle n’est pas un chapitre séparé (ce qui n’est jamais le cas dans le système marxiste) mais contient en elle non seulement la théorie de l’économie capitaliste mais encore tout ce qui relie indissolublement cette dernière au programme révolutionnaire du prolétariat. Restent à développer, en une autre série qui débutera sous peu, l’histoire de la question agraire dans la révolution russe afin de montrer que les positions de Lénine concordent entièrement avec la théorie de classe du parti, ainsi que l’explication exacte qu’il faut donner aujourd’hui du devenir social de la Russie contemporaine. [5]

 

5. L’économie générale 

Les conclusions de la question agraire mènent directement au thème qu’aborde le présent rapport : le grand conflit, qui n’est ni d’idée ni de plume, mais de forces de classe agissant réellement dans la société, entre la construction économique des marxistes et celles, nombreuses mais se ressemblant toutes, ni nouvelles ni originales, que lui opposent les partisans et apologistes de l’ordre capitaliste. 

L’orientation correcte du bagage de principes qui est le nôtre a pour fonction d’assurer la formation de notre mouvement rénové contre un double danger qui parfois menace même tel ou tel des nôtres moins avisé, en dépit du rigide cordon sanitaire d’intransigeance organisationnelle à propos duquel on ironise fréquemment. 

Le premier danger est de se laisser impressionner par le net contraste avec les doctrines des économistes officiels chronologiquement postérieurs à Marx et par le prétendu avantage qu’ils auraient eu de pouvoir travailler sur des matériaux postérieurs « plus riches », ce qui alimente leur prétention selon laquelle les vicissitudes de l’économie mondiale auraient démenti la théorie de Marx ainsi que ses prévisions. 

L’autre danger est que, face à la débâcle épouvantable du front prolétarien, des éléments beaucoup plus présomptueux que de bonne volonté affirment qu’on doit remettre en chantier la théorie économique du capitalisme et de sa fin, grâce à des données dont Marx ne put disposer, et rectifier ainsi nombre de ses positions.

 

6. La batrachomyomachie [6] 

Une contribution portant sur ce dernier point a été fournie par une série précédente de « Fils du temps » consacrés à la « batra­chomyomachie » de quelques petits groupes – tel le français « Socialisme ou Barbarie » auquel des transfuges de notre mouvement se sont joints – qui prétendent effectuer une mise à jour de Marx et éliminer ses « erreurs » ; dans cette série a été tout particulièrement combattue la théorie défectueuse de l’insertion entre capitalisme et communisme d’un nouveau mode de production doté d’une nouvelle classe dominante, la prétendue bureaucratie qui, en Russie, opprimerait et exploiterait les travailleurs en lieu et place du capital et de la bourgeoisie ; cette divergence a ainsi été ramenée à une opposition insurmontable avec les éléments premiers, les plus vitaux et les plus valides, du marxisme. [7]

 

7. L’invariance du marxisme 

Le thème de la présente réunion se relie donc à celui, traité à Milan, de l'invariance historique de la théorie révolutionnaire [8]. Celle-ci ne se forme ni encore moins se répare, jour après jour, par ajouts successifs d'habiles « changements de caps » et rectifications de tirs, mais surgit, en un bloc monolithique, à un tournant de l'histoire situé à la jonction de deux époques : la théorie dont nous sommes les disciples naquit de cette manière au milieu du XIXe siècle et nous la défendons dans sa puissante intégrité sans en en abandonner la moindre bribe à l'adversaire. 

La preuve scientifique de cette théorie de l'invariance consiste à montrer, à la lumière des grondements contre-révolutionnaires d'un siècle et plus, jusqu'aux plus récents, que la grande bataille polémique menée des deux côtés les armes à la main dans les tournants décisifs, est une seule et unique bataille et que nous nous y engageons au nom des mêmes arguments qui nourrirent la proclamation révolutionnaire des communistes marxistes, arguments qui non seulement n'ont été dépassés par aucune découverte ou trouvaille d'une prétendue science, mais surplombent avec la même force et d'une hauteur toujours plus grande les insanités de la culture conservatrice. Et pour écraser celle-ci, nous avons besoin de la force de classe, mais certes pas de l'aide d'intellectuels et de cénacles occupés à faire étalage d'un marxisme rénové et amélioré.


[1] Ne parut sous ce nom de revue que le numéro de mai 1953 (cf. Per l'organica sistemazione dei principi comunisti, Milano, ed. programma comunista, 1973, pp. 1-36 e VI-VII).

[2] Thèmes : Les révolutions multiples et la révolution anticapitaliste occidentale.

[3] Cf. Facteurs de race et de nation dans la théorie marxiste, éditions Prométhée, 1979.

[4] Le thème de la réunion de Florence était : Impérialisme et luttes coloniales. Un résumé parut dans le numéro 23 de il programma comunista (1953). Le thème a été repris dans une réunion ultérieure à Florence (25 et 26 janvier 1958). Le même journal en a publié un compte-rendu sous le titre : Les luttes de classe et d’Etat dans le monde des peuples de couleur, champ historique vital pour la critique révolutionnaire marxiste (numéros 3 à 6 de 1958).

[5] La série sur la question agraire parut dans il programma comunista, du no 21 de 1953 au no 12 de 1954. La question agraire en Russie est traitée dans Russie et révolution dans la théorie marxiste (il programma comunista nos 21 à 23 de 1954 et nos 1 à 8 de 1955).

[6] Batrachomyomachie, « combat des grenouilles et des rats », parodie grecque de l’Iliade.

[7] Cf. les trois « Fils du temps » intitulés : La batrachomyomachie, Coassement de la praxis et Danse de pantins, parus respectivement dans les nos 10, 11 et 12 (1953) de il programma comunista.

[8] Les thèses L’invariance historique du marxisme figurent dans la revue citée Sur le fil du temps, parue en mai 1953. Il en existe une traduction française dans la revue Programme communiste n° 53-54 (oct.1971-mars1972).



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mardi 8 mai 2007 19:15
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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